07.09.2009
Rendez à Dieu - Matthieu 22, 15-22
Esaïe 44, 24-28; 1 Thessaloniciens 1, 2-6
"Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu !"
Le parallélisme de la réponse de Jésus est imparable, implacable ! ... et la question de l'impôt ne doit pas occulter la question de la foi !
L'impôt, le tribut à César, c'était de toutes les taxes la plus avilissante: un tribut, juste là pour remplir les caisses du conquérant, et rappeler au vaincu sa déchéance, sa soumission. Les Juifs nationalistes - les Zélotes, entre autres - faisaient un point d'honneur de refuser la taxe, tandis que les Hérodiens, les collaborateurs, faisaient de ce refus un motif de délation... On comprend alors que les Pharisiens, toujours habiles, se soient adjoint quelques membres du parti d'Hérode pour poser la question à Jésus: qu'il réponde oui ou non, qu'il affirme qu'il faut payer le tribut ou qu'il ne faut pas le payer, il suscitera la colère d'une partie des assistants ! ...d'autant que la question n'est pas posée sous la forme de "à ton avis, faut-il ou ne faut-il pas..." mais de "notre LOI permet-elle...", ce qui a pour effet de condamner « devant Dieu » l'une ou l'autre partie - et de discréditer par la même occasion l'ouverture de l'Evangile à chacune, à chacun... !
"Rendez à César,... Rendez à Dieu...": certains ont voulu lire ici la justification d'une séparation entre le spirituel et le temporel, renvoyant les choses du monde au domaine politique et les choses spirituelles à celui de la "religion". Cette distinction est tentante, et facile, mais elle est à la fois trop précipitée, et va dans une direction opposée à ce qu'enseigne par ailleurs la Bible, quand elle chante, dit et redit à la suite du prophète Esaïe: "Tout ce qui existe, Dieu en est l'auteur" et aussi que "Tout est dans Sa main"... !
Mais qu'allons-nous donc « rendre à Dieu » si tout Lui appartient ? Ou plutôt, qu'allons-nous Lui donner que nous tenons de Sa main, comme la monnaie de l'empereur doit retourner à l'empereur ?
Car si Jésus recommande de payer l'impôt impérial - et cela, dans la ligne sans doute de ceux qui, dans la Bible, reconnaissent à l'Etat un rôle positif aussi longtemps que cet Etat se souvient détenir son autorité de Dieu -, le centre du message est bien le second membre de la phrase - celui que curieusement, on oublie de citer, aujourd'hui encore (!):
"…et à Dieu ce qui est à Dieu" !
La question n'est donc pas de déterminer ce que la Loi permet ou ne permet pas, ce qui est ou n'est pas conforme à la Loi, mais elle concerne notre pratique - pas tellement notre pratique "religieuse", au sens où on l'entend aujourd'hui quand on se dit "pratiquant", mais plus exactement notre mode de vie, notre façon d'être, et particulièrement d'être en relation ("être en relation", n'est-ce pas justement le sens du mot "religion" ?). Car rendre à Dieu ce qui Lui appartient - puisque tout Lui appartient -, cela ne peut se faire que sous la forme d'un "rendre grâce", que sous la forme d'une reconnaissance qui se manifeste - et cela n'est pas nouveau - par la pratique de la justice et de la vérité.
· Quand votre "amour est actif", comme le dit Paul aux Thessaloniciens, quand votre "espérance en Jésus-Christ Seigneur est ferme", vous mettez votre foi en pratique, et vous rendez à Dieu ce qui Lui revient.
· Quand vous témoignez d'une liberté qui n'est pas révolte, quand les tâches que vous accomplissez, vous les avez accueillies de bon cœur et que celles que vous n'accomplissez pas, vous les avez refusées sans arrière-pensées coupables, vous rendez à Dieu ce qui Lui appartient.
· Quand vous acceptez que l'on vous juge, quand vous vous présentez tel que vous êtes, sans chercher à dissimuler vos manques et vos faiblesses, quand vous êtes "vrai" parce que vous êtes vous, vous rendez à Dieu ce qui est à Lui.
· Quand vous refusez ce qui est superficiel, ce qui est surface, par amour pour l'autre, parce que vous voulez construire sur de bonnes fondations votre relation aux autres, quand vous effacez le sourire de façade - qui vous protège des autres, qui vous coupe des autres -, vous rendez à Dieu ce qui Lui revient.
Permettez-moi maintenant de conclure par cette comparaison qui n’est pas nouvelle, en forme de "parabole":
Sommes-nous des crustacés ou des vertébrés ?
Le crustacé - crabe, crevette, écrevisse ou homard -, c'est un être qui cherche avant tout à se protéger des autres: par peur - paresse, ou égoïsme -, il met ce qu'il y a de plus solide, sa carapace, sa coquille, entre lui et ses semblables. Et plus il est dur à l'extérieur, plus il est inconsistant, mou à l'intérieur.
Le vertébré, lui, accepte de risquer sa vie: il est vulnérable à l'extérieur, il offre à ses semblables la partie la plus sensible de son être...mais il est fort de la résistance intérieure que lui donne sa colonne vertébrale... !
Nous les humains, seuls dans la Création, nous pouvons choisir: crustacé ou vertébré ?…
Mais en tous cas, "rendez à Dieu ce qui est à Dieu ! "
© 2009 Olivier Sandoz
12:18 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, foi, christianisme, prédication, protestantisme



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