31.05.2009

Pentecôte - Actes 2, 36-42

1 Pierre 3, 8-12 ; Jean 10, 7-10

« Ce jour-là de Pentecôte, 3000 personnes s’ajoutèrent au groupe des croyants » : je me mets à rêver !!!

 

A rêver à cette époque si lointaine où Pierre prenait la parole et menait par un seul discours des foules entières à la conversion… quoique… à bien y regarder, c’est bien plutôt l’œuvre du Saint-Esprit que de son discours, si convaincant qu’il ait pu être !

Et même, si nous lisons attentivement ce que Pierre dit, tout au long de son intervention dans les Actes, il n’y a pas de « truc », pas de « recette » particulière : il ne fait qu’annoncer ce qui paraissait absurde, voire scandaleux pour ses contemporains : qu’un homme, condamné à mort et exécuté, est le Sauveur attendu, le Sauveur promis…

 

Absurde, insensé, oui, puisqu’il ne sert plus à rien de dire qu’un mort était le sauveur, le libérateur : c’est du passé, et même si la flamme qu’il avait allumée brille encore un peu, est-ce qu’elle va vraiment durer ?

Scandaleux, blasphématoire de dire que l’homme accusé et condamné par les responsables religieux puisse être venu de Dieu – et qu’on puisse seulement imaginer qu’un mort serait le Fils de Dieu, serait Dieu Lui-même !

 

Au-delà des chiffres de conversion, qui nous paralysent, qu’allons-nous retenir de ce récit ? …et bien peut-être plutôt l’immense espérance qui nous est dévoilée, à nous les humains de tous les temps, de tous les lieux !

 

Le discours de Pierre, je l’ai dit, n’a rien de tellement extraordinaire ; tout au plus, ce qu’il annonce résonne bizarrement aux oreilles de ses auditeurs – c’est cela que nous retiendrons : « rien d’extraordinaire », et pourtant Dieu en fait de l’extraordinaire, en fait la porte d’entrée dans la confiance en Jésus-Christ pour des milliers de personnes. Dieu a fait que dans ce discours sans extraordinaire, les brebis ont reconnu la voix de leur Berger, pour reprendre l’image employée par Jésus lui-même.

 

Pierre redit sa confession de foi d’antan : « Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant », Pierre dit et redit ce qu’il sent proche de lui, ce qu’il peut croire, ce qui le met en marche et l’anime – et ses auditeurs sont bouleversés, en « redemandent », au point de s’appliquer à une pratique qui, je le répète, fait encore rêver aujourd’hui le plus pointu des télévangélistes : mise en commun de leurs biens, repas et prières ensemble, dans une proximité toute monacale… !

 

Avec du simple, avec du vrai, avec la base même de notre « matière humaine », je vois, et je vous invite à croire, que Dieu fait du convaincant, de l’extraordinaire, je vous exhorte à croire que Dieu peut faire beaucoup de notre petit peu, et même beaucoup plus que tout ce que nous pouvons imaginer ! Pour nous qui nous croyons parfois trop petits, bien pauvres et impuissants devant les événements du monde, voilà une offre d’espérance : mettez ce que vous êtes dans le « panier », ce que vous croyez vraiment, ce qui vous fait vivre, et vous serez sans doute étonnés du poids que cela a ! Dites UNE certitude qui vous tient à cœur, et Dieu peut la multiplier par deux, trois, des milliers… !

 

En parlant tout à l’heure du discours de Pierre, j’ai dit porte d’entrée, en écho à la parole d’Evangile de Jésus, quand il se présente comme la porte de l’enclos des brebis, le lieu de passage obligé pour accéder à la paix. Celui qui ne passe pas par la porte, c’est le voleur, le brigand, celui qui cherche à faire du mal aux brebis, à les dérober ou à les faire périr… Mais passer par la porte, passer par le Christ, c’est au contraire apporter la vie en abondance.

 

C’est pour cela qu’aujourd’hui, au-delà du rêve de « foules » qui viendraient à la foi, je dis et redis combien il est important que nous soyons, nous aussi, des « carrefours », des lieux de passage vers la porte qu’est le Christ. Quand tant de groupements plus ou moins religieux, plus ou moins honnêtes, essaient de convaincre nos contemporains de tout et de n’importe quoi, avons-nous suffisamment conscience de combien il est nécessaire, vital même, d’être simples et concrets, de dire la libération que nous apporte PERSONNELLEMENT ce Jésus-Christ ?

 

Nous n’avons rien d’extraordinaire à raconter, rien à dire qui ferait les gros titres des journaux ? Quelle importance ?! Laissons Dieu faire la part qui Lui revient, mais ne nous économisons pas quant à la part qui NOUS appartient !

 

Pierre écrit : « Le Seigneur a les yeux fixés sur les fidèles, prêt à écouter leurs prières ». C’est une certitude, pour nous faire avancer, nous soutenir, nous accompagner !

© 2009 Olivier Sandoz

10.05.2009

Etre aimé ? - Jean 15, 9-17

Actes 10, 44-48; 1 Jean 4, 7-10

Le commandement d'amour, tel que l'évangéliste Jean nous le transmet dans la bouche de Jésus aujourd'hui, est d'une simplicité toute... évangélique (!) :

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime »

Et dans la première épître de ce même Jean, un développement essaie de mettre cet amour de l'autre en perspective : nous avons été aimés, et c'est pourquoi nous pouvons - et devons - aimer, à notre tour...

 

« Dieu nous aime, Dieu m'aime », qu'est-ce que cela veut dire, pour moi, dans cette vie que je mène, chaque jour, pris entre mes activités quotidiennes et les événements proches ou lointains de ce monde, que les médias me font vivre à chaque instant ? «Dieu m'aime» ? Qu'est-ce que cela change, que «Dieu m'aime» Est-ce que j’en suis bien convaincu, de cet amour de Dieu pour moi et de ce qu'il signifie ? Parce que oui, c'est important d'être aimé, bien sûr, peut-être même que toute notre vie, nous sommes à la recherche de cet amour pour nous, de la part des autres, de la part de l'autre... C’est si difficile de croire que nous avons de la valeur en nous-mêmes que nous courons après une reconnaissance, une «quittance» que l'autre pourrait nous donner...

Alors, «Dieu m'aime», c'est déjà ça d'acquis ! Mais encore ?

 

On dit souvent que « l'originalité » du message chrétien, c'est cet amour absolu qu'il proclame, que nous avons bien de la difficulté à rendre, et même simplement à vivre ! Aujourd'hui, nous l'entendons comme l'exigence la plus haute de notre vie de croyant : « Vous devez vous aimer » !

 

Ça m'est précieux de penser, de m'adresser à Dieu comme à quelqu'un qui m'aime, et m'apprécie, et même qui croit en moi, en mes possibilités... C’est un curieux retournement de me dire «Dieu croit en moi», alors que nos discours tournent si souvent autour du « je crois ou je ne crois pas... en Lui » ! Oui, ça m'est précieux, parce que cela m'évite d'avoir à «prouver» ma valeur une fois de plus,. Dieu m'aime comme je suis, pour ce que je suis, ni plus ni moins, et mon «faire», ou mon «perfectionnisme», ou ma paresse n'y change rien.

Vous voyez, c'est pour cela qu'il est tellement important de dire, et de redire : Dieu nous a choisis en premier, Dieu nous a aimés en premier. Avant tout. Avant mes doutes ou mes professions de foi, avant mes actes formidables ou mes fuites misérables, il y a cet amour de Dieu pour nous, qui est à l'origine de tout.

 

Le récit des Actes des Apôtres, ce matin, nous traduit justement l'étonnement des compagnons de Pierre - des gens pourtant faits au feu du Saint-Esprit : des non-juifs, des païens qui reçoivent leur part de salut, du salut offert par le Dieu d'Israël, voilà une façon de faire bien inhabituelle ! Dieu qui précède nos révolutions, nos conditions, Dieu avant notre catéchisme et nos exigences, ailleurs que dans notre « portrait-robot  du Chrétien accompli... »

 

Ça s’appelle la grâce, l’acte souverain de Dieu.

 

J'en reviens à ma question de tout à l'heure : Dieu m'aime, et encore ?

J'essaie de prendre les choses à l'envers, et d'imaginer l'inimaginable, le cauchemar pour moi : un monde où je vivrais sans Dieu. Je m’y découvre surtout misérable, cherchant continuellement l'approbation de l'autre, courant à la poursuite d'un sens, d'une raison.

Et puis je me réveille dans ce monde de présence, dans ce monde d'un amour qui me précède: c'est vraiment bon de me savoir précieusement aimé, de me savoir libre de vivre ma vie sans risquer de perdre un amour que j’ai simplement reçu, et qui ne me sera pas retiré à la première incartade, puisqu’il ne m’a rien coûté ! C'est vraiment bon, et bien, de pouvoir avancer dans la vie avec la certitude qu'il y a toujours un lieu où me réfugier, quelle que soit l'heure du malheur ou du bonheur ! C’est vraiment bon, et bien, de participer mystérieusement à un mouvement d'amour qui m’englobe et que je peux - que je dois ! - faire rebondir… !

 

C’est difficile, un amour qu'il faut donner. Comme Chrétiens, nous sommes exposés, parce que le monde attend de nous ce qu'il n'est justement pas capable de donner lui-même. Comme Chrétiens, face aux lois de la nature, à la loi du plus fort, la loi de la jungle, nous sommes des êtres mis à part pour aimer. Pour dire à l'autre qu'il est important. Et qu'il l'est sans doute pour nous, mais surtout, et d'abord, pour Dieu, et qu'il n’a plus rien à prouver pour avoir le droit d'exister comme il est, pour ce qu'il est.

 

Jésus insiste, Jésus fait de l'amour – ce sentiment ! - un ordre, un commandement. Mais ce n'est certainement pas à cela qu'il faut nous arrêter : au nom de l'amour dont je suis aimé par Dieu, j'ai à vivre, j'ai à me battre, j'ai à crier que l'autre est précieux par-dessus tout, qu'il est - comme moi - un être d'amour, un être aimé.

 

Au nom de l'amour de Dieu pour moi, j'ai à rappeler, en paroles et en actes, ce «paradoxe» que même celui que je n'aime pas, que je n’arrive pas à aimer, il est digne d'amour, et aimé de Dieu… !

Commandement d'amour absolu, parce que Dieu, en Jésus-Christ, a accompli sa propre loi, a mis au-dessus de Lui sa propre loi : «Le plus grand amour, c'est de donner sa vie pour ses amis». C'est Vendredi-saint, et c'est Pâques en même temps !

© 2009 Olivier Sandoz

03.05.2009

Ensemble porter du fruit - Jean 15, 1-8

Actes 9, 26-31; 1 Jean 3, 18-24

« Il ne faut pas que notre amour consiste uniquement en discours et en belles paroles, faisons preuve d'un véritable amour qui se manifeste par des actes » : la première lettre de Jean à sa communauté mérite d’être entendue, aujourd’hui encore, en tant que cet appel à l’acte, à la pratique, et pas seulement au discours…

Car il ne s’agit plus seulement aujourd’hui de publier des prises de position, si bonnes soient-elles, ou d’élire des commissions en nombre, qui s’occuperont de tel ou tel problème de société – pour déboucher trop souvent sur une simple et pieuse déclaration d’intention visant à « remettre l’Eglise au milieu du village »…

 

Il s’agit, bien plutôt, que nous imaginions ensemble, que nous inventions ensemble les actes de présence et d’accompagnement que Dieu, que le Christ attend de nous aujourd’hui – et croyez bien qu’il ne s’agit plus non plus d’attendre qu’une institution fasse tout : le monde a besoin que des femmes et des hommes de tout âge, et d’ici, rendent témoignage de leur foi dans un engagement concret, dans une réelle manifestation d’amour du prochain : ces «actes», ces «inventions», ce sont NOS idées et NOS gestes, parce que NOUS sommes les sarments, aujourd’hui.

 

Cela me fait penser à ce texte  de l’Evangile de Jean lu tout à l’heure, l’histoire du cep et des sarments, du pied de vigne et des rameaux à tailler : à quoi servons-nous si nous restons des «machines à parler», une Eglise de discours ? A quoi servons-nous, sinon à bercer d’illusions celles et ceux qui n’auraient pas encore ouverts les yeux sur la vanité de nos belles paroles ? Bien sûr que notre responsabilité de proclamer l’Evangile et de crier avec les pauvres, c’est notre mission… n’empêche, avant tout cela, devant tout cela, il y a ce que Jésus a «inventé» pour ses disciples : aimer concrètement, par des gestes d’amour à accomplir comme obéissance ultime à des commandements qui n’ont rien de « facultatifs » !

 

Porter du fruit, produire quelque chose de bon et d’agréable, de profitable – pas d’abord pour nous seuls, l’Eglise, mais pour le passant, l’inconnu, l’étrange que Dieu met sur notre route.

Offrir du fruit : ce serait une Eglise comme un buisson de « meûrons » qui propose ses trésors au détour du chemin, là où on ne cherchait pas forcément, mais qui font tellement plaisir !

 

C’est cette Eglise-là que nous pouvons bâtir ensemble, et pas une Eglise frileuse, voire enrhumée, pas une Eglise craintive qui se battrait juste pour préserver ses propres privilèges, pas une Eglise abritée derrière la prudence de ses membres transis, mais une Eglise d’offrande, une Eglise de dons et d’amitié :

« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! ».

 

Pour arriver à cette Eglise-là – c’est sans doute un idéal, mais qui sait ? -, la route est peut-être longue… alors autant se mettre tout de suite en chemin !

 

Paul, l’apôtre Paul en personne ne s’est pas découragé quand les membres de l’Eglise le fuyaient comme la peste, précédé qu’il était d’une solide réputation de pourfendeur de Chrétiens – comme vient de nous le rappeler le livre des Actes… L’héritage du passé est lourd, pour nous aussi, des erreurs et des compromissions de l’Eglise dans les siècles passés – mais il est riche aussi des gestes de grâce et d’amour de celles et ceux qui nous ont précédés !

 

Ne nous laissons pas décourager, l’Eglise n’est pas un monolithe, elle n’a rien de définitif, puisqu’elle est par définition du provisoire, de l’attente d’un retour… L’Eglise, NOTRE Eglise peut changer de visage, mais elle est et reste ce que nous sommes, ce que nous décidons d’y vivre ensemble.

 

Ensemble, c’est sans doute le maître-mot de toute l’histoire : attachés au cep, plongeant dans les mêmes racines qui nous garantissent d’échapper à la sécheresse mortelle. On peut bien sûr dire qu’il est possible d’être « croyant mais pas pratiquant », on peut facilement affirmer qu’il y a des actions justes, pacificatrices et pleines d’amour AUSSI hors de la foi au Dieu de Jésus-Christ… Dieu merci, l’action humanitaire n’est pas juste un mot, et je crois que nous avons à accueillir avec reconnaissance tout ce que Dieu suscite de bon auprès de chacun de nos contemporains ! Mais quand Jésus s’exclame : « En-dehors de moi, vous ne pouvez rien faire », je l’entends comme la nécessaire mise en garde contre l’épuisement qui nous guette…

 

Un ami me parlait de la vigne : le cep peut aller chercher de l’eau jusqu’à vingt mètres de profondeur, paraît-il… les branches qui s’y rattachent sont donc assurées de continuer à produire du fruit même par temps de sécheresse extrême… !

 

Je garderai donc aujourd’hui cette image du cep et des sarments : produire du fruit en restant lié au cep, c’est la « recette » d’une vie donnée en abondance, et qui ne craint pas d’offrir au monde ce qu’elle a de meilleur ! Pourquoi les autres églises, les autres religions, les autres courants de pensée qui traversent notre planète auraient-ils l’exclusivité de la joie, de ce qui est bon ? Le Christ est mort, mais Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité : c’est une bonne nouvelle à vivre et à partager, en paroles et en actes, non ?

© 2009 Olivier Sandoz

20.04.2009

La Résurrection ? - Luc 24, 13-49

Le cheminement des disciples sur la route d’Emmaüs, ce n’est pas seulement une «histoire de Pâques» : c’est un parcours de guérison que nous propose le Christ ; parcours de guérison au cœur de nos dépressions, au milieu de nos déceptions, dans notre tristesses et nos pertes, en un mot, ce cheminement est une invitation à la surprise et à la joie.

 

Nous fêtons la Résurrection… et la Résurrection, mes amis,  ce n’est pas une vue de l’esprit ! La résurrection, ce n’est pas seulement l’événement bizarre d’un curieux matin il y a deux mille ans, et ce n’est pas non plus dans un avenir lointain : la résurrection, c’est la présence de Dieu retrouvée dans notre quotidien, c’est l’AVEU que ma vie est liée à Lui ; la résurrection, c’est une relation renouée - parfois même après des années de désert - au plus profond du cœur, de l’être, de la personne.

 

…Ce que les disciples laissaient derrière eux en quittant Jérusalem ce matin-là, c’est le lieu qui a vu tous leurs espoirs déçus… ! alors ils fuient, pour retourner chez eux à Emmaüs, qui est le lieu de sécurité dont ils pensent maintenant avoir besoin. En chemin, ils ruminent, tournent et retournent les événements, sans trouver d’apaisement, juste envahis de découragement, de déception … Tout est devenu si lourd ! Quelque chose que nous connaissons parfois !

Et voilà Jésus qui les rejoint, méconnaissable pour ses disciples, nous dit le texte. Méconnaissable ? …sans doute parce que dans leur cœur blessé, Jésus est mort, et qu’il ne peut, simplement plus être là; mort comme leur espérance, mort comme une page tournée de leur existence.

Jésus les interroge : « De quoi parlez-vous ? » De quoi parlons-nous, quand notre cœur déborde de tristesse, de doutes, de rancœur ou d’espoirs déçus ?

La question de Jésus – comme peut-être toutes les questions que Dieu pose à l’être humain – n’est pas une question innocente, ni une simple entrée en matière polie. « De quoi parlez-vous ? » : au fond, qu’est-ce qui vous est si lourd ? La demande de Jésus, vous l’avez remarqué, a stoppé net les disciples dans leur fuite en avant ; « ils furent arrêtés » dit littéralement le texte : ce n’est pas seulement leur marche qui est suspendue, c’est aussi cette espèce d’état d’esprit morbide qui les tient prisonniers. Oh, ils essaient bien encore d’entraîner l’inconnu à leur suite : « Mais… des événements ! ».  « Des événements ? Quels événements ? »

Bien sûr que Jésus sait de quoi il s’agit ! Ce dont il veut parler avec eux, c’est de leur foi ébranlée, il veut les entendre le formuler, pour eux-mêmes autant que pour lui ! …car tout est à redire, pas seulement avec les mots du catéchisme, mais avec LEURS mots : ça commence comme une confession de foi « Nous avions l’espoir qu’il soit le Sauveur d’Israël », ça finit en désastre « mais voilà trois jours qu’il est mort ».

 

Qu’est-ce que c’est, le problème ? La mort de Jésus, innocent supplicié, ou leurs espoirs ravagés, leur espérance en deuil ? Habituellement, nous retenons volontiers de ce récit la « catéchèse en chemin » que leur fait Jésus: tout reprendre à zéro, depuis la Loi et les prophètes, de ce qui concerne le Messie… Même que Jésus n’a pas hésité d’abord à secouer les disciples : « Esprits sans intelligence ! Cœurs lents à croire… ! » C’est parce qu’il y a, dans notre lecture de la Bible, un risque énorme, le « ronronnement interne » : nous pouvons être de trop fins connaisseurs des textes pour nous laisser encore interpeller par le Saint-Esprit, pour nous laisser ouvrir au... Méconnu ! Le risque de ne trouver que ce que nous étions venus y chercher… Comme Cléopas et son acolyte : ce qui serait le plus avantageux – le triomphe du Fils de l’Homme, le grand rassemblement messianique, la victoire trompetée de Dieu -, ils l’ont bien en tête… et à partir de là, ils ne peuvent plus rien croire d’autre, puisque les Ecritures ont annoncés un règne sans fin… Mais ces mêmes Ecritures ont aussi dit qu’ « il fallait que le Messie souffre avant d’entrer en gloire » : faire l’économie de la souffrance, de la déception, de la mort même, de tout ce qui compose notre humanité, c’est vouloir renvoyer le Christ à son ciel sans tambour ni trompette !

 

Nous allons nous mettre en route avec un nouveau Conseil paroissial, fait d’anciens et de nouveaux. Pouvoir ainsi compter sur des personnes riches d’expériences différentes, c’est une grâce. Le risque serait de vouloir simplement entraîner les nouveaux dans l’ancien fonctionnement…. mais c’est à un vrai renouvellement que Dieu nous engage !!

 

Et nous voilà donc, pareils aux disciples de ce dimanche-là ; ils étaient déboussolés, parce que pour la première fois depuis longtemps, la semaine commençait sans Jésus, sans discussion, sans la sécurité de sa présence– et puis en même temps, il y a ce grand trouble : on leur a dit que le tombeau est vide… Ce sont des femmes qui l’ont annoncé, puis Pierre à son tour, et enfin les disciples de retour d’Emmaüs ont rapporté des choses troublantes, qui vont dans le même sens…

 

« Ils parlaient encore quand Jésus lui-même se présenta au milieu d’eux et leur dit : La paix soit avec vous ! » : l’entrée en scène est théâtrale, voilà qu’apparaît celui dont, justement, on regrettait la disparition. Il surgit du néant - du tombeau de tristesse qui s’était emparé des disciples -, comme un choc, une surprise, le cadeau inattendu …

D’abord, les disciples n’ont pas envie de rire : « il  est mort, c’est son fantôme ! » - je pense ici à mes moments d’éloignement, d’abandon, où Dieu a l’air tellement inatteignable, tellement inabordable… Quand j’ai l’impression qu’il faudrait tellement de temps, tellement d’efforts, tellement d’énergie pour remonter la pente ; je le vois tellement hors d’atteinte, hors de portée, l’« avenir radieux »…

Je suis bien incapable de recevoir la nouvelle d’une vie immédiate, d’un résurrection, d’une présence de Dieu donnée là, à l’instant ! Je voudrais faire mon chemin de deuil, prendre mon temps – comme les disciples – pour me remettre, et puis  voilà, c’est là, tout de suite, que Dieu a surgi !!

Pas toujours comme je le veux, souvent pas comme je l’imaginais, très rarement comme je m’y préparais … « Il » surgit dans ma vie, et c’est à nouveau la lumière, et c’est à nouveau la vie, simplement possible.

 

Après le long partage d’une parole, le soir est venu. Autour d’un repas, Jésus avait donné un sens à sa mort – et c’est finalement dans le partage d’un pain à Emmaüs qu’il affirme sa présence avec nous pour toujours – invisible, mais présent !

La Résurrection, après tout, c’est le programme qui nous est proposé dès aujourd’hui !

 

 

© 2009 Olivier Sandoz

05.04.2009

Entre Dieu et vous (à mes catéchumènes) - Marc 11, 1-10

Esaïe 50, 4-9a

Quand les gens de par-ici ont constaté que Jésus tardait à revenir, que Dieu n’envoyait plus autant de prophètes, et que les miracles – pensait-on - commençaient à se faire rares – bref, quand les gens de par-ici commencèrent à se dire que les pasteurs, depuis des siècles, leur racontaient peut-être des histoires, et bien les gens de par-ici avaient laissé de côté tout ce qui leur avait été dit, et puis ils s’étaient intéressés à d’autres choses plus passionnantes : le dernier match, les terrifiantes révélations de «Ça va se savoir», les états d’âmes astrologiques de Madame Soleil, ou encore les bouleversantes confessions sur Facebook d’un ex-lofteur éperdument amoureux d’une star-académicienne… Que des choses importantes, quoi !

 

Et Dieu tout là-haut – je ne sais pas si vous l’avez remarqué, dans les histoires, Dieu est toujours « tout là-haut » : on ne sait pas bien où, mais en tout cas, « tout là-haut » ! – et Dieu donc, « tout là-haut », contemplait la terre avec une certaine perplexité : c’est vrai, quoi, devoir toujours tout recommencer, sans pour autant de meilleurs résultats, il y aurait de quoi lasser ! 

 

Pourtant, vous vous souvenez, Dieu, Il avait accompli des choses à peine croyables – d’ailleurs plus personne ne veut y croire ! -, comme par exemple séparer les eaux de la mer Rouge, faire jaillir des sources en plein désert, marcher sur l’eau, ou même – et ce n’est pas rien ! – créer à partir de rien tout un monde avec tout ce qu’il contient ; et Il en avait fait d’autres, aussi, des plus discrètes, comme soigner un blessé, donner un baiser, offrir un sourire ou son amitié (oui, je sais, on n’en parle pas toujours dans la Bible…). Mais voilà qu’aujourd’hui, « tout là-haut », Il se prenait la tête dans les mains et se disait : « A quoi bon ? A quoi bon se démener, aider, conseiller, conduire, donner le bras ? Les gens d’ici-bas n’y comprennent décidément rien à rien : rien à Dieu, rien à leur vie, rien à leur monde… »

Et oui, « tout là-haut », Dieu était aussi étonné : étonné que les gens d’ici puissent croire des choses aussi ridicules que ces fameuses lettres «vous avez gagné Fr. 100'000.-», qu’ils gobent des pubs vantant la lessive qui «lave plus blanc que blanc» ou le parfum «qui les fera toutes tomber» ; étonné, Dieu, que l’on puisse leur faire avaler n’importe quelle couleuvre destinée à leur vider les poches, et qu’en même temps ils soient si peu disposés à croire qu’il existe un Dieu, ce Dieu qui aurait, qui A justement envie de prendre une place active dans la vie de chacune, chacun…

 

Or, par un grand mystère, ce dimanche 5 avril 2009, Dieu se pencha un peu plus que d’habitude, «tout là-haut»… et devinez ce qu’Il vit : dans 156 églises de ce canton, presque au même moment, des dizaines, des centaines de jeunes en train de s’entasser sur les chaises ou les bancs inconfortables de nos temples et se préparer à dire quelque chose de leur foi, de leur idée, de leurs images de Dieu ! Ah, mes amis, vous ne pouvez pas savoir comme ça Lui faisait chaud au cœur, à Dieu, tout ce monde qui demandait Sa bénédiction, et Lui, Lui qui avait tellement envie de tout leur donner !

 

Eh oui ! tout à l’heure, quand ça va être à vous, pensez-y, les jeunes, à la joie de Dieu à ce moment précis ! Il est heureux aujourd’hui, Dieu, à cause de vous – peut-être même plus heureux que ce fameux jour des Rameaux dans les années 30 de notre ère où Il est entré à Jérusalem assis sur âne, sous les acclamations de la foule des gens de par là-bas !

 

Quatre ans de caté : c’était « long » - et à la fois bien court pour tout ce que nous aurions voulu transmettre, soumettre à vos appétits, à votre méditation… Il a fallu faire des choix, et quelquefois parer au plus pressé, écouter ce que vous aviez à dire – oui, écouter des choses parfois complètement à côté du sujet patiemment préparé, parce que c’était important pour vous, à ce moment-là, de partager quelque chose… Nous n’avons pas pu tout nous dire… aujourd’hui, je pense que c’est tant mieux : il vous reste tellement à vivre, à découvrir – comme vous allez l’affirmer tout à l’heure – et le silence de Jésus, le silence de Dieu dans le récit des Rameaux me rappelle que c’est entre Dieu et vous, chacune, chacun de vous – sans moi – que la suite se joue !

 

Entre Dieu et vous : je souhaite que cette rencontre de chaque jour vous apporte autant que j’en ai reçu, moi ; je souhaite que chacune, chacun de vous puisse accueillir et recueillir pour sa vie l’immense richesse de cette fréquentation avec le Dieu de Jésus-Christ. Je fais le vœu qu’à travers tout ce que vous allez vivre, vous trouviez des occasions de grandir dans la proximité de Dieu.

 

Devant vous, l’école qui continue, un apprentissage, une formation ; devant vous, un avenir qui va se clarifier peu à peu. Mais surtout, devant vous, je vous le souhaite, beaucoup d’amour, de partages, de relations profondes : une vie avec du goût, du doux et du salé, pour vous combler. Il y aura du boulot, et des moments de doutes ou de déprime, peut-être, des moments avec un «mauvais goût» ; dans ces moments-là aussi, Dieu a la main dirigée vers vous – pas comme un doigt pour vous accuser, pas comme un poing pour vous écraser, comme une paume ouverte pour vous recueillir. Vous avez de la valeur, une valeur dont vous n’avez pas idée ! Dieu la connaît comme Il vous connaît, de l’intérieur – et Lui vous respectera toujours, pas pour ce que vous faites ou ne faites pas, mais pour ce que vous êtes !

© 2009 Olivier Sandoz