20.04.2009
La Résurrection ? - Luc 24, 13-49
Le cheminement des disciples sur la route d’Emmaüs, ce n’est pas seulement une «histoire de Pâques» : c’est un parcours de guérison que nous propose le Christ ; parcours de guérison au cœur de nos dépressions, au milieu de nos déceptions, dans notre tristesses et nos pertes, en un mot, ce cheminement est une invitation à la surprise et à la joie.
Nous fêtons la Résurrection… et la Résurrection, mes amis, ce n’est pas une vue de l’esprit ! La résurrection, ce n’est pas seulement l’événement bizarre d’un curieux matin il y a deux mille ans, et ce n’est pas non plus dans un avenir lointain : la résurrection, c’est la présence de Dieu retrouvée dans notre quotidien, c’est l’AVEU que ma vie est liée à Lui ; la résurrection, c’est une relation renouée - parfois même après des années de désert - au plus profond du cœur, de l’être, de la personne.
…Ce que les disciples laissaient derrière eux en quittant Jérusalem ce matin-là, c’est le lieu qui a vu tous leurs espoirs déçus… ! alors ils fuient, pour retourner chez eux à Emmaüs, qui est le lieu de sécurité dont ils pensent maintenant avoir besoin. En chemin, ils ruminent, tournent et retournent les événements, sans trouver d’apaisement, juste envahis de découragement, de déception … Tout est devenu si lourd ! Quelque chose que nous connaissons parfois !
Et voilà Jésus qui les rejoint, méconnaissable pour ses disciples, nous dit le texte. Méconnaissable ? …sans doute parce que dans leur cœur blessé, Jésus est mort, et qu’il ne peut, simplement plus être là; mort comme leur espérance, mort comme une page tournée de leur existence.
Jésus les interroge : « De quoi parlez-vous ? » De quoi parlons-nous, quand notre cœur déborde de tristesse, de doutes, de rancœur ou d’espoirs déçus ?
La question de Jésus – comme peut-être toutes les questions que Dieu pose à l’être humain – n’est pas une question innocente, ni une simple entrée en matière polie. « De quoi parlez-vous ? » : au fond, qu’est-ce qui vous est si lourd ? La demande de Jésus, vous l’avez remarqué, a stoppé net les disciples dans leur fuite en avant ; « ils furent arrêtés » dit littéralement le texte : ce n’est pas seulement leur marche qui est suspendue, c’est aussi cette espèce d’état d’esprit morbide qui les tient prisonniers. Oh, ils essaient bien encore d’entraîner l’inconnu à leur suite : « Mais… des événements ! ». « Des événements ? Quels événements ? »
Bien sûr que Jésus sait de quoi il s’agit ! Ce dont il veut parler avec eux, c’est de leur foi ébranlée, il veut les entendre le formuler, pour eux-mêmes autant que pour lui ! …car tout est à redire, pas seulement avec les mots du catéchisme, mais avec LEURS mots : ça commence comme une confession de foi « Nous avions l’espoir qu’il soit le Sauveur d’Israël », ça finit en désastre « mais voilà trois jours qu’il est mort ».
Qu’est-ce que c’est, le problème ? La mort de Jésus, innocent supplicié, ou leurs espoirs ravagés, leur espérance en deuil ? Habituellement, nous retenons volontiers de ce récit la « catéchèse en chemin » que leur fait Jésus: tout reprendre à zéro, depuis la Loi et les prophètes, de ce qui concerne le Messie… Même que Jésus n’a pas hésité d’abord à secouer les disciples : « Esprits sans intelligence ! Cœurs lents à croire… ! » C’est parce qu’il y a, dans notre lecture de la Bible, un risque énorme, le « ronronnement interne » : nous pouvons être de trop fins connaisseurs des textes pour nous laisser encore interpeller par le Saint-Esprit, pour nous laisser ouvrir au... Méconnu ! Le risque de ne trouver que ce que nous étions venus y chercher… Comme Cléopas et son acolyte : ce qui serait le plus avantageux – le triomphe du Fils de l’Homme, le grand rassemblement messianique, la victoire trompetée de Dieu -, ils l’ont bien en tête… et à partir de là, ils ne peuvent plus rien croire d’autre, puisque les Ecritures ont annoncés un règne sans fin… Mais ces mêmes Ecritures ont aussi dit qu’ « il fallait que le Messie souffre avant d’entrer en gloire » : faire l’économie de la souffrance, de la déception, de la mort même, de tout ce qui compose notre humanité, c’est vouloir renvoyer le Christ à son ciel sans tambour ni trompette !
Nous allons nous mettre en route avec un nouveau Conseil paroissial, fait d’anciens et de nouveaux. Pouvoir ainsi compter sur des personnes riches d’expériences différentes, c’est une grâce. Le risque serait de vouloir simplement entraîner les nouveaux dans l’ancien fonctionnement…. mais c’est à un vrai renouvellement que Dieu nous engage !!
Et nous voilà donc, pareils aux disciples de ce dimanche-là ; ils étaient déboussolés, parce que pour la première fois depuis longtemps, la semaine commençait sans Jésus, sans discussion, sans la sécurité de sa présence– et puis en même temps, il y a ce grand trouble : on leur a dit que le tombeau est vide… Ce sont des femmes qui l’ont annoncé, puis Pierre à son tour, et enfin les disciples de retour d’Emmaüs ont rapporté des choses troublantes, qui vont dans le même sens…
« Ils parlaient encore quand Jésus lui-même se présenta au milieu d’eux et leur dit : La paix soit avec vous ! » : l’entrée en scène est théâtrale, voilà qu’apparaît celui dont, justement, on regrettait la disparition. Il surgit du néant - du tombeau de tristesse qui s’était emparé des disciples -, comme un choc, une surprise, le cadeau inattendu …
D’abord, les disciples n’ont pas envie de rire : « il est mort, c’est son fantôme ! » - je pense ici à mes moments d’éloignement, d’abandon, où Dieu a l’air tellement inatteignable, tellement inabordable… Quand j’ai l’impression qu’il faudrait tellement de temps, tellement d’efforts, tellement d’énergie pour remonter la pente ; je le vois tellement hors d’atteinte, hors de portée, l’« avenir radieux »…
Je suis bien incapable de recevoir la nouvelle d’une vie immédiate, d’un résurrection, d’une présence de Dieu donnée là, à l’instant ! Je voudrais faire mon chemin de deuil, prendre mon temps – comme les disciples – pour me remettre, et puis voilà, c’est là, tout de suite, que Dieu a surgi !!
Pas toujours comme je le veux, souvent pas comme je l’imaginais, très rarement comme je m’y préparais … « Il » surgit dans ma vie, et c’est à nouveau la lumière, et c’est à nouveau la vie, simplement possible.
Après le long partage d’une parole, le soir est venu. Autour d’un repas, Jésus avait donné un sens à sa mort – et c’est finalement dans le partage d’un pain à Emmaüs qu’il affirme sa présence avec nous pour toujours – invisible, mais présent !
La Résurrection, après tout, c’est le programme qui nous est proposé dès aujourd’hui !
© 2009 Olivier Sandoz
10:18 Publié dans Luc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, protestantisme, prédication, bible, foi, pâques, résurrection
05.04.2009
Entre Dieu et vous (à mes catéchumènes) - Marc 11, 1-10
Esaïe 50, 4-9a
Quand les gens de par-ici ont constaté que Jésus tardait à revenir, que Dieu n’envoyait plus autant de prophètes, et que les miracles – pensait-on - commençaient à se faire rares – bref, quand les gens de par-ici commencèrent à se dire que les pasteurs, depuis des siècles, leur racontaient peut-être des histoires, et bien les gens de par-ici avaient laissé de côté tout ce qui leur avait été dit, et puis ils s’étaient intéressés à d’autres choses plus passionnantes : le dernier match, les terrifiantes révélations de «Ça va se savoir», les états d’âmes astrologiques de Madame Soleil, ou encore les bouleversantes confessions sur Facebook d’un ex-lofteur éperdument amoureux d’une star-académicienne… Que des choses importantes, quoi !
Et Dieu tout là-haut – je ne sais pas si vous l’avez remarqué, dans les histoires, Dieu est toujours « tout là-haut » : on ne sait pas bien où, mais en tout cas, « tout là-haut » ! – et Dieu donc, « tout là-haut », contemplait la terre avec une certaine perplexité : c’est vrai, quoi, devoir toujours tout recommencer, sans pour autant de meilleurs résultats, il y aurait de quoi lasser !
Pourtant, vous vous souvenez, Dieu, Il avait accompli des choses à peine croyables – d’ailleurs plus personne ne veut y croire ! -, comme par exemple séparer les eaux de la mer Rouge, faire jaillir des sources en plein désert, marcher sur l’eau, ou même – et ce n’est pas rien ! – créer à partir de rien tout un monde avec tout ce qu’il contient ; et Il en avait fait d’autres, aussi, des plus discrètes, comme soigner un blessé, donner un baiser, offrir un sourire ou son amitié (oui, je sais, on n’en parle pas toujours dans la Bible…). Mais voilà qu’aujourd’hui, « tout là-haut », Il se prenait la tête dans les mains et se disait : « A quoi bon ? A quoi bon se démener, aider, conseiller, conduire, donner le bras ? Les gens d’ici-bas n’y comprennent décidément rien à rien : rien à Dieu, rien à leur vie, rien à leur monde… »
Et oui, « tout là-haut », Dieu était aussi étonné : étonné que les gens d’ici puissent croire des choses aussi ridicules que ces fameuses lettres «vous avez gagné Fr. 100'000.-», qu’ils gobent des pubs vantant la lessive qui «lave plus blanc que blanc» ou le parfum «qui les fera toutes tomber» ; étonné, Dieu, que l’on puisse leur faire avaler n’importe quelle couleuvre destinée à leur vider les poches, et qu’en même temps ils soient si peu disposés à croire qu’il existe un Dieu, ce Dieu qui aurait, qui A justement envie de prendre une place active dans la vie de chacune, chacun…
Or, par un grand mystère, ce dimanche 5 avril 2009, Dieu se pencha un peu plus que d’habitude, «tout là-haut»… et devinez ce qu’Il vit : dans 156 églises de ce canton, presque au même moment, des dizaines, des centaines de jeunes en train de s’entasser sur les chaises ou les bancs inconfortables de nos temples et se préparer à dire quelque chose de leur foi, de leur idée, de leurs images de Dieu ! Ah, mes amis, vous ne pouvez pas savoir comme ça Lui faisait chaud au cœur, à Dieu, tout ce monde qui demandait Sa bénédiction, et Lui, Lui qui avait tellement envie de tout leur donner !
Eh oui ! tout à l’heure, quand ça va être à vous, pensez-y, les jeunes, à la joie de Dieu à ce moment précis ! Il est heureux aujourd’hui, Dieu, à cause de vous – peut-être même plus heureux que ce fameux jour des Rameaux dans les années 30 de notre ère où Il est entré à Jérusalem assis sur âne, sous les acclamations de la foule des gens de par là-bas !
Quatre ans de caté : c’était « long » - et à la fois bien court pour tout ce que nous aurions voulu transmettre, soumettre à vos appétits, à votre méditation… Il a fallu faire des choix, et quelquefois parer au plus pressé, écouter ce que vous aviez à dire – oui, écouter des choses parfois complètement à côté du sujet patiemment préparé, parce que c’était important pour vous, à ce moment-là, de partager quelque chose… Nous n’avons pas pu tout nous dire… aujourd’hui, je pense que c’est tant mieux : il vous reste tellement à vivre, à découvrir – comme vous allez l’affirmer tout à l’heure – et le silence de Jésus, le silence de Dieu dans le récit des Rameaux me rappelle que c’est entre Dieu et vous, chacune, chacun de vous – sans moi – que la suite se joue !
Entre Dieu et vous : je souhaite que cette rencontre de chaque jour vous apporte autant que j’en ai reçu, moi ; je souhaite que chacune, chacun de vous puisse accueillir et recueillir pour sa vie l’immense richesse de cette fréquentation avec le Dieu de Jésus-Christ. Je fais le vœu qu’à travers tout ce que vous allez vivre, vous trouviez des occasions de grandir dans la proximité de Dieu.
Devant vous, l’école qui continue, un apprentissage, une formation ; devant vous, un avenir qui va se clarifier peu à peu. Mais surtout, devant vous, je vous le souhaite, beaucoup d’amour, de partages, de relations profondes : une vie avec du goût, du doux et du salé, pour vous combler. Il y aura du boulot, et des moments de doutes ou de déprime, peut-être, des moments avec un «mauvais goût» ; dans ces moments-là aussi, Dieu a la main dirigée vers vous – pas comme un doigt pour vous accuser, pas comme un poing pour vous écraser, comme une paume ouverte pour vous recueillir. Vous avez de la valeur, une valeur dont vous n’avez pas idée ! Dieu la connaît comme Il vous connaît, de l’intérieur – et Lui vous respectera toujours, pas pour ce que vous faites ou ne faites pas, mais pour ce que vous êtes !
© 2009 Olivier Sandoz
12:00 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prédication, protestantisme, christianisme, foi, bible


