20.03.2011
Etape sur le chemin vers Jérusalem - Matthieu 17, 1-9
Genèse 9, 8-17; Romains 8, 28-34
Nous pouvons vivre des années à côté de quelqu’un sans rien remarquer de particulier, et puis soudain, un événement fait que nous changeons de regard…
Qu’est-ce qui rend la vérité de Jésus éternelle ? Pour le comprendre, l’Evangile nous suggère aujourd’hui de le suivre sur une montagne !
Notre vie en ce monde est dans des abîmes, elle obéit aux lois de l’environnement, de la pesanteur, de l’inertie. Dans une vision toute superficielle, nous ne sommes que des marionnettes, souvent angoissées, plus souvent passives qu’actives… mais nous devons être convaincus que cette vie « collant à la terre » n’est pas digne du projet de Dieu pour nous : les plus hautes cimes nous appellent, il est important de pouvoir redécouvrir tout ce que notre vie, notre être, compte de richesses.
Alors voilà : aujourd’hui, Jésus a pris avec lui trois disciples, il quitte la « vallée du monde » pour se rendre – littéralement – en un lieu élevé, où l’horizon est vaste et libre, où on va découvrir une vérité à peine compréhensible. Par la magie du texte, nous sommes montés avec Pierre, Jacques et Jean à la suite de Jésus, pour prier. Là, nous découvrons que la vérité du Christ, sa lumière nouvelle s’appuie sur deux piliers de l’Ancien Testament, Moïse et Elie.
Moïse proclamait une vision de liberté : il conduit un peuple hétéroclite hors de l’esclavage et de la tyrannie de Pharaon, pour l’engager à travers un désert sur la voie de la délivrance. L’être humain ne doit pas être l’esclave de son semblable, il est unique devant Dieu, il est libre et responsable de son histoire. Voilà ce que nous enseigne Moïse.
Dans le même mouvement, Elie nous apprenait que ce Dieu n’a rien d’une idole avide de cruauté, et qu’une religion ne doit pas engendrer la peur, ne doit pas s’emparer des hommes comme un démon : c’est ce que crie le prophète en détruisant les idoles, les « baals » - un mot qu’on peut traduire par « maîtres ». Son histoire nous fait donc réfléchir à qui domine notre vie, à qui sont nos maîtres….
Moïse incarne la libération, la liberté de l’humain envers son semblable ; Elie incarne la dévotion à Dieu, et tous les deux s’entretiennent ici avec Jésus, ils font «un avec le Christ», ils sont « vivants en lui ». Pour les premières communautés, cela signifie que même si la personne et le message de Jésus apparaissent tout nouveaux, c’est bien l’ancienne alliance qui se prolonge en lui : il en est la «preuve vivante» ! Avec l’ancien, Dieu est capable de nouveauté, Il ne cessera jamais de tout bouleverser.
Vous voyez, au moment où l’Evangile annonce la lumière du Christ, d’une blancheur insoutenable, il rappelle les réalités éternelles de liberté parmi les hommes et de dévotion à Dieu ; au moment où nous allons toucher du doigt l’incroyable nouveauté, la vérité de Dieu, il nous redit que tout était déjà là, donné, dit une fois pour toutes… Moïse, Elie, Jésus-Christ, enveloppé d’une même lumière aux yeux des témoins que nous sommes.
Ça ne dit pas pour autant que la vie est facile. Ça ne nous permet pas pour autant de rester là, au-dessus de tout, de «planter nos tentes» hors du monde, même si ce serait tentant ! La transfiguration est sur le chemin qui conduit Jésus à Jérusalem, elle se comprend en référence à la mort sur une autre «hauteur», qui est la colline de Golgotha où le Christ va être «élevé»… Il doit en être ainsi.
Mais pour pouvoir traverser l’épreuve de Golgotha, de la souffrance atroce, de la mort, il faut être passé par le mont Thabor, le mont de la Transfiguration, où la vérité du Christ est mise en lumière : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je mets toute ma joie. Écoutez-le !».
Peut-être que les Chrétiens trop souvent l’oublient : connaître l’Evangile, ce n’est pas seulement savoir qu’il y a eu Noël, Vendredi-saint et Pâques ; c’est découvrir que Dieu place des signes sur notre route personnelle pour nous permettre d’avancer, de monter vers Lui – des signes d’encouragement, des signes pour nourrir notre foi.
Ici, Pierre, Jacques et Jean n’ont sans doute pas compris grand-chose. Nous sommes aussi ainsi, parfois ! Ce n’est quand même pas si facile d’être prophétique, de savoir lire les signes, bien sûr ! Et puis il y a subitement le silence : la vision a cessé ; mais le souvenir persiste : c’est comme pour Dieu avec Noé, comme pour Dieu avec Paul, le souvenir, la mémoire d’une présence extraordinaire qui nous veut du bien. Car Dieu dit ici, en Jésus-Christ, Sa bienveillance à notre égard.
Sur le chemin de la lumière de Noël à la lumière de Pâques, il y a ce passage étonnant, où le temps semble suspendu, cette parenthèse de Royaume, qui est aussi un pont, un arc-en ciel entre les événements, et qui permet de nourrir notre espérance. Les disciples garderont en eux cette image, et plus tard, elle ouvrira leur cœur à la Résurrection, elle est promesse – une fois de plus ! – d’un monde clair, lumineux…
Nous devons nous voir comme des enfants de lumière, des filles et des fils de la lumière divine, unis sous l’œil de Dieu. C’est à cette hauteur que nous devons penser l’être humain, à cette hauteur que nous devons le placer : ce qui en résulte a la force de changer le monde.
Noël, Pâques, Pentecôte : nous marchons sur un chemin de lumière, et la Transfiguration, au milieu de la course, nous place dans cette perspective étonnante !
© 2011 Olivier Sandoz
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13.02.2011
Ma force, c'est Dieu - Matthieu 5, 20.33-42
Esa!ie 45, 9-12.18-19; 1 Corinthiens 2, 1-5
« Si vous n’êtes pas plus fidèles à la volonté de Dieu que les maîtres de la loi et les Pharisiens, vous ne pourrez pas entrer dans le Royaume des cieux » : c’est suffisamment clair, non ? Qu’est-ce que je pourrais ajouter ? Surtout que « si c’est oui, dites oui, si c’est non, dites non, tout simplement ; ce que l’on dit en plus vient du Mauvais.»
Ne vous inquiétez pas, j’ai malgré tout l’intention d’en dire un peu plus ce matin !
Dimanche dernier, mon lecteur commentait les versets qui précèdent notre passage en émettant des doutes sur le bien-fondé de ce que Jésus y enseignait : « tout homme qui se met en colère contre son frère mérite de comparaître devant le juge ; celui qui dit à son frère: « Imbécile ! » mérite d’être jugé par le Conseil supérieur ; celui qui lui dit: « Idiot ! » mérite d’être jeté dans le feu de l’enfer. » - c’est évidemment cette dernière phrase qui le faisait tiquer, qui lui faisait dire que c’était exagéré.
Pourtant nous sommes ici dans le Sermon sur la montagne, un enseignement global de Jésus reconstruit par l’évangéliste Matthieu, et qui pose les fondements de la pratique des disciples du Christ, les Chrétiens que nous sommes ! Ce qui fait que nous ne pouvons rien relativiser de cet enseignement, nous devons juste l’écouter et le mettre en pratique…
Ce qui nous donne un cadre, une indication de départ, c’est le verset introductif, celui qui disait « si vous n’êtes pas plus fidèles à la volonté de Dieu… » : la « volonté de Dieu », elle court toujours le risque d’être confisquée par certains pour leur seul profit. Et dans ce registre, les maîtres de la Loi et les Pharisiens en prennent chaque fois pour leur grade ! Ils savent si bien jouer avec les textes…
La vraie façon d’être fidèle, ce sera donc d’aller au-delà de ce qui est commandé, et pas seulement de l’imposer aux autres ou d’en faire un outil de répression, comme on perçoit ici l’attitude pharisienne !
La foule qui écoutait est sans doute devenue très attentive, à ce moment précis. Comment est-ce qu’on pourrait en faire plus et mieux que les Pharisiens, eux qui se profilent en champions de l’obéissance ? Et bien justement, en allant encore plus loin que la Loi écrite, en accomplissant cette « volonté de Dieu » qui est l’« outil » de relation amoureuse du Créateur avec ses créatures privilégiées, en allant au-delà de la lettre.
Cela va se manifester, dans le discours de Jésus, par une série de « vous avez entendu qu’il a été dit… - Eh bien! moi je vous dis… », où le second terme de la phrase est systématiquement une amplification à l’aide d’exemples de ce que préconisaient les maîtres de la Loi. Une façon de dire « vous pensez être sauvés par votre obéissance à la Loi ? et bien rajoutez-y des bonus, parce que vous êtes encore loin du compte… ! ».
Ce n’est pas suffisant de ne pas tuer, de ne pas commettre d’adultère, de respecter son serment ou la loi du Talion, oeil pour œil, dent pour dent… La Loi voulait nous éduquer, aurait voulu faire de nous des femmes et des hommes à la ressemblance de l’humanité de Jésus… mais elle est en échec si ce sont juste nos membres qui obéissent, quand notre cœur et notre âme sont encore partagés. L’adultère est une blessure faite à la confiance et à l’alliance, mais je peux aussi être adultère par un simple regard ; j’espère n’avoir à assassiner personne, mais qu’est-ce que j’ai fait en traitant d’imbécile tel ou tel qui n’agit pas comme je l’entends ?
Jésus poursuit son enseignement en donnant des exemples : tendre la joue, céder même son manteau – le vêtement par excellence que la Loi interdit d’enlever aux pauvres – ou faire mille pas de plus, même si c’est vraiment une corvée… Voilà comment faire, comment être dans la suite du Christ. A vues humaines, cela va très loin, trop loin… trop au-dessus de mes forces.
Et bien, c’est à ce moment-là que nous pourrions relire l’épître ! Paul s’y expose en nous dévoilant une partie de sa « technique d’évangélisation », et elle passe par l’humble obéissance au seul Evangile de Jésus-Christ. En ce sens, Paul ne fait rien de plus que répéter ce que les prophètes ont essayé de faire comprendre, rappelez-vous le message d’Esaïe toute à l’heure ! La force, c’est Dieu, c’est la bonne volonté de Dieu à notre égard.
Si je crois ce Dieu de Jésus-Christ bienveillant pour moi, je Lui demanderai sans crainte le don d’amour qui me manque pour résister à l’impatience, à la colère ou à la critique contre l’autre.
Et je pourrais donc faire de la Loi quelque chose de dynamique, en faire une onction pour mes relations avec les autres, le « lubrifiant » dans le mouvement du dialogue entre les personnes.
Dieu n’a jamais exigé de nous l’impossible – ça, c’est plutôt son rayon à Lui, l’impossible ! -, Il nous a juste demandé notre confiance et de la place pour Lui et pour les bonnes choses qu’Il nous a préparées – comme la faculté de tendre l’autre joue pour interrompre une dispute, de céder jusqu’à son manteau ou de marcher encore plus loin que demandé pour témoigner de cette « nouvelle justice » du Royaume ! Elle va encore passer par la Croix, comme le disait Paul : « j’avais décidé de ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ et, plus précisément, Jésus-Christ crucifié. »
De toute façon, seul(e), nous n’y arriverions pas !
© 2011 Olivier Sandoz
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06.02.2011
Le Ciel et la Terre - Matthieu 5, 21 à 24
Lévitique 19, 17-18 ; 1 Corinthiens 2, 6-10
D'un côté le ciel, de l'autre la terre ! ...c'est peut-être bien comme ça que nous sommes tentés de vivre, jour après jour, notre réalité humaine. Le ciel, avec un Dieu majestueux, auquel il s'agit de plaire, qu'on va essayer d'amadouer, qu'on va essayer de se concilier, d'un côté, et de l'autre, sur terre, nos relations plus ou moins claires, plus ou moins assurées, les uns avec les autres, et avec le reste du monde... Il y a, ces jours, trois réflexions qui m'ont habité à ce propos, et que je voudrais vous livrer ici. Le ciel et la terre...
La prière du Seigneur, le Notre Père, met en relation ces deux réalités, dans les demandes faites à Dieu: "...sur la terre comme au ciel", dit le centre de prière; ainsi, c'est lorsque "sur la terre" le Nom de Dieu sera sanctifié, son Règne établi et Sa volonté accomplie comme ils le sont "dans le Ciel" que l'on pourra parler d'un Royaume manifeste sur tous.
Le ciel et la terre pour se renvoyer l'un l'autre l'image de Dieu, de l'amour de Dieu, de Sa relation exceptionnelle avec les créatures, SES créatures... Et ce terme de "créature", tout naturellement, me renvoie maintenant au texte de la Genèse, à l'histoire de la femme, de l'homme et du serpent - que nous avons abordée hier avec les catéchumènes. Là où il est aussi question de relations, de relations avec Dieu, l'un avec l'autre et avec le monde... Des relations que Dieu désire transparentes, mais qui deviennent "opaques" au moment où l'homme et la femme se dissimulent pour ne plus être vus de Dieu... Et alors toutes les relations paradisiaques sont perverties: au lieu de la proximité de Dieu, dans la douceur du jardin, c'est l'exil, l'expulsion hors de l'Eden; au lieu de la rencontre, de l'heureuse découverte d'un partenaire dans le couple, c'est un jeu de pouvoir qui est établi, basé sur la force masculine; enfin, et non le moindre, alors que Dieu avait projet d'offrir à l'homme un monde pour le cultiver, l'entretenir, voilà qu'il va falloir travailler jusqu'à l'épuisement pour difficilement tirer le nécessaire pour sa survie.
On n'est plus au paradis, c'est bien vrai, et pourtant, n'est-ce pas à y retourner que nous aspirons, n'est-ce pas à cette paix, à ce bonheur, à cette sérénité que nous tendons ? Pour tout dire, l'Evangile de ce matin est très explicite à propos du rapport entre ce qui se passe sur la terre et ce qui se passe dans le ciel ! "Si tu viens présenter ton offrande à Dieu, et que là, tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, ... va d'abord faire la paix avec ton frère... !". Un conflit, une faute, une blessure infligée à autrui, cela n'est pas sans effet sur ma relation avec Dieu: la souffrance de l'autre - une souffrance que Dieu ressent, que Dieu éprouve parce qu'il est aussi bien avec l'autre qu’avec moi ! - la souffrance de 1'autre vient obscurcir la transparence que j'aurais souhaitée avec Dieu. Oh, je peux bien essayer de me "racheter" en amadouant Dieu par une belle offrande, tant que je ne suis pas allé parler avec mon frère, c'est peine perdue, rien ne "passe" bien entre moi et Dieu '. "Va d'abord faire la paix !" ...contre la colère, le chemin par excellence ! "Va d'abord faire la paix !": on pourrait imaginer que s'occuper de Dieu passe en premier, mais Jésus parle sans équivoque: "Va d'abord faire la paix... !" Terre et ciel se rejoignent ici encore, pour devenir signe du Royaume.
Comment être vraiment en paix, même devant Dieu, seulement, si l'on n'est pas sur un chemin de paix avec son frère ? "Mais mon frère recevra-t-il ma demande de pardon ? Voudra-t-il me pardonner ? Et si ce n'est pas le cas, s'il refuse, s'il me rejette...?" Peut-être, peut-être qu'il agira ainsi; mais il pourra AUSSI accueillir ce repentir, et dire qu'il a eu mal, et trouver face à lui, plutôt qu'un ennemi, une oreille attentive, l'attention d'un frère pour panser ensemble la blessure... Et c'est là-dessus que Je peux miser, parce que c'est là-dessus que je peux construire du solide !
Le livre du Lévitique transmettait déjà ce précepte: pas de haine, mais pas non plus d'indulgence coupable ! Réprimande s'il le faut, dans l'amour. Si je suis blessé, si mon "tortionnaire" revient vers moi avec des sentiments changés, je peux déjà faire la paix... le pardon viendra en son temps ! D'un côté le ciel, de l'autre la terre... c'est ce que je disais en commençant !
Après ces trois passages, ces trois réflexions bibliques, j'ai plutôt envie de prier, ainsi d'ailleurs que Jésus l'enseigne,"sur la terre COMME au ciel": rien de ce que je fais ici-bas n'est sans effet auprès de Dieu, rien de ce qu'il fait dans le ciel n'est sans écho parmi nous. C'est dans cette proximité - le ciel reste ciel, et la terre reste la terre, il n'y a pas de "fusion", de "confusion" '.- c'est dans cette proximité que nous voilà invités à vivre nos liens, nos relations d'égal à égal, et nos relations avec Dieu.
Dieu nous rencontre, et COMME II nous rencontre, nous essayons de rencontrer les autres. Ce n'est pas facile, ce n'est pas vraiment à notre portée, mais cela nous est donné: c'est à nous, écrit Paul, que Dieu a révélé ce secret par le Saint-Esprit !
© 2011 Olivier Sandoz
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24.01.2011
Heu-reux ! - Matthieu 5, 1-12
Sophonie 2,3 et 3, 9-13 ; 1 Corinthiens 1, 10-18
Après avoir reçu le Baptême de Jean, et avoir été tenté au désert, Jésus a commencé son ministère en appelant les gens à la conversion, en recrutant ses disciples, en accomplissant des guérisons…
Mais c’est par un bien curieux enseignement qu’il entre en matière aujourd’hui, devant les foules rassemblées pour l’écouter dans ce que nous appelons le « sermon sur la montagne » : « Heureux… ! », la grand série des Béatitudes qui inaugure pour nous, lectrices, lecteurs, toute la première partie, la première facette de l’enseignement du Christ.
Heureux… ! …si la joie ne se commande pas, le « bonheur » est décrit ici comme une situation qui dépend de nous, de notre façon de regarder notre vie et les événements qui la font. En règle générale, je dirai que je peux être heureux d’être aimé, et tout faire – parfois jusqu’à l’absurde ! – pour me rendre aimable ; je peux aussi être heureux de ma prospérité, et agir pour que mes biens augmentent ; je peux trouver mon bonheur dans l’autorité sur mes semblables, et beaucoup sacrifier à ce but ; je pourrais également être heureux de réussir une belle carrière, de disposer d’immenses richesses et y trouver tout mon contentement : on me dira peut-être « heureux » - on dit que l’argent ne fait pas le bonheur, mais qu’il y contribue… quant à savoir si vraiment « bien mal acquis ne profite jamais », il y en a pourtant qui ont fait leur place au soleil sans s’embarrasser de trop de scrupules… Il y a donc mille et mille bonheurs, et autant de façons d’y accéder – autant qu’il y a de gens heureux !
Mais ici, Jésus commence en déclarant heureux… les pauvres, les naïfs, les victimes, et comble de tout, « heureux » les…TRISTES ! …est-ce que c’est réellement l’entrée en matière sérieuse que l’on attendait ? – la foule, pourtant, l’écoute… Jésus ne serait-il alors qu’un de ces prophètes acoquinés au pouvoir des puissants, qui maintiennent les petits en dépendance, leur promettant monts et merveilles pour … plus tard, pour « après » ? …si c’est ce discours que tient le Christ, le discours de la résignation, de l’acceptation passive, du fatalisme, alors fermons la Bible et passons à autre chose ! Mais l’Evangile n’est pas ainsi : la venue du Christ, de Dieu parmi nous, est LIBERATION. Nous l’avons cru, nous le croyons si nous nous rassemblons aujourd’hui encore dans cette église…
Alors quoi ? Qu’est-ce que nous attendons ? Qu’est-ce que nous attendons de Dieu, de sa Parole ? Un enseignement de sagesse, de raison mondaine ? Un discours de l’irrationnel ? Ou alors quelque chose de nouveau, de différent ? Vous qui êtes peut-être meurtris, qui vous sentez rejetés, oubliés de Dieu – ou tout simplement inutiles dans son projet qui de toute façon vous dépasse… Vous ne trouvez pas votre place malgré les « bonnes paroles » qu’on vous prodigue, qu’on vous serine à propos du cœur de Dieu qui est grand comme ça… Et bien si vous vous reconnaissez dans ce portrait brossé à grands traits, ouvrez grandes vos oreilles : vous êtes BIENHEUREUX ! Il ne s’agit pas de vous consoler par quelques banalités, il s’agit ici et maintenant de certitudes, d’une déclaration de Dieu à notre égard : comme nous sommes, Dieu nous emploie déjà. Il ne nous propose pas de nous entraîner sur le chemin d’un bonheur tout facile – tout illusoire ! -, mais de nous accompagner au cœur de ce que nous vivons, à la découverte d’une vie heureuse possible, qui nous donne satisfaction. Si par exemple nous perdons un être cher, Dieu ne va pas nous consoler en nous le ressuscitant séance tenante – même si c’est bien cela qui nous plairait le plus ! … non, mais Dieu nous accompagnera à la redécouverte d’une vie possible, dont nous pourrons profiter quand même, malgré la perte. Il nous fera remonter la pente difficile en dépit de la souffrance légitime que nous ressentons. Et nous sommes déclarés « heureux » de la simple proximité de Dieu.
Certains souhaiteraient sans doute un Dieu moins proche, et une souffrance plus distante également ; mais ici, il est bien question de présence de Dieu, il nous est rappelé que Jésus est « Dieu-venu-avec-nous », parcourir notre vie en notre compagnie, une vie qui ne manque pourtant pas d’embûches ! Dieu ne nous dit pas non plus de nous appauvrir pour être heureux, Il n’exclut les nantis de son plan ; mais de même qu’Il choisit de temps en temps une personne parmi les milliers d’Israélites pour en faire son prophète ou un roi, de même aujourd’hui Il veut convertir notre regard et utiliser la force de notre faiblesse, de notre tristesse, de notre innocence même pour annoncer au monde que contre toute attente, les « maudits de la terre » sont aussi, d’abord, Ses enfants ; qu’il n’y a devant Lui aucune exclusion !
Heureux… : vous êtes heureux, même si c’est difficile à croire, quand vous pouvez vous mettre en marche, vous remettre en marche avec l’assurance que Dieu est là, à portée de cœur, dans vos crises, dans vos tourments, dans votre angoisse…
Je suis trop petit, Seigneur ! Je ne peux rien faire pour Toi. Je suis affaibli par l’épreuve, anéanti par le chagrin – par moment, je désespère même de ma foi… Que pourrais-Tu bien faire de mes peines, de mes larmes, du fardeau que je suis ? – Je peux, dit le Seigneur, te déclarer heureux de t’être retourné vers Moi, et de Me laisser agir par toi, avec toi, en toi ; oui, par toi AUSSI le Royaume va passer ! Heu-reux !!
© 2011 Olivier Sandoz
08:39 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, prédication protestantisme, bible
09.01.2011
Vocation - Matthieu 2, 19 à 23
Exode 4, 18 à 23; Psaume 2, 1 à 9
Qu’est-ce que c’est pour vous, une vocation ?
(…)
La vocation, un appel à recevoir, à accepter, pour y répondre…
Ça peut être pour un grand défi, un magnifique projet : pour Moïse – à son corps défendant d’abord – c’est sauver son peuple, le délivrer de l’esclavage, battre Pharaon et toute son armée, traverser une mer et un désert… Une vocation à conduire un peuple en vrai chef ! Une vocation qui compte, qui fait date ! Moïse appelé par Dieu, ça fait du bruit pendant des siècles ! …et pourtant, elle était plutôt mal engagée, cette histoire-là : Dieu appelait Moïse du milieu du buisson ardent, mais Moïse tergiversait, discutaillait, cherchait à se défiler, à expliquer à Dieu qu’Il devait faire erreur sur la personne…
Au terme de l’histoire, le résultat sera inouï, puisqu’en plus de la libération d’Israël, Moïse aura fait l’apprentissage d’une proximité, d’une intimité avec Dieu jamais égalée !
Une vocation : comme celle de David, peut-être ? Un bel exemple, écoutez le Psaume : « Tu m’as dit : tu es mon fils, à partir d’aujourd’hui c’est moi qui suis ton père… Tu es le roi consacré, que J’ai choisi… ». Vous la connaissez, je ne vous la rappelle pas, l’histoire de David : des dizaines de pages lui sont consacrées dans notre Bible.
Et ces prophètes, et ces rois, et ces prêtres qui forment ensemble l’histoire du salut, eux tous dont on parle encore aujourd’hui ; tous ceux-là ont été appelé, ont reçu de Dieu une vocation, et ils ont écouté avec plus ou moins de bonheur ce que Dieu les appelait à être. Ils étaient tous des êtres de chair et de sang, semblables à nous, appelés dans leur famille, dans leur quotidien, avec les hauts et les bas de l’existence : rien d’exceptionnel en eux, jusqu’au jour où Dieu leur dit qu’Il a besoin de leur personne pour Son plan, pour Son projet, et d’une façon toujours bien précise : « Tu iras dire…, tu donneras ce signe…, tu feras ce geste… ».
On ne va pas imaginer que Dieu appelle ses enfants uniquement pour des haut-faits, des exploits extraordinaires ou des prophéties qui déplacent les foules… Vous en avez sûrement fait l’expérience, Dieu appelle également pour des travaux plus humbles et pourtant nécessaires à la réalisation, à la proclamation de la Bonne Nouvelle.
Tenez, par exemple Joseph, le charpentier, qui s’entend dire : « Fuis en Egypte pour échapper à Hérode ! » et puis : « Reviens en Israël, Hérode est mort ! » et encore « Va en Galilée, tu y seras plus à l’abri avec femme et enfant ! ». Il est ballotté de ci de là, Joseph, toujours appelé à quitter un endroit pour un autre, à quitter le lieu où il aurait pu bâtir du solide…
Sa vocation, c’est cet appel que Joseph entend, cette mission de prendre soin de Marie, puis de Jésus. Vous vous souvenez de l’ange ? « Prends Marie pour épouse », « Prends Marie et l’enfant pour aller en lieu sûr ! », « Prends-les pour revenir au pays ! »… La vocation de Joseph, ce n’est pas de conduire un peuple hors de l’esclavage, ou de lui donner une Loi pour les siècles des siècles ; ce n’est même pas d’être prophète, prêtre ou roi… La vocation de Joseph, c’est d’être un père pour Jésus, un mari pour Marie, un auditeur attentif de la volonté de Dieu. Cela semble moins glorieux que Moïse ou David, à vues humaines, et pourtant sans lui, sans son obéissance, nous ne serions simplement pas ici. Il y a une obéissance, une écoute dans les petites choses, dans ce qui paraît banal, qui revêt ensuite une grande importance.
Alors bien sûr, quand on parle de vocation, on peut faire mémoire d’Abraham et de Sarah, d’Isaac et de Jacob, de Moïse et de David, d’Esaïe, de Jonas, de Jean-Baptiste, de Débora ou de Marie… Mais tous les autres, qu’on ne connaît plus, ils comptent aussi ! Il y en a évidemment toujours parmi nous qui ont répondu ou répondent, hier, maintenant, comme d’autres le feront demain. Et tous ceux-là – vous, nous -, ils ont dans le cœur de Dieu, dans Son histoire avec les hommes, la même très grande importance que la centième brebis, le fils prodigue ou le premier couple…
Tous nous sommes appelés pour un même but, une même fin, un même salut; et ce n’est peut-être pas tellement la vocation qui diffère, mais ce sont les manières de répondre : personne ne peut prétendre que Dieu aurait oublié de l’appeler, ce qui est décisif, ce qui pourra faire la différence, c’est la volonté et l’énergie que j’aurai mise à recevoir, à écouter, à accepter de répondre – à passer en acte l’appel qui m’est personnellement adressé. Ainsi Joseph se met toujours en route…
Dans le plan du salut de Dieu, nous ne sommes pas des « externes », pas des spectateurs. Pour 2011, nous sommes des appelés, à mieux connaître le Dieu de Jésus-Christ, à entrer toujours mieux dans l’intimité de ce Seigneur qui nous propose de Le suivre.
© 2011 Olivier Sandoz
12:04 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, christianisme, prédication, protestantisme


