02.08.2009

Faim ! - Jean 6, 24-40

Exode 16, 2-4.12-16

Faim...

Peut-être que nous connaissons la sensation d'avoir faim, lorsqu'en fin de matinée, notre estomac nous rappelle à l'ordre... mais nous avons la perspective de pouvoir manger, et cette sensation de «faim» ne nous est donc pas trop douloureuse !

 

Avoir faim SANS perspective de pouvoir manger, quelle angoisse cela représente... en particulier si notre conjoint, nos enfants, nos parents en souffrent également. Et c'est, hélas, le lot de bon nombre de nos semblables, que ce soit dans des camps où ils se sont réfugiés, ou devant leurs propres champs détruits par la guerre, la sécheresse ou la bêtise humaine...

 

C'est sur cet arrière-fond que nous pouvons entendre ce matin le texte de l'Exode qui nous parle des Israélites au désert, et le texte de l'Evangile qui met en scène des foules autour de Jésus : j'ai FAIM d'une faim que je n'ai pas les moyens d'apaiser !

 

L'histoire de la nourriture qui tombe du ciel, sous la forme de cailles ou de rosée granuleuse, fait partie de la «mythologie» de la traversée du désert : comme c'est le désert et qu'il n'y a rien à manger, les insensés qui s'y égarent ne peuvent plus compter sur leurs propres ressources - d'ailleurs leurs «réserves de guerre» sont rapidement épuisées -, et par conséquent, ils sont presque «obligés» de survivre d'une façon miraculeuse.

 

Si nous pouvions compter sur la même Providence pour notre nourriture quotidienne ! S'il suffisait de nous baisser pour ramasser ce qui nous est nécessaire pour vivre, sans lutte, sans autre effort que ce mouvement de ployer le genou pour prendre ce qui suffit à toute une famille - et sans crainte de faire du tort à qui que ce soit ! Si nous aussi nous pouvions compter sur un vol de cailles, au soleil couchant, pour manger la viande qui ranime nos forces !

Mais vous l'avez entendu, à l'époque de Jésus, toute cette histoire est déjà de l'ordre de la légende mystérieuse qui raconte les exploits des héros du passé... on a un peu de peine à prendre tout cela au sérieux : on argumente, on en fait l'outil d'un piège tendu à Jésus, on vide l'événement de son sens.

Les textes de ce jour nous invitent alors une fois encore à un autre regard : non plus le seul miracle, aussi extraordinaire qu'il puisse être, mais l'attitude des gens face au miracle.

Les Israélites grondent, comme s'ils étaient prêts à lyncher Moïse et son frère, qui les ont entraînés loin des marmites de viande aux oignons d'Egypte, de cette Egypte où pourtant ils mouraient sous les coups, esclaves bon marché... Le passé est idéalisé, tout vaut mieux que cette faim qui les prend... même l'esclavage semble plus doux !

 

Les foules qui se pressent autour de Jésus le suivent - comme le remarquait le Christ un peu plus haut dans le récit - parce qu'elles ont eu part à la multiplication des pains, et que leur ventre à nouveau se met à réclamer : il faudrait qu'il refasse le même coup !

 

A chaque fois, Dieu pourvoit, mais chaque fois aussi, il s'agit d'aller un peu au-delà, il s'agit de découvrir quelque chose de Dieu et quelque chose de nous-mêmes, quelque chose de notre «faim» de vivre et d'avancer.

 

Parce que dans ces textes, je lis aussi ce besoin qu'a Dieu de nous aider à grandir, à ne pas rester simplement des «consommateurs» de biens de ce monde, besoin de Dieu de nous voir prendre la vraie place qui nous revient, là où nous sommes.

 

A ceux qui le pressent d'accomplir un nouveau miracle pour «prouver» sa divinité, le Christ répond «Pain de vie». Vous avez faim, vous aurez toujours faim, votre estomac vous rappellera toujours à l'ordre, quel que soit le pain que vous mangez ; et votre cœur reste inlassablement affamé de vérité, d'espérance confiante, de certitudes qui font vivre ; vous avez continuellement besoin d'espoir pour vivre, et de promesses qui se réalisent.

Aucun pain, aucune nourriture sur terre ne peut apaiser cette faim-là, ce désir-là, ce besoin-là ! Mais vous pouvez convertir votre regard, votre esprit, le tourner autrement vers Dieu - ne plus l'utiliser comme ce Dieu au désert, nécessaire pour nous faire manger, mais inadéquat lorsque tout va bien...

 

Vous pouvez chercher en Dieu, en ce Dieu présent en Jésus-Christ, l'apaisement d’une faim bien différente – une faim de pardon, de tendresse, d'écoute, de pitié, de miséricorde, ou de tant d'autres réalités au nom aujourd'hui un rien désuet. Oui, je crois qu'en prononçant son «discours sur le pain de vie», Jésus ne fait pas que refuser un nouveau miracle, il fait grandir celles et ceux qui l'interpellent en leur donnant la direction, la piste, le lieu où rassasier toutes leurs faims : Dieu est fiable, digne de toute confiance, en ce qui concerne tous les aspects de la vie.

 

Reste que, lorsque l'estomac de nos frères et de nos sœurs crie famine, nous avons à leur partager AUSSI notre pain, en croyant au miracle d'une multiplication qui nous dépasse : en donnant le peu que j'ai à beaucoup, il se pourrait bien qu'au bout du compte, je me retrouve plus riche qu'au commencement... !

 

Mais cela, c'était encore une autre histoire !

 

 

© 2009 Olivier Sandoz

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