31.05.2009

Pentecôte - Actes 2, 36-42

1 Pierre 3, 8-12 ; Jean 10, 7-10

« Ce jour-là de Pentecôte, 3000 personnes s’ajoutèrent au groupe des croyants » : je me mets à rêver !!!

 

A rêver à cette époque si lointaine où Pierre prenait la parole et menait par un seul discours des foules entières à la conversion… quoique… à bien y regarder, c’est bien plutôt l’œuvre du Saint-Esprit que de son discours, si convaincant qu’il ait pu être !

Et même, si nous lisons attentivement ce que Pierre dit, tout au long de son intervention dans les Actes, il n’y a pas de « truc », pas de « recette » particulière : il ne fait qu’annoncer ce qui paraissait absurde, voire scandaleux pour ses contemporains : qu’un homme, condamné à mort et exécuté, est le Sauveur attendu, le Sauveur promis…

 

Absurde, insensé, oui, puisqu’il ne sert plus à rien de dire qu’un mort était le sauveur, le libérateur : c’est du passé, et même si la flamme qu’il avait allumée brille encore un peu, est-ce qu’elle va vraiment durer ?

Scandaleux, blasphématoire de dire que l’homme accusé et condamné par les responsables religieux puisse être venu de Dieu – et qu’on puisse seulement imaginer qu’un mort serait le Fils de Dieu, serait Dieu Lui-même !

 

Au-delà des chiffres de conversion, qui nous paralysent, qu’allons-nous retenir de ce récit ? …et bien peut-être plutôt l’immense espérance qui nous est dévoilée, à nous les humains de tous les temps, de tous les lieux !

 

Le discours de Pierre, je l’ai dit, n’a rien de tellement extraordinaire ; tout au plus, ce qu’il annonce résonne bizarrement aux oreilles de ses auditeurs – c’est cela que nous retiendrons : « rien d’extraordinaire », et pourtant Dieu en fait de l’extraordinaire, en fait la porte d’entrée dans la confiance en Jésus-Christ pour des milliers de personnes. Dieu a fait que dans ce discours sans extraordinaire, les brebis ont reconnu la voix de leur Berger, pour reprendre l’image employée par Jésus lui-même.

 

Pierre redit sa confession de foi d’antan : « Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant », Pierre dit et redit ce qu’il sent proche de lui, ce qu’il peut croire, ce qui le met en marche et l’anime – et ses auditeurs sont bouleversés, en « redemandent », au point de s’appliquer à une pratique qui, je le répète, fait encore rêver aujourd’hui le plus pointu des télévangélistes : mise en commun de leurs biens, repas et prières ensemble, dans une proximité toute monacale… !

 

Avec du simple, avec du vrai, avec la base même de notre « matière humaine », je vois, et je vous invite à croire, que Dieu fait du convaincant, de l’extraordinaire, je vous exhorte à croire que Dieu peut faire beaucoup de notre petit peu, et même beaucoup plus que tout ce que nous pouvons imaginer ! Pour nous qui nous croyons parfois trop petits, bien pauvres et impuissants devant les événements du monde, voilà une offre d’espérance : mettez ce que vous êtes dans le « panier », ce que vous croyez vraiment, ce qui vous fait vivre, et vous serez sans doute étonnés du poids que cela a ! Dites UNE certitude qui vous tient à cœur, et Dieu peut la multiplier par deux, trois, des milliers… !

 

En parlant tout à l’heure du discours de Pierre, j’ai dit porte d’entrée, en écho à la parole d’Evangile de Jésus, quand il se présente comme la porte de l’enclos des brebis, le lieu de passage obligé pour accéder à la paix. Celui qui ne passe pas par la porte, c’est le voleur, le brigand, celui qui cherche à faire du mal aux brebis, à les dérober ou à les faire périr… Mais passer par la porte, passer par le Christ, c’est au contraire apporter la vie en abondance.

 

C’est pour cela qu’aujourd’hui, au-delà du rêve de « foules » qui viendraient à la foi, je dis et redis combien il est important que nous soyons, nous aussi, des « carrefours », des lieux de passage vers la porte qu’est le Christ. Quand tant de groupements plus ou moins religieux, plus ou moins honnêtes, essaient de convaincre nos contemporains de tout et de n’importe quoi, avons-nous suffisamment conscience de combien il est nécessaire, vital même, d’être simples et concrets, de dire la libération que nous apporte PERSONNELLEMENT ce Jésus-Christ ?

