18.01.2009

Vas-y, Seigneur, je viens ! - Marc 1, 14-20

Jonas 3 1-5.10 ; 1 Corinthiens 7, 29-31

Pour ce dimanche, nous allons à la rencontre d’un éventail de personnages ! Jonas, Paul, Pierre et André, Jacques et Jean : chacun de ces grands témoins de la foi, à lui seul, suffirait à retenir notre attention – et les voilà tous ensemble  alignés pour nous aujourd’hui !

 

·        Jonas qui ne voulait pas y aller, Jonas que Dieu va rattraper, et envoyer une seconde fois – Jonas dont la prédication fait effet, quand bien même le prophète redoutait sa mission…

·        Paul qui commence par ne pas être la « bonne personne », puisqu’il est du côté des adversaires de l’Eglise, et que Dieu va rattraper, lui aussi, d’une manière tout aussi brutale – Jonas était jeté à la mer, et Paul jeté au sol ! – pour en faire LA figure d’apôtre, voyageur et écrivain.

·        Face à ces fortes têtes, à ces « nein-sager » de la première heure, Simon-Pierre et André, tout comme Jacques et Jean, font figures d’enfants obéissants : « Venez avec moi ! (…) et aussitôt, ils le suivirent », renonçant à leur métier, laissant tout en plan…

 

Quelle que soit la réaction – ou les antécédents ! – des uns et des autres, la rencontre transforme, bouleverse, profondément, intérieurement. Dans la succession du Baptiste mis en prison pour son franc-parler politiquement et religieusement incorrect, Jésus appelle. Au changement. A la confiance. Pour les pêcheurs du lac de Galilée, c’est un changement d’orientation impressionnant, même si la chose semble adoucie par le discours : « pêcheurs d’hommes », pour eux, ça pourrait ressembler à quelque chose de connu – mais le poisson qu’on pêche meurt une fois attrapé, alors que l’être humain…

 

Autrefois – c’est l’histoire de Jonas –, Dieu envoyait des prophètes corriger le tir, quand l’humanité prenait la direction descendante. Ça pouvait faire mouche, comme en témoignent alors les Ninivites ! Mais désormais – c’est l’histoire de Jésus –, Dieu Lui-même s’est fait tout proche des humains. C’est la Bonne Nouvelle du rapprochement, et en même temps de la modification de nos rapports avec Dieu… parce que maintenant, accueillir la Bonne Nouvelle, ça signifie renoncer à se suffire à soi-même, et faire confiance au Christ ; c’est recevoir les mains vides le cadeau qu’Il vient nous offrir.

 

Rejoints dans leur réalité de tous les jours, quatre hommes entrent dans le cortège de ceux qui « adhèrent » à la personne de Jésus. Appelés par le Christ – c’est toujours Lui qui prend l’initiative de s’approcher de nous ! –, ils répondent ; ils se mettent marche à sa suite et tiendront le pari proposé : « Je ferai de vous… ». Ce n’est pas tant que leur vie les ennuyait, ni qu’ils avaient besoin de changement à tout prix – la personne de Jésus les attire, ça doit venir de notre « centre », de là où se passe tellement de choses qui nous dépassent, qu’on ne soupçonnait pas – et que l’on découvre peut-être à l’occasion de tel ou tel événement fort, bouleversant, de notre vie. Jésus appelle, on y va – ils n’ont même pas l’air de s’être concertés au moment où ils laissent tout tomber !

 

J’ai l’impression que c’est ça, notre mission, qu’elle soit d’évangélisation ou d’édification, peu importe le vocabulaire. Ça bouge là à l’intérieur, ça me tire depuis le dedans – et je suis envoyé, mais pas tout à fait comme je l’imaginais : il n’y a pas un Dieu-colonel qui me dit « allez, va… ! », il y a une personne, Jésus-Christ, qui me dit « Viens avec moi ! ».

 

Ça me semble très différent, d’être non pas envoyé en première ligne comme un Winkelried, mais appelé à suivre avec la confiance sereine que je suis en second. Quand j’ai la perspective d’une visite difficile, d’un entretien dont je redoute la lourdeur, quel allégement extraordinaire de savoir que j’y suis précédé par le Christ, si je décide de renoncer à compter sur mes « compétences », bien maigres sinon insuffisantes de cas en cas !

« Vas-y, Seigneur, je viens ! », c’est ça, répondre à ma mission, en donnant ce que j’ai parce que c’est pour cela que Dieu me l’a donné – sans en rajouter, sans en retrancher, parce que c’est avec l’exacte mesure de ce que je suis que Dieu m’appelle. C’est pour cela que je suis, que vous êtes, que nous sommes chacune et chacun irremplaçables dans le cœur de Dieu ! Simon ET André, Jacques ET Jean, ET Jonas, ET Paul, ET moi, ET toi… Dès maintenant, parce que notre espérance va dans le sens de ce que Paul annonce aux siens : « ce monde, tel qu'il est, ne durera plus très longtemps », ce monde où des hommes croient que la guerre et la violence peuvent résoudre les problèmes, ce monde où la richesse des uns se bâtit sur la misère des autres, ce monde où mal, maladie, souffrance frappent aveuglément.

 

« Vas-y, Seigneur, je viens ! » : ce sont les mots de tant et tant de témoins, dans les temps passés ou présents, dans des lieux proches ou lointains, c’est le cri qui demande à jaillir de notre cœur, quand nous sommes à l’écoute…

 « Vas-y, Seigneur, je viens ! »

© 2009 Olivier Sandoz

11.01.2009

C'est un nectar ! - Jean 2, 1-11

 Esaïe 62, 1-5; 2 Pierre 1, 2-8

"C'est l'eau et le vin !": quand on emploie cette expression, c'est pour bien faire remarquer la différence entre deux choses, la seconde étant bien sûr considérée comme la meilleure... C'est l'eau et le vin!

 

Mais voici qu'il y a eu, à Cana, au bord du lac de Galilée, une noce où l'eau et le vin se sont confondus, où ce qui était de l'eau avait bien meilleur goût que n'importe quel autre vin... Voici qu'à Cana, dire "c'est l'eau et le vin" n'avait plus aucun sens, tant tout était devenu relatif...

 

Quand Dieu vient se mêler à la noce des hommes, II les gratifie de ses coutumes somptueuses: un nectar incomparable remplace la "piquette" - comme le suggère un peu malicieusement le texte - servie auparavant !

 

La noce avançait mal: pénurie de vin ! - Pourquoi ? Parce que les invités surprises étaient trop nombreux, ou les convives trop intempérants ? Etait-ce plutôt un marié pauvre, ou avare, ou étourdi ? On l'ignorera pour toujours ! Reste que chez les hommes, il semble qu'on ne donne qu'à moitié, même un jour de fête, même un jour de noces. Qualité mesurée, quantité mesurée, on est loin de la fête grandiose qu'évoqué Esaïe, quand il compare la relation de Dieu avec son peuple à une noce, image d'alliance, de réconciliation et d'abondance messianique !

 

Parmi les invités, heureusement, Marie de Nazareth, la femme du charpentier, la mère de Jésus... Elle prend des initiatives de maîtresse de maison, avec son souci de la table, s'inquiétant de ce que vont boire les autres: "Ils n'ont plus de vin !".

 

Jésus la reprend: "Ce n'est pas le moment, il n'y a rien à faire !"

Ce n'est pas le moment de dévoiler sa puissance, ce n'est pas le moment de révéler son pouvoir - et puis, franchement, comme premier acte de son ministère, transformer de l'eau en vin, que dira la postérité !?!

 

Peut-être vous souvenez-vous des paroles de Dieu au moment de la transfiguration de Jésus:

"Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le!".

 

Et bien la réflexion de Marie, qui ne se laisse pas démonter par la dureté de son fils, lui ressemble beaucoup: "Tout ce qu'il vous dira, faites-le !". Merveilleuse Marie qui fait confiance, une nouvelle fois, aveuglément. Elle a demandé pour les autres, elle a confiance, elle sait qu'ils recevront...

 

L'histoire de l'eau changée en vin peut faire sourire: quoi, pour introduire Jésus dans son ministère, le voilà transformé en magicien chargé de soutenir les excès de boissons de convives sans doute déjà un peu éméchés ? Pour faire entrer en action le Sauveur, faut-il donc passer par cet épisode après tout très peu "spirituel" ?

 

Eh mais: c'est que Dieu n'est pas tellement "spirituel", quand il se fait homme, quand il devient humain ! Et tout L'intéresse, ce Dieu, de nos affaires humaines, fêtes comprises... !

 

"La Parole s'est faite chair" disait Jean en commençant l'Evangile qui porte son nom; et pour commencer à raconter ce que cette "Parole faite chair" accomplit parmi nous, c'est à un miracle bien étrange que nous sommes conviés: l'eau changée en vin... Tant pis pour celles, pour ceux qui voulaient cantonner Dieu dans des miracles spécifiques: II se charge aussi du reste !

 

Voyez-vous, j'aime lire ce miracle en commençant: il me dit que Dieu n'a pas pour seul projet de faire de nous de saints croyants, il me dit ce qu’est la grâce, ce « donner gratuitement », sans demander une reconnaissance quelconque, sans même demander la foi en retour ! Les noces de Cana, pour moi, c'est une clef de lecture pour toute l'action de Dieu dans ce monde.

 

Un nectar généreux dans la fadeur de certains moments de notre existence. Juste comme ça, parce que ça plaît à Dieu de nous donner le meilleur: et si je lisais AUSSI l'événement de Pâques, la Résurrection, comme cela ? Dieu me sauve, Dieu me donne la vie qui ne finit pas parce que ça Lui plaît, un point c'est tout ! Bien sûr que ce n'est pas « juste », Dieu m'offre ce à quoi je n'ai pas droit: un nectar pour me réjouir, alors que je ne pouvais rien réclamer... Ce n'est pas juste, mais est-ce que je vais m’en plaindre ?

 

Avant même que je croie en Lui, Dieu me proposait déjà la vie. Est-ce que je boirais, moi aussi, à la coupe qu'il me tend ? - D'autres l'on dit: "C'est un nectar"

"C'est un nectar !"

© 2009 Olivier Sandoz