08.02.2009

Perles pour un temps de crise - Matthieu 6, 24-34

1 Rois 17, 8-16; Ephésiens 4, 17-24.30-32

L'habit est tellement important ! on peut dire tellement de choses à travers nos vêtements ! ... dire notre âge, nos goûts, nos «idoles», nos états d'âme - violents ou romantiques - notre façon de vivre - rangée ou branchée -, notre profession, ou notre compte en banque...

Ce matin pourtant, Jésus nous dit qu'il ne faut pas nous soucier de notre habit... que l'habit n'a aucune importance...

C'est dur pour nous, qui passons tant de temps, qui dépensons tant d'énergie à « paraître »...

 

Et Jésus nous dit même que c'est Dieu qui veille à notre nourriture et à notre vêtement... (aïe : pourvu que Dieu ait les mêmes goûts que moi !)

Mais... le texte nous dit aussi que Dieu nous a créés beaux, comme toute sa Création, les animaux, les oiseaux, les fleurs...

 

En fait, vous vous en doutez, l'enseignement de Jésus est plus subtil qu'il n'y paraît : ne vous laissez pas accaparer par les soucis matériels, laissez-vous passionner par l'essentiel, qui n'est ni ce que nous aurons dans notre assiette à midi, ni ce que nous mettons pour aller en ville, au travail, à l'église...

 

Dans son ministère, dans sa découverte de l'humanité, Jésus remarque combien nous nous identifions à ce que nous possédons : je suis quelqu'un si j'ai une «grosse voiture», ou «une grande maison»... et Jésus trouve dommage que nous soyons réduits à une «grosse voiture» ou à une  «grande maison». Le Christ aimerait qu'on se rappelle que la vie n'est pas une question de quantité, mais bien de «qualité». Que la vie n'est pas vivre par les choses que nous possédons, mais vivre des relations que nous créons. Et qu'une fois assurés nos besoins essentiels, nous n'avons pas grand-chose à gagner en nous agitant pour le «superflu».

 

Moi, je ne sais pas ce qui nous attend. Personne ne le sait. Et l’inquiétude est bien naturelle, puisqu'on s'inquiète tous face à ce que demain nous apportera... surtout en ces temps où on parle à nouveau de crise, où il n'y a plus assez de travail pour chacun, où il semble y avoir de plus en plus d'insécurité.

 

Ce texte ne nous interdit pas de nous soucier de nos besoins, il nous demande de nous en soucier avec confiance: c'est la foi qui nous délivrera de la peur du lendemain.

 

Aujourd'hui, c'est cela que j’entends : que nous puissions faire confiance à Dieu ; que nous puissions Lui remettre notre avenir, nos inquiétudes, nos choix ; que nous ayons confiance dans les dons qu'il nous a donnés, dans nos qualités à chacune, chacun, nos personnalités, que nous puissions trouver confiance en plaçant notre confiance en Lui.

Je crois vraiment que Dieu est le seul à pouvoir apporter ce que nous cherchons tous, un bonheur qui dure, un bonheur qui ne dépend pas de la réussite sociale et financière, un bonheur qui ne dépend pas de ce que les autres pensent de nous, ni de notre «look» .

 

Vous le savez déjà, rien n’est indifférent, rien n’est trop petit devant Dieu, de nos petites ou grandes misères, de nos petites ou grandes joies. Lui, Il peut tout partager, tout prendre sur Lui… Souvenez-vous : dans la parabole de la pauvre veuve, la femme qui dépose ses derniers centimes dans le tronc accomplit un acte de confiance, parce que pour le faire, elle doit croire en profondeur que Dieu pourvoit ; parce que pour le faire, elle doit être assurée à l’intérieur d’elle-même de l’abondance qu’elle va trouver en Dieu.

 

C’est comme la veuve de Sarepta, qui décide d’entrer dans le jeu de Dieu avec Elie, avec son fond de farine et son bol d’huile… en période de famine, elle qui a un enfant à charge, elle nourrit encore un inconnu – même si cela ne va pas de soi !

 

Il me semble que nous sommes invités ici à méditer notre consécration au Dieu de Jésus-Christ, à un Dieu qui - comme le rappellent les épîtres - a TOUT DONNÉ, qui s’est tout donné à nous – sans que nous mesurions bien ce que cela veut dire, ce que cela représente ! Alors, « ne vous conduisez plus comme les païens que leurs pensées mènent au néantIl faut vous laisser complètement renouveler dans votre cœur et votre esprit » nous écrit Paul.

 

C’est vrai, nous avons des besoins à combler, c’est vrai aussi que les tentations du monde moderne sont multiples – les publicitaires savent très bien exploiter ce filon, cette faiblesse humaine d’un manque permanent… nous n’y échappons que rarement, d’ailleurs ! …reste que la question de l’Evangile, qui doit nous travailler en profondeur, c’est de savoir si nous nous y prenons vraiment bien, nous qui ne nous sentons jamais vraiment rassasiés, jamais entièrement satisfaits de notre condition : « chez le voisin, l’herbe semble plus verte… ».

 

Dans ma lecture, l’Evangile de ce jour nous propose une piste de vie: et si ce qui nous manquait surtout, c’était la présence de Dieu ? Et si cela même que nous mettons souvent en priorité, qui fait notre apparente sécurité, n’était en fait qu’un obstacle à un vrai rassasiement, une plus grande proximité de Dieu, de ce Dieu qui nous offre la vraie vie ?

 

Prenez quelques minutes, toute à l’heure, pour réfléchir à ceci : si je devais témoigner de la sollicitude de Dieu à mon égard, quel(s) exemple(s) est-ce que je pourrai en donner ? Je suis parfaitement assuré que vous avez toutes et tous beaucoup de matière à proposer… !

(silence)

...et cela, ce sont des "perles" que vous pouvez garder, même pour un temps de crise

 © 2009 Olivier Sandoz

01.02.2009

Amassez-vous des richesses dans le ciel - Matthieu 6, 19-23

Esaïe 48, 17-20 ; Ephésiens 4, 7.11-16 

·        Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé

·        Amassez-vous des richesses dans le ciel (…). Ton cœur sera toujours là où sont tes richesses.

·        Chacun de nous a reçu un don particulier

 

Je suis allé prendre ces versets dans chacune des lectures de ce jour, parce qu’il me semblait intéressant de les mettre en écho les uns des autres.

 

« Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé ! »

Cette lamentation sur la destinée d’Israël n’est évidemment pas unique dans l’Ancien Testament : pendant des siècles, sous couvert de l’élection particulière dont il fait l’objet, le peuple d’Israël s’est autorisé quelquefois tout… et son contraire ! Alors…

Notez qu’il n’y a pas vraiment besoin de regarder vers l’Israël des temps anciens pour entendre ce cri… ni même tellement besoin de regarder vers Israël : ça ressemble assez à ce que Dieu doit se dire quand il regarde vers moi !

 

Je suis comme ça : je sais beaucoup de choses, je les ai entendues, apprises, reçues… et puis enfouies quelque part dans ma mémoire, comme mises en hibernation. Oubliées, quoi ! « Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé ! » C’est vrai que Dieu n’est pas compliqué : Il demande juste d’être écouté... !

 

Et qu’est-ce qui m’est commandé ? Et bien,  « Amassez-vous des richesses dans le ciel (…). Ton cœur sera toujours là où sont tes richesses » !

Vous savez comment faire, pour vous amasser des richesses dans le ciel ? Parfois, ça paraît ressembler furieusement à cette « théologie des mérites » contre laquelle ont lutté les Réformateurs, comme si on pouvait remplir un compte dans la « banque du ciel »…

Mais je pense plutôt qu’il s’agit pour nous de vivre et travailler « pour la gloire de Dieu » - la phrase est un peu convenue, alors disons plutôt : pour que ce que nous accomplissons soit un témoignage de reconnaissance à l’égard de Dieu ; pour que notre existence reflète cette dignité et cet amour que Dieu éprouve à notre égard. Bien sûr que nous ne sommes pas toujours « à la hauteur », mais là n’est pas la question : si mon cœur, si le centre de ma personne est tourné vers ce but d’être une offrande à Dieu, une petite lumière dans la nuit du monde, alors je ne peux rien perdre, je n’ai rien à perdre. Tandis que  si je place ma confiance dans les mille et une autres choses de ce monde, j’ai mille et une raison d’être inquiet… et de voir plutôt l’obscurité de la méfiance se développer en moi.

 

Chacun de nous a reçu un don particulier : alors qu’est-ce que c’est, votre don à vous, votre don particulier ? …c’est important à discerner, parce que c’est avec ce don justement que vous pouvez « amasser des richesses dans le ciel ». C’est votre « outil de travail » sur le terrain de Dieu, c’est grâce à lui que vous êtes actifs dans la lumière, aptes au service pour faire croître le corps du Christ.

 

Discerner les dons, c’est ce qu’on évoquait il y a une dizaine de jours, lors de notre soirée œcuménique : puisque Dieu a placé dans chaque communauté tous les dons nécessaires – je dis bien dans chaque communauté, pas seulement dans chaque ministre ! -, le travail d’une prière communautaire est d’autant plus important, essentiel pour la communauté. C’est ensemble que nous pouvons discerner ces dons, c’est dans l’écoute et l’attention à l’Esprit-Saint que nous pouvons bâtir un corps qui tient solidement à la tête, pour qu’« ainsi, lorsque chaque partie fonctionne comme elle doit, le corps entier grandisse  et se développe par l’amour. »

…et ça me pose encore une autre question, que je laisse ouverte : puisque Dieu fait cadeau de tous les dons nécessaires à son Eglise dans un lieu précis, et puisque nous ne pouvons pas être à nous tous seuls toute l’Eglise dans cette région, qu’est-ce que nous pourrions mettre en place ensemble, avec les autres communautés chrétiennes de notre coin de canton, pour un meilleur témoignage – pour un témoignage plus lumineux – auprès de nos voisins, nos amis, nos collègues, notre milieu de vie ?

 

… sans doute que le prolongement d’une « semaine de prière pour l’unité des Chrétiens »  passe aussi par une réponse à cette question… !

 © 2009 Olivier Sandoz