19.02.2006

La façon de Dieu - 2 Rois 5, 9 à 15a

1 Corinthiens 10, 31 à 33 - Marc 1, 40 à 45

En relisant l’histoire de Naaman le général lépreux, j’ai été surpris par les contrastes qui y apparaissent, et par le chemin de dépouillement qui nous y est proposé.

Naaman vient en Israël avec beaucoup d’or et d’argent, et une lettre d’introduction écrite par son roi au roi d’Israël – ordonnant à ce dernier de guérir Naaman de la lèpre – ce qui, soit dit en passant, va épouvanter le roi d’Israël, parfaitement incompétent en la matière !

Mais ce n’est pas tout : Naaman est ensuite dirigé vers le prophète Elisée, devant la porte duquel il se tient avec chars et chevaux, attributs de son grade et de sa puissance – une « puissance » néanmoins tellement dérisoire face au mal qui le ronge…

Arrivé là, le général syrien attend que le prophète sorte – mais c’est un serviteur qu’Elisée envoie, sans daigner se déranger même pour un général… Un serviteur chargé du message suivant : « Va te plonger sept fois dans le Jourdain, alors tu seras guéri et purifié ». C’est tout.

Imaginez-vous vous-mêmes dans la peau lépreuse du général – peut-être d’ailleurs que l’épisode raconte quelque chose que vous avez vécu, à votre manière - : cela fait des jours, des semaines, des mois que vous traînez derrière vous comme un boulet, comme une malédiction, une problème, une douleur, une souffrance, une lourdeur de vivre… et l’on vous donne incidemment l’espoir d’un secours, d’une délivrance, d’une solution (Naaman a entendu parler du prophète Elisée par une esclave juive capturée lors d’une campagne). Vous allez mettre tous les atouts possibles dans votre jeu ! Il s’agit de présenter beau, il s’agit d’impressionner pour montrer qu’on mérite la chose ! Il s’agira peut-être aussi d’une question d’argent, alors au diable l’avarice !

Mais tout cela ne vous servira à rien : « Va te plonger sept fois… » : autant vous dire d’aller boire un verre d’eau pour soigner une jambe cassée… ! 

Pourtant… c’est la façon de Dieu qui compte !

« Je pensais que le prophète sortirait de chez lui pour se présenter devant moi, qu’il prierait le Seigneur pour moi, qu’il passerait la main sur l’endroit malade et me guérirait de ma lèpre ! ». Je pensais que Dieu pourrait…faire comme j’ai pensé ! Je pensais que Dieu pourrait suivre mes indications, je pensais que le Seigneur pourrait bien une fois m’écouter quand je Lui dis ce qu’Il a à faire… ! Je pensais.. Je pensais…Je pensais…

Penser pour Dieu, c’est conserver l’initiative. Penser à ce que Dieu doit faire, ou devrait faire, c’est garder le pouvoir, conserver de la puissance – c’est croire que nous pouvons maîtriser le monde, quand il nous a juste été donné à cultiver, rappelez-vous !

Au jour où il a décidé de consulter un prophète du Seigneur, Naaman s’est engagé sur un chemin où il va tout perdre de sa magnificence, de sa puissance. La lettre d’introduction de son roi – le « trafic d’influences » - ne servira pas : impuissance des rois. L’or et l’argent – trois cent soixante lingots… ! – n’achèteront bien évidemment pas la santé pour le général, par plus que les armes, chars et chevaux, ne vont impressionner Elisée – qui reste invisible dans tout ce récit !

Pour être guéri, purifié, Naaman va devoir quitter jusqu’à son armure, son manteau, sa ceinture, sa tunique, ses chaussures pour entrer dans l’eau dépouillé, sur la smple foi d’une parole de prophète étranger – et pour en ressortir avec une peau d’un bébé… Une histoire tout en contraste, je vous l’avais dit !

C’est la façon de Dieu qui compte ! .. et pour nous aussi, croyez-le !

C’est ainsi que j’ai relu ensuite la guérison du lépreux dans l’évangile que nous raconte Marc, une guérison qui est aussi une purification – c’est donc la possibilité rendue à un être humain de rencontrer de nouveau ses semblables… Plus qu’une simple maladie, c’est la relation – au monde, aux autres, à Dieu – que Jésus est venu purifier, est venu restaurer.

Le « Je le veux, sois pur ! », ce cri d’émotion poussé par Jésus, c’est la volonté de Dieu. Ce « Sois pur ! », ce n’est pas un ordre donné pour que nous fassions des efforts de propreté ( !), c’est tout au contraire le rappel de ce que Dieu souhaite passionnément pour nous : la vie les uns avec les autres, dans la vérité de nos personnes, dans la transparence. « Pur », cela ne veut pas dire irréprochable, d’une surhumaine perfection, inatteignable. « Pur », cela veut dire « que l’on peut approcher »…

Paul l’a écrit aux Corinthiens : cherchez le bien de la multitude, afin qu’ils soient sauvés ; quoi que vous fassiez, faites-le pour la gloire de Dieu. Dieu, Lui, veut que nous vivions pleinement.

© 2006 Olivier Sandoz