15.03.2009
Jésus fait le ménage - Jean 2, 13-22
Deutéronome 6, 4-9 ; 1 Corinthiens 1, 21-25
Parlant de la mort de Jésus, Paul écrit qu'elle est «scandale pour les Juifs» et «folie pour les non-Juifs» : deux mots pour exprimer l'impasse, pour dire deux positions possibles devant cet événement inouï qu'est la mort de Dieu, en son Fils.
Scandale, blasphème que cette mort, puisque Dieu ne PEUT pas mourir ! La tradition orientale pose Dieu en Maître tout-puissant du Ciel et de la Terre, comme Celui qui a tout créé et par qui tout arrive ; alors, prêcher sa mort, c'est nier Sa toute-puissance, c'est Lui poser une insupportable limite... Dieu, mort? ...on devrait déchirer ses vêtements et se couvrir la tête de cendres !
Et si Dieu est vraiment Dieu, quelle folie que cette mort, quelle folie pour un homme de croire en un Dieu mort ! La tradition occidentale posait toute divinité dans un monde séparé, inatteignable, et imaginer un Dieu touché par nos contingences, ç’aurait été nier sa divinité - ou croire en un Dieu qui ne serait pas « rentable » pour l'homme religieux, qui cherche à mettre de son côté un allié d'une puissance incontestable.
Scandale ou folie, voilà l'alternative, «hors de l'Eglise». Quelle est donc la «troisième voie», celle de l'intérieur, celle de l'Eglise et de ses croyants ? La confiance en un Dieu suffisamment amoureux de ses créatures pour s'en rendre proche jusque dans leurs pires limites, la violence, la souffrance et la mort.
En ce 3e dimanche de la Passion, nous sommes encore un peu éloignés de la semaine sainte, qui reprend le cycle du Vendredi-saint, souffrances et mort de Jésus. Mais l'Evangile de ce jour nous présente - une fois n'est pas coutume ! - un Jésus pris de colère et de violence, emporté à l'intérieur du Temple, au cœur même du sacré... !
Ah ! le Temple... Le lieu mythique de la présence de Dieu, de sa manifestation « visible » ! Il s'y passait en fait bien des choses, au 1er siècle de notre ère : on y enseigne et discute la Loi de Moïse, bien sûr, et puis on y applique la liturgie des sacrifices, comme le commande cette Loi. On y trouve des prêtres - évidemment -bien organisés, hiérarchisés ; et puis, la tribu de Moïse, ces lévites qui dépècent les animaux, font un travail de boucherie, et encore des marchands d'animaux pour les sacrifices, et des changeurs de monnaie: l'argent est nécessaire, mais il ferait beau voir qu'entrent dans le Temple du Seigneur les monnaies impies de l'empereur et de ses vassaux, ces hommes qui aiment à se déguiser en dieux, du moins en effigie ! Alors on « blanchit » l'argent, si vous voulez, en le changeant contre la monnaie du Temple.
Le pire sans doute, dans tout cela, c'est que tout est tellement bien ordonné, bien structuré, que Dieu n'y a plus vraiment de place... le «microcosme» du Temple reproduit en concentré l'ordonnance du monde extérieur, avec ses degrés, ses tracasseries, ses entraves, son étagement social...
Jésus est en colère, et l'exprime d'une façon bien peu feutrée, bien peu discrète, dans cet endroit si convenable : comme une figure du prophétisme ancien, qui réprimande ses contemporains trop enclins à s'occuper de leurs affaires et si peu de leur croissance vers Dieu, Jésus va, renverse tout sur son passage...
Mais... de quel droit, enfin ? Et pourquoi cet éclat dans un univers si bien rôdé ?
En m'entendant parler de la vie du Temple, il vous est peut-être venu quelques images de choses contemporaines, dans et hors l'Eglise d'ailleurs... et ce n'est certainement pas innocent. Car si l'évangéliste Jean pose comme interprétation des paroles de Jésus que le «Temple» dont il est question, c'est le Christ lui-même, j'aime aussi lire le commentaire qu'en fait un penseur du Moyen Age, appelé Maître Eckart : «Le Temple où Dieu veut exercer la puissance de sa souveraineté et de sa volonté, c'est le cœur humain... !».
Ainsi le «désordre» causé par Jésus n'est pas seulement une manifestation prophétique dans le cadre de la religion représentée par ce bâtiment impressionnant, mais aussi l'indice d'un bouleversement intérieur que Dieu provoque en nous. La «colère» et la «violence» de Dieu exprimée par Jésus peut aussi être un signe pour notre vie de foi, notre vie de relations à Dieu. Le Christ chassant les marchands du Temple, c'est pour moi un acte de «désencombrement» de l'existence humaine, pour une «purification» de la spiritualité qui est la nôtre.
Combien de «marchands du Temple» peuvent nous habiter ? Combien d'obligations, de jougs, d'obstacles imposons-nous à notre vie de foi - et par là même à celle et ceux qui nous entourent ? «Un Chrétien, c'est quelqu'un qui doit aller à l'Eglise !» : vrai et faux ! «Un Chrétien, c'est quelqu'un qui témoigne avoir reçu le Saint-Esprit !» : vrai et faux ! «Un Chrétien, il doit faire ceci et ne pas faire cela, si vous avez la foi, vous devriez être tel et tel...» : vrai et faux !
Car j'ai le sentiment, j'ai la conviction que le «Chrétien» -si l'on peut en faire une image... ! -, c'est d'abord un être humain, fait de pâte humaine : aspiration à la liberté, courage de vivre, bonheur d'être femme ou homme, force de l'amour, mouvements... la vie est difficile, et Jésus ne le nie pas, et Jésus ne nous offre aucune «recette» pour une vie facile... par contre, il ne se taira jamais quand par notre propre volonté, nous ajoutons encore à cette difficulté d'exister des normes et des obstacles, sous couvert de la «foi».
En lutte contre le Temple, Jésus n'est pas dans un combat contre Dieu ou la religion, mais pour le réveil, la «résurrection» de notre être et de notre existence d'humains. Que le religieux ne se contente pas d'être reflet du monde, d'en perpétuer les injustices et les handicaps, mais qu'il soit au contraire le lieu d'un épanouissement, l'occasion d'un rétablissement des valeurs... dans un être « désencombré » !
Jésus «fait le ménage» : dans le Temple, dans notre vie. Il le fait du droit de Dieu à nous libérer, à nous ouvrir à la vie, à nous faire naître à l'essentiel, qui est toujours, qui sera toujours le triomphe de la vie sur les puissances d'esclavage, comme il y a si longtemps, tout là-bas dans le désert :
«Ecoute, Israël : Le Seigneur, le Seigneur seul, est notre Dieu!»
© 2009 Olivier Sandoz
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01.03.2009
Carême de quoi ? - Marc 1, 12-15
Genèse 9, 8-15; 2 Pierre 3, 3-9
Ce matin, je vous propose de commencer en méditant sur l'attente et la patience...
J'y pense en relation avec nos textes, en particulier avec la seconde épître de Pierre, qui dans un dialogue fictif avec des moqueurs, nous parle de la patience de Dieu: "Votre Dieu, Il a promis de venir... Où est-Il ?" - et Pierre de répondre: "Le Seigneur est patient parce qu'il ne veut pas votre anéantissement; Il veut que tous aient l'occasion de conversion, de changement".
Un Dieu "patient", donc… Qu'est-ce que cela me suggère?
Je pense à mon besoin de changement, besoin de nouvelles motivations, de nouveautés, tout simplement; je pense à mes envies, à mes souhaits de voir le changement, la transformation rapide et radicale de ce monde, de telle personne de mon entourage, des aspects les plus déplaisants de ma personne... Je pense à tout cela, et la Bible me répond que Dieu est patient... ! …qu'il est patient PARCE QU'Il souhaite - Lui aussi! - le changement.
Alors je suis renvoyé à ma propre impatience, devant Dieu !
Le récit du Déluge est à la fois une atroce histoire de massacre organisé - faire disparaître toute vie sur terre ! -, et l'ouverture à une espérance, par la promesse que nous venons d'écouter: "Tant que la terre durera, il n'y aura plus de déluge pour désoler la terre". Je l'entends comme d'autres textes bibliques - l'histoire de Job, les Psaumes, ... -, qui parle de "retenue" de la part de Dieu: "Dieu fait briller le soleil, Dieu fait pleuvoir sur les bons et les méchants..." Il n'y a plus, comme avec le déluge, la suppression de tout ce qui dérange, fâche, attriste, blesse Dieu - il y a au contraire une patience impossible à mesurer, parce qu'elle est accrochée à l'espoir qu'un changement est ENCORE possible.
Cette semaine marque notre entrée dans le temps de la Passion – du Carême: même s'il n'y a peut-être pas parmi nous beaucoup de personnes qui "font carême", je trouve que nous pourrions profiter de ces quarante jours - quarante jours qui nous renvoient au Déluge, sans doute, mais aussi au désert, et aux quarante jours qui APRES Pâques, portent le signe de la présence du Ressuscité ! -, profiter donc de ces quarante jours pour nous laisser transformer, pour que notre impatience prenne la mesure de l'amour, de l'attente de Dieu.
Quand Jésus dit, sortant de 40 jours au désert où il a été tenté: "Convertissez-vous - Changez de comportement - et croyez l'Evangile - et croyez la Bonne Nouvelle !", je suis sûr qu'il nous engage aussi sur le chemin de la lenteur, sur un chemin où le cœur a le temps de prendre le temps, où le cœur a le temps de chercher une harmonie, une paix joyeuse. Et le Carême, "faire carême", ce ne sera peut-être pas tant, pour nous, essayer de plaire à Dieu en mangeant moins que de nous engager, qu'écouter les appels d'aujourd'hui en inventant des manières nouvelles d'y répondre... "Faire carême", c'est vivre en rupture avec l'habitude, pas par volonté d'originalité, mais pour que toute la vie ait un sens: ceux qui jeûnent dans ces moments-là le font pour dire que la vie est plus que la nourriture, selon les propres paroles du Christ.
Nous pouvons donc, nous aussi, réfléchir, penser au jeûne de quoi nous allons nous consacrer...
Ce pourrait être, par exemple, une trêve de l'impatience, de la vitesse, du "tout tout de suite"; ce pourrait être, par exemple, une trêve de toutes nos paroles vaines, de nos bruits intérieurs, pour goûter au silence; ce pourrait être encore - mais il y a sûrement parmi vous des idées ! - une trêve dans notre volonté de changer les autres à tout prix, une trêve dans notre désir d'en faire des gens à notre goût, à notre image... Ou bien sûr, une trêve dans notre impression que nous pouvons faire trêve par nos propres forces, nos seuls moyens, sans Dieu...
Jésus proclame: "Convertissez-vous '", mais il sait très bien aussi que le gros du travail, il est entre les mains de Dieu.
Voilà, la patience de Dieu m'a entraîné en carême, contre ma précipitation... Cette patience de Dieu, je dois le dire, m'a aussi été un rappel, un appel à ne pas vouloir maîtriser, encore une fois, ce qui est entre les mains de Dieu, ce qui est action de son Saint-Esprit en moi.
Mon carême, ce pourrait bien être de VRAIMENT TOUT remettre entre les mains de Dieu - pour qu'il puisse s'en occuper. Cela m'est difficile, parce que j'aime beaucoup tenir les rênes de ma vie - mais c'est pourtant dans ce sens que va aller ma prière pour ce carême.
© 2009 Olivier Sandoz
11:52 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
08.02.2009
Perles pour un temps de crise - Matthieu 6, 24-34
1 Rois 17, 8-16; Ephésiens 4, 17-24.30-32
L'habit est tellement important ! on peut dire tellement de choses à travers nos vêtements ! ... dire notre âge, nos goûts, nos «idoles», nos états d'âme - violents ou romantiques - notre façon de vivre - rangée ou branchée -, notre profession, ou notre compte en banque...
Ce matin pourtant, Jésus nous dit qu'il ne faut pas nous soucier de notre habit... que l'habit n'a aucune importance...
C'est dur pour nous, qui passons tant de temps, qui dépensons tant d'énergie à « paraître »...
Et Jésus nous dit même que c'est Dieu qui veille à notre nourriture et à notre vêtement... (aïe : pourvu que Dieu ait les mêmes goûts que moi !)
Mais... le texte nous dit aussi que Dieu nous a créés beaux, comme toute sa Création, les animaux, les oiseaux, les fleurs...
En fait, vous vous en doutez, l'enseignement de Jésus est plus subtil qu'il n'y paraît : ne vous laissez pas accaparer par les soucis matériels, laissez-vous passionner par l'essentiel, qui n'est ni ce que nous aurons dans notre assiette à midi, ni ce que nous mettons pour aller en ville, au travail, à l'église...
Dans son ministère, dans sa découverte de l'humanité, Jésus remarque combien nous nous identifions à ce que nous possédons : je suis quelqu'un si j'ai une «grosse voiture», ou «une grande maison»... et Jésus trouve dommage que nous soyons réduits à une «grosse voiture» ou à une «grande maison». Le Christ aimerait qu'on se rappelle que la vie n'est pas une question de quantité, mais bien de «qualité». Que la vie n'est pas vivre par les choses que nous possédons, mais vivre des relations que nous créons. Et qu'une fois assurés nos besoins essentiels, nous n'avons pas grand-chose à gagner en nous agitant pour le «superflu».
Moi, je ne sais pas ce qui nous attend. Personne ne le sait. Et l’inquiétude est bien naturelle, puisqu'on s'inquiète tous face à ce que demain nous apportera... surtout en ces temps où on parle à nouveau de crise, où il n'y a plus assez de travail pour chacun, où il semble y avoir de plus en plus d'insécurité.
Ce texte ne nous interdit pas de nous soucier de nos besoins, il nous demande de nous en soucier avec confiance: c'est la foi qui nous délivrera de la peur du lendemain.
Aujourd'hui, c'est cela que j’entends : que nous puissions faire confiance à Dieu ; que nous puissions Lui remettre notre avenir, nos inquiétudes, nos choix ; que nous ayons confiance dans les dons qu'il nous a donnés, dans nos qualités à chacune, chacun, nos personnalités, que nous puissions trouver confiance en plaçant notre confiance en Lui.
Je crois vraiment que Dieu est le seul à pouvoir apporter ce que nous cherchons tous, un bonheur qui dure, un bonheur qui ne dépend pas de la réussite sociale et financière, un bonheur qui ne dépend pas de ce que les autres pensent de nous, ni de notre «look» .
Vous le savez déjà, rien n’est indifférent, rien n’est trop petit devant Dieu, de nos petites ou grandes misères, de nos petites ou grandes joies. Lui, Il peut tout partager, tout prendre sur Lui… Souvenez-vous : dans la parabole de la pauvre veuve, la femme qui dépose ses derniers centimes dans le tronc accomplit un acte de confiance, parce que pour le faire, elle doit croire en profondeur que Dieu pourvoit ; parce que pour le faire, elle doit être assurée à l’intérieur d’elle-même de l’abondance qu’elle va trouver en Dieu.
C’est comme la veuve de Sarepta, qui décide d’entrer dans le jeu de Dieu avec Elie, avec son fond de farine et son bol d’huile… en période de famine, elle qui a un enfant à charge, elle nourrit encore un inconnu – même si cela ne va pas de soi !
Il me semble que nous sommes invités ici à méditer notre consécration au Dieu de Jésus-Christ, à un Dieu qui - comme le rappellent les épîtres - a TOUT DONNÉ, qui s’est tout donné à nous – sans que nous mesurions bien ce que cela veut dire, ce que cela représente ! Alors, « ne vous conduisez plus comme les païens que leurs pensées mènent au néant… Il faut vous laisser complètement renouveler dans votre cœur et votre esprit » nous écrit Paul.
C’est vrai, nous avons des besoins à combler, c’est vrai aussi que les tentations du monde moderne sont multiples – les publicitaires savent très bien exploiter ce filon, cette faiblesse humaine d’un manque permanent… nous n’y échappons que rarement, d’ailleurs ! …reste que la question de l’Evangile, qui doit nous travailler en profondeur, c’est de savoir si nous nous y prenons vraiment bien, nous qui ne nous sentons jamais vraiment rassasiés, jamais entièrement satisfaits de notre condition : « chez le voisin, l’herbe semble plus verte… ».
Dans ma lecture, l’Evangile de ce jour nous propose une piste de vie: et si ce qui nous manquait surtout, c’était la présence de Dieu ? Et si cela même que nous mettons souvent en priorité, qui fait notre apparente sécurité, n’était en fait qu’un obstacle à un vrai rassasiement, une plus grande proximité de Dieu, de ce Dieu qui nous offre la vraie vie ?
Prenez quelques minutes, toute à l’heure, pour réfléchir à ceci : si je devais témoigner de la sollicitude de Dieu à mon égard, quel(s) exemple(s) est-ce que je pourrai en donner ? Je suis parfaitement assuré que vous avez toutes et tous beaucoup de matière à proposer… !
(silence)
...et cela, ce sont des "perles" que vous pouvez garder, même pour un temps de crise
© 2009 Olivier Sandoz
15:56 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
01.02.2009
Amassez-vous des richesses dans le ciel - Matthieu 6, 19-23
Esaïe 48, 17-20 ; Ephésiens 4, 7.11-16
· Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé
· Amassez-vous des richesses dans le ciel (…). Ton cœur sera toujours là où sont tes richesses.
· Chacun de nous a reçu un don particulier
Je suis allé prendre ces versets dans chacune des lectures de ce jour, parce qu’il me semblait intéressant de les mettre en écho les uns des autres.
« Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé ! »
Cette lamentation sur la destinée d’Israël n’est évidemment pas unique dans l’Ancien Testament : pendant des siècles, sous couvert de l’élection particulière dont il fait l’objet, le peuple d’Israël s’est autorisé quelquefois tout… et son contraire ! Alors…
Notez qu’il n’y a pas vraiment besoin de regarder vers l’Israël des temps anciens pour entendre ce cri… ni même tellement besoin de regarder vers Israël : ça ressemble assez à ce que Dieu doit se dire quand il regarde vers moi !
Je suis comme ça : je sais beaucoup de choses, je les ai entendues, apprises, reçues… et puis enfouies quelque part dans ma mémoire, comme mises en hibernation. Oubliées, quoi ! « Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé ! » C’est vrai que Dieu n’est pas compliqué : Il demande juste d’être écouté... !
Et qu’est-ce qui m’est commandé ? Et bien, « Amassez-vous des richesses dans le ciel (…). Ton cœur sera toujours là où sont tes richesses » !
Vous savez comment faire, pour vous amasser des richesses dans le ciel ? Parfois, ça paraît ressembler furieusement à cette « théologie des mérites » contre laquelle ont lutté les Réformateurs, comme si on pouvait remplir un compte dans la « banque du ciel »…
Mais je pense plutôt qu’il s’agit pour nous de vivre et travailler « pour la gloire de Dieu » - la phrase est un peu convenue, alors disons plutôt : pour que ce que nous accomplissons soit un témoignage de reconnaissance à l’égard de Dieu ; pour que notre existence reflète cette dignité et cet amour que Dieu éprouve à notre égard. Bien sûr que nous ne sommes pas toujours « à la hauteur », mais là n’est pas la question : si mon cœur, si le centre de ma personne est tourné vers ce but d’être une offrande à Dieu, une petite lumière dans la nuit du monde, alors je ne peux rien perdre, je n’ai rien à perdre. Tandis que si je place ma confiance dans les mille et une autres choses de ce monde, j’ai mille et une raison d’être inquiet… et de voir plutôt l’obscurité de la méfiance se développer en moi.
Chacun de nous a reçu un don particulier : alors qu’est-ce que c’est, votre don à vous, votre don particulier ? …c’est important à discerner, parce que c’est avec ce don justement que vous pouvez « amasser des richesses dans le ciel ». C’est votre « outil de travail » sur le terrain de Dieu, c’est grâce à lui que vous êtes actifs dans la lumière, aptes au service pour faire croître le corps du Christ.
Discerner les dons, c’est ce qu’on évoquait il y a une dizaine de jours, lors de notre soirée œcuménique : puisque Dieu a placé dans chaque communauté tous les dons nécessaires – je dis bien dans chaque communauté, pas seulement dans chaque ministre ! -, le travail d’une prière communautaire est d’autant plus important, essentiel pour la communauté. C’est ensemble que nous pouvons discerner ces dons, c’est dans l’écoute et l’attention à l’Esprit-Saint que nous pouvons bâtir un corps qui tient solidement à la tête, pour qu’« ainsi, lorsque chaque partie fonctionne comme elle doit, le corps entier grandisse et se développe par l’amour. »
…et ça me pose encore une autre question, que je laisse ouverte : puisque Dieu fait cadeau de tous les dons nécessaires à son Eglise dans un lieu précis, et puisque nous ne pouvons pas être à nous tous seuls toute l’Eglise dans cette région, qu’est-ce que nous pourrions mettre en place ensemble, avec les autres communautés chrétiennes de notre coin de canton, pour un meilleur témoignage – pour un témoignage plus lumineux – auprès de nos voisins, nos amis, nos collègues, notre milieu de vie ?
… sans doute que le prolongement d’une « semaine de prière pour l’unité des Chrétiens » passe aussi par une réponse à cette question… !
© 2009 Olivier Sandoz
10:47 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
18.01.2009
Vas-y, Seigneur, je viens ! - Marc 1, 14-20
Jonas 3 1-5.10 ; 1 Corinthiens 7, 29-31
Pour ce dimanche, nous allons à la rencontre d’un éventail de personnages ! Jonas, Paul, Pierre et André, Jacques et Jean : chacun de ces grands témoins de la foi, à lui seul, suffirait à retenir notre attention – et les voilà tous ensemble alignés pour nous aujourd’hui !
· Jonas qui ne voulait pas y aller, Jonas que Dieu va rattraper, et envoyer une seconde fois – Jonas dont la prédication fait effet, quand bien même le prophète redoutait sa mission…
· Paul qui commence par ne pas être la « bonne personne », puisqu’il est du côté des adversaires de l’Eglise, et que Dieu va rattraper, lui aussi, d’une manière tout aussi brutale – Jonas était jeté à la mer, et Paul jeté au sol ! – pour en faire LA figure d’apôtre, voyageur et écrivain.
· Face à ces fortes têtes, à ces « nein-sager » de la première heure, Simon-Pierre et André, tout comme Jacques et Jean, font figures d’enfants obéissants : « Venez avec moi ! (…) et aussitôt, ils le suivirent », renonçant à leur métier, laissant tout en plan…
Quelle que soit la réaction – ou les antécédents ! – des uns et des autres, la rencontre transforme, bouleverse, profondément, intérieurement. Dans la succession du Baptiste mis en prison pour son franc-parler politiquement et religieusement incorrect, Jésus appelle. Au changement. A la confiance. Pour les pêcheurs du lac de Galilée, c’est un changement d’orientation impressionnant, même si la chose semble adoucie par le discours : « pêcheurs d’hommes », pour eux, ça pourrait ressembler à quelque chose de connu – mais le poisson qu’on pêche meurt une fois attrapé, alors que l’être humain…
Autrefois – c’est l’histoire de Jonas –, Dieu envoyait des prophètes corriger le tir, quand l’humanité prenait la direction descendante. Ça pouvait faire mouche, comme en témoignent alors les Ninivites ! Mais désormais – c’est l’histoire de Jésus –, Dieu Lui-même s’est fait tout proche des humains. C’est la Bonne Nouvelle du rapprochement, et en même temps de la modification de nos rapports avec Dieu… parce que maintenant, accueillir la Bonne Nouvelle, ça signifie renoncer à se suffire à soi-même, et faire confiance au Christ ; c’est recevoir les mains vides le cadeau qu’Il vient nous offrir.
Rejoints dans leur réalité de tous les jours, quatre hommes entrent dans le cortège de ceux qui « adhèrent » à la personne de Jésus. Appelés par le Christ – c’est toujours Lui qui prend l’initiative de s’approcher de nous ! –, ils répondent ; ils se mettent marche à sa suite et tiendront le pari proposé : « Je ferai de vous… ». Ce n’est pas tant que leur vie les ennuyait, ni qu’ils avaient besoin de changement à tout prix – la personne de Jésus les attire, ça doit venir de notre « centre », de là où se passe tellement de choses qui nous dépassent, qu’on ne soupçonnait pas – et que l’on découvre peut-être à l’occasion de tel ou tel événement fort, bouleversant, de notre vie. Jésus appelle, on y va – ils n’ont même pas l’air de s’être concertés au moment où ils laissent tout tomber !
J’ai l’impression que c’est ça, notre mission, qu’elle soit d’évangélisation ou d’édification, peu importe le vocabulaire. Ça bouge là à l’intérieur, ça me tire depuis le dedans – et je suis envoyé, mais pas tout à fait comme je l’imaginais : il n’y a pas un Dieu-colonel qui me dit « allez, va… ! », il y a une personne, Jésus-Christ, qui me dit « Viens avec moi ! ».
Ça me semble très différent, d’être non pas envoyé en première ligne comme un Winkelried, mais appelé à suivre avec la confiance sereine que je suis en second. Quand j’ai la perspective d’une visite difficile, d’un entretien dont je redoute la lourdeur, quel allégement extraordinaire de savoir que j’y suis précédé par le Christ, si je décide de renoncer à compter sur mes « compétences », bien maigres sinon insuffisantes de cas en cas !
« Vas-y, Seigneur, je viens ! », c’est ça, répondre à ma mission, en donnant ce que j’ai parce que c’est pour cela que Dieu me l’a donné – sans en rajouter, sans en retrancher, parce que c’est avec l’exacte mesure de ce que je suis que Dieu m’appelle. C’est pour cela que je suis, que vous êtes, que nous sommes chacune et chacun irremplaçables dans le cœur de Dieu ! Simon ET André, Jacques ET Jean, ET Jonas, ET Paul, ET moi, ET toi… Dès maintenant, parce que notre espérance va dans le sens de ce que Paul annonce aux siens : « ce monde, tel qu'il est, ne durera plus très longtemps », ce monde où des hommes croient que la guerre et la violence peuvent résoudre les problèmes, ce monde où la richesse des uns se bâtit sur la misère des autres, ce monde où mal, maladie, souffrance frappent aveuglément.
« Vas-y, Seigneur, je viens ! » : ce sont les mots de tant et tant de témoins, dans les temps passés ou présents, dans des lieux proches ou lointains, c’est le cri qui demande à jaillir de notre cœur, quand nous sommes à l’écoute…
« Vas-y, Seigneur, je viens ! »
© 2009 Olivier Sandoz
20:58 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication


