02.12.2007
Il le fait ! - Matthieu 24, 35-42
Esaïe 2,1-5 - Romains 13, 8b-14
Quand j’ouvre ma Bible, ce n’est pas d’abord pour y lire que je suis nul ! Quand je me tourne vers Dieu, dans le silence ou la prière, ce n’est pas parce que j’ai envie de me faire reprendre ou culpabiliser !
Comment avez-vous reçu les Paroles que nous avons entendues ?
Vous savez, c’est bizarre : quelquefois, nous sommes disposés de telle façon que nous entendons seulement ce qui paraît menaçant, désagréable, culpabilisant… « Alors, deux hommes seront aux champs: l'un sera emmené et l'autre laissé. Deux femmes moudront du grain au moulin: l'une sera emmenée et l'autre laissée. » Il y a comme un malaise qui s’installe, parce que cette discrimination semble injuste, ou surtout parce que nous ne voudrions évidemment pas être à la mauvaise place ! Et parfois aussi, malheureusement, ça décourage d’aller plus loin !
Ça avait pourtant plutôt bien commencé, ce matin : premier dimanche de l’Avent, première bougie que l’on allume, première senteur qui annonce Noël… Un texte d’Esaïe, plein d’espoir, qui annonce le jour de Dieu, le jour d’une paix universelle, où toutes les nations convergent pour apprendre de la bouche de Dieu comment vivre pleinement : « Il nous enseignera ce qu'il attend de nous, et nous suivrons le chemin qu'il nous trace (…) De leurs épées, ils forgeront des pioches, et de leurs lances, ils feront des faucilles. Il n'y aura plus d'agression d'une nation contre une autre, on ne s'exercera plus à la guerre. » : ça, c’est plutôt encourageant, comme paroles, ça met dans l’esprit de Noël !
…sans oublier Paul – on lui prête souvent des intentions moralisatrices, mais il annonce pourtant une bonne nouvelle - : « Celui qui aime ne fait aucun mal à son prochain. En aimant, on obéit donc complètement à la loi.(…) Le salut est plus près de nous maintenant qu'au moment où nous avons commencé à croire. (…)Revêtez-vous de tout ce que nous offre Jésus-Christ le Seigneur (…) ». C’est bien !
Et puis voilà qu’interviennent, dans la bouche même de Jésus, ces paroles de mise en garde, terrifiantes de violence, où il est question de nouveau déluge, et d’un devoir de veille… ! (…)
Comment est-ce que vous soignez votre vie spirituelle, vous ?
Quelle question ! En fait, il faudrait plutôt demander : est-ce que nous prenons soin de notre vie spirituelle ?… parce que de la réponse dépendra que nous nous sentirons en sécurité ou non, quand nous entendons, quand nous lisons des paroles de Jésus qui paraissent contenir des menaces.
La vie spirituelle, c’est cette relation personnelle avec Dieu qui fait que je peux rester silencieux, en attente d’une image, d’une parole qui s’impose, sans pour autant trouver le temps long – ou avoir l’impression que je le perd. La vie spirituelle, c’est cette joie qui vient nous habiter sans raison, parce qu’un élan d’amitié, une bouffée d’amour s’établit entre Dieu et nous. La vie spirituelle, c’est cette envie de « revêtir tout ce que Jésus-Christ nous offre » comme disait Paul, de croire qu’il y a un Père bienveillant et suffisamment amoureux de nous pour se réjouir avec nous, marcher avec nous – et parfois trébucher avec nous. Parce que la vie spirituelle, c’est croire aussi que quand on fait des chutes, on se relèvera. D’ailleurs, la différence entre un maître et un disciple, ce n’est pas que le maître ne tombe plus, c’est surtout qu’il a appris à se relever plus vite !
Quand au tournant d’une page de la Bible, la parole de Jésus me devient menaçante, c’est un signal qui passe à l’orange pour moi : si je n’y entends plus la bienveillance de Dieu, c’est que ma vie spirituelle est malmenée, que je n’en ai pas suffisamment pris soin ; si je ne peux plus lire la Bible sans crainte, avec la confiance que cette lecture va me remettre debout, c’est que ma vie spirituelle est négligée ; si tel ou tel passage me paraît tellement difficile, incompréhensible, ou contraire à ce que j’aimerais entendre, c’est que j’ai entraîné ma vie spirituelle au travers d’un désert.
Oui, c’est quand je ne peux plus y reconnaître « tout ce que Jésus-Christ nous offre » que ma vie spirituelle, mon être tout entier, n’est plus tourné dans la bonne direction, n’est plus irrigué, n’est plus alimenté à la vraie source.
Et alors, c’est le début du Grand Jugement : je m’accuse et me condamne, toute la Bible me devient vivant reproche, j’ai l’impression de ne rien faire de bon devant Dieu, et que s’Il arrivait maintenant, je serai « laissé » ! … le « Jugement dernier », est-ce que ce ne serait pas celui qu’on exerce justement contre soi-même, parce que Dieu, Lui, avait déjà gracié… ?
Le « veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. », cela prend une autre tonalité si l’on comprend que cette « veille » doit d’abord être dirigée vers soi-même : c’est moi-même que je mets en danger quand je m’angoisse et m’inquiète, au lieu de me présenter sur la brèche en disant à Dieu : « Me voilà, avec pas grand-chose peut-être, mais disponible : envoie le courant – accomplis Tes promesses à mon égard ! »
Et vous savez quoi ? Il le fait !
© 2007 Olivier Sandoz
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18.11.2007
Recevoir paroles et sagesse - Luc 21, 5-19
Malachie 3, 19-20 - 2 Thessaloniciens 3, 7-12
Ce que j'apprécie, avec Jésus, c'est qu'il ne fait pas l'économie de la réalité : si l'on veut être disciple, on sera d'abord et surtout humain, actif dans le monde sans être pour autant à l'abri des événements qui touchent tant de femmes et d'hommes de notre monde… L'apôtre Paul le rappelle dans sa lettre, le chrétien n'est pas un parasite, ni même un paresseux : il y a du travail pour toutes et tous dans le chantier de Dieu…
Et si en Jésus, Dieu s'est fait humain, ce n'est sûrement pas pour rendre ensuite moins "humains", plus "angéliques", un rien "au-dessus des autres" les disciples du Christ, non… Au contraire, je crois que si Dieu a choisi ce matériau humain pour s'y accomplir, c'est qu'Il a pour ses créatures, telles qu'elles sont, un immense respect, et une tendresse passionnée !
Dans l'Evangile d'aujourd'hui, il y a un curieux décalage qui se manifeste entre Jésus et ceux qui sont là : voilà des gens en extase devant les ors, les belles pierres et le bois précieux du Temple, à relever la qualité des ex-voto ; c'est avec une fierté légitime - et un brin de chauvinisme peut-être - qu'ils font remarquer à Jésus cette belle réalisation, ce "lieu choisi par Dieu pour y établir Sa présence", Sa gloire, … un aussi fier bâtiment est destiné à défier les siècles, rien ne pourra lui arriver… et par un curieux glissement, on les entend presque dire, en "filigrane" qu'il ne peut donc rien leur arriver, à eux non plus.
Jésus de son côté sera le rabat-joie de l'histoire : beau bâtiment, en vérité ! Il n'en restera rien, il n'en restera pas même pierre sur pierre, qui marquerait l'endroit… Rasé, le Temple, renversé, mis à mal ce signe de puissance, objet de leur fierté.
On peut penser qu'à l'écoute de ce discours, un certain flottement va régner dans les rangs des auditeurs qui s'extasiaient l'instant d'avant ! …jusqu'à ce que l'on ose un timide "C'est pour quand, tout cela ?", pesant et angoissé…
Voilà bien, traditionnellement, une question à laquelle Jésus ne répond pas. Ou plutôt, à laquelle il répond toujours à côté, nous parlant de notre monde quotidien, proche ou lointain, avec ses guerres, ses épidémies, ses famines, ses trahisons, tout le mal, toute la souffrance possible… Et au milieu de ce triste constat, de ce sombre tableau, contre le pessimisme qui pourrait naître, ces mots pourtant : " Ne vous laissez pas tromper, ne vous laissez pas impressionner, ne vous laissez pas perdre par lassitude, crainte ou découragement :
Je vous donnerai moi-même paroles et sagesse irrésistibles, impossibles à contredire !
Aux femmes et aux hommes de ce temps, aux prises avec le monde, Jésus dit et redit que c'est LUI, Jésus, qui peut en donner le sens, quand bien même tout nous échappe ou devient particulièrement lourd.
Donner paroles et sagesse, quand nous ne trouvons plus les mots adéquats, quand nous ne parvenons simplement plus à réfléchir sereinement…
Donner paroles et sagesse, c'est quand Il prend les commandes pour nous permettre de respirer plus à l'aise, au moment où le trop-plein des événements qui nous sont arrivés ne nous permet plus de choisir, de prendre les bonnes décisions.
