03.08.2008
Dieu t'accordera ce que tu désires - Matthieu 15, 21-28
Esaïe 56, 1.6-7; Romains 11, 13-17
Vous souvenez-vous du combat de Jacob avec Dieu, du combat avec l'ange ? L'Evangile de ce matin, s'il est moins "physique", nous rappelle que la foi peut avoir cet aspect de "lutte avec Dieu"; une lutte, parce que depuis les premières pages de la Bible, l'être humain est mis en question dans la représentation, l'image qu'il se fait de son Dieu - c'est d’ailleurs l'enjeu du livre de Job, quand le tentateur soutient au Seigneur que la foi de Job n'est qu'une façade, qu'une façon d'être quand tout va bien...
Alors, que nous dit aujourd’hui l'épisode entre Jésus et la Cananéenne ?
Voilà une femme qui, sans être une Israélite, a entendu parler de Jésus... la renommée du Seigneur a dépassé les frontières d'Israël, assez floues d'ailleurs a cette époque. Ce qu'elle vient réclamer, c'est l’exorcisme de sa fille possédée, mal en point. Et bizarrement, ce Seigneur que l'on croyait tellement attentif aux plus petits refuse et d'accorder son écoute à une mère, refuse même d'entrer en matière quant à la guérison de la fille: "Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël", et plus loin : "Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens." ! – ce dernier mot est très dur, les chiens au Proche-Orient ancien ne sont pas de charmants animaux de compagnie, ils sont seulement tolérés dans le voisinage des hommes pour leur possible utilité de garde…
Cette attitude nous choque de la part de Jésus, parce que nous avons tellement entendu parler d'un accueil universel que Dieu fait aux hommes que nous en oublions parfois les modalités... Si cette femme vient à Jésus comme vers un simple médecin doué, si elle reconnaît en lui juste un faiseur de miracle, et rien d'autre, Jésus doit refuser un geste de guérison: les "brebis perdues" de la maison d'Israël ont déjà tant de peine à reconnaître l’action du Dieu d'Israël, alors une païenne, qui n’a pas l’arrière-plan religieux juif… !
Mais si au contraire cette femme, païenne, a découvert en Christ le porteur du salut pour le monde, si elle le reconnaît comme le Sauveur envoyé au cœur d'un peuple particulier, mais destiné à porter la lumière aux nations, si elle ne cherche pas à confisquer le don que Dieu fait de son Fils au peuple élu mais qu’elle se réjouit des « miettes », elle provoque notre admiration - et celle de Jésus ! - par sa confiance sans mesure en cet homme Jésus. "Grande est ta foi !" s'exclame-t-il - et en écho, je pense à ce que le Christ venait de dire un peu plus tôt à ses propres disciples : "Comme votre foi est petite !".
Sous nos yeux se joue l'ouverture du salut aux nations. Sous nos yeux, dans le combat de cette femme pour la guérison de sa fille, c'est l'origine même de NOTRE foi qui se déroule... Si l'Evangile était resté au seul peuple d'Israël, nous, nous ne serions pas là ! Pierre, puis Paul, plus tard, ferons eux aussi l'expérience de cette ouverture, au point que Paul - l'ancien Pharisien - s'est vu décerner le titre d'"apôtre des païens", l'"apôtre des Gentils" comme on disait naguère...
Tout cela pour nous dire quoi ?
D'abord pour nous appeler à l'humilité: nous ne sommes, dans l'histoire du salut, qu'un rameau greffé, qu'une "pièce ajoutée" - et cela doit nous entraîner à un plus grand respect du peuple juif, qui "nourrit" notre foi, notre histoire personnelle de foi: il n’est pas bon de donner aux chiens…
Malgré cette humilité, et c'est le second point, nous sommes appelés au combat, à la lutte dans notre foi, avec l'espérance d'une grâce, avec l'assurance d'une écoute quand nous nous tournons vers le vrai Dieu. Je l'ai dit en commençant, il est sans doute question dans ce texte de notre représentation, de notre image de Dieu: est-Il ma "roue de secours", mon "dépanneur pour le cas où", ou bien le Seigneur de l'espace et de l'Histoire, le Père qui m'adopte comme SON enfant ? Cette remise en question de ma foi, c'est un combat salutaire.
Enfin, dans cette lutte pour faire reconnaître ma confiance en Dieu, je suis appelé à la persévérance, à la poursuite de mon cri, en dépit du silence de Dieu : Jésus ne s’arrête pas, n’entend pas, et il a même des paroles très dures (« chiens » !), mais la femme ne s’arrête pas au rejet, elle a une demande, une attente qui supporte tout : appelons cela l’amour
Humilité, remise en question, persévérance dans l’amour, trois mots qui, ma foi, témoignent d'une relation plus vraie avec Dieu - parce qu'ainsi, je me présente devant Dieu non pas comme si je savais ce que Dieu doit faire et comment Il le doit, mais bien comme une personne qui connaît les capacités d'amour de Dieu, et qui Lui demande de les déployer pour elle.
Dès les premiers temps, les Eglises ont dû ressentir comme choquantes l’attitude et la réponse de Jésus à la Cananéenne. Mais au cœur même de ce rejet, c'est justement l'ouverture de l'Evangile au monde qui est en jeu: le salut, la vie en abondance sont offerts à tous, oui, mais pas « n'importe comment – n’importe quoi - à n'importe qui ! »
Dans la foi, cette Cananéenne, cette païenne est NOTRE MERE... et nous sommes apparentés à sa fille possédée ! C’est pour nous qu’elle venait, insistante, vers Jésus, demander… NOTRE salut !
Et Jésus lui répond : "Oh ! que ta foi est grande ! Dieu t'accordera ce que tu désires "
© 2008 Olivier Sandoz
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13.07.2008
Le Règne de Dieu vient de vous atteindre - Matthieu 12, 22-28
Esaïe 29, 15-21 - Romains 8, 18-23
Parfois on dit n’importe quoi !Parce qu’on a peur ; ou parce qu’on n’a pas vraiment réfléchi ; ou encore, parce qu’on veut se tirer d’un mauvais pas, alors on est…de mauvaise foi.
Parfois on dit vraiment n’importe quoi.
J’ai rencontré cette semaine une personne qui m’a fait une théorie sur les gens qui vont à l’église, pour conclure : «ils ne sont pas meilleurs que les autres» m’a-t-elle dit en résumé, comme si c’était une révélation digne de figurer dans la mémoire de l’humanité.
Evidemment que nous ne sommes pas «meilleurs que les autres» en venant à l’église, puisque ça n’a vraiment rien à voir avec un sentiment de supériorité ! Nous nous retrouvons ici parce que nous avons faim et soif, de présence, d’amour, d’Esprit et d’une Parole de vie – ce sont les mots de la prière d’introduction aux lectures tout à l’heure.
Mais ce qui me dérangeait le plus, dans ce préjugé un peu inutile, c’est qu’on le mettait en avant pour dire : « Voyez-vous, JE ne vais pas à l’église, mais comme JE fais tellement de bien autour de moi, JE vaux mieux que ces gens qui eux, vont à l’église, mais ne sont pas meilleurs… » Et pour cela, je trouve que, parfois, on dit vraiment n’importe quoi !
Je ne vais pas épiloguer : vous l’avez entendu, quand Jésus guérit une personne aveugle et muette, on lui lance déjà à la figure qu’il est au service du démon… et nous, on revendiquerait pour nous un meilleur sort que celui de notre Maître ?
Non, ça ne va pas être plus facile d’être chrétien, à l’avenir : l’apôtre Paul l’a écrit il y a 2000 ans, « la création est tombée sous le pouvoir de forces qui ne mènent à rien » - il suffit de lire la une des journaux pour s’en rendre compte -, le monde est vraiment incapable de reconnaître, et donc d’accueillir, ce que Dieu veut lui donner. Mais « il y a toutefois une espérance: c'est que la création elle-même sera libérée un jour du pouvoir destructeur qui la tient en esclavage et qu'elle aura part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. »
Je n’en veux pas à cette personne qui se trompait si lourdement, et sur les gens qui vont au culte, et sur son propre compte ; ce qui m’attriste, c’est cette incapacité à saisir la force de l’espérance qui est là, qui est donnée, qu’il suffirait d’accepter plutôt que d’essayer de paraître… On est en pleine illustration de l’attitude caricaturale des Pharisiens à l’égard de Jésus, de la foule, de la vie : comme un arrêt sur image, avec impossibilité de voir au-delà de ce que l’on a pensé une fois et qui nous semble convainquant.
Mais si réellement tout était ainsi bétonné, bloqué, à quoi nous servira-t-il de placer notre confiance en ce Dieu que Jésus-Christ nous a appris à nommer Père ?
Je me réjouis toujours de lire les paroles d’Esaïe : elles sont encourageantes pour tous les petits, les humbles de la Terre, elles annoncent la fin des fâcheux - tyrans, insolents, nuisibles ou menteurs – et l’apparition (enfin !) d’une joie grandissante. Ce n’est pas rien ! Les contemporains du prophète l’entendaient comme une musique d’avenir, comme un horizon lointain ; les Pharisiens de l’époque de Jésus en avaient sans doute fait une sorte de mythe, quelque chose apparenté à cet «opium du peuple» dont on nous a rabâché les oreilles, un avenir radieux pour après la mort… Et puis Jésus arrive et offre une vision différente : «Le Règne de Dieu vient de vous atteindre.» …avec pour preuve la guérison d’un possédé, d’un aveugle-muet, d’un incapable de communication !
Ce n’est pas juste une guérison de plus, juste un incident sur le chemin et puis on passe à autre chose ! Des guérisons, nous en attendons : toutes, tous ! …comment nous les attendons, et pour quand, ça c’est une autre affaire !
Ici, un aveugle-muet. L’Evangile le présente comme un «possédé», quelqu’un sur qui le mal exerce une emprise telle qu’il ne peut ni recevoir la lumière, ni extérioriser ce qui l’enténèbre, quelqu’un qui est enfermé dans son corps comme dans un scaphandre, pire, comme dans un cercueil.
Le geste de Jésus, c’est – toujours ! - de faire sortir du tombeau. La guérison proposée par Dieu, c’est la vie, et encore mieux, la vie ETERNELLE, parce que le Règne de Dieu, le Royaume de Dieu vient jusqu’à nous.
Non pas : soyez les meilleurs pour recevoir les honneurs, mais : recevez la vie éternelle pour devenir parfaitement des vivants.
Ça ne devrait pas être trop compliqué, puisqu’il suffit de recevoir ! Malheureusement, recevoir, nous ne l’avons pas appris : « la création est tombée sous le pouvoir de forces qui ne mènent à rien », ça signifie justement cela ! Le chemin de nos cœurs est difficile d’accès, nous luttons, nous résistons, nous préférerions mériter, gagner, toucher un salaire… Mais la réalité de Dieu tient en un mot : cadeau.
« Le Règne de Dieu vient de vous atteindre, le Royaume de Dieu est déjà venu jusqu’à vous ».
© 2008 Olivier Sandoz
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29.06.2008
Evangéliser ? - Matthieu 10, 24-33
Jérémie 26, 1-9 ; Romains 6, 12-23
Est-ce que vous vous sentez en mission ? …oh, je sais, c’est un terme piégé : ça fait soit très prosélyte, soit trop militaire !
Alors je vais employer un autre mot :
Est-ce que vous vous sentez appelés à évangéliser ? …cette fois, c’est un mot un peu oublié ! ... Dans nos Eglises, habitués à une situation de "monopole", nous avons pris l'habitude de considérer que tous savaient de quoi il s'agit quand on parle de foi, de relation à Dieu, de Jésus-Christ... Au point de laisser à d'autres, télévangélistes ou communautés dites évangéliques, le soin de se lancer dans l'"évangélisation" !
Mais je vous posais la question, parce que dans l’Evangile de ce jour, les paroles de Jésus sont chargées de cette dimension-là, de partager l’Evangile, de proclamer notre foi, de nous déclarer solidaires de Jésus-Christ. Pas comme une activité facultative, une activité de loisir, mais comme un acte de confiance.
Le Chrétien, il est chrétien parce qu’il témoigne – pas parce qu’il fait beaucoup de choses ! Il est Chrétien parce qu’il se solidarise de la personne de Jésus – jusqu’à la mort même, puisqu’un disciple n’est pas plus grand que son Maître, et qu’il ne peut prétendre à une destinée moins douloureuse que celle de Jésus.
Ça nous fait peut-être peur ! …ou alors, ça résonne comme une musique d’un autre âge, ou d’autres lieux. Ça fait penser à Jérémie, aux prophètes d’autrefois, qui annoncent des choses pas faciles à entendre – et donc pas faciles à proclamer non plus ! Ça nous parle de persécutions, de risquer sa vie pour sa foi – et aussi peut-être de contrées lointaines et inquiétantes ! -, mais assez peu de notre réalité européenne de ce XXIe siècle… Et pourtant !
Une autre partie du message de Jésus, dans ses enseignements de tout à l’heure, est là pour nous encourager sur cette voie : Dieu seul décide de la destinée de notre personne, toute entière ; Dieu seul a ce pouvoir, Il est seul compétent, même en face de la puissance satanique, même en face de ce qui pourrait nous détruire, seul compétent pour nous sauver ou nous perdre… et Il préfère choisir de nous sauver.
Même si nous devons finalement mourir, Dieu n’en est pas absent. Autrement dit, ici : Dieu prend soin de ses créatures, c’est un soin personnel et particulier, qui concerne aussi bien notre vie matérielle concrète. Nous sommes invités personnellement à faire cette découverte de la confiance – de la confiance, et pas d’une quelconque «sagesse naturelle» !
Ce qui fait le croyant, dit Paul un peu plus tard, c’est son cœur, et pas sa conduite ; c’est l’humilité de son être devant Dieu, et pas l’excellence, pas la perfection de ses vertus. Il y a quelquefois chez certains une tendance maladive à « saboter » l’Evangile en le transformant en système de lois pour faire sa propre justice : «si tu fais ceci, ou cela, tu es/tu n’es pas chrétien…». Et bien penser l’Evangile ainsi, c’est précisément ce que Paul appelle le péché !! Un système d’enfermement qui conduit au désespoir, qui nous fait considérer Dieu comme une père fouettard plutôt que comme un Père aimant, qui met les exigences de la Loi devant les merveilleux cadeaux de la grâce.
Aucun d’entre nous ne peut revendiquer le titre d’être parfait, d’être arrivé au but. Le Chrétien est toujours, matériellement, pécheur. La différence d’avec les non-croyants, elle n’est pas dans la perfection, elle est dans la foi, dans la confiance « en Christ ».
Tant que je reste dans une relation avec Dieu tel que Jésus me le présente, je suis en état de me repentir, je suis en état de reconnaître ma «chute», ce qui manifeste ma faiblesse mais qui n’est pas mon intention profonde. Ou encore : tant que je recours aux «moyens de la grâce» comme on disait jadis, c’est-à-dire tant que je prie, que je lis et écoute la Parole, et que je prends part aux sacrements, le péché ne peut plus « régner » sur moi.
«Car le salaire que paie le péché, c'est la mort; mais le don que Dieu accorde gratuitement, c'est la vie éternelle dans l'union avec Jésus-Christ notre Seigneur».
Le péché mérite la mort, mais le don de Dieu, la gratuité, la grâce, c’est la vie éternelle en relation avec le Christ : c’est sans mesure l’un à l’égard de l’autre, parce que tout ce que je peux «gagner» par mes propres efforts, c’est la mort - tandis que la vie, je la reçois…
Et c’est justement cela, cette bonne nouvelle, cet évangile que nous devons annoncer, plus exactement, dont nous devons être les témoins, les proclamateurs, les «missionnaires» :
· Qu’est-ce que ça me fait, dans ma vie, de pouvoir faire confiance à Dieu ?
· Combien c’est difficile pour moi, de rester dans cette confiance, quand les choses vont péniblement, et que je me sens dans ma caverne ?
· Combien de fois j’ai chuté, pour qu’Il me relève chaque fois ? …parce que l’avance que je découvre, je ne la mesure pas aux chutes que je ne ferai pas ou plus – je tombe toujours quand même ! -, mais à la rapidité avec laquelle je peux me relever après la chute…
· Comment est-ce que Dieu est venu me relever, chaque fois ?
...voilà ce que nous pouvons dire, voilà nos outils pour partir en mission, pour évangéliser autour de nous tous ces contemporains qui, comme nous, essaient d’avancer dans la vie avec ses problèmes, ses impasses, ses lourdeurs… et aussi, heureusement, ses joies !
© 2008 Olivier Sandoz
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19.06.2008
Pâques nous a ouvert un avenir - Jean 10, 11-21
Actes 7, 17-22
L'Eglise s’est très vite mise à explorer les sens qu'ouvre l'événement de Pâques. La méditation sur le "bon berger" fait partie de ce "parcours", et se termine sur cette affirmation que Jésus a donné sa vie - plutôt qu'on la lui aurait prise, comme la violence de Vendredi-saint le laissait croire. Ce pouvoir de "donner sa vie", - et de la recevoir à nouveau -, Jésus l'affirme très fort ici, puisqu'il s'agit pour les disciples d'aujourd'hui comme d'hier de lire la Croix non comme l'échec par excellence, mais comme une victoire - ce qui est évidemment paradoxal !
Voyez toute l'énergie qui est mise dans ce passage : "je connais le Père, je connais mes brebis - je donne ma vie pour elle". L'image du berger, même si elle n'est pas nouvelle dans la tradition biblique, signifie une réalité que nous avons peut-être oubliée : dans l'Antiquité, les gardiens de troupeaux n'étaient pas que des surveillants - ils étaient surtout des défenseurs, et comme tels, amenés à risquer leur vie contre les bêtes sauvages pour la sauvegarde du troupeau - l'image de David jeune berger nous revient peut-être à l'esprit, lui qui avait combattu un lion...
Tout est aménagé dans ce passage pour que nous comprenions que Jésus n'est pas venu par hasard, mais qu'il est chargé d'une mission, et surtout que c'est Dieu qui mène l'histoire de bout en bout : que le Christ meurt de mort violente n'est pas une surprise, c'était prévisible... Parce que quand un berger se fait engager par un propriétaire, c'est dans son "cahier des charges" de mettre sa vie dans la balance - et le "bon berger" se reconnaît justement à ça : devant le danger, il ne fuit pas ses responsabilités!
Cela n'empêche pas la crainte : rappelez-vous le jardin de Gethsémané, la prière angoissée de Jésus à l'approche des événements dramatiques qui s'annoncent, comme le rapportent les autres évangélistes... ! ...mais le Christ ne se défile pas, ne cherche pas sa propre sécurité, il marche au martyre, quand bien même il ne le cherche pas à tout prix...
Au soir de Vendredi-saint, le "contrat" est rempli : le troupeau dont Jésus a la charge, cette "Eglise en germe", encore bien petite c'est vrai, n'a pas été balayé par l'offensive des gens du Temple : le Christ a donné sa vie, et la violence a été "limitée"- si l'on peut dire - à une seule victime.
Dans l'histoire des religions, ce n'est évidemment pas une "bizarrerie" que de voir un mouvement perdre son chef : combien de communautés passent par la douloureuse épreuve d'une persécution qui frappe la tête du mouvement... Mais ce qui est particulier, dans notre foi, c'est que cet échec trouve un rebondissement inattendu dans la résurrection, dans la réapparition de celui qui a été exécuté - et que très vite, les disciples vont y puiser la confirmation qu'ils sont dans le juste, malgré les apparences, en faisant confiance au message de leur Maître : il n'a pas subi la mort, on ne lui a pas ôté la vie, il en a fait cadeau parce qu'il avait à le faire.
Et "Dieu l'a ramené de la mort à la vie". Si Dieu s'est mêlé de la chose, c'est qu'il y a plus ici que la simple exécution d'un dissident, et que le bon berger qui a rempli son contrat voit sa récompense dans la vie qui lui est rendue.
La vie-cadeau : Jésus exhorte ses disciples - nous ! - à suivre cette voie, à ne pas craindre d'assumer nos responsabilités de servantes ou de serviteurs de Dieu, parce que ce Seigneur tient aussi fermes les termes du contrat : le propriétaire du troupeau a promis la vie qui ne finit pas, la vie éternelle, à celles et ceux qui s'engagent dans son domaine ; quand bien même la mort nous attend toutes et tous au bout de la route, Dieu fait éclater cette limite, en créant avec le Christ un chemin qui traverse cette réalité, qui la rend inoffensive.
C'est une nouvelle traversée de la Mer Rouge qui nous est proposée, à nous tous les humains de ce siècle et de tous les siècles passés et à venir : derrière nous, le temps qui galope comme les chars de Pharaon, qui nous rattrape... devant nous, la masse mouvante de l'inconnu dont on ne peut rien savoir, rien dire. Il nous faut faire un choix : avancer en croyant que la mer va s'ouvrir, ou rester sur le rivage à se lamenter, et subir les événements...
Il me semble pourtant que nous pouvons faire le juste choix, dès aujourd'hui, dans cette vie, parce que nous expérimentons la fidélité et la fiabilité de Dieu à travers l'Histoire, et à travers NOTRE histoire de vie également.
Il y a en chacune, en chacun de nous, des éléments, des épisodes de vie qui nous font sentir que nous sommes portés, accompagnés bien au-delà de ce que nos forces toutes humaines l'auraient permis… Le discours d’Etienne, le premier martyr, le manifeste dans cette jolie expression à propos de Moïse : « Il était beau aux yeux de Dieu » ! Nous sommes belles, beaux, aux yeux de Dieu…
Et Pâques, grâce au Christ, nous a ouvert un avenir : choisissons de le vivre !
© 2008 Olivier Sandoz
20:30 Publié dans Jean | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
15.06.2008
Prêt à croire ? - Matthieu 9, 27-34
Sophonie 3, 16-20 - 1 Corinthiens 2, 1-5
Il peut s’en passer des choses, sur un pas de porte !
C’est là qu’on reçoit d’abord les gens, c’est de là qu’on les fera entrer - ou qu’on les renverra ! C’est là aussi que, parfois, après s’être parlé longuement de tout et de rien, juste avant de se quitter, on a subitement envie de partager encore avec notre visiteur ce qu’on avait sur le cœur, ce qu’on n’osait pas mais qu’on brûlait de lui dire… Sur le pas de la porte !
Ainsi ce matin, l’Evangile nous raconte deux récits de guérison à la suite, d’un style un peu inhabituel, en fait.
Tout commence avec ces deux hommes, perdus parmi d’autres, qui suivent Jésus en criant : «Fils de David, aie pitié de nous !», tout le long du chemin… et ce cri – cet appel au Messie, puisqu’ils emploient l’expression « Fils de David » qui lui est réservée -, ils le répètent, le répètent et le répètent encore, comme des enfants qui serinent la même rengaine jusqu’à obtenir le résultat escompté… ! Avec en prime un Jésus qui semble ne rien entendre, ne rien voir, qui poursuit son chemin jusqu’à la maison.
On apprend que ces deux personnes sont aveugles, on imagine leur difficulté à suivre Jésus dans la foule, cette foule où la progression est de toute façon pénible… quand on est aveugle, c’est encore plus compliqué !
Sur le pas de porte – enfin ! - Jésus se retourne, les écoute, les délivre de l’obscurité. La route a été longue pour ces deux-là, mais quelle récompense au bout de la nuit, quel beau résultat à leur persévérance ! "Croyez-vous que je peux faire cela ?" -
"Oui, Maître."- Alors il leur toucha les yeux en disant: "Qu'il vous advienne selon votre foi." : ce dont vous me croyez capable va vous arriver !
Second volet, le possédé muet, un récit qui laisse une impression de va-vite : à peine connue l’existence de ce malade, le voilà retourné à l’anonymat - guéri, mais devenu une occasion de reproche, une occasion de critiquer Jésus, pour les Pharisiens. Que se sont-ils dit, le Christ et ce possédé, quelle consigne a-t-il reçue, quel geste de guérison, sur le pas de la porte, de nouveau ?
Pour les uns, c’était la nuit, peuplée de sons : des paroles, un geste ; pour l’autre, c’est la lumière, mais sans possibilité de sortir du silence, ce même silence qui caractérise ici l’action de Jésus : le possédé est délivré, les profanes s’en étonnent, mais les spécialistes condamnent !
Vous avez vu la différence ? Les aveugles ont ordre de se taire - ordre qu’ils ne respectent d’ailleurs pas. Mais le muet, pourrait-on avoir la cruauté de lui dire de retourner au silence dont il vient d’être guéri ?
L’un après l’autre, dans leur succession, ces deux récits de guérison nous parlent d’un Dieu qui échappe à nos recettes, à nos stratégies. D’un Dieu qui peut aussi bien agir patiemment lorsque l’appel est pressant - « Fils de David, aie pitié… ! » - qu’immédiatement à la demande discrète ; mais qui répond aussi bien à la prière criée qu’à la demande silencieuse du possédé muet. Quoi que Dieu fasse, la prophétie d’Esaïe se réalise, et les disciples de Jean-Baptiste pourront aller lui dire que « les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres… » !
Vous l’avez remarqué, les guérisons se sont faites sur le pas de la porte : au bout d’un long chemin, au commencement d’un autre, à un moment charnière. C’est bizarre : sur le pas de la porte, au moment où les aveugles pourraient sans doute renoncer – quand ils sentent peut-être que Jésus leur échappe définitivement -, il se tourne vers eux pour leur donner un avenir ; et au moment de fermer la porte, toujours sur le seuil, alors que le muet risque de rester muré dans son silence solitaire, Jésus lui rend une vie nouvelle !
Je suis sensible à ce mouvement, qui me dit de ne jamais renoncer, qui m’exhorte à croire encore et encore que Dieu est bien attentif. Quand tout semble limité, quand Dieu paraît s’être échappé, Il revient en force ; sur le pas de ma porte, sur le seuil de ma vie éternelle - là où je ne pourrais plus le suivre, comme un aveugle en territoire inconnu, comme un possédé muet incapable de demander le chemin -, le Christ me donne l’élan nouveau qui m’engage à poursuivre la route autrement.
Nous avons sûrement beaucoup d’attentes, d’espoirs, de rêves un peu fous avec lesquels nous vivons, tant bien que mal… Mais est-ce que c’est si fou, est-ce que c’est si faux de croire, d’espérer, contre toute attente ?
Quand il écrit aux Chrétiens de Corinthe, Paul ne mâche pas ses mots : à eux qui lui parlaient de leurs compétences, de leur propre force de persuasion, de leur grand savoir, de pouvoir et de raffinement dans le détail, Paul répond par les mots «Evangile», puissance de Dieu, foi, espérance, amour ; il leur dit – il NOUS dit : Croyez toujours, espérez sans délai, aimez sans mesure… et priez sans cesse !
Si Dieu est au cœur de nos vies, il sait aussi venir sur nos frontières, dans nos limites, n’en doutez pas ! Où nous nous dévoilons parfois, Il est là ; jusque dans nos silences, jusque dans nos nuits, Il met sa Lumière, sa Parole, pour nous transfigurer.
Sur le pas des portes de Jérusalem, l’année tragique où le peuple d’Israël est emmené en exil, Dieu dit avec le prophète Sophonie « Je changerai votre sort… Je vous ramènerai, je vous rassemblerai… ».
Est-ce que je suis toujours prêt à le croire ?
© 2008 Olivier Sandoz
12:05 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication


