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25.05.2008

Ce que tu as cru... - Matthieu 8, 5-13

Esaïe 49, 1-6  -  1 Corinthiens 3, 16-23

Imaginez qu'on vous demande la trame, le plan des récits de guérisons opérées par Jésus dans les évangiles: comment le diriez-vous ? Quels éléments vous semblent importants ?

Quant à moi, j’avais tendance à penser que le scénario était souvent le même, avec des variantes dans les détails : un malade demande ou fait demander à Jésus de lui venir en aide ; Jésus s’approche de lui, le touche ou fait un geste accompagné d’une parole, et le malade est de nouveau sur pieds. Seriez-vous d’accord de résumer  de cette manière ?

En fait, c’est une idée un peu trop générale : chacun des récits est en soi une aventure unique, particulière, aussi unique et particulière que la personne et la foi du malade.

Le récit de tout à l’heure, par exemple, ne correspond pas au plan que je  viens de résumer ! Un malade est paralysé, tourmenté et alité ; on sait de lui qu’il est un serviteur, et que son maître est un militaire romain - un de ces occupants de la Palestine, qu’on n’apprécie pas ! -, et un officier en plus. Il ne doit pas manquer de serviteurs, ou le cas échéant, il a sous ses ordres assez de soldats pour ne pas avoir à se préoccuper lui-même d’un serviteur malade !  

Pourtant - et c’est la première surprise du récit -, c’est bien lui, en personne, et non un proche du serviteur, et non un soldat qu’il commande, qui va au-devant de Jésus… Parabole d’un maître pour qui le moindre de ses serviteurs est important, et mérite le dérangement – image de Dieu pour lequel rien ni personne n’est trop petit, trop insignifiant qu’il ne vaille la peine de se mettre en route pour lui ?

On s’attend ensuite à entrer dans le plan traditionnel : Jésus va aller trouver le serviteur alité, le touchera, et il sera guéri… d’ailleurs vous l’avez entendu, Jésus accepte effectivement de suivre l’officier romain, de faire le détour sans considération pour le statut de païen et d’occupant du quémandeur : « Je vais aller le guérir » dit Jésus.

A nouveau, c’est une rupture de schéma : l’officier refuse que Jésus se déplace, parle de sa propre indignité à accueillir le Seigneur sous son toit, et va jusqu’à utiliser une comparaison significative qui étonne même Jésus : lui, l’officier, vit sous un régime hiérarchique, où il a l’habitude de respecter les ordres supérieurs et de commander à des subordonnés ; il lui suffit de donner un ordre pour que la chose soit faite, sans avoir besoin de se déplacer pour vérifier – ce qui a fait la force et la gloire de l’armée romaine d’alors, c’est une obéissance sans faille et une discipline de fer !

Alors « Donne seulement un ordre, dis une seule parole, et mon serviteur sera guéri ! »

Je l’ai dit : Jésus admire l’assurance de l’officier, la confiance qu’il place en l’autorité de la parole du Christ  – Jésus relève cette leçon de foi donnée à ceux qui le suivent. Il conclut par un « Ce que tu as cru te sera accordé » libérateur pour le serviteur malade, et pour l’officier romain qui s’en retourne sans ajouter de paroles.

La comparaison faite par le capitaine est audacieuse : on comprend bien – pour l’avoir parfois expérimentée ! – comment fonctionne la hiérarchie militaire : les uns sont là qui donnent des ordres à d’autres qui les exécutent – si possible ! – sans discuter : « Va… ! » et le soldat va ; « Viens ! » et il vient, « Fais ! » et il  fait. Mais si on comprend bien dans cette comparaison que le rôle du commandeur est tenu par Jésus, celui du « soldat » est moins évident… Dans ce cas de maladie, qui est ce « soldat » qui doit obéir à l’ordre du Christ ?  

A l’époque de Jésus, il arrivait qu’on attribue les maladies physiques ou psychiques à des démons, puissances obscures et malfaisantes ; avec l’avènement de la raison, on a préféré parler de microbes, bactéries, virus… Mais Paul disait que la sagesse des sages, la sagesse du monde est folie… Alors, la réalité est peut-être encore ailleurs, dans ce qui nous échappe, mais qui n’est pas hors du contrôle, de la souveraineté du Christ…

Le récit trouve son équilibre, sa tension dans deux phrases essentielles : « Dis une seul parole… » et « Ce que tu as cru… ». C’est dans cet échange que se trouve à mon avis la clef, l’encouragement pour notre foi.

Oui, le Christ est puissant et acteur dans notre vie ! Oui, il a toute autorité, mais le miracle n’a pas lieu parce que Jésus administre un tour de passe-passe, une vigoureuse physiothérapie à distance sur le malade… ! Le miracle a lieu parce qu’il n’a de sens que dans une rencontre, la rencontre d’une assurance – une foi, une confiance – avec le sujet de cette foi, Jésus-Christ, la Parole de Dieu qui agit dans le monde.

Lorsque notre foi va personnellement à la rencontre de la Parole, cette Parole personnelle que Dieu nous adresse, un monde nouveau est ouvert, offert, un monde dont la Loi, la règle, est l’obéissance et la confiance en celui qui en est le Roi.

L’officier a cru que Dieu est souverain, et cela lui a été compté comme acte de justice ; ce qu’il a demandé, ce qu’il a intercédé, pour un autre, lui a été donné…

Alors qui sont les « soldats » qui ont à se plier aux ordres du Christ ? – « Tout vous appartient: tout est à vous; mais vous, vous appartenez au Christ et le Christ appartient à Dieu… »

 

© 2008 Olivier Sandoz

04.05.2008

Entre Ascension et Pentecôte - Actes 1, 12-17.20-22

Jérémie 31, 31-34; Jean 17, 1-11

Entre Ascension et Pentecôte, il y a ces dix jours d'un temps mystérieusement "suspendu": il y a eu "élévation", glorification de Jésus - mais pas encore le coup d'envoi en mission par le don du Saint-Esprit. Le ministère terrestre du Christ est accompli, achevé - celui des disciples encore en promesse. On aurait pu imaginer un enchaînement tout logique d'un ministère à l'autre, d'une continuité de la mission de Jésus à celle des apôtres - mais non: il y a ce temps-soufflet, ce temps-respiration, ce temps déployé, cette attente que les premiers Chrétiens passent dans la prière, dans la Chambre haute. ..

Un temps de "vide" comme les disciples en avaient déjà connu un, entre la Croix et la Résurrection, entre Vendredi-saint et Pâques. Mais ce temps de vide, nous raconte le livre des Actes, ils vont l'utiliser à combler... un vide, justement, une place vacante !

Judas, l'apôtre de la trahison, a disparu, lui qui était l'un des douze piliers de l"'équipe de base" choisie par Jésus,.. et la question de son remplacement n'est pas si innocente que l'on croit: pour choisir, il faut poser des critères, et ces critères de choix, jusqu'alors, c'était Jésus qui seul les possédait... ! Maintenant, il n'est plus là, il n'a même pas profité des quarante jours d'une présence ressuscitée pour choisir lui-même l'indispensable remplaçant...

Qu'est-ce donc qui va distinguer l'apôtre du simple disciple comme vous et moi ? Une surabondance de perfection ? Une élocution sans faille ? Des dons extraordinaires ? Un agenda surchargé ? Une vie bien réglée ? Une existence "sans tache"? Une autorité naturelle ? Ou alors, une vision d'avenir, un projet communautaire en trois ou quatre points ? Doit-on le choisir pour son souci d'économiser les ressources, ou au contraire pour son enthousiasme à vilipender ?

Quels sont VOS critères à vous pour choisir un apôtre digne de ce nom ? ...

Dieu n'a pas les mêmes idées que nous. Là où, peut-être, nous verrions un brillant personnage, puissant et doué en paroles, Dieu préfère un témoin, quelqu'un qui, selon l'expression consacrée, a des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, et qui a vu et entendu. Le seul "critère" évoqué, c'est d'avoir été là, tout au long de la route, du Baptême de Jésus à son arrestation, et de la Résurrection à l'Ascension... Et quand j'y pense, ce critère a quelque chose de grandiose ! Il se base non pas sur l'action d’une
personne, ni même sur des compétences qu'elle aurait, ni sur son faire, mais sur une présence et une relation donnée par Dieu Lui-même. Apôtre, être apôtre, c'est avoir été témoin de la matérialité, de l'ancrage pleinement humain des événements que l'on va raconter: "Mes yeux ont vu ce que je vous dis... Mes yeux ont vu..."

Selon cette définition, aucune, aucun d'entre nous ne peut être apôtre, au sens strict...

Mais être celle, être celui qui dit "mes yeux ont vu " , cela ne nous est pas fermé pour autant: ce que Jésus a fait dans nos communautés et dans nos vies, ce que Jésus fait de nos vies, chacune, chacun l'a vu, et peut le dire... En être témoin. ..

Temps de vide, mystérieusement suspendu, temps utilisé pour combler un manque, occuper une place vide... je ne sais ce que cela évoque pour vous... Pour moi, c'est comme un bouillonnement de promesses caché dans l'attente; je crois qu'il y a aussi, au travers de ce vide, comme l'occasion d'une purification, comme un temps de désert et de maturation... Et pour moi, à l'époque qui est la nôtre, il y a aussi quelque chose de suspendu, quelque chose qui attend d'être mûr pour s'offrir ; je  trouve ce temps entre l'Ascension et la Pentecôte très significatif, très fortement symbolique !

Il peut y avoir la crainte devant le vide - et cependant, cependant, il y a promesse, en forme de prière : en parlant de nous, de celles et ceux que Dieu lui a confiés, Jésus demande à son Père: "Garde-les par le pouvoir de ton Nom ; Tu me les as donnés, je désire qu'ils soient là où je serai, avec moi."

© 2008 Olivier Sandoz

01.05.2008

Pleins d'une grande joie - Luc 24, 45-53

Psaume 138,1-3.7-8;  Actes 2, 29-33

Quarante jours après la Résurrection du Christ, après Pâques, c’est maintenant l’Ascension, une fête peut-être un rien mystérieuse, après tout… Une fête ? Une fête parce que Jésus s’en va, parce qu’il disparaît, parce qu’il ne sera plus jamais cette présence immédiate, cette présence aux siens ? Une fête, vraiment ? … 

« Quarante », c’est un nombre évocateur pour le lecteur de la Bible : le nombre de la mise à l’épreuve – le déluge, la marche au désert, les tentations de Jésus… -, le nombre de l’inachevé, et pourtant aussi le nombre de la promesse, dont la réalisation est toute proche ! Ce sera la fin du déluge, ce sera la Terre promise, ce sera le ministère de Jésus parmi les humains… Nombre de l’épreuve, de la purification, mais aussi, comme vous le voyez, nombre de l’attente pleine d’espérance, qui ouvre l’avenir : l’accomplissement arrive au cinquantième jour – parce que le cinquantième est aussi un nombre significatif, celui de la perfection, sept fois sept accomplis. « Pentecôte », en grec, veut dire « le cinquantième »… pourtant, nous n’en sommes justement pas encore là !

J’ai dit quarante jours d’une fréquentation extraordinaire : deux mondes se sont rencontrés, le monde de Celui qui ne peut plus mourir, le Ressuscité, et notre monde, tout empreint d’imperfections, et pour beaucoup, de désespoir… Notre monde, pourtant, appelé à croire à l’autre monde, et pas pour « après la mort », pas pour « dans longtemps ». Ce sont quarante jours de « frontière », pourrait-on dire, entre ces deux mondes qui n’ont jamais paru plus proches ! C’était bien : Jésus était là, il ne risquait plus sa vie, on était sans inquiétude… Mais… ce temps s’achève : le temps d’un regard échangé, d’une bénédiction soufflée sur les disciples, et « ils ne le voient plus ». L’Ascension. La fête d’un départ. L’effet « durable » de cette fête, c’est la disparition, l’absence de Jésus ; et c’est tout de même bien difficile de se réjouir du départ, de l’absence d’un être aimé !! …le texte nous dit pourtant la joie des disciples, ce jour-là !

Pour comprendre cette joie, nous devons peut-être d’abord saisir la portée de ce départ. Je l’ai évoqué, la coexistence – j’allais dire la cohabitation – de deux mondes avait quelque chose d’irréel, de « hors le temps ». Nous savons bien, aujourd’hui, maintenant, que la frontière existe, et nous la ressentons d’autant plus durement quand nous regardons notre monde, et que nous pensons à ceux qui nous ont quittés, toujours trop vite, toujours bien trop tôt. « Nous ne sommes pas encore dans le Royaume » dit-on. C’est pourtant à nous, les croyants, vous et moi, et tous les autres, d’être le corps du Christ pour ce monde, ses bras, ses mains, sa bouche, ses jambes, c’est à nous qu’il revient de dire l’Evangile, de manifester la présence de Dieu autour de nous. Nous sommes chargés de mission. Appelés par Dieu à inventer, dans notre vie de tous les jours, les réponses aux interrogations de l’existence – ou à vivre l’absence de réponse ! Appelés à rappeler, à redire qu’il y a bien un sens à ce que nous vivons, et que nous le cherchons avec Dieu.

Pour moi, l’Ascension est une fête dans la mesure où elle signifie cette CONFIANCE que Dieu NOUS fait, d’être dans le monde une lumière, d’y être le sel nécessaire. Parce qu’avant, c’était peut-être facile pour les humains : il y avait Jésus, il faisait tout. A Vendredi-saint, pourtant, n’avait-il pas déjà dit que « tout est accompli » ? La part de contrat de Dieu est remplie, est comble, reste quand même la nôtre, MAINTENANT.

Oui, quand le Christ était là, quand Dieu est là, Il prend toute la place, Il remplit tout, au risque de nous écraser – les anciens le savaient bien ! J’aime comparer le temps de la présence de Jésus sur terre à une grossesse, avec nous, tout petits enfants recroquevillés dans le ventre de la mère… protégés, porteurs d’espérance, mais avec encore tout à accomplir : il n’y a là aucune part de liberté…

Alors peut-être bien que l’Ascension est quand même une fête, malgré le départ de Jésus ! Une fête qui nous dit la nécessité, l’importance d’une distance entre les êtres, pour qu’ils puissent grandir. Dieu se retire pour nous faire une place. L’éloignement n’est pas catastrophique, il est juste le contraire de la fusion, de l’écrasement de l’un par l’autre. L’éloignement de Jésus est nécessaire pour nous offrir, pour nous laisser la possibilité d’une nouvelle rencontre – et l’Ascension, elle nous offre un Dieu à rencontrer de nouveau. Ce Dieu que nous avons côtoyé, ce Dieu dont nous pensions tout connaître, l’Ascension nous dit qu’Il nous échappe, qu’Il est toujours à redécouvrir, que notre relation avec Lui est continuellement renouvelée…

D’ailleurs, n’est-ce pas exactement ce que nous affirmons – et que nous affirmerons encore tout à l’heure ! – dans le « Notre Père » ? En disant de Lui qu’Il « est aux cieux », nous reconnaissons cette distance, et nous rendons grâce parce qu’elle nous permet de croître, de vivre…

Sur la route de l’accomplissement – Pentecôte -, l’Ascension nous offre l’occasion d’un épanouissement, d’une rencontre, d’une croissance vers Dieu.

« Les disciples retournèrent à Jérusalem pleins d’une grande joie » !

© 2008 Olivier Sandoz

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