30.08.2009

Tu m'as saisi par la main droite... - Psaume 73

Marc 9, 17-27

Comment est-ce que vous vous débrouillez avec vos questions ? Parce que je sais bien que vous aussi, dans votre quotidien, vous en rencontrez un bon nombre …

Il y a celles qui sont simples, les «petits» problèmes que l’on résout plus ou moins facilement ou dont on s’accommode faute de  mieux. Et puis il y a les questions de fond, qu’on tourne et retourne dans tous les sens pour déboucher sur LA solution… et puis, et puis il y a ces questions sans réponse qui pourraient, parfois, nous éloigner de Dieu : parler d’un Dieu d’amour et de justice comme le fait la Bible, c’est bien, mais… aller soutenir que ce même Dieu est toujours à l’œuvre dans notre monde, est-ce que ça ne paraît pas exagéré, est-ce que ce n’est pas faire preuve d’aveuglement, d’hypocrisie, ou encore d’une inadmissible naïveté ?

 

A l’écoute du Psaume 73, je dois vous dire que j’ai été apaisé, cela m’a fait du bien d’entendre un fidèle oser avouer ses doutes, au cœur même de sa foi, et même oser l’avouer publiquement ! Combien d’entre les Chrétiens considèrent comme honteux, comme une faute, d’avoir des doutes… Mais… la foi, est-ce que c’est vraiment un «aveuglement», un « chèque en blanc »? …le texte de ce matin nous a entraîné sur une piste différente.

 

En ouvrant les yeux sur les événements qui agitent notre monde, on pourrait bien douter de l’efficacité de la justice divine… Regardez tel dictateur qui croit tenir le monde à sa botte, qui se comporte comme s’il était un dieu parlant du haut du ciel et maîtrisant la terre… notre idée de la « justice » voudrait qu’il tombe foudroyé séance tenante, fessé comme un gamin mal élevé… à nos yeux, il se comporte comme si Dieu n’existait pas, tout semble lui réussir puisqu’il a muselé même les plus grands… il table sur l’injustice et la violence, tandis qu’ailleurs, de braves gens, fidèles et respectueux de Dieu et des autres voient s’accumuler sur leur tête des nuées de difficultés sans issue apparente…

 

« Place au doute » ? Croire ou ne pas, ne plus croire ? C’est là qu’en est le Psalmiste, ce matin, au moment où nous l’avons rejoint pour un bout de conduite : il en est à se dire qu’il a été bien bête de rester honnête quand tout semble réussir aux méchants… il a beau tourner et retourner la question dans son esprit, il se sent dépassé, et la réalité, à l’évidence l’accule…

 

Croire ou ne plus croire ? Faire comme certains timorés et tout lâcher, se résigner à un monde sans Dieu, où les « divinités » seraient la violence, le profit, l’exploitation ? Chemin tentant parce qu’il est facile si l’on est du bon côté…

Mais aussi, comment vivre avec tant de doutes sérieux sur la justice de Dieu, comment continuer à Lui faire confiance s’il y a un tel décalage entre ses promesses et notre réalité ?

 

Ça ressemble à un vitrail : de l’extérieur, c’est un bout de verre sombre et sans beauté ; mais si on fait le pas d’entrer dans le bâtiment, le même bout de verre, de l’intérieur, devient sublime, plein de vie et de beauté : la lumière vient en dégager l’art et la vérité…

 

Il en va ainsi pour notre monde, pour la justice et même pour la présence de Dieu à nos côtés : pour ceux qui restent en dehors, rien n’a l’air de se passer, tout est sombre … Mais de l’intérieur, tout se mettra à luire d’une façon bien différente ! …et c’est en fait un triste sort que d’avoir choisi de voir les choses sous leur aspect le plus médiocre – pourtant, beaucoup de nos contemporains s’y condamnent eux-mêmes !

 

C’est vrai que les questions restent, elles ne sont pas résolues par magie – Dieu merci, la réalité n’est pas un roman d’Harry Potter. Mais le Psalmiste nous encourage : c’est le travail de Dieu de faire toute la lumière quand Il l’aura jugé bon ! En attendant, les questions encore ouvertes ne sont plus forcément un obstacle pour notre relation à Dieu.

 

S’il suffit d’entrer dans un sanctuaire pour voir la beauté d’un vitrail, il suffira d’un pas sur le chemin de la « rencontre avec Dieu » pour croire malgré le doute que provoquent les apparences : une écoute patiente, et puis aussi notre espoir de changer le monde.  Et de toute façon il y aura des moments où comme le père de l’épileptique, nous allons dire à Jésus « Je crois, mais aide-moi parce que j’ai de la peine à croire ! »… ce n’est pas grave, c’est juste que notre foi a besoin des « coups de pouce » de Dieu !

 

Ça sert à quoi de croire en Dieu, si ça ne résout rien ? A rien… !

Il me semble que ce qui compte vraiment, ce n’est pas le succès ou l’échec, mais c’est la fidélité, c’est le contact, la relation : « Seigneur, Toi qui m’as saisi par la main droite, Tu ne me lâches plus !! »

 

Pas besoin de faire bonne figure avec Dieu  : mieux vaut vivre en partageant ses doutes et ses questions tout en s’appuyant sur Dieu, que d’oublier Dieu ou ses doutes … l’un et les autres reviennent toujours à la charge !

Ce que nous avons à redécouvrir, c’est qu’il est aussi important de parler à Dieu que de parler de Dieu : se (re)mettre à parler avec Lui, c’est la très grande joie de la prière !

… et je vous laisse cette adresse du roi Georges VI d’Angleterre à son peuple, pendant la 2e guerre mondiale :

 

« J’ai dit à Dieu : « Donne-moi de la lumière afin que je ne marche pas dans l’obscurité. »

Mais Dieu m’a répondu :

« Mets ta main dans la mienne, et je te conduirai dans l’obscurité. »

                                     

 © 2009 Olivier Sandoz

23.08.2009

Venez voir ! - Jean 1, 35-42

Esaïe 49, 1-5; Galates 6, 1-5

« Où demeures-tu, Maître ? » demandent les disciples ce matin – pour nous, ce serait : « Seigneur Dieu, mais où donc es-tu ? »

A cette recherche que nous faisons de Dieu, une réponse est donnée, inscrite dans l’Evangile : « VENEZ, ET VOUS VERREZ ! »

Pour trouver Dieu, il y a sûrement des milliers de façons de faire, depuis la prière silencieuse jusqu’à l’engagement politico-social le plus poussé, depuis la quête dans les livres jusqu’à la plongée au plus profond de son être, sans oublier les retraites au désert ou les vœux dans un couvent. Tellement de tentatives, et pourtant toujours une seule réponse, « viens et tu verras ! » - ou plutôt « venez et vous verrez », puisque c’est au pluriel, puisque ce Dieu que je voudrais peut-être pour moi tout seul, c’est tous ensemble qu’Il nous invite, c’est nous tous qu’Il espère.

 

VENEZ : c’est tout de même curieux… Nous imaginons quelquefois trouver Dieu dans le silence feutré d’une église, dans la stricte obéissance à la rigidité des commandements, ou dans nos grands discours… et puis voilà que Dieu, c’est l’autre qui passe, et qu’il faut juste suivre pour voir où il va, où est sa demeure ! Dieu est vie, et la vie ne s’arrête pas, ne reste pas en place : venez, suivez pour ne pas perdre !

Venez, ET VOUS VERREZ… ce que nous voyons, c’est que Dieu est présent pour nous lorsque nous nous montrons des vivants : quand je souffre ou que je ris, quand que je cours ou qu’au fond de mon lit de malade, je crie vers Lui, Il est là. Je compte pour Lui.

Venez : il y a des milliers de façons de chercher Dieu, de Le questionner, de Le rencontrer, mais il faut toujours commencer par se mettre en route : venez, allez – les seuls qui ne bougent plus, ce sont les morts – et encore, depuis Pâques, on n’en est plus si sûrs ! Alors, « VENEZ VOIR ! »…

« Dès avant ma naissance, le Seigneur m’a appelé ; depuis que je suis né, Il a prononcé mon nom. (…) Je pensais m’être donné du mal pour rien, avoir usé mes forces sans résultat, pour du vent (…) mais le Seigneur reconnaît la valeur de mon service, mon Dieu est ma force ».

Voilà les paroles confiantes du prophète Esaïe, voilà des paroles justes pour nous ! VENEZ VOIR Dieu transfigurer toutes choses ; ce qu’on croyait avoir perdu, même notre temps si précieux et pourtant si souvent gaspillé pour du vent, même cela a de la valeur pour Lui.

 

Je pense à vous : au service de Dieu, au service des autres, dans le quotidien… Vous avez entendu ? Même si vous pensez parfois que le travail n’avance pas, que la reconnaissance n’est décidément pas de ce monde, et que vos pauvres forces sont insuffisantes à venir au but de l’ouvrage, confiance ! Le dernier mot revient à Dieu ! On vous critique, on vous épie, on vous soupçonne de naïveté ? Confiance ! Il n’y a aux yeux de Dieu rien qui pourrait disparaître sans laisser de traces – le Seigneur « garantit mon droit, mon Dieu détient la récompense ».

 

Alors Paul écrit aux Galates : et bien quoi ? bien sûr que nous nous trompons parfois, nous aussi ! Bien sûr que nous pouvons faire des erreurs, puisque c’est une part même de notre humanité, ces défaillances toujours possibles… Mais nous sommes bienheureux s’il y a sur notre chemin quelqu’un pour nous remettre sur la bonne route, surtout s’il le fait comme le veut le Seigneur, avec douceur – entendez avec amour – sans chercher pour lui-même considération, profit, gloriole ni bravo… Quand on reprend quelqu’un, que ce soit en discrétion, et en veillant comme le dit Paul à sa propre conduite ! Il est facile de critiquer, il est facile de se vanter, mais il s’agit aussi de se tenir soi-même à l’œil…

Des milliers de façons de rencontrer Dieu, de rechercher la perfection divine, mais si l’amour est la « voie royale », et bien la réponse de Dieu c’est « VENEZ VOIR », c’est « CONFIANCE »,  je vous connais, et c’est « COURAGE», allons de l’avant avec nos peines, notre passé pas forcément toujours très joli, avec nos envies, nos besoins, notre soif de vivre… Venez voir !

 

Trois textes, trois mots : VENEZ, CONFIANCE, COURAGE. Vous l’avez remarqué, ce sont des mots du vocabulaire des marcheurs – du vocabulaire des vivants, de celles et ceux que Dieu aime.

 

« Où demeures-tu, Maître – Venez voir! »

© 2009 Olivier Sandoz

02.08.2009

Faim ! - Jean 6, 24-40

Exode 16, 2-4.12-16

Faim...

Peut-être que nous connaissons la sensation d'avoir faim, lorsqu'en fin de matinée, notre estomac nous rappelle à l'ordre... mais nous avons la perspective de pouvoir manger, et cette sensation de «faim» ne nous est donc pas trop douloureuse !

 

Avoir faim SANS perspective de pouvoir manger, quelle angoisse cela représente... en particulier si notre conjoint, nos enfants, nos parents en souffrent également. Et c'est, hélas, le lot de bon nombre de nos semblables, que ce soit dans des camps où ils se sont réfugiés, ou devant leurs propres champs détruits par la guerre, la sécheresse ou la bêtise humaine...

 

C'est sur cet arrière-fond que nous pouvons entendre ce matin le texte de l'Exode qui nous parle des Israélites au désert, et le texte de l'Evangile qui met en scène des foules autour de Jésus : j'ai FAIM d'une faim que je n'ai pas les moyens d'apaiser !

 

L'histoire de la nourriture qui tombe du ciel, sous la forme de cailles ou de rosée granuleuse, fait partie de la «mythologie» de la traversée du désert : comme c'est le désert et qu'il n'y a rien à manger, les insensés qui s'y égarent ne peuvent plus compter sur leurs propres ressources - d'ailleurs leurs «réserves de guerre» sont rapidement épuisées -, et par conséquent, ils sont presque «obligés» de survivre d'une façon miraculeuse.

 

Si nous pouvions compter sur la même Providence pour notre nourriture quotidienne ! S'il suffisait de nous baisser pour ramasser ce qui nous est nécessaire pour vivre, sans lutte, sans autre effort que ce mouvement de ployer le genou pour prendre ce qui suffit à toute une famille - et sans crainte de faire du tort à qui que ce soit ! Si nous aussi nous pouvions compter sur un vol de cailles, au soleil couchant, pour manger la viande qui ranime nos forces !

Mais vous l'avez entendu, à l'époque de Jésus, toute cette histoire est déjà de l'ordre de la légende mystérieuse qui raconte les exploits des héros du passé... on a un peu de peine à prendre tout cela au sérieux : on argumente, on en fait l'outil d'un piège tendu à Jésus, on vide l'événement de son sens.

Les textes de ce jour nous invitent alors une fois encore à un autre regard : non plus le seul miracle, aussi extraordinaire qu'il puisse être, mais l'attitude des gens face au miracle.

Les Israélites grondent, comme s'ils étaient prêts à lyncher Moïse et son frère, qui les ont entraînés loin des marmites de viande aux oignons d'Egypte, de cette Egypte où pourtant ils mouraient sous les coups, esclaves bon marché... Le passé est idéalisé, tout vaut mieux que cette faim qui les prend... même l'esclavage semble plus doux !

 

Les foules qui se pressent autour de Jésus le suivent - comme le remarquait le Christ un peu plus haut dans le récit - parce qu'elles ont eu part à la multiplication des pains, et que leur ventre à nouveau se met à réclamer : il faudrait qu'il refasse le même coup !

 

A chaque fois, Dieu pourvoit, mais chaque fois aussi, il s'agit d'aller un peu au-delà, il s'agit de découvrir quelque chose de Dieu et quelque chose de nous-mêmes, quelque chose de notre «faim» de vivre et d'avancer.

 

Parce que dans ces textes, je lis aussi ce besoin qu'a Dieu de nous aider à grandir, à ne pas rester simplement des «consommateurs» de biens de ce monde, besoin de Dieu de nous voir prendre la vraie place qui nous revient, là où nous sommes.

 

A ceux qui le pressent d'accomplir un nouveau miracle pour «prouver» sa divinité, le Christ répond «Pain de vie». Vous avez faim, vous aurez toujours faim, votre estomac vous rappellera toujours à l'ordre, quel que soit le pain que vous mangez ; et votre cœur reste inlassablement affamé de vérité, d'espérance confiante, de certitudes qui font vivre ; vous avez continuellement besoin d'espoir pour vivre, et de promesses qui se réalisent.

Aucun pain, aucune nourriture sur terre ne peut apaiser cette faim-là, ce désir-là, ce besoin-là ! Mais vous pouvez convertir votre regard, votre esprit, le tourner autrement vers Dieu - ne plus l'utiliser comme ce Dieu au désert, nécessaire pour nous faire manger, mais inadéquat lorsque tout va bien...

 

Vous pouvez chercher en Dieu, en ce Dieu présent en Jésus-Christ, l'apaisement d’une faim bien différente – une faim de pardon, de tendresse, d'écoute, de pitié, de miséricorde, ou de tant d'autres réalités au nom aujourd'hui un rien désuet. Oui, je crois qu'en prononçant son «discours sur le pain de vie», Jésus ne fait pas que refuser un nouveau miracle, il fait grandir celles et ceux qui l'interpellent en leur donnant la direction, la piste, le lieu où rassasier toutes leurs faims : Dieu est fiable, digne de toute confiance, en ce qui concerne tous les aspects de la vie.

 

Reste que, lorsque l'estomac de nos frères et de nos sœurs crie famine, nous avons à leur partager AUSSI notre pain, en croyant au miracle d'une multiplication qui nous dépasse : en donnant le peu que j'ai à beaucoup, il se pourrait bien qu'au bout du compte, je me retrouve plus riche qu'au commencement... !

 

Mais cela, c'était encore une autre histoire !

 

 

© 2009 Olivier Sandoz

05.07.2009

Devenir autre - Marc 6, 1-6

Ezéchiel 2, 1-5; 2 Corinthiens 12, 7-10

Peut-être y a-t-il en chacune, chacun de nous le poids secret d'une désillusion, ou d'une souffrance muette : « il n'a pas reconnu, elle n'a pas reconnu, ils n'ont pas reconnu que j'avais changé... ». Dans nos rapports avec nos parents, dans nos rapports avec nos enfants, avec nos proches, avec nos collègues, il y a, peut-être, cette blessure qu' «on a changé, et cela n'a pas été pris en compte... »

 

Les textes d'aujourd'hui nous parlent justement de situations où trois personnages ne sont pas reconnus pour ce qu'ils sont nouvellement devenus; Ezéchiel, Jésus, Paul : voilà qu'à tel moment de leur vie, précipités sur le devant de la scène, comme des « hommes publics », ils ne peuvent faire valoir la nouveauté de vie qui leur est arrivée.

 

Ezéchiel, le fils de prêtre est appelé à être prophète ; Jésus, le charpentier, Messie, et Paul, le fondateur de communauté est subitement rejeté... De ces trois personnages, c'est peut-être Paul qui nous paraîtra le plus proche, non seulement dans le temps, mais aussi parce qu'il dit quelque chose de lui, de ce qu'il ressent, de ce qui l'habite... Il nous parle ici, dans un passage célèbre, de l'«écharde» plantée dans sa chair, et qui l'empêche d'être orgueilleux... on n'en saura d'ailleurs pas plus, et toutes les suppositions restent ouvertes, même si sa seconde lettre aux Chrétiens de Corinthe nous montre l'apôtre en proie des difficultés de reconnaissance à l'intérieur même d'une communauté qu'il a participé à édifier quelques temps auparavant. C'est en cherchant à justifier son rang d'apôtre qu'il lâche, presque comme une confidence, la souffrance qui l'habite et le rend d'une faiblesse démesurée. Handicap physique - il emploie le mot «chair», qui est significatif -, faiblesse par défaut de dons - mais justement, Paul dit ne manquer de rien... -, ou quoi d'autre ? Les suppositions peuvent aller bon train, quoi qu'il en soit, il a réclamé à trois reprises d'en être libéré, n'obtenant en fait d'exaucement qu'une parole de Dieu en fin de non-recevoir : «Ma grâce te suffit, Ma puissance se manifeste pleinement lorsque tu es faible !»

 

Difficile pour un homme de Dieu de ne pas être exaucé ! Difficile de s'entendre dire, que Dieu refuse de nous libérer, alors que c'est ce qu'on souhaite le plus ! ...et quel extraordinaire combat d'acceptation il faut mener pour en arriver à pouvoir dire, comme Paul :

 

«Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort !». J'en connais - qui pourrait leur en tenir rigueur ? - qui ne peuvent tout simplement pas entendre ce passage de Paul : tout en eux se révolte à l'idée que Dieu les laisserait à dessein dans leur souffrance, dans leur mal-vivre, dans leur mal-être. C'est tellement impossible de nous contenter de cette réponse, quand nous trouvons notre demande légitime et que nous avions toute confiance quant à la possibilité d'une issue heureuse de notre prière !

 

Ezéchiel, Paul, Jésus: trois hommes appelés à des destins extraordinaires, et qui ne seront vraiment reconnus, et entendus, que bien après leur mort...

 

C’est pour nous trop inhabituel de croire en un changement d'être, en un retournement, en une conversion d'une personne que nous pensions pourtant connaître, ou bien connaître. C'est donc à tout un travail sur l'image que nous donnons de nous-mêmes que ces textes nous appellent, nous invitant à convertir par la même occasion notre regard sur les autres !

 

Ce peut être à l'intérieur de nos propres familles, dans le cercle de nos proches, de nos amis, ou dans notre milieu de vie et de travail, que nos transformations intérieures sont mal, ou pas reconnues... et que nous avons le plus de peine à les reconnaître chez les autres !

 

Pourtant, s'il y a un «constante» dans notre existence, s'il y a bien quelque chose qui fait de nous des vivants, est-ce que ce n'est pas justement notre faculté à être appelé et à devenir «autre» ? Est-ce que ce n'est pas justement cela, la «conversion» à laquelle Dieu nous appelle, chaque jour qu'il fait ?

Quand les prophètes, de Moïse à Jean-Baptiste, ont ce cri d'invitation à la repentance et à la conversion, relayés par Jésus, puis les apôtres, font-ils autre chose que nous entraîner à rester des gens « mobiles » dans notre être ? ...que nous rappeler qu'être des «vivants», c'est toujours rester en mouvement ?

 

Les portes semblent fermées, et nous n'avons, en fait de pistes, que la réaction de Paul : quand les autres ne nous reconnaissent plus pour ce que nous sommes dans le présent, quand notre image passée nous « colle à la peau », il y a un cri, un combat, et surtout la méditation d'un sens à donner à ce qui nous arrive. «Vous ne pouvez croire que j'ai changé, que mon «ministère», que mon service sur cette terre a pris un élan différent ? Et bien c'est à partir de cela que je vais vivre, pourtant, avec l'espérance que vous finirez pas par l'admettre «de visu» !».

 

Toutes, tous, nous avons changé. D'ailleurs, la confrontation avec Dieu, à travers sa Parole, au travers des Ecritures, ne nous laisse jamais indemne. Notre relation à Dieu est comme le combat entre Jacob et l'ange, et si Jacob s'en ira boitillant, mais vainqueur - il peut aller en toute sérénité à la rencontre de son frère jumeau, mais ennemi, Esaü -, nous pouvons croire que ce qui nous arrive, de transformation physique ou morale, va nous aguerrir.

 

Ezéchiel, Jésus, Paul : ces trois hommes sont entrés dans l'Histoire avec leur lot de lourdeurs et de souffrance, mais ils sont restés des vivants, malgré tout. Et nous aussi, nous pouvons vivre, encore, toujours, sachant que tout combat avec Dieu nous rend plus fort, parce que nous n'en sortons jamais les mêmes, que les autres le reconnaissent ou non !

© 2009 Olivier Sandoz

21.06.2009

Persévérer - Marc 4, 26-29

Jérémie 12, 1-5 ; Jacques 5, 7-11

C’est à peine croyable comme nos notions du temps sont mobiles !

« Je reviens dans une minute » : vous avez compris que je serai absent un court moment ; « Je propose une minute de silence » : même si elle ne dure que vingt secondes, c’est la plus longue « minute » qu’on puisse imaginer !

 

Notre unité de temps, ce n’est plus une heure, une journée, une semaine ou une saison, c’est quoi ? …plutôt les 90’ de la durée d’un film, ou les 3’ de la durée d’un clip… ?

 

Alors quand on ouvre la Bible et qu’on y lit que Christ revient bientôt, qu’il est proche, qu’il arrive, qu’il vient établir son Royaume, et que visiblement ça ne se passe pas dans les 3 ou les 90 minutes…, quand on pense aux générations qui avant nous ont lu ces passages, ont espéré ce proche retour, et se sont finalement endormies dans l’oubli – quand nous mettons bout à bout ces considérations, il y a sans doute de bonnes raisons d’être découragés, d’imaginer que le monde va durer, tourner à l’infini avec toujours ses mêmes problèmes, sans changement significatif.

 

Il y a bien des soupirs et des gémissements, dans et hors de l’Eglise : combien déjà ont prôné des solutions-miracles « il faudrait… on devrait… il n’y a qu’à… » ou encore « si seulement les autres n’étaient pas aussi… étaient plus ceci ou cela… ». Avec l’insatisfaction vient le découragement : on se ferme, on va voir ailleurs parfois… Vous savez, c’est peut-être parce qu’on fait un mauvais usage de ce DON qu’est l’Eglise : on voudrait quelquefois un supermarché, où chacun peut se servir lui-même de ce qui lui plaît… alors que s’il y a un champ à cultiver ensemble, un espace ouvert au dialogue, à la Parole, c’est justement l’Eglise, c’est pour cela que Dieu nous en a fait don !

 

Découragement : face au temps, face aux autres, face aux promesses qui ne se réalisent pas dans les délais… L’ennemi de la foi, ce n’est pas l’incrédulité, c’est le découragement qui s’insinue même dans la foi la plus solide, et qui peut conduire à l’abandon, au laisser-aller jusque dans les certitudes qui nous faisaient pourtant tenir, et avancer, et garder les yeux rivés sur le but ! La foi, c’est ce « potentiel » mis en nous – chacun l’a en soi – d’avoir les yeux ouverts sur le présent et l’avenir, la certitude intérieure de la réalisation des promesses.

 

Rappelez-vous Jérémie, et les Psaumes : ce n’est pas facile d’admettre le bonheur des méchants quand à côté les fidèles souffrent ; il n’y a pas de raison, pas d’explication plausible, il n’y a que ce fait que l’on constate et qui fait mal, et puis il y a nous, et nos engagements à prendre, à trouver ensemble, à tenir, pour changer, tenter de modifier ces états de fait.

Alors, « ne baisse surtout pas les bras, s’écrie Jacques dans sa lettre, ce serait ta perte, ton écrasement ! ». Jacques nous accompagne dans une réflexion sur le temps donné : regardez le cultivateur, le temps travail pour lui, ce temps qui fait germer le grain, pousser la semence mise en terre… Et regardez les enfants : le temps, la durée leur permet de croître, de changer, de trouver mille jeux, mille secrets pour grandir. Et regardez votre voisin : lui à qui vous ne parler jamais vraiment - parce qu’il n’y a rien à se dire… ! -, peut-être que déjà, il a changé… : tout est possible, sur la durée.

 

Jusque dans le deuil, la souffrance, le mal-être, le malheur, si nous persévérons, si nous croyons que nous sommes accompagnés par Dieu, si nous croyons à Sa présence, nous pouvons vivre le changement : les prophètes, Job, le Christ même , tous ont révélé justement cela, ont montré justement ce chemin qui refuse à la situation difficile dans laquelle nous sommes peut-être de triompher de l’avenir, d’être le « dernier mot ». La durée nous est offerte pour aider à tenir ouverte la porte au Dieu qui vient.

 

Persévérer, être patient, nous dit encore Jacques, c’est savoir donner du temps – à soi et aussi aux autres évidemment – pour faire des projets et tisser des relations ; il ajoute : « Ne vous plaignez pas les uns des autres, ne jugez pas » parce que poser un jugement sur nos soeurs et nos frères, ce serait les immobiliser, poser sur eux une chape de plomb, en faire des « santons », ces personnages de la crèche, jolis mais figés pour l’éternité…

 

Persévérer : le temps de Dieu est offert pour nous laisser revendiquer dans le monde un avenir différent... !

© 2009 Olivier Sandoz