Voyez-vous, cela me semble tout particulièrement important pour nous aujourd'hui, alors que nous sommes submergés par les événements, ceux qui nous arrivent directement comme ceux que nous découvrons, que nous "subissons" à travers les médias - sans toujours bien savoir qu'en faire… ! Dans un cas comme dans l'autre, est-ce que la parole de Jésus ne va pas dans le sens de lui laisser les rênes - de le laisser "nous activer", alors même que nous ne sommes plus capables de nous diriger ?
Recevoir paroles et sagesse de Dieu, pour l'être humain, c'est répondre à notre vocation, à ce pour quoi nous sommes "faits" - des êtres ouverts, des êtres en dialogue avec Dieu.
Promesse du Christ : je serai là pour parler ! Et en arrière-fond, j'entends le verset de tout à l'heure, quand Dieu, par la bouche du prophète Malachie, s'adresse aux siens dans la souffrance et l'abandon de ce peuple trahi par ses bergers, dans les difficultés qui paraissent insurmontables - et qui ressemblent peut-être aux nôtres… - , quand Dieu leur dit - quand Dieu nous dit :
Ma puissance de salut va paraître, comme le soleil levant portant la guérison dans ses rayons.
Vous serez libres, vous bondirez de joie comme des veaux au sortir de l'étable, comme de jeunes veaux au printemps !
L'hiver approche avec ses frimas, c'est vrai - mais je garde aujourd'hui cette image printanière des "veaux bondissants" : la parole de Dieu a pour moi la faculté de nous réjouir - tout spécialement quand nous la laissons pénétrer en nous…
© 2007 Olivier Sandoz
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28.10.2007
Il me faut aujourd'hui demeurer dans ta maison - Luc 19, 1-10
Genèse 12, 1-3 - 2 Thessaloniciens 1, 11-12
Ça commence par ce verbe, il y a 3600-3700 ans : "Quitte !"… Quitte ton pays, ta parenté, ta famille… Littéralement : "Va pour toi", "va pour ton compte" - ou "va à la rencontre de toi-même".
Quitter. Il y a souvent dans nos cœurs et nos esprits une certaine inquiétude par rapport à ce verbe, parce que quitter, c'est dire adieu, c'est renoncer à ce qui existe pour un autre chose précaire. Et puis quitter, ça sonne douloureux, ça sonne comme une séparation brutale, et ça a peut-être même un peu un goût de jugement… car enfin, s'il doit "quitter", c'est sûrement parce que ce qu'il vit maintenant ne lui convient pas…
Mais Abram n'est pas fâché contre les siens, il ne s'en va pas sur un conflit ou sur un coup de tête, il a juste besoin de répondre à un appel, il a juste besoin de faire le chemin jusqu'au lieu d'où provient cet appel - même si cela va mettre une distance d'avec son origine. Oui, Abram quitte. Abram écoute un appel et s'ouvre un avenir - alors que peut-être sa "carrière" était déjà toute faite, sur les traces de son père, et de son grand-père, et du père de son grand-père… ! Mais en fait, c'est toujours ailleurs que nous construisons notre vie, c'est à distance de nos marques, et c’est souvent dans l'espèce de confusion que provoque l'inconnu, que nous allons pouvoir grandir réellement. "On m'avait dit que...", mais maintenant, je vais faire moi-même l'expérience de ce qui fonde ma vie.
Notez qu'il n'est pas toujours obligatoire d'aller bien loin, pour vivre l'expérience d'un éloignement et d'une rencontre ! C'est l'histoire de Zachée qui m'y fait penser : il est chef des collecteurs d'impôts, Zachée, nous dit le récit. Très petit, et chef des collabos, donc pas du tout apprécié et sans doute sujet des moqueries à mi-voix de la population de Jéricho. Le jour où Jésus passe - il aimerait le voir, comme tout le monde - et bien on feint de l'ignorer, on lui bouche la vue, l'air de rien: ce petit Zachée, après tout, on va bien lui faire sentir ce qu'on pense de lui : « Collabo ! ».
C’est là, à mon avis, qu'intervient l'histoire de l'éloignement et de la rencontre: Zachée se montre tel qu’il est, même si cela passe par le ridicule d’une situation qu’un homme de son rang ne devrait pas se permettre... Il monte sur un arbre, il fait toute une gymnastique, il se suspend aux branches et manque peut-être de tomber - parce qu’un sycomore, ce n’est pas un arbre spécialement facile ! -, bref, le voilà en l’air, agrippé à sa branche, obligé d’utiliser cet artifice pour voir, oui, simplement voir ce Jésus... en espérant peut-être, malgré tout, qu’on ne va pas trop le remarquer !
Moi, je me trouve beaucoup de tendresse pour ce Zachée, déjà là, au moment où il ose se donner les moyens de répondre à son désir de voir le Christ. On lui a sûrement déjà parlé de Jésus, mais lui, il veut en faire l'expérience personnellement, "voir de ses propres yeux", connaître autrement que par ouï-dire.
Et c’est là que Jésus le découvre ! Pas dans toute la gloire de sa charge importante, mais ridicule, comme un fruit surprenant et pas forcément appétissant, livré aux regards de tous ceux qui lèveront le nez et ne manqueront pas de murmurer avec un air moqueur et entendu... Il a fait le pas de passer outre, de s’exposer pour contempler le Christ.
« Zachée ! » - tiens, il connaît mon nom ! - « Zachée, descends vite de ton arbre, je dois demeurer aujourd’hui dans ta maison ! ».
Voilà qui est redoutable et inespéré !
Redoutable, parce que maintenant nul n’ignorera que Zachée a « fait le singe », ce qui n’est pas forcément convenable pour un chef des collecteurs - et inespéré, parce que Jésus se propose d’aller loger chez lui, l’exclu. Et c’est alors Jésus qui, à la place de Zachée, s’expose aux remarques : « il est allé logé chez un pécheur, vous vous rendez compte ?! ». C’est un résumé de tout l’Evangile, une fois encore : celle, celui qui ne craint pas de s’exposer, de montrer sa vérité, la fragilité de son être, le Christ le prend en charge, et prend les coups à sa place... !
Zachée en tire des conséquences, il projette de changer sa vie à cause de cela, parce qu’il a été rattrapé, rejoint par Dieu au moment où il s’éloignait de sa façade quotidienne d’homme chargé de responsabilité pour se rapprocher de ce qu’il est devant Dieu, en avouant, par son besoin de hausser sa taille en grimpant à l’arbre, qu’il est bien petit, bien trop petit devant Dieu et devant les hommes.
« Zachée ! Descends de ton arbre ! »... A la place de Zachée, nous pourrions mettre n’importe lequel de nos noms, ça pourrait aussi bien aller ! Abram ! Zachée ! … Découvrez la personne que vous êtes telle que Dieu la voit, ne craignez pas de quitter le quotidien pour en être proches ! Allez à la rencontre de celle, de celui que Dieu aime ! Vous pouvez compter que le Christ est sur ce chemin, et qu’il s’y arrête pour vous appeler : « Aujourd’hui, je dois demeurer dans ta maison ! ».
© 2007 Olivier Sandoz
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23.09.2007
Changer - Matthieu 21, 28-32
Ezéchiel 18, 25 à 28 - Philippiens 2, 1 à 5
Dans l'épineux contexte des conflits qui opposent Jésus aux prêtres, la parabole qui retient notre attention ce matin se présente comme une occasion de changement que Jésus offre à tous ceux qui se contentaient d'observer la Loi en oubliant de se laisser transformer par elle.
"D'où vient le droit que Jésus s'arroge d'enseigner dans le Temple ?" ont demandé les prêtres. Jésus ne répond pas, ou plutôt il leur a posé à son tour une question embarrassante, à savoir l'origine du message de Jean-Baptiste : humaine ou divine ? Pris entre le peuple qui admire Jean-Baptiste et l'impossibilité de le reconnaître vraiment comme prophète, les prêtres refusent de répondre, entraînant le refus de Jésus de se justifier devant eux... La tension monte, mais le Christ ne tient pas à laisser quiconque dans une impasse, et c'est pourquoi il leur raconte cette petite parabole que nous venons d'entendre, et qui ouvre la possibilité d'une conversion : un homme avait deux fils...
L'histoire est simple, presque banale, d'un enfant qui dit non à son père. Un non sans raison apparente, qui laisse la place à notre imaginaire : peut-être un refus paresseux, ou alors le besoin de s'affirmer en opposition avec l'autorité... un peu comme le "non" d'un enfant à ses parents parce que la demande l'ennuie, et puis voilà...
... mais on n'en restera pourtant pas là : même demande à l'autre enfant, qui lui s'empresse d'accepter avec toute la déférence qui sied à la situation : "Oui mon père !"... ouf, l'honneur est sauf, il y en a au moins un des deux qui a bien assimilé son éducation !
Pourtant, lorsque vient le moment de se mettre au travail, tout est inversé : le premier, qui nous avait déçus, change d'avis et va dans la vigne, tandis que le second, qui faisait notre admiration, ne va simplement pas où on l'attendait...
"Lequel a fait la volonté de son père ?" : question rhétorique, dont la réponse est évidente ! De la bouche des prêtres, rompus à l'exercice des paraboles et des petits récits significatifs, la réponse jaillit tout naturellement : "Le premier !"... évidemment ! ...
Alors... tout aussi naturellement, Jésus en tire les conséquences: Jean-Baptiste est venu, montrant une voie conforme à la volonté de Dieu, mais les prêtres lui ont dit non ; et quand ils auraient pu changer eux aussi, en voyant les conversions qu'opérait la prédication de Jean auprès des exclus, des excommuniés, collecteurs d'impôts ou prostituées, ces prêtres ont campé sur leurs positions de suffisance et de mépris... Eux n'ont changé ni de regard ni de comportement, ils n'ont pas su profiter, comme le premier enfant, de la faculté de transformation que Dieu nous offre, et qui n'entend jamais notre refus comme définitif, tant que nous restons des vivants ; ils ont continué à croire à leur perfection, ils en sont restés à une stricte application de la lettre sans en comprendre l'esprit.
« Les prostituées, les collecteurs d'impôts vous précéderont dans le Royaume » : ici pas d'exclusion, pas de porte qui se ferme, mais un changement dans les préséances...
C'est bien, mais... Et pour nous alors ?
Nous voilà avec la merveilleuse histoire d'un père qui a deux fils, qui leur dit sa volonté, tout en leur permettant de réagir comme ils veulent à cette volonté : il a deux fils, pas deux esclaves ! Même le refus du premier, il l'accepte...et ce père les laisse aussi changer d'avis, parce que peut-être les circonstances ont également changé. Pour mesurer leur liberté, il fallait sans doute que le premier dise non... et que le second se défile au bout du compte ! C'est une parabole qui parle de Dieu et de nous !
Qui sommes-nous, dans cette parabole ? Le premier fils, le second ? ...ou peut-être un peu les deux, quand nous disons "non" à Dieu, et que ce "non" nous travaille jusqu'à devenir un "oui", ou quand nous disons "oui" à Dieu à contrecœur, par crainte ou par obligation, mais que nous n'avons pas l'intention en fait d'accomplir ce qu'Il demande, parce que comme Jonas au début, ou comme dans le texte d'Ezéchiel, nous trouvons que Dieu exagère...
Nous sommes les deux enfants... Parabole pour nous rappeler la fragilité de nos confessions, et l'attente pleine d'espérance qu'a Dieu à notre égard : "ils changeront, elles changeront, la porte est ouverte !".
En quelques courtes phrases, voilà un enseignement vivant sur la "conversion", le changement qui nous est offert, un changement qui n'est pas la décision d'un jour, d'un instant une fois pour toutes, et qui n'exige même pas de nous que nous nous améliorions chaque jour pour devenir parfaits, par nous-mêmes, en fin de compte...
"Changer", « se convertir », c'est donc remettre chaque jour Dieu au centre, pour qu'Il nous change, LUI, et nous emploie là où Il le veut, là où Il en a besoin dans sa vigne.
© 2007 Olivier Sandoz
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26.08.2007
La porte étroite - Luc 13, 22-30
Esaïe 66, 18-21; Hébreux 12, 12-15
La « porte étroite », la petite porte...
Cette expression, je l’entendais toujours dans le « Sermon sur la montagne », dans le texte de Matthieu, avec l’idée de modestie : passer par la petite porte, c’est renoncer à la facilité, emprunter le chemin difficile de la sanctification...
J’ai découvert dans le texte de Luc cet passage où Jésus emploie la même expression, mais dans un sens un peu différent : autour des localités et des domaines d’alors, il y avait des murs... et bien sûr, des portes pour entrer : la principale, celle qui reste ouverte tout le jour et que l’on ferme la nuit, pour éviter les attaques en force, et puis une petite porte, celle où une seule personne à la fois peut passer, la «porte de nuit» pour les retardataires - ou ceux qui ont eu à s’affairer tardivement. La «petite porte», dont Jésus parle chez Luc, ce n’est pas tant la porte de la modestie, ou la porte la moins magnifique, que la porte «d’urgence», la porte des derniers arrivants, celle que l’on franchit seulement après avoir montré patte blanche, mais qui permet néanmoins d’accéder à l’intérieur !
Le peuple des Chrétiens n’est pas le premier à entrer dans l’histoire du salut : bien avant eux, les enfants d’Abraham ont vécu une relation fertile en rebondissements avec leur Dieu, et on pourrait dire que nous, nous sommes des «viennent ensuite », des retardataires dans le plan de Dieu ! La «petite porte» nous est réservée, parce que Jésus annonce le Règne tout proche, et qu’il est « moins cinq » maintenant... mais vous l’avez compris, il n’est pas encore « trop tard » : plus tard, ce sera trop tard, mais tant que dure notre présent, la « porte étroite » reste un accès possible, c’est la possibilité qu’offre Dieu aux derniers arrivants que nous sommes d’entrer dans Son histoire.
C’est aussi ce qu’annonçait tout à l’heure le prophète Esaïe : ceux qui sont déjà dans la ville ne doivent pas se bercer d’illusions, se croire « tout seuls » dans le cœur de Dieu, de ce Dieu qui « va choisir dans les nations des lévites et des prêtres », des associés supplémentaires !
Je me suis dit que si Dieu nous prend même au dernier moment, il y a quelque chose d’important à entendre concernant notre façon de voir la vie et ce monde. Dans nos projets, dans nos rêves, nous avons parfois baissé les bras avec l’impression qu’il allait être trop tard, que le jeu n’en valait plus la chandelle … Mais voilà que la porte étroite est encore ouverte, et nous ne devrions pas renoncer trop vite, nous devrions y mettre encore un peu d’énergie, et continuer à poursuivre nos rêves...
Trop tard ? Quand nos proches sombrent, quand la maladie parfois frappe avec violence et rapidité, quand l’issue la plus évidente est la mort, il vaut pourtant la peine de garder encore au cœur et au corps que l’espérance n’est pas éteinte, que le passé n’est pas une page que l’on doit tourner, et que bien des choses, des événements, des joies restent à partager, malgré tout.
Car le Christ, ici comme ailleurs dans les évangiles, met en avant une inversion des hiérarchies : les premiers - les derniers ; les derniers - les premiers... il ne s’agit pas seulement de justice sociale, il s’agit plutôt, comme dans la parabole des ouvriers de la dernière heure, de l’immense liberté que Dieu a d’agir sans s’arrêter aux barrières et autres obstacles que nous mettons devant nos contemporains, quand on leur dit : « vous devez... », ou « vous ne pouvez pas... », « si vous ne faites pas... » ou au contraire « si vous commettez.. », alors « vous n’aurez pas droit », alors « Dieu vous punira », etc. Le langage de la servitude passe par ces mots, des mots assassins tant pour la personne humaine que pour l’Evangile et la Parole de Dieu. C’est une remarque, parfois en forme de reproche, que l’on fait à nos cultes toutes communautés confondues : peu de paroles libératrices, trop de commandements - ou alors une terrible dilution, une espèce de « panade spirituelle », où tout est mêlé, mélangé, confondu, sans grande portée, sans véritable identité où l’on pourrait se reconnaître, à laquelle on pourrait tenir ferme...
Mais la porte étroite, telle que je la comprends dans ce passage de Luc, c’est la porte de l’espérance, celle qui reste possible jusqu’au bout de nos rêves. Aujourd’hui, parce que le texte de la Bible a quelque chose à dire aux femmes et aux hommes de tous les temps - et pas toujours la même chose, parce que les questions changent ! -, Jésus parle bien de l’existence d’une « porte d’urgence », d’une porte pour les derniers arrivés... Il n’est jamais « trop tard » si nous avons encore à parler - à Dieu, à nos proches, aux autres. Il n’est jamais « trop tard » pour établir une relation vraie avec celles et ceux qui nous côtoient. Il n’est jamais « trop tard » quand il s’agit de faire triompher la transparence entre nous.
Il n’est jamais « trop tard » pour entrer en courant dans la vie de Dieu, qui est une vie pleine, une vie de bénédictions. Il y a encore bien des « petites portes », des portes étroites qui n’attendent que nous, qui sont là pour nous !
© 2007 Olivier Sandoz
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