20.04.2008
Il en manque un ! - Actes 1, 21-26
Joël 3, 1-5; Jean 14, 8-14
Ils étaient environ cent vingt, ce jour-là, et pourtant Pierre a dit: "Il manque quelqu'un".
Ils étaient cent vingt, mais Judas n'était plus là, et le groupe des Douze ne portait plus bien son nom !
"Il en manque un !" a dit Pierre, et c'est un certain Matthias qui a été choisi, parmi les cent vingt réunis, pour compléter l'équipe des apôtres.
Ce serait sans doute un bon texte à prêcher pour appuyer la recherche de conseillères et de conseillers de paroisse, ou de catéchètes, ou de monitrices... "Il en manque une, il en manque deux..." et d'en trouver, parmi les cent vingt, qui prennent leur part du travail...
En pensant à Matthias, le nouvel élu, je me disais que ça ne devait pas être facile, de prendre au pied levé la place de Judas... D'abord parce qu'il y avait un grand travail en perspective - pensez, évangéliser le monde, annoncer partout dans le monde connu la Bonne Nouvelle du Dieu qui nous fait grâce ! -, et puis aussi parce qu'avec ce qui était arrivé, Judas n'avait pas vraiment bonne presse dans la communauté... alors, prendre SA place, être le "remplaçant de Judas"... ! Voilà Matthias choisi, poussé par Dieu, mis en route, un peu comme ces prophètes de l'Ancien Testament: il y a un homme, là, dans un champ, en train de garder un troupeau, qui n'est même pas toujours le sien... il aspire à une vie tranquille, pas de tout repos, parce que ça n'existe pas, mais juste de pouvoir faire son travail correctement. Et puis soudain, un appel, un Parole qui surgit de ses lèvres et qu'il n'avait pas pensée, une Parole qui le dépasse, et. qui secoue les rois, et les prêtres, les fidèles et les moins fidèles... Dieu choisit un homme, une femme, et pour un temps, le ou la voilà chargé(e) de mission, chargé(e) de parler au nom de Dieu... une fois, un jour, un mois, une année ou une vie ! Des gens qui ne demandaient pas de miracles, qui ne cherchaient aucun pouvoir, les voilà arrachés à leur quotidien, et puis envoyés plus loin... Pas comme des jouets - parce que Dieu ne se joue pas de nous ! - puisqu'ils acceptent la mission, mais sans toujours bien en mesurer l'ampleur, et les implications, et les conséquences... Parler de la part de Dieu, ce n'est pas rien... et cela ne vous attire pas que des amis !!
Vous allez peut-être sourire, mais cela peut vous arriver ! Vous allez peut-être refuser de le croire, mais pratiquants fervents ou occasionnels, toutes, tous, vous pouvez être choisis et envoyés... Chacune, chacun, vous pouvez être engagés - et vous pouvez même refuser l'engagement ! - à toute heure de la journée. J'ai vu des personnes que je croyais tellement loin de la foi se mettre soudain en route, se motiver, s'engager corps et âme... moi je crois que si Dieu a voulu avoir ainsi besoin de nous, Il continue à mettre les gens qu'il faut à la place qu'il faut ! ...et vous êtes des gens qu'il faut !!
Quand je dis de telles choses, parfois, on croit que c'est une formule toute faite, un peu de démagogie bon enfant... Mais non ! Prenons au sérieux ce qu'annonce la Bible, prenons au sérieux le message de Joël, le prophète: "Je répandrai mon Esprit sur tout être humain, dit le Seigneur: vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des rêves, et vos jeunes des visions !..." et le texte continue en disant que mêmes les plus humbles recevront l'Esprit de Dieu.
Les jours où je suis découragé, ou je regarde l'ampleur de la moisson et le peu d'ouvriers disponibles, j'aime entendre cette certitude, cette parole de confiance qui me dit en fait que tout n'est pas dans MES mains, mais bien dans celles de DIEU!
Parce que des catéchètes, des monitrices, des conseillères et des conseillers, et tant d'autres personnes, cette paroisse, l’Eglise en a besoin, tous les jours ! …Mais c'est Dieu qui choisit, c'est Dieu qui appelle, c'est Dieu qui envoie, et - Dieu merci ! - pas moi !
"Il y a beaucoup d'endroits où demeurer dans la maison de mon Père", dit Jésus à ses disciples, peu avant sa mort. Il y a de la place pour chacune, pour chacun dans le plan de Dieu, il y a une place pour chacune, pour chacun. Mettez-vous régulièrement à l'écoute de Dieu: peut-être que justement maintenant, Il est en train de vous appeler... !
© 2008 Olivier Sandoz
12:18 Publié dans Actes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
06.04.2008
"Dieu-aide" - Luc 16, 19-31
Esaïe 49, 7-13
Lazare - "Dieu aide '"
Pour une fois qu'un nom apparaît dans une parabole, c'est celui-là: Lazare, "Dieu aide !" ... et à première vue, il nous paraît mal trouve, ce nom, devant le spectacle qui nous est dépeint: un riche dans l'opulence, "jetant l'argent par les fenêtres", et à sa porte, Lazare, le pauvre que le riche ne voit pas, couvert de plaies, et qui finit par mourir dans sa misère, à la porte du riche. Lazare "Dieu aide"... vraiment ? Dieu aide vraiment ?
Même si elle utilise l'imagerie populaire du paradis et de l'enfer, la parabole n'est pas un enseignement sur l'au-delà - ni d'ailleurs sur 1'"automatisme" de l'appauvrissement des riches et de l'enrichissement des pauvres dans le Ciel. La parabole ne fait pas l'éloge de la pauvreté ! Et pourtant Jésus a choisi d'appeler le pauvre "Lazare", Dieu-aide... Et pourtant Jésus choisit de faire jouer le second "tableau" dans un au-delà traditionnel. C'est que Jésus nous parle d'urgence, et que nous ne comprenons bien l'urgence que face à la mort; celle de nos proches, ou la nôtre propre.
URGENCE ! le pauvre meurt à la porte ! ...malheureusement, le riche ne devient lucide sur lui-même que TROP TARD, quand tout est déjà fini, quand tout est déjà joué. Lazare est mort, le riche est mort, il n'y a plus rien à faire. Alors le riche pense à ses frères: les avertir pendant qu'il en est encore temps ! Leur dire, les informer de l'urgence à voir ce qui est l'évidence, ce qui est sous nos yeux ! Tout, cependant, est déjà dit, a DEJA été dit, nous avons tous les éléments de choix devant nous. C'est MAINTENANT que nous vivons ce qui fait le sens, la valeur ultime, le salut de notre vie, MAINTENANT !
Nous en savons assez. Non pas pour être "comme des dieux", mais au contraire pour vivre SELON Dieu. Nous en avons entendu assez pour connaître ce que Dieu attend de nous, et ce qu'il attend que nous soyons pour les autres. "Vis ce que tu as entendu et compris !".
La parabole nous indique encore le LIEU où vivre cette parole: ce monde, ma vie quotidienne, et avec les gens qui y vivent. Lazare couchait à la porte du riche, le riche le voyait tous les jours, nous dit la parabole, et pourtant... il ne le voyait pas !
Si je ne vis pas l'amour du Christ avec celles, avec ceux qui MAINTENANT en ont besoin, je ne pourrai plus le vivre, lorsqu'un "grand abîme", comme dit la parabole, nous séparera... ! Un abîme qui n’est pas seulement la mort, mais tout ce qui empêche d’aimer… maintenant !
Lazare - "Dieu-aide": il est maintenant possible de rencontrer Lazare, et de devenir pour lui l'aide de Dieu, et de le laisser devenir pour moi l'aide de Dieu, l'aide que Dieu m'offre pour que j'actualise la parole d’amour qu'il a prononcée sur les pauvres, les petits, les délaissés. Nous nous rappelons que ceux qui cherchent asile à notre porte sont aussi des petits de l'Evangile...
Lazare, "Dieu-aide": il y aura toujours des riches, il y aura toujours des pauvres, et ils sont là les uns pour les autres, Lazare pour le riche et le riche pour Lazare, parce que Dieu aide les routes à se croiser pour que chacune, chacun grandisse. Nous sommes, les uns pour les autres, les "proches" que Dieu tend à notre désir, notre envie, à notre volonté d'être fidèles au Christ. C'est ainsi que même au cœur de la pauvreté, au cœur du malheur, Dieu nous ouvre la possibilité de vivre son Evangile. Pauvre, ou exilé, ou réfugié, délaissé, isolé, sans secours, que ce soit toi ou moi, il y a "Lazare", il y a la présence de "Dieu-aide", il y a l'occasion, dans la rencontre, d'un Evangile partagé, d'un amour partagé, de la reconnaissance que, bien souvent, c'est l'autre qui m'aide quand je crois le secourir... !
La parabole a conjugué pour nous l'important et l'urgent: l'important, c'est celle, c'est celui qui est à notre porte ! L’urgent, c’est que je ne renvoie pas à plus tard ce que je dois être ici, ce que je dois être maintenant ! Lazare – un "Dieu-aide".
© 2008 Olivier Sandoz
12:00 Publié dans Luc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
21.03.2008
Vendredi-saint - Marc 14,53 - 15,41
Marc 14, 53.55-65 - Marc 15, 6-41
« Salut Roi des Juifs ! » - « Eh, toi ! Descends de ta croix ! » – « Attendez, nous allons voir si Elie vient le délivrer ! » - « Il en a sauvé d’autres, mais il ne peut pas se sauver lui-même ! » …
Combien de moqueries au pied de la Croix, ce jour-là ! Ah, il y en a, du monde pour rire et se moquer, il y en a, venus se divertir aux souffrances d’un autre, ou peut-être pour se rassurer : après tout, Jésus sur la Croix, c’est le signe qu’on avait raison contre lui, non ?
Il existe des gens, à présent, qui relativisent, qui disent que « de toute façon, puisqu’il est fils de Dieu, Jésus ne souffre pas vraiment, qu’il ne meurt pas vraiment, qu’il ne faut pas trop s’en faire puisqu’il a annoncé lui-même qu’il ressuscitera le troisième jour… » Il y a des gens pour qui vendredi-saint, la croix, c’est une mascarade.. mais elle est bien amère, cette mascarade-là, elle a le goût du vinaigre qu’on tend à Jésus…
« Il en a sauvé d’autres, mais il ne peut se sauver lui-même ! » : cette moquerie est vraie, elle est plus qu’une moquerie, à l’insu de ceux qui la profèrent… Christ souffre, et meurt comme condamné, comme un homme dont on punit une faute si grave que seule la mort semble pouvoir « réparer » ce crime… Christ souffre et meurt, et c’est vrai, il n’y peut rien !
Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Israël… aux heures sombres de leur histoire, n’y avait-il pas un Dieu à leurs côtés, un Dieu-avec-eux ? Mais aux heures sombres de l’histoire de Jésus, il n’y a plus personne, que des adversaires à Ses côtés. Jésus meurt seul, abandonné des hommes… et de Dieu : Il ne peut se sauver lui-même !
Alors, comme il est humain, ce jour-là plus que tous les autres : apporter le salut aux autres, comme un bon médecin, il l’a pu ; mais quand il s’agit de sa propre vie, sa propre mort qui est en jeu, il est impuissant, les mains clouées… Oui, le fils du Tout-Puissant ne peut rien. Et même à travers cette moquerie, cette blessure, c’est l’Evangile qui passe : nous pouvons beaucoup, nous avons en nous des possibilités remarquables, incroyables, inouïes, et nous pouvons porter aide et accompagnement aux autres – si nous le voulons bien -, mais vient le moment où nous sommes nous aussi « en croix » ; et alors plus rien à faire, nous voilà impuissants, incapables de nous sauver nous-mêmes… On doit se faire à l’évidence : avant d’être des gens formidables, nous avons été misérables, et cette fragilité nous rattrape.
Est-ce que nous pouvons bien comprendre ce que la Croix signifie ? Elle n’a rien de rassurant pour celui qui ne croit pas, elle est signe de l’échec humain à instaurer un royaume sur terre… nous ne sauvons rien par nos seules forces, nous sommes épinglés au bois comme des papillons morts… on nous regarde, et on se moque de nous…
Non, même avec ces moqueries, vendredi-saint ne prête pas à rire, ce n’est pas – n’en déplaise à certains – de la « rigolade » pour Jésus, pour Dieu.
La Croix est plantée devant nous, et nous sommes tout près, parmi les moqueurs, ou au loin, comme les femmes, comme l’Eglise qui voit son Sauveur jeté quotidiennement en pâture à ceux qui le méprisent et l’oppriment. Les femmes sont au loin, impuissantes à délivrer le Crucifié de ses tourments, comme nous sommes impuissants à nous libérer de bien des fardeaux, de bien des travers et des mesquineries, comme nous sommes incapables de changer le triste spectacle qu’offre la vitrine du monde. Et vendredi-saint, c’est cela, pour l’Eglise, pour les croyants : la démonstration année après année de notre impuissance, de notre incapacité à être les sauveurs, les héros de ce monde…
Vendredi-saint, une mauvaise surprise qui nous arrive, et qui nous fait peut-être grimacer, la langue chargée de l’amertume du vinaigre… Notre salut, nous ne pouvons le réaliser nous-mêmes, il faut le Dieu qui fait grâce !…il faut Pâques, le Christ, la Résurrection… Et heureusement, ce jour arrive !
© 2008 Olivier Sandoz
11:45 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
16.03.2008
Pierre et le paralysé de la Belle-Porte- Actes 3, 1-9
Luc 5, 1-11
Aux catéchumènes qui terminent leur parcours aux Rameaux 2008 - Avec le pasteur Christian Pittet, aumônier de jeunesse régional
Lecture. Luc 5, 1-11
Pierre : (présentation du personnage, interrompue par l’infirme de la Belle-Porte) :
Pierre : avance en chantant et louant Dieu
…Gloire à Dieu qui a relevé notre Seigneur Jésus-Christ !
Quoi ? Oui, c’est moi, Madame ! Pierre… autrefois Simon ! Le pécheur, oui ! J’ai changé de nom, parce que j’ai changé de vie ! A cause de Jésus ! Je m’occupais de mes filets et de mes poissons… enfin le jour où Jésus est arrivé au bord du lac de Génésareth, les poissons, c’était pas terrible D’ailleurs, il m’a dit d’aller jeter mes filets là où l’eau était plus profonde. J’étais un peu grinche, parce que j’aime pas qu’un prophète de passage me dise comment faire mon travail. Cela dit, nous avons essayé et la pêche fut miraculeuse, pourrait-on dire. Etonnant ! C’est alors que Jésus m’a dit : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras ! » Oh là, mon gaillard ! Tu me prends pour qui ? Moi je suis un manuel, je sais pas parler devant des gens et puis, tu connais pas ma vie, elle est cabossée ma vie, allez passe ton chemin, que je lui ai dit, enfin je crois… mais il avait un telle confiance en nous… il a tourné les talons, on s’est regardé avec Jacques et Jean, et sans nous parler, on a rangé nos barques et on l’a suivi… dans des eaux plus profondes, dans la profondeur du cœur des hommes : un voyage extraordinaire !
Mendiant :
A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! … Ah là là ! vous n’êtes pas généreux aujourd’hui ! A 6 heures, que je suis arrivé, et toujours pas grand’chose dans le pan de mon manteau !
Vous savez, la vie n’est pas rose, hein ? …depuis ma naissance que je suis paralysé des deux jambes ! Le matin, je me fais déposer ici et on vient me rechercher le soir : j’ai l’impression d’être un vieux sac qu’on trimbale, et qui inspire la pitié – ou parfois même le dégoût ! Je n’ai rien pu apprendre à faire – j’aurais tellement voulu être un artiste, danser, chanter, entraîner les foules ! Mais voilà, ma vie est comme ça, sans beaucoup de saveur parfois… alors je tends la main en espérant recevoir une obole… Encore heureux que la Loi de Moïse encourage l’aumône, c’est déjà une chose – parce qu’il y a des endroits, il paraît qu’on n’a même plus le droit de mendier ! Y a eu des abus, des escrocs : c’est quand même un comble ! Qu’ils prennent aussi mon handicap s’ils veulent en tirer profit !…
Pierre :
Jésus a changé ma vie ! Ses paroles ne pouvaient venir que de Dieu, tellement elles sonnaient justes, tellement elles permettaient de reprendre confiance en soi et en Dieu. Et puis, il y avait ses actes : il a guéri des malades, des aveugles, des paralysés… il a sauvé des vies. En fait, Jésus était capable de remettre de l’espoir là où il n’y en avait plus !
C’était exaltant de vivre tout ça avec lui ! Mais une fois, il m’a méchamment repris : il nous avait demandé qui il était pour nous. Et je lui ai répondu : le Messie, le Fils de David que nous attendions tous, celui qui allait libérer Israël et rétablir le Royaume de David. C’est alors qu’il nous a annoncé qu’il devait souffrir, mourir et après ressusciter. Je lui ai dit : arrête de dire des âneries, tu es le Sauveur ! Et lui m’a répondu : Arrière Satan, tu ne penses pas comme Dieu mais comme les hommes !
C’est vrai, je ne suis pas Dieu… c’est seulement aujourd’hui que je commence à comprendre… la mission de Jésus allait beaucoup plus loin que le rétablissement du Royaume de David.
Mendiant :
A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! Qu’est-ce que je disais déjà ? Ah oui, encore heureux qu’on puisse demander l’aumône devant le Temple ! Ici, c’est un bon coin d’habitude : les gens entrent pour prier, pour demander quelque chose à Dieu, ils n’ont pas le cœur de me refuser quelques pièces, vous pensez !! Avec ce qu’ils aimeraient que Dieu leur offre, ça ferait mal qu’ils oublient de donner l’exemple ! Mais aujourd’hui… Vous n’avez pas une petite pièce pour moi ? … Vous avez trop dépensé pour les jeunes, là, hein ? Evidemment ! … Oui, ils sont plutôt bien habillés : c’est pas toujours comme ça, je peux vous le dire ! Je suis bien placé, je suis là tous les jours ! Je peux même aussi vous dire qu’on n’en voit pas beaucoup autrement, de ces jeunes. (aux catéchumènes:) C’est un jour spécial aujourd’hui, c’est ça, hein ?
Pierre :
Oui, Madame, c’est moi qui l’ai renié. Enfin il faut vous mettre à ma place ! Ah, pour faire la morale, il y a toujours du monde, mais pour essayer de comprendre, y a plus grand monde ! Jésus venait d’être arrêté à cause de ce traître de Judas et vous avez vu comment ça a fini… alors pas fou, le Pierrot ! J’ai sauvé ma peau, Madame, en disant que je ne le connaissais pas, je n’ai pas trahi. Et je vous ferais remarquer que dans des moments comme celui-là, c’est l’instinct de survie qui prime. Alors c’est facile de me jeter la pierre !
Mendiant :
A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! Ah, ce que j’aimerais une fois, rien qu’une fois, qu’on me donne une grosse somme ! J’irais voir le nouveau chirurgien, à l’Hôpital de Payerne - celui qui a un drôle de nom -, et peut-être qu’il pourrait quelque chose pour moi, avec les nouvelles techniques ! Qui sait, je pourrais peut-être marcher ? Avec des béquilles, ou encore avec des jambes métalliques pour remplacer…
Pierre :
Je ne suis pas mort ! Et je n’ai pas trahi le Christ. Je crois qu’il devait souffrir, mourir et ressusciter au troisième jour. Il devait traverser la réalité humaine pour pouvoir nous dire de la part de Dieu que la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. Et c’est ce que je prêche depuis : Dieu a relevé Jésus de la mort, alors relevez-vous si la vie vous a fait chuter ou si vous vous sentez paralysés dans cette vie. Prenez la main que Dieu vous tend. Son amour peut illuminer votre vie.
Mendiant :
A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! Trois-quatre pièces…quelle misère aujourd’hui ! Il n’y a donc personne parmi tout ce monde qui voudrait aider financièrement un pauvre infirme à réaliser ses rêves ? J’ai souvent prié, mais ça ne marche pas comme je le voudrais : une fois, j’ai entendu une voix qui disait « Ma grâce te suffit ! » - j’aurais bien aimé quand même un petit coup de pouce en plus ! … Vous avez une petite pièce ? – ah non, à vous, je vous ai déjà demandé quand vous êtes entré…
Pierre :
"… désormais ce sont des hommes que tu prendras…" Tu viens, Jean, on arrive au Temple !
Mendiant :
A vot’ bon cœur, M’sieurs-dames ! A vot’ bon cœur ! Tiens ? voilà des nouveaux… Allez, mes bons messieurs, soyez généreux…
(Puis lecture Actes 3, 1-9 avec mime, et début d’action de grâce : Ps 111, 1-3 chanté en hébreu & prière de reconnaisance des catéchumènes)
© 2008 Olivier Sandoz
18:25 Publié dans Actes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
02.03.2008
Avec les Soeurs à Grandchamp: "Toi aussi, tu comptes pour moi" - Jean 6, 1-15
Exode 16, 1-18 ; 1 Pierre 1, 3-9
On nous parle de 5000 hommes dans l’Evangile de ce matin : aujourd’hui, nous sommes encore loin du compte… mais je ne suis pas Jésus ! 5000 personnes qui écoutent des paroles incroyables et toutes nouvelles, qui disent la vie, le salut, la vérité, la paix – un Royaume de liberté tout proche. Pour le peuple d’un pays occupé, ce langage-là, c’est de la dynamite ! …et puis les guérisons qui se succèdent, c’est l’ambiance des grands jours : on se presse, on veut voir, toucher, recevoir un mot de Lui…
Le temps passe, les ventres sont vides. Les esprits, les yeux, les oreilles ont reçu ce qu’il leur fallait, mais pas les estomacs – et quelquefois, et bien c’est le ventre qui commande ! Seulement… on est dans un endroit isolé : pas de magasin en vue, et pas assez d’argent pour nourrir tout le monde, de toute façon, même si l’on trouvait de la marchandise en suffisance… Les proches collaborateurs de Jésus doivent afficher des mines un rien soucieuses : une foule qui a faim, ça peut avoir un mouvement d’humeur, et surtout, ça ne se contrôle plus - Philippe, l’un des Douze, a vite fait le calcul : il faudrait 200 deniers, six mois de salaire pour nourrir tout ce monde : rien que ça !
Ce jour-là, ce n’est pas innocent si c’est un enfant qui s’approche d’un autre disciple, André, avec 5 pains d’orge et 2 poissons – les bras encombrés de ces richesses : «Tiens, André, voilà la nourriture que j’ai».
Un enfant : là-bas, à cette époque, un enfant c’est «quantité négligeable» ; on ne leur demande pas leur avis, aux enfants, on ne pensait même pas qu’ils puissent en avoir un ! … Et pourtant, c’est d’un enfant que vient l’exemple, l’illustration de tout l’enseignement de Jésus : « ce que j’ai, je te le donne » - pour permettre au monde nouveau de germer.
1 pain pour 1000, 1 poisson pour 2500, personne n’est dupe : cela ne suffira pas – mais c’est à la fois tellement touchant que cet enfant accomplisse ce geste si simple, et tellement important !
Sans doute qu’il faudrait beaucoup plus de personnes qui ont le souci des autres, comme la mère de cet enfant qui l’a muni de provisions. Ah, si seulement c’était toujours comme ça : avoir quelqu’un qui est attentif à mes besoins ! Etre moi-même attentif aux besoins des autres ! Double enjeu qui apparaît au cœur de ce texte : une foule abandonnée à elle-même, un « troupeau sans berger », et cet enfant dont une mère s’est occupée – et la rencontre de ces deux réalités si éloignées conduit à un rassasiement.
La suite, c’est le déroulement de la Cène, le repas du Seigneur qui nous donne la vie : Jésus prend le pain, rend grâce, rompt le pain et le donne à ses disciples en les invitant à le passer plus loin ; de même avec le poisson ensuite, de sorte que chacune, chacun mange à sa faim – et laisse des restes : il y a toujours des restes de pain et d’amour au repas de Dieu…
Devant le récit, nous pouvons adopter diverses attitudes, depuis le « 5 pains pour 5000 personnes ? De qui se moque-t-on ? » jusqu’au « c’est écrit dans la Bible, ça ne se discute pas ! »… Mais la question n'est pas vraiment là, autour de la possibilité ou de l’impossibilité de la chose... Un « miracle », c’est justement du «concentré d’impossible», parce qu’il faut un signe parlant, une illustration. Le jeune enfant donne ses provisions avec tout son amour, façon de dire «Moi je compte pour quelqu’un, alors sachez-le : vous les 5000, vous comptez pour moi ! ».
Est-ce que c’est impossible pour moi de croire qu’on me veut du bien ? – L’image que nous recevons de ce monde est très hostile, et pourtant…
Qu’est-ce qui vous semble le plus facile, qu’est-ce qui est le plus à notre portée :
- vivre en disant aux personnes qui nous entourent qu’elles comptent vraiment pour nous,
- ou nourrir cinq mille personnes avec cinq pains ?
Offrir ce qui a été donné, offrir ce que l’on a reçu simplement parce qu’on l’a reçu, donné simplement parce que c’est l’effet produit par la parole de Jésus…
Quand je visite des classes, il arrive que le sujet du jour soit la multiplication des pains… et aux questions des enfants qui demandent « comment c’est possible ? » (!), je réponds par la question « est-ce que vous croyez que c’est possible ? »… Et nous enchaînons sur les choses si petites qu’on peut donner et qui se multiplient : amour, sourire (faites l’expérience de sourire dans la rue !),… L’année suivante, un enfant m’a dit : « Tu sais, ça marche ! »…En amont de cela, il y a le défi posé à notre foi : croyons-nous, pouvons-nous croire que nous comptons pour Dieu ? Croyons-nous qu’Il a souci de nous ?
Avant même que nous puissions offrir, partager, donner plus avant, sans condition, Dieu nous a ouvert toutes les richesses des ses mains : Il dit à chacune, chacun ici « TOI, TU COMPTES POUR MOI ! ».
© 2008 Olivier Sandoz
09:00 Publié dans Jean | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication


