13.09.2009
La porte étroite - Matthieu 7, 12-14
Exode 16, 1-5 ; Romains 8, 28-30
Qu’est-ce qu’il y a derrière la porte étroite ? Est-ce que vous êtes déjà allés voir ? Est-ce que vous avez déjà imaginé ce qu’il pouvait y avoir, là-derrière ?
… vous savez bien, cette porte que l’on néglige le plus souvent, pas tellement parce qu’elle serait moins bonne, mais en fait, à quoi bon se compliquer la vie à prendre des sentiers quand on a l’autoroute à portée ?
Ma première réaction en pensant à cette porte, c’est qu’il doit sûrement y avoir un bon nombre de vieilleries là-derrière, et puis de la poussière et des toiles d’araignée : forcément, puisqu’on ne l’emploie presque plus !
Et si je devais y passer malgré tout ? …et bien il me faudrait certainement de l’aide… il me faudrait aller demander pour qu’on me donne, aller chercher pour trouver quelqu’un qui m’aidera à faire pivoter sur ses vieux gonds rouillés cette petite porte de rien du tout ! …c’est un drôle de paradoxe : devoir se mettre à deux, à trois, à dix pour ouvrir une petite porte ! … et ce n’est pas tout : le passage doit être si étroit, si mal pratique que je devrais sans doute encore rentrer les épaules et me faire tout petit – moi, me faire tout petit ! – pour essayer de franchir le seuil.. avec le risque de rester coincer, et pour un bon moment puisque « peu nombreux sont ceux qui l’empruntent » ! …et puis je risque aussi d’être ridicule, là, bloqué dans l’entrebâillement : c’en serait fait de ma fierté !!
Entrer par la petit porte, par la porte étroite…
Vous trouvez que je prends les choses à la légère ?
(C’est qu’après une quinzaine où notre communauté a été secouée à coups redoublés, j’avais besoin d’un allègement… que j’ai déjà trouvé samedi à Lausanne : le Conseil synodal de notre Eglise avait invité les conseillers de notre Canton à une journée de rencontre, une belle journée commencée par un culte à la Cathédrale ; entre 600 et 800 personnes qui découvraient qu’elles ne sont pas seules dans leur lieu d’Eglise, qu’on forme une vraie famille, une vraie communauté autour de la Parole de Dieu ! Ça m’a fait du bien, ça m’a donné envie de vous partager un peu de cette légèreté ce matin…)
« A quoi est-ce qu’il veut en venir, avec ses gonds rouillés, sa porte coincée, ses toiles d’araignée ? » - c’est ce que vous vous dites, n’est-ce pas ?
Laissez-moi vous raconter encore autre chose.
« Qu’on me donne de la viande ! De la viande, j’ai dit ! Ah, le bon vieux temps où on mangeait des melons, des concombres et des morceaux de viande, ou du poisson grillé, avec des oignons, tu te rappelles ? Et tout ça pour trois fois rien ! C’était le bon temps ! Maintenant, moi, j’en ai marre de cette manne, toujours de la manne, encore de la manne qu’il faut ramasser jour après jour, écraser, piler, travailler en galette, en boulette, et faire frire… Assez ! De la viande, voilà ce que je veux ! »
C’est ainsi que parlait Elichama, fils de Chédeour, un parmi les milliers d’Hébreux qui, fuyant l’ancien maître égyptien, erraient dans le désert du Sinaï depuis des lustres – bien après le texte que nous avons lu en premier -, sous la conduite de ce personnage un peu inquiétant au nom curieux, Moïse… il était apparu subitement dans les bidonvilles de la ville de Ramsès, un beau matin de printemps, d’il y a environ 3200 ans.
Je vous dis Elichama, mais c’était peut-être plutôt Yefounné, le cadet d’Abidan, ou même Nétanéel, l’aîné d’Elissour… peu importe, ils étaient là tous les trois, tous les cent, tous les mille, à crier, à vociférer, à renverser les paniers de manne, à s’agiter comme vous l’avez peut-être aussi vu faire dans ces pays où la température semble particulièrement échauffer les esprits… « De la viande, pas de manne ! »
Eh ! La manne, c’est mieux que rien ! Surtout dans le désert ! Pouvoir se baisser devant la porte et y trouver sa nourriture chaque jour, de semaine en semaine, de mois en mois … ! j’en connais qui donneraient jusqu’à leur chemise pour en avoir ne serait-ce qu’une poignée… Pourtant, il semble qu’il en va de la manne comme de tous les dons de Dieu, comme de tout ce qui ne manque pas : on s’en lasse, on fait la fine bouche, on trouve que c’est un dû, que ça n’a plus rien d’extraordinaire… Qui d’entre nous osera lancer la première pierre à ces gens-là ?
De la viande ; quelque chose de solide qui tienne bien à l’estomac, quelque chose qui laisse un goût, une saveur, une trace… C’est une nourriture matérielle, bien sûr, mais elle nous conduit à nous interroger sur notre nourriture spirituelle…
De la viande ! Combien de fois moi aussi je demande à Dieu du concret, du solide, de l’évidence pour venir vous apporter le fruit brillant de ma réflexion.. combien de fois ! … en oubliant comme j’avais aimé la manne, simplement la manne au goût sucré au moment de l’amertume, au moment où je doutais, où rien ne semblait pouvoir m’apaiser… De la douceur, de la légèreté, comme dans l’histoire d’Elie à l’Horeb, quand Dieu n’est plus ni dans le feu, ni dans la tempête, ni dans le tremblement de terre, mais juste dans le souffle, dans le bruit d’un silence ténu…
« De la viande, Seigneur ! …et tant que Tu y es, une autoroute aussi, sur laquelle m’engouffrer en famille, en paroisse, en Eglise, pour aller vite, pour progresser ! ». Mais bon, les autoroutes dans le monde, ce sont chaque année, des milliers de morts – ou des « laissés-pour-tels ». Je sais, vous me direz que les petites routes tuent aussi….
Aujourd’hui, je n’ai ni viande ni autoroute à vous proposer : j’ai ce pain, ce vin, pour dire une Présence et un partage, pour annoncer le festin promis que l’on espère toujours, et puis aussi la petite porte, la porte étroite de cette Parole (ouvrir la Bible) à vous montrer, à vous désigner ; ce qui VOUS attend derrière, ce que VOUS y trouverez, trésor ou poussière, je ne peux évidemment pas le savoir à votre place ! …mais ce que je sais, c’est qu’il y a une rencontre possible une fois la porte franchie, avec ce Quelqu’un qui se rappelle à notre bon souvenir, ce Jésus-Christ qui est digne de confiance, digne de foi. S’il nous engage à passer, à entrer par cette porte-là, je veux croire, je peux croire que c’est pour la vie.
©2009 Olivier Sandoz
18:38 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, foi, christianisme, prédication, protestantisme



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