11.10.2009

Justes devant Dieu - Matthieu 7, 21-29

Deutéronome 11, 18.26-28; Romains 3, 21-28

« Mettre en pratique », «faire la volonté de mon Père » : l'Evangile de ce jour est tout axé sur la réalisation de ce que l'être humain a compris, entendu, sur la « construction » de sa vie à partir des enseignements de Jésus.

Pour Jésus, devant Dieu, être intelligent - être insensé, c'est faire preuve - ou non - pas tant d'un extraordinaire génie que d'une obéissance amenée par la confiance, par la foi, en ces paroles que le Christ a prononcées jusque-là.

 

Dans le texte d'aujourd'hui, nous arrivons à la fin du « sermon sur la montagne » : très célèbre parce qu'il contient les Béatitudes et le Notre Père, bien sûr, mais pas toujours aussi connu quand il s'agit des enseignements importants que Jésus adresse à toutes et tous, et qui invitent à relire la Loi de Dieu dans sa radicalité ! Les « vous avez entendu qu'il a été dit... mais moi je vous dis... » qui structurent le discours ne sont pas des atténuations de la Loi, une façon de relativiser, mais bien au contraire une mise en évidence du caractère absolu des commandements... et l'on en vient parfois à se demander, à la lecture, s'il est vraiment réaliste - ou peut-être simplement POSSIBLE ! - d'être croyant dans ce contexte ! Rappelez-vous :

5, 21-22 ; 27-28 ; 31-32 ; 33-34 ; 38-39 ; 43-44 ;

ou encore : 6,1 ; 2 ; 5 ; 16 ; 19 ; 25 ;

ou même 7, 1 ; 7 ; 12 ; 13 ; 15 ; 21... !

La barre est haut placée... mais Jésus ne fait rien d'autre que de dire et redire ce qui est dès l'origine - le Deutéronome s'y attache déjà (11, 26-27), et tout croyant devrait en être convaincu...

 

La barre SERAIT très haut placée s'il s'agissait de faire notre propre justice en n'ayant d'autres but et sens pour notre existence que d'être de scrupuleux observateurs de ces lois. Certains s'y sont essayés - et les Pharisiens, par exemple, sont passés maîtres dans cette discipline. Pourtant, curieusement, c'est avec eux que Jésus a les plus sérieux accrochages... Il y a donc quelque chose qui «cloche» là-dedans !

Nous allons convoquer l'apôtre Paul à la barre, puisqu'il est le plus illustre de ces Pharisiens - dans la mesure où il a pu réfléchir pour nous à la chose de l'intérieur. Paul, «parfait et scrupuleux observateur de la Loi» selon ses propres dires, nous en confesse la vanité. Pour lui, l'observation de la Loi à la façon pharisienne conduit à l'échec, parce qu'alors il manque toute la dimension de la grâce, toute la dimension fraternelle et communautaire de la Loi: si je mets toute mon énergie à vouloir être parfait pour ma propre justice, j'arrive dans un mur, une impasse ... je me sauve tout seul, je suis un individualiste forcené - et par là-même, je marque un «auto goal», je désobéis au plus grand commandement, qui est celui de l'amour de 1' A(a)utre. La vérité est ailleurs...

 

Ce qui est premier, c'est Jésus, c'est Dieu ; ce qui en découle, c'est que l'action de Dieu en Jésus-Christ, ce pardon inconditionnel qui nous est OFFERT - que nous n'avons pas mérité, que nous n'avons pas « atteint » par nos forces humaines - met en lumière la vanité de nos entreprises de justice : avant que d'être quoi que ce soit, qui que ce soit, Dieu m'a aimé et fait grâce. Le reste, c'est ce que je vais faire de ma vie, ici, maintenant.

Et pour en faire une construction qui tient la route, un Loi, des commandements sont posés pour m'entraîner à la perfection, pour me faire approcher de cet être humain tel que Dieu le veut, mais que je ne vais pas devenir - en tous cas pas seul ! – parce que je serais obéissant et scrupuleux.

 

Jésus « renforce » les commandements, il met en évidence leur caractère absolu, il en fait l'outil qui me permettra de vivre pleinement AVEC les autres - mais toujours, dans mes réussites comme dans mes échecs, il y a l'assurance que Dieu m'aime, estime et désire ma personne. L'être humain que je suis construit sa vie en pratiquant ce qu'il a entendu, comme on construit une maison. Ce qui fait que ma vie est solide, c'est que je fais confiance à ces paroles de Jésus, c'est que je crois sans oublier d'obéir - pas d'obéir POUR être juste, mais d'obéir PARCE QUE Dieu m'a déclaré juste : Nous estimons, en effet, qu'un être humain est rendu juste devant Dieu à cause de sa foi et non parce qu'il obéirait en tout à la loi. (Rm 3, 28).

Nous grandirons ensemble, en communauté, dans le respect et la pratique des paroles de Dieu, et la « maison » qu'il s'agit d'établir sur le roc, c'est notre vie en relation, les uns avec les autres, et avec Dieu.

La grande découverte de Paul pour nous, c'est que rien ne peut nous séparer de l'amour que Dieu manifeste pour nous en nous donnant Jésus-Christ.

©2009 Olivier Sandoz