15.03.2009
Jésus fait le ménage - Jean 2, 13-22
Deutéronome 6, 4-9 ; 1 Corinthiens 1, 21-25
Parlant de la mort de Jésus, Paul écrit qu'elle est «scandale pour les Juifs» et «folie pour les non-Juifs» : deux mots pour exprimer l'impasse, pour dire deux positions possibles devant cet événement inouï qu'est la mort de Dieu, en son Fils.
Scandale, blasphème que cette mort, puisque Dieu ne PEUT pas mourir ! La tradition orientale pose Dieu en Maître tout-puissant du Ciel et de la Terre, comme Celui qui a tout créé et par qui tout arrive ; alors, prêcher sa mort, c'est nier Sa toute-puissance, c'est Lui poser une insupportable limite... Dieu, mort? ...on devrait déchirer ses vêtements et se couvrir la tête de cendres !
Et si Dieu est vraiment Dieu, quelle folie que cette mort, quelle folie pour un homme de croire en un Dieu mort ! La tradition occidentale posait toute divinité dans un monde séparé, inatteignable, et imaginer un Dieu touché par nos contingences, ç’aurait été nier sa divinité - ou croire en un Dieu qui ne serait pas « rentable » pour l'homme religieux, qui cherche à mettre de son côté un allié d'une puissance incontestable.
Scandale ou folie, voilà l'alternative, «hors de l'Eglise». Quelle est donc la «troisième voie», celle de l'intérieur, celle de l'Eglise et de ses croyants ? La confiance en un Dieu suffisamment amoureux de ses créatures pour s'en rendre proche jusque dans leurs pires limites, la violence, la souffrance et la mort.
En ce 3e dimanche de la Passion, nous sommes encore un peu éloignés de la semaine sainte, qui reprend le cycle du Vendredi-saint, souffrances et mort de Jésus. Mais l'Evangile de ce jour nous présente - une fois n'est pas coutume ! - un Jésus pris de colère et de violence, emporté à l'intérieur du Temple, au cœur même du sacré... !
Ah ! le Temple... Le lieu mythique de la présence de Dieu, de sa manifestation « visible » ! Il s'y passait en fait bien des choses, au 1er siècle de notre ère : on y enseigne et discute la Loi de Moïse, bien sûr, et puis on y applique la liturgie des sacrifices, comme le commande cette Loi. On y trouve des prêtres - évidemment -bien organisés, hiérarchisés ; et puis, la tribu de Moïse, ces lévites qui dépècent les animaux, font un travail de boucherie, et encore des marchands d'animaux pour les sacrifices, et des changeurs de monnaie: l'argent est nécessaire, mais il ferait beau voir qu'entrent dans le Temple du Seigneur les monnaies impies de l'empereur et de ses vassaux, ces hommes qui aiment à se déguiser en dieux, du moins en effigie ! Alors on « blanchit » l'argent, si vous voulez, en le changeant contre la monnaie du Temple.
Le pire sans doute, dans tout cela, c'est que tout est tellement bien ordonné, bien structuré, que Dieu n'y a plus vraiment de place... le «microcosme» du Temple reproduit en concentré l'ordonnance du monde extérieur, avec ses degrés, ses tracasseries, ses entraves, son étagement social...
Jésus est en colère, et l'exprime d'une façon bien peu feutrée, bien peu discrète, dans cet endroit si convenable : comme une figure du prophétisme ancien, qui réprimande ses contemporains trop enclins à s'occuper de leurs affaires et si peu de leur croissance vers Dieu, Jésus va, renverse tout sur son passage...
Mais... de quel droit, enfin ? Et pourquoi cet éclat dans un univers si bien rôdé ?
En m'entendant parler de la vie du Temple, il vous est peut-être venu quelques images de choses contemporaines, dans et hors l'Eglise d'ailleurs... et ce n'est certainement pas innocent. Car si l'évangéliste Jean pose comme interprétation des paroles de Jésus que le «Temple» dont il est question, c'est le Christ lui-même, j'aime aussi lire le commentaire qu'en fait un penseur du Moyen Age, appelé Maître Eckart : «Le Temple où Dieu veut exercer la puissance de sa souveraineté et de sa volonté, c'est le cœur humain... !».
Ainsi le «désordre» causé par Jésus n'est pas seulement une manifestation prophétique dans le cadre de la religion représentée par ce bâtiment impressionnant, mais aussi l'indice d'un bouleversement intérieur que Dieu provoque en nous. La «colère» et la «violence» de Dieu exprimée par Jésus peut aussi être un signe pour notre vie de foi, notre vie de relations à Dieu. Le Christ chassant les marchands du Temple, c'est pour moi un acte de «désencombrement» de l'existence humaine, pour une «purification» de la spiritualité qui est la nôtre.
Combien de «marchands du Temple» peuvent nous habiter ? Combien d'obligations, de jougs, d'obstacles imposons-nous à notre vie de foi - et par là même à celle et ceux qui nous entourent ? «Un Chrétien, c'est quelqu'un qui doit aller à l'Eglise !» : vrai et faux ! «Un Chrétien, c'est quelqu'un qui témoigne avoir reçu le Saint-Esprit !» : vrai et faux ! «Un Chrétien, il doit faire ceci et ne pas faire cela, si vous avez la foi, vous devriez être tel et tel...» : vrai et faux !
Car j'ai le sentiment, j'ai la conviction que le «Chrétien» -si l'on peut en faire une image... ! -, c'est d'abord un être humain, fait de pâte humaine : aspiration à la liberté, courage de vivre, bonheur d'être femme ou homme, force de l'amour, mouvements... la vie est difficile, et Jésus ne le nie pas, et Jésus ne nous offre aucune «recette» pour une vie facile... par contre, il ne se taira jamais quand par notre propre volonté, nous ajoutons encore à cette difficulté d'exister des normes et des obstacles, sous couvert de la «foi».
En lutte contre le Temple, Jésus n'est pas dans un combat contre Dieu ou la religion, mais pour le réveil, la «résurrection» de notre être et de notre existence d'humains. Que le religieux ne se contente pas d'être reflet du monde, d'en perpétuer les injustices et les handicaps, mais qu'il soit au contraire le lieu d'un épanouissement, l'occasion d'un rétablissement des valeurs... dans un être « désencombré » !
Jésus «fait le ménage» : dans le Temple, dans notre vie. Il le fait du droit de Dieu à nous libérer, à nous ouvrir à la vie, à nous faire naître à l'essentiel, qui est toujours, qui sera toujours le triomphe de la vie sur les puissances d'esclavage, comme il y a si longtemps, tout là-bas dans le désert :
«Ecoute, Israël : Le Seigneur, le Seigneur seul, est notre Dieu!»
© 2009 Olivier Sandoz
12:00 Publié dans Jean | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
01.03.2009
Carême de quoi ? - Marc 1, 12-15
Genèse 9, 8-15; 2 Pierre 3, 3-9
Ce matin, je vous propose de commencer en méditant sur l'attente et la patience...
J'y pense en relation avec nos textes, en particulier avec la seconde épître de Pierre, qui dans un dialogue fictif avec des moqueurs, nous parle de la patience de Dieu: "Votre Dieu, Il a promis de venir... Où est-Il ?" - et Pierre de répondre: "Le Seigneur est patient parce qu'il ne veut pas votre anéantissement; Il veut que tous aient l'occasion de conversion, de changement".
Un Dieu "patient", donc… Qu'est-ce que cela me suggère?
Je pense à mon besoin de changement, besoin de nouvelles motivations, de nouveautés, tout simplement; je pense à mes envies, à mes souhaits de voir le changement, la transformation rapide et radicale de ce monde, de telle personne de mon entourage, des aspects les plus déplaisants de ma personne... Je pense à tout cela, et la Bible me répond que Dieu est patient... ! …qu'il est patient PARCE QU'Il souhaite - Lui aussi! - le changement.
Alors je suis renvoyé à ma propre impatience, devant Dieu !
Le récit du Déluge est à la fois une atroce histoire de massacre organisé - faire disparaître toute vie sur terre ! -, et l'ouverture à une espérance, par la promesse que nous venons d'écouter: "Tant que la terre durera, il n'y aura plus de déluge pour désoler la terre". Je l'entends comme d'autres textes bibliques - l'histoire de Job, les Psaumes, ... -, qui parle de "retenue" de la part de Dieu: "Dieu fait briller le soleil, Dieu fait pleuvoir sur les bons et les méchants..." Il n'y a plus, comme avec le déluge, la suppression de tout ce qui dérange, fâche, attriste, blesse Dieu - il y a au contraire une patience impossible à mesurer, parce qu'elle est accrochée à l'espoir qu'un changement est ENCORE possible.
Cette semaine marque notre entrée dans le temps de la Passion – du Carême: même s'il n'y a peut-être pas parmi nous beaucoup de personnes qui "font carême", je trouve que nous pourrions profiter de ces quarante jours - quarante jours qui nous renvoient au Déluge, sans doute, mais aussi au désert, et aux quarante jours qui APRES Pâques, portent le signe de la présence du Ressuscité ! -, profiter donc de ces quarante jours pour nous laisser transformer, pour que notre impatience prenne la mesure de l'amour, de l'attente de Dieu.
Quand Jésus dit, sortant de 40 jours au désert où il a été tenté: "Convertissez-vous - Changez de comportement - et croyez l'Evangile - et croyez la Bonne Nouvelle !", je suis sûr qu'il nous engage aussi sur le chemin de la lenteur, sur un chemin où le cœur a le temps de prendre le temps, où le cœur a le temps de chercher une harmonie, une paix joyeuse. Et le Carême, "faire carême", ce ne sera peut-être pas tant, pour nous, essayer de plaire à Dieu en mangeant moins que de nous engager, qu'écouter les appels d'aujourd'hui en inventant des manières nouvelles d'y répondre... "Faire carême", c'est vivre en rupture avec l'habitude, pas par volonté d'originalité, mais pour que toute la vie ait un sens: ceux qui jeûnent dans ces moments-là le font pour dire que la vie est plus que la nourriture, selon les propres paroles du Christ.
Nous pouvons donc, nous aussi, réfléchir, penser au jeûne de quoi nous allons nous consacrer...
Ce pourrait être, par exemple, une trêve de l'impatience, de la vitesse, du "tout tout de suite"; ce pourrait être, par exemple, une trêve de toutes nos paroles vaines, de nos bruits intérieurs, pour goûter au silence; ce pourrait être encore - mais il y a sûrement parmi vous des idées ! - une trêve dans notre volonté de changer les autres à tout prix, une trêve dans notre désir d'en faire des gens à notre goût, à notre image... Ou bien sûr, une trêve dans notre impression que nous pouvons faire trêve par nos propres forces, nos seuls moyens, sans Dieu...
Jésus proclame: "Convertissez-vous '", mais il sait très bien aussi que le gros du travail, il est entre les mains de Dieu.
Voilà, la patience de Dieu m'a entraîné en carême, contre ma précipitation... Cette patience de Dieu, je dois le dire, m'a aussi été un rappel, un appel à ne pas vouloir maîtriser, encore une fois, ce qui est entre les mains de Dieu, ce qui est action de son Saint-Esprit en moi.
Mon carême, ce pourrait bien être de VRAIMENT TOUT remettre entre les mains de Dieu - pour qu'il puisse s'en occuper. Cela m'est difficile, parce que j'aime beaucoup tenir les rênes de ma vie - mais c'est pourtant dans ce sens que va aller ma prière pour ce carême.
© 2009 Olivier Sandoz
11:52 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication


