05.07.2009
Devenir autre - Marc 6, 1-6
Ezéchiel 2, 1-5; 2 Corinthiens 12, 7-10
Peut-être y a-t-il en chacune, chacun de nous le poids secret d'une désillusion, ou d'une souffrance muette : « il n'a pas reconnu, elle n'a pas reconnu, ils n'ont pas reconnu que j'avais changé... ». Dans nos rapports avec nos parents, dans nos rapports avec nos enfants, avec nos proches, avec nos collègues, il y a, peut-être, cette blessure qu' «on a changé, et cela n'a pas été pris en compte... »
Les textes d'aujourd'hui nous parlent justement de situations où trois personnages ne sont pas reconnus pour ce qu'ils sont nouvellement devenus; Ezéchiel, Jésus, Paul : voilà qu'à tel moment de leur vie, précipités sur le devant de la scène, comme des « hommes publics », ils ne peuvent faire valoir la nouveauté de vie qui leur est arrivée.
Ezéchiel, le fils de prêtre est appelé à être prophète ; Jésus, le charpentier, Messie, et Paul, le fondateur de communauté est subitement rejeté... De ces trois personnages, c'est peut-être Paul qui nous paraîtra le plus proche, non seulement dans le temps, mais aussi parce qu'il dit quelque chose de lui, de ce qu'il ressent, de ce qui l'habite... Il nous parle ici, dans un passage célèbre, de l'«écharde» plantée dans sa chair, et qui l'empêche d'être orgueilleux... on n'en saura d'ailleurs pas plus, et toutes les suppositions restent ouvertes, même si sa seconde lettre aux Chrétiens de Corinthe nous montre l'apôtre en proie des difficultés de reconnaissance à l'intérieur même d'une communauté qu'il a participé à édifier quelques temps auparavant. C'est en cherchant à justifier son rang d'apôtre qu'il lâche, presque comme une confidence, la souffrance qui l'habite et le rend d'une faiblesse démesurée. Handicap physique - il emploie le mot «chair», qui est significatif -, faiblesse par défaut de dons - mais justement, Paul dit ne manquer de rien... -, ou quoi d'autre ? Les suppositions peuvent aller bon train, quoi qu'il en soit, il a réclamé à trois reprises d'en être libéré, n'obtenant en fait d'exaucement qu'une parole de Dieu en fin de non-recevoir : «Ma grâce te suffit, Ma puissance se manifeste pleinement lorsque tu es faible !»
Difficile pour un homme de Dieu de ne pas être exaucé ! Difficile de s'entendre dire, que Dieu refuse de nous libérer, alors que c'est ce qu'on souhaite le plus ! ...et quel extraordinaire combat d'acceptation il faut mener pour en arriver à pouvoir dire, comme Paul :
«Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort !». J'en connais - qui pourrait leur en tenir rigueur ? - qui ne peuvent tout simplement pas entendre ce passage de Paul : tout en eux se révolte à l'idée que Dieu les laisserait à dessein dans leur souffrance, dans leur mal-vivre, dans leur mal-être. C'est tellement impossible de nous contenter de cette réponse, quand nous trouvons notre demande légitime et que nous avions toute confiance quant à la possibilité d'une issue heureuse de notre prière !
Ezéchiel, Paul, Jésus: trois hommes appelés à des destins extraordinaires, et qui ne seront vraiment reconnus, et entendus, que bien après leur mort...
C’est pour nous trop inhabituel de croire en un changement d'être, en un retournement, en une conversion d'une personne que nous pensions pourtant connaître, ou bien connaître. C'est donc à tout un travail sur l'image que nous donnons de nous-mêmes que ces textes nous appellent, nous invitant à convertir par la même occasion notre regard sur les autres !
Ce peut être à l'intérieur de nos propres familles, dans le cercle de nos proches, de nos amis, ou dans notre milieu de vie et de travail, que nos transformations intérieures sont mal, ou pas reconnues... et que nous avons le plus de peine à les reconnaître chez les autres !
Pourtant, s'il y a un «constante» dans notre existence, s'il y a bien quelque chose qui fait de nous des vivants, est-ce que ce n'est pas justement notre faculté à être appelé et à devenir «autre» ? Est-ce que ce n'est pas justement cela, la «conversion» à laquelle Dieu nous appelle, chaque jour qu'il fait ?
Quand les prophètes, de Moïse à Jean-Baptiste, ont ce cri d'invitation à la repentance et à la conversion, relayés par Jésus, puis les apôtres, font-ils autre chose que nous entraîner à rester des gens « mobiles » dans notre être ? ...que nous rappeler qu'être des «vivants», c'est toujours rester en mouvement ?
Les portes semblent fermées, et nous n'avons, en fait de pistes, que la réaction de Paul : quand les autres ne nous reconnaissent plus pour ce que nous sommes dans le présent, quand notre image passée nous « colle à la peau », il y a un cri, un combat, et surtout la méditation d'un sens à donner à ce qui nous arrive. «Vous ne pouvez croire que j'ai changé, que mon «ministère», que mon service sur cette terre a pris un élan différent ? Et bien c'est à partir de cela que je vais vivre, pourtant, avec l'espérance que vous finirez pas par l'admettre «de visu» !».
Toutes, tous, nous avons changé. D'ailleurs, la confrontation avec Dieu, à travers sa Parole, au travers des Ecritures, ne nous laisse jamais indemne. Notre relation à Dieu est comme le combat entre Jacob et l'ange, et si Jacob s'en ira boitillant, mais vainqueur - il peut aller en toute sérénité à la rencontre de son frère jumeau, mais ennemi, Esaü -, nous pouvons croire que ce qui nous arrive, de transformation physique ou morale, va nous aguerrir.
Ezéchiel, Jésus, Paul : ces trois hommes sont entrés dans l'Histoire avec leur lot de lourdeurs et de souffrance, mais ils sont restés des vivants, malgré tout. Et nous aussi, nous pouvons vivre, encore, toujours, sachant que tout combat avec Dieu nous rend plus fort, parce que nous n'en sortons jamais les mêmes, que les autres le reconnaissent ou non !
© 2009 Olivier Sandoz
19:26 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : foi, bible, christianisme, protestantisme, prédication



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