21.06.2009

Persévérer - Marc 4, 26-29

Jérémie 12, 1-5 ; Jacques 5, 7-11

C’est à peine croyable comme nos notions du temps sont mobiles !

« Je reviens dans une minute » : vous avez compris que je serai absent un court moment ; « Je propose une minute de silence » : même si elle ne dure que vingt secondes, c’est la plus longue « minute » qu’on puisse imaginer !

 

Notre unité de temps, ce n’est plus une heure, une journée, une semaine ou une saison, c’est quoi ? …plutôt les 90’ de la durée d’un film, ou les 3’ de la durée d’un clip… ?

 

Alors quand on ouvre la Bible et qu’on y lit que Christ revient bientôt, qu’il est proche, qu’il arrive, qu’il vient établir son Royaume, et que visiblement ça ne se passe pas dans les 3 ou les 90 minutes…, quand on pense aux générations qui avant nous ont lu ces passages, ont espéré ce proche retour, et se sont finalement endormies dans l’oubli – quand nous mettons bout à bout ces considérations, il y a sans doute de bonnes raisons d’être découragés, d’imaginer que le monde va durer, tourner à l’infini avec toujours ses mêmes problèmes, sans changement significatif.

 

Il y a bien des soupirs et des gémissements, dans et hors de l’Eglise : combien déjà ont prôné des solutions-miracles « il faudrait… on devrait… il n’y a qu’à… » ou encore « si seulement les autres n’étaient pas aussi… étaient plus ceci ou cela… ». Avec l’insatisfaction vient le découragement : on se ferme, on va voir ailleurs parfois… Vous savez, c’est peut-être parce qu’on fait un mauvais usage de ce DON qu’est l’Eglise : on voudrait quelquefois un supermarché, où chacun peut se servir lui-même de ce qui lui plaît… alors que s’il y a un champ à cultiver ensemble, un espace ouvert au dialogue, à la Parole, c’est justement l’Eglise, c’est pour cela que Dieu nous en a fait don !

 

Découragement : face au temps, face aux autres, face aux promesses qui ne se réalisent pas dans les délais… L’ennemi de la foi, ce n’est pas l’incrédulité, c’est le découragement qui s’insinue même dans la foi la plus solide, et qui peut conduire à l’abandon, au laisser-aller jusque dans les certitudes qui nous faisaient pourtant tenir, et avancer, et garder les yeux rivés sur le but ! La foi, c’est ce « potentiel » mis en nous – chacun l’a en soi – d’avoir les yeux ouverts sur le présent et l’avenir, la certitude intérieure de la réalisation des promesses.

 

Rappelez-vous Jérémie, et les Psaumes : ce n’est pas facile d’admettre le bonheur des méchants quand à côté les fidèles souffrent ; il n’y a pas de raison, pas d’explication plausible, il n’y a que ce fait que l’on constate et qui fait mal, et puis il y a nous, et nos engagements à prendre, à trouver ensemble, à tenir, pour changer, tenter de modifier ces états de fait.

Alors, « ne baisse surtout pas les bras, s’écrie Jacques dans sa lettre, ce serait ta perte, ton écrasement ! ». Jacques nous accompagne dans une réflexion sur le temps donné : regardez le cultivateur, le temps travail pour lui, ce temps qui fait germer le grain, pousser la semence mise en terre… Et regardez les enfants : le temps, la durée leur permet de croître, de changer, de trouver mille jeux, mille secrets pour grandir. Et regardez votre voisin : lui à qui vous ne parler jamais vraiment - parce qu’il n’y a rien à se dire… ! -, peut-être que déjà, il a changé… : tout est possible, sur la durée.

 

Jusque dans le deuil, la souffrance, le mal-être, le malheur, si nous persévérons, si nous croyons que nous sommes accompagnés par Dieu, si nous croyons à Sa présence, nous pouvons vivre le changement : les prophètes, Job, le Christ même , tous ont révélé justement cela, ont montré justement ce chemin qui refuse à la situation difficile dans laquelle nous sommes peut-être de triompher de l’avenir, d’être le « dernier mot ». La durée nous est offerte pour aider à tenir ouverte la porte au Dieu qui vient.

 

Persévérer, être patient, nous dit encore Jacques, c’est savoir donner du temps – à soi et aussi aux autres évidemment – pour faire des projets et tisser des relations ; il ajoute : « Ne vous plaignez pas les uns des autres, ne jugez pas » parce que poser un jugement sur nos soeurs et nos frères, ce serait les immobiliser, poser sur eux une chape de plomb, en faire des « santons », ces personnages de la crèche, jolis mais figés pour l’éternité…

 

Persévérer : le temps de Dieu est offert pour nous laisser revendiquer dans le monde un avenir différent... !

© 2009 Olivier Sandoz

 

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