14.10.2009

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11.10.2009

Justes devant Dieu - Matthieu 7, 21-29

Deutéronome 11, 18.26-28; Romains 3, 21-28

« Mettre en pratique », «faire la volonté de mon Père » : l'Evangile de ce jour est tout axé sur la réalisation de ce que l'être humain a compris, entendu, sur la « construction » de sa vie à partir des enseignements de Jésus.

Pour Jésus, devant Dieu, être intelligent - être insensé, c'est faire preuve - ou non - pas tant d'un extraordinaire génie que d'une obéissance amenée par la confiance, par la foi, en ces paroles que le Christ a prononcées jusque-là.

 

Dans le texte d'aujourd'hui, nous arrivons à la fin du « sermon sur la montagne » : très célèbre parce qu'il contient les Béatitudes et le Notre Père, bien sûr, mais pas toujours aussi connu quand il s'agit des enseignements importants que Jésus adresse à toutes et tous, et qui invitent à relire la Loi de Dieu dans sa radicalité ! Les « vous avez entendu qu'il a été dit... mais moi je vous dis... » qui structurent le discours ne sont pas des atténuations de la Loi, une façon de relativiser, mais bien au contraire une mise en évidence du caractère absolu des commandements... et l'on en vient parfois à se demander, à la lecture, s'il est vraiment réaliste - ou peut-être simplement POSSIBLE ! - d'être croyant dans ce contexte ! Rappelez-vous :

5, 21-22 ; 27-28 ; 31-32 ; 33-34 ; 38-39 ; 43-44 ;

ou encore : 6,1 ; 2 ; 5 ; 16 ; 19 ; 25 ;

ou même 7, 1 ; 7 ; 12 ; 13 ; 15 ; 21... !

La barre est haut placée... mais Jésus ne fait rien d'autre que de dire et redire ce qui est dès l'origine - le Deutéronome s'y attache déjà (11, 26-27), et tout croyant devrait en être convaincu...

 

La barre SERAIT très haut placée s'il s'agissait de faire notre propre justice en n'ayant d'autres but et sens pour notre existence que d'être de scrupuleux observateurs de ces lois. Certains s'y sont essayés - et les Pharisiens, par exemple, sont passés maîtres dans cette discipline. Pourtant, curieusement, c'est avec eux que Jésus a les plus sérieux accrochages... Il y a donc quelque chose qui «cloche» là-dedans !

Nous allons convoquer l'apôtre Paul à la barre, puisqu'il est le plus illustre de ces Pharisiens - dans la mesure où il a pu réfléchir pour nous à la chose de l'intérieur. Paul, «parfait et scrupuleux observateur de la Loi» selon ses propres dires, nous en confesse la vanité. Pour lui, l'observation de la Loi à la façon pharisienne conduit à l'échec, parce qu'alors il manque toute la dimension de la grâce, toute la dimension fraternelle et communautaire de la Loi: si je mets toute mon énergie à vouloir être parfait pour ma propre justice, j'arrive dans un mur, une impasse ... je me sauve tout seul, je suis un individualiste forcené - et par là-même, je marque un «auto goal», je désobéis au plus grand commandement, qui est celui de l'amour de 1' A(a)utre. La vérité est ailleurs...

 

Ce qui est premier, c'est Jésus, c'est Dieu ; ce qui en découle, c'est que l'action de Dieu en Jésus-Christ, ce pardon inconditionnel qui nous est OFFERT - que nous n'avons pas mérité, que nous n'avons pas « atteint » par nos forces humaines - met en lumière la vanité de nos entreprises de justice : avant que d'être quoi que ce soit, qui que ce soit, Dieu m'a aimé et fait grâce. Le reste, c'est ce que je vais faire de ma vie, ici, maintenant.

Et pour en faire une construction qui tient la route, un Loi, des commandements sont posés pour m'entraîner à la perfection, pour me faire approcher de cet être humain tel que Dieu le veut, mais que je ne vais pas devenir - en tous cas pas seul ! – parce que je serais obéissant et scrupuleux.

 

Jésus « renforce » les commandements, il met en évidence leur caractère absolu, il en fait l'outil qui me permettra de vivre pleinement AVEC les autres - mais toujours, dans mes réussites comme dans mes échecs, il y a l'assurance que Dieu m'aime, estime et désire ma personne. L'être humain que je suis construit sa vie en pratiquant ce qu'il a entendu, comme on construit une maison. Ce qui fait que ma vie est solide, c'est que je fais confiance à ces paroles de Jésus, c'est que je crois sans oublier d'obéir - pas d'obéir POUR être juste, mais d'obéir PARCE QUE Dieu m'a déclaré juste : Nous estimons, en effet, qu'un être humain est rendu juste devant Dieu à cause de sa foi et non parce qu'il obéirait en tout à la loi. (Rm 3, 28).

Nous grandirons ensemble, en communauté, dans le respect et la pratique des paroles de Dieu, et la « maison » qu'il s'agit d'établir sur le roc, c'est notre vie en relation, les uns avec les autres, et avec Dieu.

La grande découverte de Paul pour nous, c'est que rien ne peut nous séparer de l'amour que Dieu manifeste pour nous en nous donnant Jésus-Christ.

©2009 Olivier Sandoz 

13.09.2009

La porte étroite - Matthieu 7, 12-14

Exode 16, 1-5 ; Romains 8, 28-30

Qu’est-ce qu’il y a derrière la porte étroite ? Est-ce que vous êtes déjà allés voir ? Est-ce que vous avez déjà imaginé ce qu’il pouvait y avoir, là-derrière ?

… vous savez bien, cette porte que l’on néglige le plus souvent, pas tellement parce qu’elle serait moins bonne, mais en fait, à quoi bon se compliquer la vie à prendre des sentiers quand on a l’autoroute à portée ?

Ma première réaction en pensant à cette porte, c’est qu’il doit sûrement y avoir un bon nombre de vieilleries là-derrière, et puis de la poussière et des toiles d’araignée : forcément, puisqu’on ne l’emploie presque plus !

Et si je devais y passer malgré tout ? …et bien il me faudrait certainement de l’aide… il me faudrait aller demander pour qu’on me donne, aller chercher pour trouver quelqu’un qui m’aidera à faire pivoter sur ses vieux gonds rouillés cette petite porte de rien du tout ! …c’est un drôle de paradoxe : devoir se mettre à deux, à trois, à dix pour ouvrir une petite porte ! … et ce n’est pas tout : le passage doit être si étroit, si mal pratique que je devrais sans doute encore rentrer les épaules et me faire tout petit – moi, me faire tout petit ! – pour essayer de franchir le seuil.. avec le risque de rester coincer, et pour un bon moment puisque « peu nombreux sont ceux qui l’empruntent » ! …et puis je risque aussi d’être ridicule, là, bloqué dans l’entrebâillement : c’en serait fait de ma fierté !!

Entrer par la petit porte, par la porte étroite…

 

Vous trouvez que je prends les choses à la légère ?

(C’est qu’après une quinzaine où notre communauté a été secouée à coups redoublés, j’avais besoin d’un allègement… que j’ai déjà trouvé samedi à Lausanne : le Conseil synodal de notre Eglise avait invité les conseillers de notre Canton à une journée de rencontre, une belle journée commencée par un culte à la Cathédrale ; entre 600 et 800 personnes qui découvraient qu’elles ne sont pas seules dans leur lieu d’Eglise, qu’on forme une vraie famille, une vraie communauté autour de la Parole de Dieu ! Ça m’a fait du bien, ça m’a donné envie de vous partager un peu de cette légèreté ce matin…)

 « A quoi est-ce qu’il veut en venir, avec ses gonds rouillés, sa porte coincée, ses toiles d’araignée ? » - c’est ce que vous vous dites, n’est-ce pas ?

 

Laissez-moi vous raconter encore autre chose.

« Qu’on me donne de la viande ! De la viande, j’ai dit ! Ah, le bon vieux temps où on mangeait des melons, des concombres et des morceaux de viande, ou du poisson grillé, avec des oignons, tu te rappelles ? Et tout ça pour trois fois rien ! C’était le bon temps ! Maintenant, moi, j’en ai marre de cette manne, toujours de la manne, encore de la manne qu’il faut ramasser jour après jour, écraser, piler, travailler en galette, en boulette, et faire frire… Assez ! De la viande, voilà ce que je veux ! »

 

 

C’est ainsi que parlait Elichama, fils de Chédeour, un parmi les milliers d’Hébreux qui, fuyant l’ancien maître égyptien, erraient dans le désert du Sinaï depuis des lustres – bien après le texte que nous avons lu en premier -, sous la conduite de ce personnage un peu inquiétant au nom curieux, Moïse… il était apparu subitement dans les bidonvilles de la ville de Ramsès, un beau matin de printemps, d’il y a environ 3200 ans.

 

Je vous dis Elichama, mais c’était peut-être plutôt Yefounné, le cadet d’Abidan, ou même Nétanéel, l’aîné d’Elissour… peu importe, ils étaient là tous les trois, tous les cent, tous les mille, à crier, à vociférer, à renverser les paniers de manne, à s’agiter comme vous l’avez peut-être aussi vu faire dans ces pays où la température semble particulièrement échauffer les esprits… « De la viande, pas de manne ! »

 

Eh ! La manne, c’est mieux que rien ! Surtout dans le désert ! Pouvoir se baisser devant la porte et y trouver sa nourriture chaque jour, de semaine en semaine, de mois en mois … ! j’en connais qui donneraient jusqu’à leur chemise pour en avoir ne serait-ce qu’une poignée… Pourtant, il semble qu’il en va de la manne comme de tous les dons de Dieu, comme de tout ce qui ne manque pas : on s’en lasse, on fait la fine bouche, on trouve que c’est un dû, que ça n’a plus rien d’extraordinaire… Qui d’entre nous osera lancer la première pierre à ces gens-là ?

 

De la viande ; quelque chose de solide qui tienne bien à l’estomac, quelque chose qui laisse un goût, une saveur, une trace… C’est une nourriture matérielle, bien sûr, mais elle nous conduit à nous interroger sur notre nourriture spirituelle…

De la viande ! Combien de fois moi aussi je demande à Dieu du concret, du solide, de l’évidence pour venir vous apporter le fruit brillant de ma réflexion.. combien de fois ! … en oubliant comme j’avais aimé la manne, simplement la manne au goût sucré au moment de l’amertume, au moment où je doutais, où rien ne semblait pouvoir m’apaiser… De la douceur, de la légèreté, comme dans l’histoire d’Elie à l’Horeb, quand Dieu n’est plus ni dans le feu, ni dans la tempête, ni dans le tremblement de terre, mais juste dans le souffle, dans le bruit d’un silence ténu…

 

« De la viande, Seigneur ! …et tant que Tu y es, une autoroute aussi, sur laquelle m’engouffrer en famille, en paroisse, en Eglise, pour aller vite, pour progresser ! ». Mais bon, les autoroutes dans le monde, ce sont chaque année, des milliers de morts – ou des « laissés-pour-tels ». Je sais, vous me direz que les petites routes tuent aussi….

 

Aujourd’hui, je n’ai ni viande ni autoroute à vous proposer : j’ai ce pain, ce vin, pour dire une Présence et un partage, pour annoncer le festin promis que l’on espère toujours, et puis aussi la petite porte, la porte étroite de cette Parole (ouvrir la Bible) à vous montrer, à vous désigner ; ce qui VOUS attend derrière, ce que VOUS y trouverez, trésor ou poussière, je ne peux évidemment pas le savoir à votre place ! …mais ce que je sais, c’est qu’il y a une rencontre possible une fois la porte franchie, avec ce Quelqu’un qui se rappelle à notre bon souvenir, ce Jésus-Christ qui est digne de confiance, digne de foi. S’il nous engage à passer, à entrer par cette porte-là, je veux croire, je peux croire que c’est pour la vie.

©2009 Olivier Sandoz 

10.09.2009

Avec les Soeurs à Grandchamp "Ne négligez pas la grâce..." - Luc 4, 31-37

2 Co 6, 1-10

Un enseignement nouveau, une parole nouvelle, donné avec autorité !

 

C'est sous cette forme, sous cet "habit" que nous sommes appelés à recevoir l'Evangile aujourd'hui comme hier, quand à Capharnaüm les gens s'étonnaient...

 

Vous avez sans doute déjà jeté une pierre dans l'eau, quand la surface est calme: il y a d'abord le gros "plouf !" de la pierre qui perce l'eau, et puis les cercles concentriques, qui de tout petits s'étendent, s'étendent alentours. Et bien, il en va de l'enseignement de Jésus comme d'une pierre jetée dans la mare!

 

Voyez l'exemple d’aujourd’hui : une parole d'autorité, une parole puissante qui délivre un homme de ses démons - nous reviendrons d'ailleurs à ces démons tout à l'heure ! – et cette parole et son premier effet - le "plouf !" - de guérison provoque d'abord, nous dit le texte une crainte religieuse, un étonnement mêlé de crainte auprès des témoins de la scène - premier cercle concentrique -, puis une rapide renommée dans toute la région - plus grand cercle concentrique - jusqu'à NOUS parvenir, des milliers de kilomètres plus loin et des siècles plus tard !!!

 

L'assistance, déjà, nous dit le texte, était étonnée AVANT la guérison: Jésus parle, Jésus enseigne - comme bien d'autres maîtres de l'époque, bien d'autres rabbins -, mais, à leur différence, il le fait "avec autorité, avec puissance"... L'entendre Lui, ce n'est pas comme entendre n'importe quel prêtre, n'importe quel pasteur, c'est entendre une voix qui résonne jusqu'au cœur, jusqu'aux racines de notre être, c'est entendre une Parole "effi­cace", une parole qui met en route - un pavé dans la mare de nos déceptions, de nos déses­poirs, de nos échecs...

 

C'est là qu'arrive le possédé, l'homme en proie au démon, à un "esprit impur", un esprit mauvais... Vous savez, il n'est pas besoin de chercher bien loin pour nous reconnaître nous aussi dans ce personnage... quelquefois ballottés, sans volonté propre, au gré des événements ou "victimes" malheureuses de situations qui nous échappent, dont nous ne dé­mêlons plus les fils, qui nous dépassent complètement… Nous avons peu la maîtrise de ce qui se passe autour de nous... Pas besoin d'aller bien loin, comme je le disais, et de chercher du côté de telle ou telle magie noire pour pouvoir nous reconnaître en cet homme qui survient, en pleine synagogue, en plein enseignement...

 

Quand notre regard sur le monde nous dit la dureté de la condition humaine, nous dit l'espèce de fatalité qui conduit l'être humain au bout de l'espoir, à bout d'espoir, jusqu'à la mort, nous entendons en écho l'apôtre Paul nous rappeler à la fois la libération qu'il a reçue de Christ - comme l'homme de l'Evangile du jour -, et le choix d'être au service de tous parce qu'au service de Dieu : « nous vous exhortons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu ! »

 

Prenez le temps de réfléchir à vos "démons"... prenez le temps de penser à ce qui vous enchaîne, à ce qui vous blesse, à ce qui vous entraîne là où vous ne voudriez pas aller... C'est sûrement ça, le plus difficile: reconnaître nos entraves, nos impossibi­lités, nos faiblesses, et les dire - l'Evangile nous raconte que l'esprit mauvais se "crie" ! Nous-mêmes, nous ne pouvons pas lutter, nous n'avons pas la force, ni même souvent la volonté suffisante pour extirper de nous ce qui nous fait mal - et qui peut faire mal aux autres.

Comment nous battre contre nous-mêmes, contre ce qui fait partie de nous-mêmes ? Il faut un arrachement, un accouchement, une autre naissance à nous-mêmes, que seule, je le crois, la grâce de Dieu peut opérer en nous... Mais il nous restera toujours d'abord à dire nos démons, à les nommer pour les mettre à distance... sans pourtant se laisser gagner par la peur : "L'esprit mauvais jeta l'homme à terre et sortit de lui – sans lui faire aucun mal !"

 

En jetant ce "pavé dans la mare", Jésus nous ouvre - aujourd'hui encore ! – à l'étonnement.

 

A l"étonnement de Le découvrir, Lui le Christ, en position de NOUS délier, de NOUS délivrer quand nous croyions être installés dans l'immuable, quand nous nous étions peut-être "fait une rai­son", quand nous avions définitivement baissé les bras, quand nous avions installé Dieu dans Son ciel lointain…

Nous entendons souvent dire qu’"il n'y a pas de miracle"… Pour qu'il y en ait un, il faut notre cri - pas notre résignation : « nous vous exhortons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu.»

Ne négligez pas la grâce que vous avez reçue de Dieu !

© 2009 Olivier Sandoz

07.09.2009

Rendez à Dieu - Matthieu 22, 15-22

Esaïe 44, 24-28; 1 Thessaloniciens 1, 2-6

"Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu !"

Le parallélisme de la réponse de Jésus est imparable, implacable ! ... et la question de l'impôt ne doit pas occulter la question de la foi !

 

L'impôt, le tribut à César, c'était de toutes les taxes la plus avilissante: un tribut, juste là pour remplir les caisses du conquérant, et rappeler au vaincu sa déchéance, sa soumission. Les Juifs nationalistes - les Zélotes, entre autres - faisaient un point d'hon­neur de refuser la taxe, tandis que les Hérodiens, les collaborateurs, faisaient de ce refus un motif de délation... On comprend alors que les Pharisiens, toujours habiles, se soient adjoint quelques membres du parti d'Hérode pour poser la question à Jésus: qu'il réponde oui ou non, qu'il affirme qu'il faut payer le tribut ou qu'il ne faut pas le payer, il suscitera la colère d'une partie des assistants ! ...d'autant que la question n'est pas posée sous la forme de "à ton avis, faut-il ou ne faut-il pas..." mais de "notre LOI permet-elle...", ce qui a pour effet de condamner « devant Dieu » l'une ou l'autre partie - et de discréditer par la même occasion l'ouverture de l'Evangile à chacune, à chacun... !

 

"Rendez à César,... Rendez à Dieu...": certains ont voulu lire ici la justification d'une séparation entre le spirituel et le temporel, renvoyant les choses du monde au domaine poli­tique et les choses spirituelles à celui de la "religion". Cette distinction est tentante, et facile, mais elle est à la fois trop précipitée, et va dans une direction opposée à ce qu'enseigne par ailleurs la Bible, quand elle chante, dit et redit à la suite du prophète Esaïe: "Tout ce qui existe, Dieu en est l'auteur" et aussi que "Tout est dans Sa main"... !

 

Mais qu'allons-nous donc « rendre à Dieu » si tout Lui appartient ? Ou plutôt, qu'allons-nous Lui donner que nous tenons de Sa main, comme la monnaie de l'empereur doit retourner à l'empereur ?

Car si Jésus recommande de payer l'impôt impérial - et cela, dans la ligne sans doute de ceux qui, dans la Bible, reconnaissent à l'Etat un rôle positif aussi longtemps que cet Etat se souvient détenir son autorité de Dieu -,  le centre du message est bien le second membre de la phrase - celui que curieusement, on oublie de citer, aujourd'hui encore (!):

"…et à Dieu ce qui est à Dieu" !

La question n'est donc pas de déterminer ce que la Loi permet ou ne permet pas, ce qui est ou n'est pas conforme à la Loi, mais elle concerne notre pratique - pas tellement notre pra­tique "religieuse", au sens où on l'entend aujourd'hui quand on se dit "pratiquant", mais plus exactement notre mode de vie, notre façon d'être, et particulièrement d'être en rela­tion  ("être en relation", n'est-ce pas justement le sens du mot "religion" ?). Car rendre à Dieu ce qui Lui appartient - puisque tout Lui appartient -, cela ne peut se faire que sous la forme d'un "rendre grâce", que sous la forme d'une reconnaissance qui se manifeste - et cela n'est pas nouveau - par la pratique de la justice et de la vérité.

·        Quand votre "amour est actif", comme le dit Paul aux Thessaloniciens, quand votre "espérance en Jésus-Christ Seigneur est ferme", vous mettez votre foi en pratique, et vous rendez à Dieu ce qui Lui revient.

·        Quand vous témoignez d'une liberté qui n'est pas révolte, quand les tâches que vous accomplissez, vous les avez accueillies de bon cœur et que celles que vous n'accomplissez pas, vous les avez refusées sans arrière-pensées coupables, vous rendez à Dieu ce qui Lui appartient.

·        Quand vous acceptez que l'on vous juge, quand vous vous présentez tel que vous êtes, sans cher­cher à dissimuler vos manques et vos faiblesses, quand vous êtes "vrai" parce que vous êtes vous, vous rendez à Dieu ce qui est à Lui.

·        Quand vous refusez ce qui est superficiel, ce qui est surface, par amour pour l'autre, parce que vous voulez construire sur de bonnes fonda­tions votre relation aux autres, quand vous effacez le sourire de façade - qui vous protège des autres, qui vous coupe des autres -, vous rendez à Dieu ce qui Lui revient.

 

Permettez-moi maintenant de conclure par cette comparaison qui n’est pas nouvelle, en forme de "parabole":

Sommes-nous des crustacés ou des vertébrés ?

Le crustacé - crabe, crevette, écrevisse ou homard -, c'est un être qui cherche avant tout à se protéger des autres: par peur - paresse, ou égoïsme -, il met ce qu'il y a de plus so­lide, sa carapace, sa coquille, entre lui et ses semblables. Et plus il est dur à l'exté­rieur, plus il est inconsistant, mou à l'intérieur.

Le vertébré, lui, accepte de risquer sa vie: il est vulnérable à l'extérieur, il offre à ses semblables la partie la plus sensible de son être...mais il est fort de la résistance intérieure que lui donne sa colonne vertébrale... !

 

Nous les humains, seuls dans la Création, nous pouvons choisir: crustacé ou vertébré ?…

 

Mais en tous cas, "rendez à Dieu ce qui est  à Dieu ! "

© 2009 Olivier Sandoz