30.08.2009

Tu m'as saisi par la main droite... - Psaume 73

Marc 9, 17-27

Comment est-ce que vous vous débrouillez avec vos questions ? Parce que je sais bien que vous aussi, dans votre quotidien, vous en rencontrez un bon nombre …

Il y a celles qui sont simples, les «petits» problèmes que l’on résout plus ou moins facilement ou dont on s’accommode faute de  mieux. Et puis il y a les questions de fond, qu’on tourne et retourne dans tous les sens pour déboucher sur LA solution… et puis, et puis il y a ces questions sans réponse qui pourraient, parfois, nous éloigner de Dieu : parler d’un Dieu d’amour et de justice comme le fait la Bible, c’est bien, mais… aller soutenir que ce même Dieu est toujours à l’œuvre dans notre monde, est-ce que ça ne paraît pas exagéré, est-ce que ce n’est pas faire preuve d’aveuglement, d’hypocrisie, ou encore d’une inadmissible naïveté ?

 

A l’écoute du Psaume 73, je dois vous dire que j’ai été apaisé, cela m’a fait du bien d’entendre un fidèle oser avouer ses doutes, au cœur même de sa foi, et même oser l’avouer publiquement ! Combien d’entre les Chrétiens considèrent comme honteux, comme une faute, d’avoir des doutes… Mais… la foi, est-ce que c’est vraiment un «aveuglement», un « chèque en blanc »? …le texte de ce matin nous a entraîné sur une piste différente.

 

En ouvrant les yeux sur les événements qui agitent notre monde, on pourrait bien douter de l’efficacité de la justice divine… Regardez tel dictateur qui croit tenir le monde à sa botte, qui se comporte comme s’il était un dieu parlant du haut du ciel et maîtrisant la terre… notre idée de la « justice » voudrait qu’il tombe foudroyé séance tenante, fessé comme un gamin mal élevé… à nos yeux, il se comporte comme si Dieu n’existait pas, tout semble lui réussir puisqu’il a muselé même les plus grands… il table sur l’injustice et la violence, tandis qu’ailleurs, de braves gens, fidèles et respectueux de Dieu et des autres voient s’accumuler sur leur tête des nuées de difficultés sans issue apparente…

 

« Place au doute » ? Croire ou ne pas, ne plus croire ? C’est là qu’en est le Psalmiste, ce matin, au moment où nous l’avons rejoint pour un bout de conduite : il en est à se dire qu’il a été bien bête de rester honnête quand tout semble réussir aux méchants… il a beau tourner et retourner la question dans son esprit, il se sent dépassé, et la réalité, à l’évidence l’accule…

 

Croire ou ne plus croire ? Faire comme certains timorés et tout lâcher, se résigner à un monde sans Dieu, où les « divinités » seraient la violence, le profit, l’exploitation ? Chemin tentant parce qu’il est facile si l’on est du bon côté…

Mais aussi, comment vivre avec tant de doutes sérieux sur la justice de Dieu, comment continuer à Lui faire confiance s’il y a un tel décalage entre ses promesses et notre réalité ?

 

Ça ressemble à un vitrail : de l’extérieur, c’est un bout de verre sombre et sans beauté ; mais si on fait le pas d’entrer dans le bâtiment, le même bout de verre, de l’intérieur, devient sublime, plein de vie et de beauté : la lumière vient en dégager l’art et la vérité…

 

Il en va ainsi pour notre monde, pour la justice et même pour la présence de Dieu à nos côtés : pour ceux qui restent en dehors, rien n’a l’air de se passer, tout est sombre … Mais de l’intérieur, tout se mettra à luire d’une façon bien différente ! …et c’est en fait un triste sort que d’avoir choisi de voir les choses sous leur aspect le plus médiocre – pourtant, beaucoup de nos contemporains s’y condamnent eux-mêmes !

 

C’est vrai que les questions restent, elles ne sont pas résolues par magie – Dieu merci, la réalité n’est pas un roman d’Harry Potter. Mais le Psalmiste nous encourage : c’est le travail de Dieu de faire toute la lumière quand Il l’aura jugé bon ! En attendant, les questions encore ouvertes ne sont plus forcément un obstacle pour notre relation à Dieu.

 

S’il suffit d’entrer dans un sanctuaire pour voir la beauté d’un vitrail, il suffira d’un pas sur le chemin de la « rencontre avec Dieu » pour croire malgré le doute que provoquent les apparences : une écoute patiente, et puis aussi notre espoir de changer le monde.  Et de toute façon il y aura des moments où comme le père de l’épileptique, nous allons dire à Jésus « Je crois, mais aide-moi parce que j’ai de la peine à croire ! »… ce n’est pas grave, c’est juste que notre foi a besoin des « coups de pouce » de Dieu !

 

Ça sert à quoi de croire en Dieu, si ça ne résout rien ? A rien… !

Il me semble que ce qui compte vraiment, ce n’est pas le succès ou l’échec, mais c’est la fidélité, c’est le contact, la relation : « Seigneur, Toi qui m’as saisi par la main droite, Tu ne me lâches plus !! »

 

Pas besoin de faire bonne figure avec Dieu  : mieux vaut vivre en partageant ses doutes et ses questions tout en s’appuyant sur Dieu, que d’oublier Dieu ou ses doutes … l’un et les autres reviennent toujours à la charge !

Ce que nous avons à redécouvrir, c’est qu’il est aussi important de parler à Dieu que de parler de Dieu : se (re)mettre à parler avec Lui, c’est la très grande joie de la prière !

… et je vous laisse cette adresse du roi Georges VI d’Angleterre à son peuple, pendant la 2e guerre mondiale :

 

« J’ai dit à Dieu : « Donne-moi de la lumière afin que je ne marche pas dans l’obscurité. »

Mais Dieu m’a répondu :

« Mets ta main dans la mienne, et je te conduirai dans l’obscurité. »

                                     

 © 2009 Olivier Sandoz

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