11.06.2006
Ça ressemble à un cauchemar - Genèse 32, 22-32
Osée 12, 3-7 - Actes 22, 6-11
Parmi les récits qui me fascinent dans la Bible – et à voir la littérature qui y est consacré, je ne suis pas le seul -, le combat de Jacob tient une place de choix.
Combat de Jacob avec l’ange, avec Dieu, selon les versions, avec… « quelqu’un » dit en fait le récit pour commencer, seulement « quelqu’un ». Ça ressemble à un cauchemar : on ne sait rien, on ignore qui attaque, et pour quels motifs… Un adversaire est là, qui oblige au combat… et il est d’autant plus difficile pour nous de croire que c’est Dieu… parce que Dieu, tout de même, Il ne voudrait pas nous faire de mal… !
Voici l’aurore : le combat s’est éternisé, mais il s’achève sur un dévoilement, une révélation : à notre scandale, malgré notre incompréhension, l’adversaire est bien présenté comme étant… Dieu ; plus encore, c’est un Dieu qui se montre incapable de vaincre, qui doit ruser pour s’en tirer, qui fait un « mauvais coup » en déboîtant la hanche de Jacob… Il y a de quoi se sentir ébranlé quant à ses certitudes sur Dieu, avouez !
On pourrait s’arrêter à ce scandale, mais vous pensez bien que ce n’est pas tellement cela qui est en jeu : dans la Bible, aucun récit n’est raconté juste pour nous heurter, pour nous choquer, Dieu veut nous faire grandir, nous aider à mûrir dans la foi.
Dieu qui provoque un homme. Qui le contraint à se battre, qui roule avec lui dans la poussière, qui n’hésite pas à se risquer contre un homme costaud, au risque de perdre.. Ce n’est pas insignifiant, ce n’est pas juste pour le folklore ! Dans ce combat, il y a à mon avis la volonté de Dieu de nous secouer dans nos petits arrangements avec la réalité, avec l’assurance que nous pouvons changer : Dieu a une confiance extraordinaire dans la possibilité de notre changement, et Il y travaille avec énergie.
Parce qu’enfin, Jacob, c’est d’abord le pire des truqueurs, comme le rappelait Osée. C’est un menteur et un usurpateur, qui n’épargne ni son jumeau, ni son père avec la complicité de sa mère, ni son beau-père ; il n’a aucun remord à ruser si ça peut rapporter gros ; et rappelez-vous, au moment où il voit arriver l’addition, il réclame un miracle à Dieu pour éviter le désagrément de passer à la caisse, d’avoir à affronter son frère Esaü. C’est le portrait-type de l’irresponsable néfaste, ce Jacob, et pourtant c’est lui qui a été choisi comme père des tribus d’Israël, ancêtre de Moïse, des prêtres et des prophètes, des rois du peuple élu. Sans ce menteur, pas d’histoire sainte.
Alors quoi ? Dieu pose ce combat comme condition et possibilité de changement ; prenons-le aussi pour nous : la lutte avec Dieu, le combat de « toute un nuit », nous ne pouvons y échapper ! Lors des passages difficiles dans notre existence, le débat avec Dieu est ouvert, e pourra être serré…
Un changement : de cap, de vie, de regard. Il ne s’agit pas tellement de capituler purement et simplement – c’est toute la nuit, jusqu’à l’aurore que Jacob résiste et affronte Dieu. Et alors, alors seulement, Dieu fait la paix. Mais à quel prix ! Lutter avec Dieu ne laisse pas indemne, Jacob est meurtri dans sa chair, transformé dans son identité puisque son nom même est changé : « non plus Jacob, mais Israël – le lutteur avec Dieu » ! Dieu touche, Dieu nomme et renomme. Se confronter à Dieu, ce n’est pas qu’une épreuve intérieure, c’est se laisser façonner à nouveau par Dieu, être recréer ; on est alors « marqué » et nommé autrement.
C’est un Dieu différent de Celui que nous imaginions peut-être. Il a une « autre face », celle d’un Seigneur qui aime lutter avec sa créature, qui peut s’y prendre violemment avec sa créature pour la libérer de ses craintes, de ses clichés sur le monde et sur Lui – un Dieu si proche qu’on sent Ses coups ! …mais aussi un Dieu dont la victoire n’est pas notre défaite, dont la victoire est de laisser à l’humain une toute nouvelle liberté – « laisse-moi partir, Jacob, voici l’aurore » -, dont l’amour consiste à offrir finalement sa victoire à son adversaire – « Il bénit Jacob ».
Le combat dure toujours. Osée repense, beaucoup plus tard, quand le peuple retourne aux idoles de pierre et de bois, aux tromperies et au profit individuel ; Dieu ne cesse jamais la lutte avec Jacob, tant que l’homme est vivant et capable de combattre, et capable de changement. Dieu ne lâche pas, à aucun mauvais pas…
Dieu « attaque » aussi au moment où on se croyait quitte – Paul en a fait l’expérience subite et douloureuse : il se croyait à l’abri sous le manteau de la loi et de l’obéissance, sous le couvert du sacré de sa mission (chasser les hérétiques !). Il n’a pas été ménagé pourtant, et cette fois, tout se passe au grand jour et devant témoins. Le combat se termine pour Paul dans la nuit de l’aveuglement, mais c’est pour lui permettre de découvrir une vraie lumière qui ne le quittera plus, un autre jour, un autre regard sur le monde. Saul le Pharisien ? Connais pas : je ne reconnais plus que Paul, l’apôtres des païens.
A voir le monde et son cortège de violences, on pourrait croire Dieu endormi. Mais non : Dieu touche, frappe, nomme, recrée pour nous – et pas contre nous !
Qui sait quand Dieu ouvre le combat ? Nous ne pouvons que croire, avec la confiance que nous serons changés, nous ne pouvons que préparer nos forces, nous entraîner solidement – parce que notre Dieu aime avoir en face du répondant, Il aime avoir notre réponse !
© 2006 Olivier Sandoz
09:40 Publié dans Genèse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, Bible, foi, protestantisme, méditation, prédication


