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15.06.2008
Prêt à croire ? - Matthieu 9, 27-34
Sophonie 3, 16-20 - 1 Corinthiens 2, 1-5
Il peut s’en passer des choses, sur un pas de porte !
C’est là qu’on reçoit d’abord les gens, c’est de là qu’on les fera entrer - ou qu’on les renverra ! C’est là aussi que, parfois, après s’être parlé longuement de tout et de rien, juste avant de se quitter, on a subitement envie de partager encore avec notre visiteur ce qu’on avait sur le cœur, ce qu’on n’osait pas mais qu’on brûlait de lui dire… Sur le pas de la porte !
Ainsi ce matin, l’Evangile nous raconte deux récits de guérison à la suite, d’un style un peu inhabituel, en fait.
Tout commence avec ces deux hommes, perdus parmi d’autres, qui suivent Jésus en criant : «Fils de David, aie pitié de nous !», tout le long du chemin… et ce cri – cet appel au Messie, puisqu’ils emploient l’expression « Fils de David » qui lui est réservée -, ils le répètent, le répètent et le répètent encore, comme des enfants qui serinent la même rengaine jusqu’à obtenir le résultat escompté… ! Avec en prime un Jésus qui semble ne rien entendre, ne rien voir, qui poursuit son chemin jusqu’à la maison.
On apprend que ces deux personnes sont aveugles, on imagine leur difficulté à suivre Jésus dans la foule, cette foule où la progression est de toute façon pénible… quand on est aveugle, c’est encore plus compliqué !
Sur le pas de porte – enfin ! - Jésus se retourne, les écoute, les délivre de l’obscurité. La route a été longue pour ces deux-là, mais quelle récompense au bout de la nuit, quel beau résultat à leur persévérance ! "Croyez-vous que je peux faire cela ?" -
"Oui, Maître."- Alors il leur toucha les yeux en disant: "Qu'il vous advienne selon votre foi." : ce dont vous me croyez capable va vous arriver !
Second volet, le possédé muet, un récit qui laisse une impression de va-vite : à peine connue l’existence de ce malade, le voilà retourné à l’anonymat - guéri, mais devenu une occasion de reproche, une occasion de critiquer Jésus, pour les Pharisiens. Que se sont-ils dit, le Christ et ce possédé, quelle consigne a-t-il reçue, quel geste de guérison, sur le pas de la porte, de nouveau ?
Pour les uns, c’était la nuit, peuplée de sons : des paroles, un geste ; pour l’autre, c’est la lumière, mais sans possibilité de sortir du silence, ce même silence qui caractérise ici l’action de Jésus : le possédé est délivré, les profanes s’en étonnent, mais les spécialistes condamnent !
Vous avez vu la différence ? Les aveugles ont ordre de se taire - ordre qu’ils ne respectent d’ailleurs pas. Mais le muet, pourrait-on avoir la cruauté de lui dire de retourner au silence dont il vient d’être guéri ?
L’un après l’autre, dans leur succession, ces deux récits de guérison nous parlent d’un Dieu qui échappe à nos recettes, à nos stratégies. D’un Dieu qui peut aussi bien agir patiemment lorsque l’appel est pressant - « Fils de David, aie pitié… ! » - qu’immédiatement à la demande discrète ; mais qui répond aussi bien à la prière criée qu’à la demande silencieuse du possédé muet. Quoi que Dieu fasse, la prophétie d’Esaïe se réalise, et les disciples de Jean-Baptiste pourront aller lui dire que « les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres… » !
Vous l’avez remarqué, les guérisons se sont faites sur le pas de la porte : au bout d’un long chemin, au commencement d’un autre, à un moment charnière. C’est bizarre : sur le pas de la porte, au moment où les aveugles pourraient sans doute renoncer – quand ils sentent peut-être que Jésus leur échappe définitivement -, il se tourne vers eux pour leur donner un avenir ; et au moment de fermer la porte, toujours sur le seuil, alors que le muet risque de rester muré dans son silence solitaire, Jésus lui rend une vie nouvelle !
Je suis sensible à ce mouvement, qui me dit de ne jamais renoncer, qui m’exhorte à croire encore et encore que Dieu est bien attentif. Quand tout semble limité, quand Dieu paraît s’être échappé, Il revient en force ; sur le pas de ma porte, sur le seuil de ma vie éternelle - là où je ne pourrais plus le suivre, comme un aveugle en territoire inconnu, comme un possédé muet incapable de demander le chemin -, le Christ me donne l’élan nouveau qui m’engage à poursuivre la route autrement.
Nous avons sûrement beaucoup d’attentes, d’espoirs, de rêves un peu fous avec lesquels nous vivons, tant bien que mal… Mais est-ce que c’est si fou, est-ce que c’est si faux de croire, d’espérer, contre toute attente ?
Quand il écrit aux Chrétiens de Corinthe, Paul ne mâche pas ses mots : à eux qui lui parlaient de leurs compétences, de leur propre force de persuasion, de leur grand savoir, de pouvoir et de raffinement dans le détail, Paul répond par les mots «Evangile», puissance de Dieu, foi, espérance, amour ; il leur dit – il NOUS dit : Croyez toujours, espérez sans délai, aimez sans mesure… et priez sans cesse !
Si Dieu est au cœur de nos vies, il sait aussi venir sur nos frontières, dans nos limites, n’en doutez pas ! Où nous nous dévoilons parfois, Il est là ; jusque dans nos silences, jusque dans nos nuits, Il met sa Lumière, sa Parole, pour nous transfigurer.
Sur le pas des portes de Jérusalem, l’année tragique où le peuple d’Israël est emmené en exil, Dieu dit avec le prophète Sophonie « Je changerai votre sort… Je vous ramènerai, je vous rassemblerai… ».
Est-ce que je suis toujours prêt à le croire ?
© 2008 Olivier Sandoz
12:05 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication



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