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01.05.2008
Pleins d'une grande joie - Luc 24, 45-53
Psaume 138,1-3.7-8; Actes 2, 29-33
Quarante jours après la Résurrection du Christ, après Pâques, c’est maintenant l’Ascension, une fête peut-être un rien mystérieuse, après tout… Une fête ? Une fête parce que Jésus s’en va, parce qu’il disparaît, parce qu’il ne sera plus jamais cette présence immédiate, cette présence aux siens ? Une fête, vraiment ? …
« Quarante », c’est un nombre évocateur pour le lecteur de la Bible : le nombre de la mise à l’épreuve – le déluge, la marche au désert, les tentations de Jésus… -, le nombre de l’inachevé, et pourtant aussi le nombre de la promesse, dont la réalisation est toute proche ! Ce sera la fin du déluge, ce sera la Terre promise, ce sera le ministère de Jésus parmi les humains… Nombre de l’épreuve, de la purification, mais aussi, comme vous le voyez, nombre de l’attente pleine d’espérance, qui ouvre l’avenir : l’accomplissement arrive au cinquantième jour – parce que le cinquantième est aussi un nombre significatif, celui de la perfection, sept fois sept accomplis. « Pentecôte », en grec, veut dire « le cinquantième »… pourtant, nous n’en sommes justement pas encore là !
J’ai dit quarante jours d’une fréquentation extraordinaire : deux mondes se sont rencontrés, le monde de Celui qui ne peut plus mourir, le Ressuscité, et notre monde, tout empreint d’imperfections, et pour beaucoup, de désespoir… Notre monde, pourtant, appelé à croire à l’autre monde, et pas pour « après la mort », pas pour « dans longtemps ». Ce sont quarante jours de « frontière », pourrait-on dire, entre ces deux mondes qui n’ont jamais paru plus proches ! C’était bien : Jésus était là, il ne risquait plus sa vie, on était sans inquiétude… Mais… ce temps s’achève : le temps d’un regard échangé, d’une bénédiction soufflée sur les disciples, et « ils ne le voient plus ». L’Ascension. La fête d’un départ. L’effet « durable » de cette fête, c’est la disparition, l’absence de Jésus ; et c’est tout de même bien difficile de se réjouir du départ, de l’absence d’un être aimé !! …le texte nous dit pourtant la joie des disciples, ce jour-là !
Pour comprendre cette joie, nous devons peut-être d’abord saisir la portée de ce départ. Je l’ai évoqué, la coexistence – j’allais dire la cohabitation – de deux mondes avait quelque chose d’irréel, de « hors le temps ». Nous savons bien, aujourd’hui, maintenant, que la frontière existe, et nous la ressentons d’autant plus durement quand nous regardons notre monde, et que nous pensons à ceux qui nous ont quittés, toujours trop vite, toujours bien trop tôt. « Nous ne sommes pas encore dans le Royaume » dit-on. C’est pourtant à nous, les croyants, vous et moi, et tous les autres, d’être le corps du Christ pour ce monde, ses bras, ses mains, sa bouche, ses jambes, c’est à nous qu’il revient de dire l’Evangile, de manifester la présence de Dieu autour de nous. Nous sommes chargés de mission. Appelés par Dieu à inventer, dans notre vie de tous les jours, les réponses aux interrogations de l’existence – ou à vivre l’absence de réponse ! Appelés à rappeler, à redire qu’il y a bien un sens à ce que nous vivons, et que nous le cherchons avec Dieu.
Pour moi, l’Ascension est une fête dans la mesure où elle signifie cette CONFIANCE que Dieu NOUS fait, d’être dans le monde une lumière, d’y être le sel nécessaire. Parce qu’avant, c’était peut-être facile pour les humains : il y avait Jésus, il faisait tout. A Vendredi-saint, pourtant, n’avait-il pas déjà dit que « tout est accompli » ? La part de contrat de Dieu est remplie, est comble, reste quand même la nôtre, MAINTENANT.
Oui, quand le Christ était là, quand Dieu est là, Il prend toute la place, Il remplit tout, au risque de nous écraser – les anciens le savaient bien ! J’aime comparer le temps de la présence de Jésus sur terre à une grossesse, avec nous, tout petits enfants recroquevillés dans le ventre de la mère… protégés, porteurs d’espérance, mais avec encore tout à accomplir : il n’y a là aucune part de liberté…
Alors peut-être bien que l’Ascension est quand même une fête, malgré le départ de Jésus ! Une fête qui nous dit la nécessité, l’importance d’une distance entre les êtres, pour qu’ils puissent grandir. Dieu se retire pour nous faire une place. L’éloignement n’est pas catastrophique, il est juste le contraire de la fusion, de l’écrasement de l’un par l’autre. L’éloignement de Jésus est nécessaire pour nous offrir, pour nous laisser la possibilité d’une nouvelle rencontre – et l’Ascension, elle nous offre un Dieu à rencontrer de nouveau. Ce Dieu que nous avons côtoyé, ce Dieu dont nous pensions tout connaître, l’Ascension nous dit qu’Il nous échappe, qu’Il est toujours à redécouvrir, que notre relation avec Lui est continuellement renouvelée…
D’ailleurs, n’est-ce pas exactement ce que nous affirmons – et que nous affirmerons encore tout à l’heure ! – dans le « Notre Père » ? En disant de Lui qu’Il « est aux cieux », nous reconnaissons cette distance, et nous rendons grâce parce qu’elle nous permet de croître, de vivre…
Sur la route de l’accomplissement – Pentecôte -, l’Ascension nous offre l’occasion d’un épanouissement, d’une rencontre, d’une croissance vers Dieu.
« Les disciples retournèrent à Jérusalem pleins d’une grande joie » !
© 2008 Olivier Sandoz
11:55 Publié dans Luc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication



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