 

Nous n’avons rien d’extraordinaire à raconter, rien à dire qui ferait les gros titres des journaux ? Quelle importance ?! Laissons Dieu faire la part qui Lui revient, mais ne nous économisons pas quant à la part qui NOUS appartient !

 

Pierre écrit : « Le Seigneur a les yeux fixés sur les fidèles, prêt à écouter leurs prières ». C’est une certitude, pour nous faire avancer, nous soutenir, nous accompagner !

© 2009 Olivier Sandoz

04.05.2008

Entre Ascension et Pentecôte - Actes 1, 12-17.20-22

Jérémie 31, 31-34; Jean 17, 1-11

Entre Ascension et Pentecôte, il y a ces dix jours d'un temps mystérieusement "suspendu": il y a eu "élévation", glorification de Jésus - mais pas encore le coup d'envoi en mission par le don du Saint-Esprit. Le ministère terrestre du Christ est accompli, achevé - celui des disciples encore en promesse. On aurait pu imaginer un enchaînement tout logique d'un ministère à l'autre, d'une continuité de la mission de Jésus à celle des apôtres - mais non: il y a ce temps-soufflet, ce temps-respiration, ce temps déployé, cette attente que les premiers Chrétiens passent dans la prière, dans la Chambre haute. ..

Un temps de "vide" comme les disciples en avaient déjà connu un, entre la Croix et la Résurrection, entre Vendredi-saint et Pâques. Mais ce temps de vide, nous raconte le livre des Actes, ils vont l'utiliser à combler... un vide, justement, une place vacante !

Judas, l'apôtre de la trahison, a disparu, lui qui était l'un des douze piliers de l"'équipe de base" choisie par Jésus,.. et la question de son remplacement n'est pas si innocente que l'on croit: pour choisir, il faut poser des critères, et ces critères de choix, jusqu'alors, c'était Jésus qui seul les possédait... ! Maintenant, il n'est plus là, il n'a même pas profité des quarante jours d'une présence ressuscitée pour choisir lui-même l'indispensable remplaçant...

Qu'est-ce donc qui va distinguer l'apôtre du simple disciple comme vous et moi ? Une surabondance de perfection ? Une élocution sans faille ? Des dons extraordinaires ? Un agenda surchargé ? Une vie bien réglée ? Une existence "sans tache"? Une autorité naturelle ? Ou alors, une vision d'avenir, un projet communautaire en trois ou quatre points ? Doit-on le choisir pour son souci d'économiser les ressources, ou au contraire pour son enthousiasme à vilipender ?

Quels sont VOS critères à vous pour choisir un apôtre digne de ce nom ? ...

Dieu n'a pas les mêmes idées que nous. Là où, peut-être, nous verrions un brillant personnage, puissant et doué en paroles, Dieu préfère un témoin, quelqu'un qui, selon l'expression consacrée, a des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, et qui a vu et entendu. Le seul "critère" évoqué, c'est d'avoir été là, tout au long de la route, du Baptême de Jésus à son arrestation, et de la Résurrection à l'Ascension... Et quand j'y pense, ce critère a quelque chose de grandiose ! Il se base non pas sur l'action d’une
personne, ni même sur des compétences qu'elle aurait, ni sur son faire, mais sur une présence et une relation donnée par Dieu Lui-même. Apôtre, être apôtre, c'est avoir été témoin de la matérialité, de l'ancrage pleinement humain des événements que l'on va raconter: "Mes yeux ont vu ce que je vous dis... Mes yeux ont vu..."

Selon cette définition, aucune, aucun d'entre nous ne peut être apôtre, au sens strict...

Mais être celle, être celui qui dit "mes yeux ont vu " , cela ne nous est pas fermé pour autant: ce que Jésus a fait dans nos communautés et dans nos vies, ce que Jésus fait de nos vies, chacune, chacun l'a vu, et peut le dire... En être témoin. ..

Temps de vide, mystérieusement suspendu, temps utilisé pour combler un manque, occuper une place vide... je ne sais ce que cela évoque pour vous... Pour moi, c'est comme un bouillonnement de promesses caché dans l'attente; je crois qu'il y a aussi, au travers de ce vide, comme l'occasion d'une purification, comme un temps de désert et de maturation... Et pour moi, à l'époque qui est la nôtre, il y a aussi quelque chose de suspendu, quelque chose qui attend d'être mûr pour s'offrir ; je  trouve ce temps entre l'Ascension et la Pentecôte très significatif, très fortement symbolique !

Il peut y avoir la crainte devant le vide - et cependant, cependant, il y a promesse, en forme de prière : en parlant de nous, de celles et ceux que Dieu lui a confiés, Jésus demande à son Père: "Garde-les par le pouvoir de ton Nom ; Tu me les as donnés, je désire qu'ils soient là où je serai, avec moi."

© 2008 Olivier Sandoz

20.04.2008

Il en manque un ! - Actes 1, 21-26

Joël 3, 1-5; Jean 14, 8-14

Ils étaient environ cent vingt, ce jour-là, et pourtant Pierre a dit: "Il manque quelqu'un".

Ils étaient cent vingt, mais Judas n'était plus là, et le groupe des Douze ne portait plus bien son nom !

"Il en manque un !" a dit Pierre, et c'est un certain Matthias qui a été choisi, parmi les cent vingt réunis, pour compléter l'équipe des apôtres.

Ce serait sans doute un bon texte à prêcher pour appuyer la recherche de conseillères et de conseillers de paroisse, ou de catéchètes, ou de monitrices... "Il en manque une, il en manque deux..." et d'en trouver, parmi les cent vingt, qui prennent leur part du travail...

En pensant à Matthias, le nouvel élu, je me disais que ça ne devait pas être facile, de prendre au pied levé la place de Judas... D'abord parce qu'il y avait un grand travail en perspective - pensez, évangéliser le monde, annoncer partout dans le monde connu la Bonne Nouvelle du Dieu qui nous fait grâce ! -, et puis aussi parce qu'avec ce qui était arrivé, Judas n'avait pas vraiment bonne presse dans la communauté... alors, prendre SA place, être le "remplaçant de Judas"... ! Voilà Matthias choisi, poussé par Dieu, mis en route, un peu comme ces prophètes de l'Ancien Testament: il y a un homme, là, dans un champ, en train de garder un troupeau, qui n'est même pas toujours le sien... il aspire à une vie tranquille, pas de tout repos, parce que ça n'existe pas, mais juste de pouvoir faire son travail correctement. Et puis soudain, un appel, un Parole qui surgit de ses lèvres et qu'il n'avait pas pensée, une Parole qui le dépasse, et. qui secoue les rois, et les prêtres, les fidèles et les moins fi­dèles... Dieu choisit un homme, une femme, et pour un temps, le ou la voilà chargé(e) de mis­sion, chargé(e) de parler au nom de Dieu... une fois, un jour, un mois, une année ou une vie ! Des gens qui ne demandaient pas de miracles, qui ne cherchaient aucun pouvoir, les voilà arrachés à leur quotidien, et puis envoyés plus loin... Pas comme des jouets - parce que Dieu ne se joue pas de nous ! - puisqu'ils acceptent la mission, mais sans toujours bien en mesurer l'ampleur, et les implications, et les conséquences... Parler de la part de Dieu, ce n'est pas rien... et cela ne vous attire pas que des amis !!

Vous allez peut-être sourire, mais cela peut vous arriver ! Vous allez peut-être refuser de le croire, mais pratiquants fervents ou occasionnels, toutes, tous, vous pouvez être choisis et envoyés... Chacune, chacun, vous pouvez être engagés - et vous pouvez même refuser l'en­gagement ! - à toute heure de la journée. J'ai vu des personnes que je croyais tellement loin de la foi se mettre soudain en route, se motiver, s'engager corps et âme... moi je crois que si Dieu a voulu avoir ainsi besoin de nous, Il continue à mettre les gens qu'il faut à la place qu'il faut ! ...et vous êtes des gens qu'il faut !!

Quand je dis de telles choses, parfois, on croit que c'est une formule toute faite, un peu de démagogie bon enfant... Mais non ! Prenons au sérieux ce qu'annonce la Bible, prenons au sérieux le message de Joël, le prophète: "Je répandrai mon Esprit sur tout être humain, dit le Seigneur: vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des rêves, et vos jeunes des visions !..." et le texte continue en disant que mêmes les plus humbles recevront l'Esprit de Dieu.

Les jours où je suis découragé, ou je regarde l'ampleur de la moisson et le peu d'ouvriers disponibles, j'aime entendre cette certitude, cette parole de confiance qui me dit en fait que tout n'est pas dans MES mains, mais bien dans celles de DIEU!

Parce que des catéchètes, des monitrices, des conseillères et des conseillers, et tant d'autres  personnes, cette paroisse, l’Eglise en a besoin, tous les jours ! …Mais c'est Dieu qui choisit, c'est Dieu qui appelle, c'est Dieu qui envoie, et - Dieu merci ! - pas moi !

"Il y a beaucoup d'endroits où demeurer dans la maison de mon Père", dit Jésus à ses disci­ples, peu avant sa mort. Il y a de la place pour chacune, pour chacun dans le plan de Dieu, il y a une place pour chacune, pour chacun. Mettez-vous régulièrement à l'écoute de Dieu: peut-être que justement maintenant, Il est en train de vous appeler... !

© 2008 Olivier Sandoz

16.03.2008

Pierre et le paralysé de la Belle-Porte- Actes 3, 1-9

Luc 5, 1-11

Aux catéchumènes qui terminent leur parcours aux Rameaux 2008 - Avec le pasteur Christian Pittet, aumônier de jeunesse régional

Lecture. Luc 5, 1-11

Pierre : (présentation du personnage, interrompue par l’infirme de la Belle-Porte) :

Pierre : avance en chantant et louant Dieu

…Gloire à Dieu qui a relevé notre Seigneur Jésus-Christ !

Quoi ? Oui, c’est moi, Madame ! Pierre… autrefois Simon ! Le pécheur, oui ! J’ai changé de nom, parce que j’ai changé de vie ! A cause de Jésus ! Je m’occupais de mes filets et de mes poissons… enfin le jour où Jésus est arrivé au bord du lac de Génésareth, les poissons, c’était pas terrible D’ailleurs, il m’a dit d’aller jeter mes filets là où l’eau était plus profonde. J’étais un peu grinche, parce que j’aime pas qu’un prophète de passage me dise comment faire mon travail. Cela dit, nous avons essayé et la pêche fut miraculeuse, pourrait-on dire. Etonnant ! C’est alors que Jésus m’a dit : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras ! » Oh là, mon gaillard ! Tu me prends pour qui ? Moi je suis un manuel, je sais pas parler devant des gens et puis, tu connais pas ma vie, elle est cabossée ma vie, allez passe ton chemin, que je lui ai dit, enfin je crois… mais il avait un telle confiance en nous… il a tourné les talons, on s’est regardé avec Jacques et Jean, et sans nous parler, on a rangé nos barques et on l’a suivi… dans des eaux plus profondes, dans la profondeur du cœur des hommes : un voyage extraordinaire !

Mendiant :

A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! … Ah là là ! vous n’êtes pas généreux aujourd’hui ! A 6 heures, que je suis arrivé, et toujours pas grand’chose dans le pan de mon manteau !

Vous savez, la vie n’est pas rose, hein ? …depuis ma naissance que je suis paralysé des deux jambes ! Le matin, je me fais déposer ici et on vient me rechercher le soir : j’ai l’impression d’être un vieux sac qu’on trimbale, et qui inspire la pitié – ou parfois même le dégoût ! Je n’ai rien pu apprendre à faire – j’aurais tellement voulu être un artiste, danser, chanter, entraîner les foules ! Mais voilà, ma vie est comme ça, sans beaucoup de saveur parfois… alors je tends la main en espérant recevoir une obole… Encore heureux que la Loi de Moïse encourage l’aumône, c’est déjà une chose – parce qu’il y a des endroits, il paraît qu’on n’a même plus le droit de mendier ! Y a eu des abus, des escrocs : c’est quand même un comble ! Qu’ils prennent aussi mon handicap s’ils veulent en tirer profit !…

Pierre :

Jésus a changé ma vie ! Ses paroles ne pouvaient venir que de Dieu, tellement elles sonnaient justes, tellement elles permettaient de reprendre confiance en soi et en Dieu. Et puis, il y avait ses actes : il a guéri des malades, des aveugles, des paralysés… il a sauvé des vies. En fait, Jésus était capable de remettre de l’espoir là où il n’y en avait plus !

C’était exaltant de vivre tout ça avec lui ! Mais une fois, il m’a méchamment repris : il nous avait demandé qui il était pour nous. Et je lui ai répondu : le Messie, le Fils de David que nous attendions tous, celui qui allait libérer Israël et rétablir le Royaume de David. C’est alors qu’il nous a annoncé qu’il devait souffrir, mourir et après ressusciter. Je lui ai dit : arrête de dire des âneries, tu es le Sauveur ! Et lui m’a répondu : Arrière Satan, tu ne penses pas comme Dieu mais comme les hommes !

C’est vrai, je ne suis pas Dieu… c’est seulement aujourd’hui que je commence à comprendre… la mission de Jésus allait beaucoup plus loin que le rétablissement du Royaume de David.

Mendiant :

A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! Qu’est-ce que je disais déjà ? Ah oui, encore heureux qu’on puisse demander l’aumône devant le Temple ! Ici, c’est un bon coin d’habitude : les gens entrent pour prier, pour demander quelque chose à Dieu, ils n’ont pas le cœur de me refuser quelques pièces, vous pensez !! Avec ce qu’ils aimeraient que Dieu leur offre, ça ferait mal qu’ils oublient de donner l’exemple ! Mais aujourd’hui… Vous n’avez pas une petite pièce pour moi ? … Vous avez trop dépensé pour les jeunes, là, hein ? Evidemment ! … Oui, ils sont plutôt bien habillés : c’est pas toujours comme ça, je peux vous le dire ! Je suis bien placé, je suis là tous les jours ! Je peux même aussi vous dire qu’on n’en voit pas beaucoup autrement, de ces jeunes. (aux catéchumènes:) C’est un jour spécial aujourd’hui, c’est ça, hein ?

Pierre :

Oui, Madame, c’est moi qui l’ai renié. Enfin il faut vous mettre à ma place ! Ah, pour faire la morale, il y a toujours du monde, mais pour essayer de comprendre, y a plus grand monde ! Jésus venait d’être arrêté à cause de ce traître de Judas et vous avez vu comment ça a fini… alors pas fou, le Pierrot ! J’ai sauvé ma peau, Madame, en disant que je ne le connaissais pas, je n’ai pas trahi. Et je vous ferais remarquer que dans des moments comme celui-là, c’est l’instinct de survie qui prime. Alors c’est facile de me jeter la pierre !

Mendiant :

A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! Ah, ce que j’aimerais une fois, rien qu’une fois, qu’on me donne une grosse somme ! J’irais voir le nouveau chirurgien, à l’Hôpital de Payerne - celui qui a un drôle de nom -, et peut-être qu’il pourrait quelque chose pour moi, avec les nouvelles techniques ! Qui sait, je pourrais peut-être marcher ? Avec des béquilles, ou encore avec des jambes métalliques pour remplacer…

Pierre :

Je ne suis pas mort ! Et je n’ai pas trahi le Christ. Je crois qu’il devait souffrir, mourir et ressusciter au troisième jour. Il devait traverser la réalité humaine pour pouvoir nous dire de la part de Dieu que la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. Et c’est ce que je prêche depuis : Dieu a relevé Jésus de la mort, alors relevez-vous si la vie vous a fait chuter ou si vous vous sentez paralysés dans cette vie. Prenez la main que Dieu vous tend. Son amour peut illuminer votre vie.

Mendiant :

A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! Trois-quatre pièces…quelle misère aujourd’hui ! Il n’y a donc personne parmi tout ce monde qui voudrait aider financièrement un pauvre infirme à réaliser ses rêves ? J’ai souvent prié, mais ça ne marche pas comme je le voudrais : une fois, j’ai entendu une voix qui disait « Ma grâce te suffit ! » - j’aurais bien aimé quand même un petit coup de pouce en plus ! … Vous avez une petite pièce ? – ah non, à vous, je vous ai déjà demandé quand vous êtes entré…

Pierre :

"… désormais ce sont des hommes que tu prendras…"   Tu viens, Jean, on arrive au Temple !

Mendiant :

A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! Tiens ? voilà des nouveaux… Allez, mes bons messieurs, soyez généreux…

(Puis lecture Actes 3, 1-9 avec mime, et début d’action de grâce : Ps 111, 1-3 chanté en hébreu & prière de reconnaisance des catéchumènes)

© 2008 Olivier Sandoz