26.08.2007

La porte étroite - Luc 13, 22-30

Esaïe 66, 18-21; Hébreux 12, 12-15

La « porte étroite », la petite porte...

Cette expression, je l’entendais toujours dans le « Sermon sur la montagne », dans le texte de Matthieu, avec l’idée de modestie : passer par la petite porte, c’est renoncer à la facilité, emprunter le chemin difficile de la sanctification...

J’ai découvert dans le texte de Luc cet passage où Jésus emploie la même expression, mais dans un sens un peu différent : autour des localités et des domaines d’alors, il y avait des murs... et bien sûr, des portes pour entrer : la principale, celle qui reste ouverte tout le jour et que l’on ferme la nuit, pour éviter les attaques en force, et puis une petite porte, celle où une seule personne à la fois peut passer, la «porte de nuit» pour les retardataires - ou ceux qui ont eu à s’affairer tardivement. La «petite porte», dont Jésus parle chez Luc, ce n’est pas tant la porte de la modestie, ou la porte la moins magnifique, que la porte «d’urgence», la porte des derniers arrivants, celle que l’on franchit seulement après avoir montré patte blanche, mais qui permet néanmoins d’accéder à l’intérieur !

Le peuple des Chrétiens n’est pas le premier à entrer dans l’histoire du salut : bien avant eux, les enfants d’Abraham ont vécu une relation fertile en rebondissements avec leur Dieu, et on pourrait dire que nous, nous sommes des «viennent ensuite », des retardataires dans le plan de Dieu ! La «petite porte» nous est réservée, parce que Jésus annonce le Règne tout proche, et qu’il est « moins cinq » maintenant... mais vous l’avez compris, il n’est pas encore « trop tard » : plus tard, ce sera trop tard, mais tant que dure notre présent, la « porte étroite » reste un accès possible, c’est la possibilité qu’offre Dieu aux derniers arrivants que nous sommes d’entrer dans Son histoire.

C’est aussi ce qu’annonçait tout à l’heure le prophète Esaïe : ceux qui sont déjà dans la ville ne doivent pas se bercer d’illusions, se croire « tout seuls » dans le cœur de Dieu, de ce Dieu qui « va choisir dans les nations des lévites et des prêtres », des associés supplémentaires !

Je me suis dit que si Dieu nous prend même au dernier moment, il y a quelque chose d’important à entendre concernant notre façon de voir la vie et ce monde. Dans nos projets, dans nos rêves, nous avons parfois baissé les bras avec l’impression qu’il allait être trop tard, que le jeu n’en valait plus la chandelle … Mais voilà que la porte étroite est encore ouverte, et nous ne devrions pas renoncer trop vite, nous devrions y mettre encore un peu d’énergie, et continuer à poursuivre nos rêves...

Trop tard ? Quand nos proches sombrent, quand la maladie parfois frappe avec violence et rapidité, quand l’issue la plus évidente est la mort, il vaut pourtant la peine de garder encore au cœur et au corps que l’espérance n’est pas éteinte, que le passé n’est pas une page que l’on doit tourner, et que bien des choses, des événements, des joies restent à partager, malgré tout.

Car le Christ, ici comme ailleurs dans les évangiles, met en avant une inversion des hiérarchies : les premiers - les derniers ; les derniers - les premiers... il ne s’agit pas seulement de justice sociale, il s’agit plutôt, comme dans la parabole des ouvriers de la dernière heure, de l’immense liberté que Dieu a d’agir sans s’arrêter aux barrières et autres obstacles que nous mettons devant nos contemporains, quand on leur dit : « vous devez... », ou « vous ne pouvez pas... », « si vous ne faites pas... » ou au contraire « si vous commettez.. », alors « vous n’aurez pas droit », alors « Dieu vous punira », etc. Le langage de la servitude passe par ces mots, des mots assassins tant pour la personne humaine que pour l’Evangile et la Parole de Dieu. C’est une remarque, parfois en forme de reproche, que l’on fait à nos cultes toutes communautés confondues : peu de paroles libératrices, trop de commandements - ou alors une terrible dilution, une espèce de « panade spirituelle », où tout est mêlé, mélangé, confondu, sans grande portée, sans véritable identité où l’on pourrait se reconnaître, à laquelle on pourrait tenir ferme...

Mais la porte étroite, telle que je la comprends dans ce passage de Luc, c’est la porte de l’espérance, celle qui reste possible jusqu’au bout de nos rêves. Aujourd’hui, parce que le texte de la Bible a quelque chose à dire aux femmes et aux hommes de tous les temps - et pas toujours la même chose, parce que les questions changent ! -, Jésus parle bien de l’existence d’une « porte d’urgence », d’une porte pour les derniers arrivés... Il n’est jamais « trop tard » si nous avons encore à parler - à Dieu, à nos proches, aux autres. Il n’est jamais « trop tard » pour établir une relation vraie avec celles et ceux qui nous côtoient. Il n’est jamais « trop tard » quand il s’agit de faire triompher la transparence entre nous.

Il n’est jamais « trop tard » pour entrer en courant dans la vie de Dieu, qui est une vie pleine, une vie de bénédictions. Il y a encore bien des « petites portes », des portes étroites qui n’attendent que nous, qui sont là pour nous !   

© 2007 Olivier Sandoz

15.08.2007

Avec les Soeurs à Grandchamp, fête de Marie, mère du Seigneur - Luc 1, 39-56

Esaïe 7, 10-15 ; 1 Corinthiens 15, 20-26

Elisabeth, Marie : c’est la rencontre de deux femmes qui portent en elles l’espérance et l’avenir du monde…

Elisabeth, on nous a dit qu’elle était déjà âgée, comme Sarah, la mère d’Isaac, et qu’elle est stérile, comme Sarah, mais aussi comme Rachel, la mère de Joseph et Benjamin, ou comme Anne, la mère de Samuel…  Au début de son évangile, Luc nous inscrit dans la tradition d’Israël, il nous renvoie à cette lignée – si l’on peut dire - de femmes particulières sans lesquelles rien ne serait…

Elisabeth : elle est enceinte après sans doute tant d’espérances et d’attentes déçues, elle porte en elle l’annonce du salut, celui qui sera un « grand devant le Seigneur », selon les paroles de l’ange. On a l’habitude de dire qu’Elisabeth personnifie Israël : le temps de l’attente fidèle d’une délivrance, d'un l’accomplissement de toutes les promesses… mais elle personnifie aussi notre monde moderne, qui a tant de difficultés à croire, mais qui secrètement espère toujours des miracles… !

En vis-à-vis, Marie, que nous fêtons aujourd’hui. Pour elle, on ne parle pas de stérilité, mais reste une impossibilité, comme elle-même s’est empressée de le faire remarquer à l’ange : Marie est jeune fille, et ne voit pas comment elle pourrait déjà être mère !

Pourtant, nous certifie Luc, pas d’erreur : c’est bien avec ces deux-là, qui sont à des étapes si différentes de leur vie de femme, que toute l’histoire va commencer ; différentes et pourtant complices, elles permettent de transfigurer toute l’histoire humaine. Préparez-vous à d’autres surprises encore, semble nous souffler Luc.

Jean-Baptiste n'est pas encore né qu’il annonce déjà : il commence son ministère dès le ventre de sa mère – le service de Dieu n’attend pas, n’est-ce pas ! - , et presque pour elle seule, il manifeste celui qui vient. Dans le mouvement intérieur de son enfant, Elisabeth comprend toute l’allégresse, tout le caractère joyeux et unique de l’événement : un Sauveur va naître ! (lire les vv. 42-43:) Et alors Marie, elle, naît à la maternité.

Ça ne nous dérange plus que ce soit Marie, la mère du Seigneur… pourtant, elle vient du Nord, Marie, de Galilée : là d’où il ne peut jamais rien venir de bon, c’est bien connu ! Et l’attente, l’espérance du Messie, c’est une tradition particulièrement virulente au Sud, en Judée, là où habite Elisabeth… autre clin d'oeil de Dieu, à propos de ce que nous prétendons impossible !

Marie et Elisabeth, mères de Jésus et de Jean : quelles belles figures pour dire la complémentarité ! – et quelle belle « répétition générale » pour l’Histoire : Jean, témoin de Jésus, comme Elisabeth est ici témoin de Marie (relire v.42) : cette grossesse inimaginable, « adultérine » diront certains, n’a rien de coupable. Elle est bénie, œuvre de Dieu, elle est fin d’un temps et ouverture d’un autre, fait de promesses qui s’accomplissent, de richesses particulières. « Je vais faire du nouveau ! » annonçait Dieu par ses prophètes ; « Il est là !» proclame Dieu par Elisabeth, la femme âgée – qui s’incline devant sa cadette, contre tout usage, qui cède le pas et accueille la nouveauté, qui bouleverse jusqu’aux habitudes les mieux ancrées. Dans le corps usé d’une femme âgée stérile, et dans celui d’une femme encore vierge, Dieu prend le risque d’écrire l’annonce du salut – et prend de court ceux qui voulaient tout spiritualiser.

Si vous aimez les surprises, les remises en question, et les risques, Luc nous prévient par cette rencontre qu’il va raconter une histoire audacieuse et bouleversante… Cela vaut bien un « magnificat », n’est-ce pas ?

Cette prière de Marie, je vous invite à la faire vôtre : pensez à tout le bien, à tout l’amour reçu de la part des autres, aux rencontres qui vous ont rempli(e)s de joie et de foi ; pensez aux expériences de salut où Dieu s’est révélé à vous comme le Dieu « puissant », qui « insuffle une espérance » telle que vous regardez désormais votre vie et votre entourage avec un regard différent, avec un cœur ouvert ; pensez aux grandes interventions de Dieu dans votre existence, pour lesquelles vous avez à louer le Seigneur; pensez aux peines dont vous délivre la rencontre avec Dieu et avec les autres, aux grandes réalités qui se révèlent à vous si vous prenez part à l’espérance et au Royaume de Dieu… et alors, quel peut être « votre » Magnificat, avec quels mots, en référence à quels événements est-ce qu’à votre tour, vous pouvez l’exprimer ?

Invités à inventer notre propre « Magnificat » : c’est là le cadeau que Marie nous fait, aujourd'hui, au jour de sa Fête !

© 2007 Olivier Sandoz

12.08.2007

Debout ! Ceinture serrée, lampe allumée ! - Luc 12, 35-40

Genèse 15, 1-6 ; Hébreux 11, 1-2.8-12

«Le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas!» conclut Jésus aujourd'hui - et nous pouvons entendre en écho le fameux « vous ne savez ni le jour ni l'heure », que nous comprenons parfois comme une sorte de menace qui pèse sur la fragilité de nos vies, mais qui nous invite plutôt à saisir chaque moment comme une occasion d'aimer plus encore Dieu et notre prochain : un appel peut retentir à chaque instant, sans que nous puissions l'agender longtemps à l'avance, sans que nous puissions le « coincer » entre deux autres activités...

Le Christ avait commencé son enseignement par une invitation à rester en éveil, qui était invitation à un geste, une attitude tant intérieure qu'extérieure… Littéralement :

« Debout, ceinture serrée, lampe allumée » !

Ce geste-là, que Jésus offre à ses disciples en signe, d’une veille disponible et active, c'est le même que les Juifs répètent, Pâque après Pâque, au moment du repas qui actualise chaque année le récit de la sortie d'Egypte : debout, ceinture serrée, lampe allumée Parce qu'ainsi, le peuple d'Israël se montre prêt à une sortie en toute hâte, parce qu'ainsi, tout un peuple se déclare disposé à la libération que va accomplir pour lui son Seigneur ! On attend la délivrance, on attend quelque chose qui nous dépasse, et dont on ne comprend peut-être pas toute la portée...

Vous savez, ce n'est pas pour rien que les Evangiles rapportent comme un refrain cette exhortation du Christ à rester éveillé : depuis le temps que les communautés attendent le retour, on y a pris l'habitude de l'absence visible, on hésite à attendre encore, on s'installe dans un provisoire qui dure beaucoup...  C’est la porte ouverte à tous nos démons, l’inattention, l’indifférence, la lassitude…

Alors, « Debout ! Ceinture serrée, lampe allumée ! » : la devise des nomades, de ceux qui n'ont pas de lieu pour reposer leur tête - ou de ceux qui ne veulent pas rester liés à un endroit, et qui lèvent le camp lorsque l'appel d'autres espaces se fait sentir. J'y entends aussi, en souvenir d'un lointain passé, la vocation d'Abraham, le patriarche, qui comme nous le rappelait l'épître « quitte son pays, sa famille », pour une terre encore en promesse... une terre qu'il ne possédera en fait jamais. Abraham, le père des croyants, l'exemple d'une foi convaincue de la réalité de l'invisible, d'une foi assurée de la richesse de l'espérance, c'est pour nous un personnage qui a déjà des allures « évangéliques », dans cette confiance inouïe que nous raconte la « saga » de la Genèse.

Il me semble que ce matin, il y a de cela dans le geste prophétique que Jésus propose aux siens, NOUS propose : pour que l'avenir reste ouvert, pour que le maître puisse arriver à n'importe quelle heure - si nous reprenons l'image que Jésus emploie -, et puisse se faire ouvrir la porte, il y a nécessité d'avoir des « veilleurs », il y a ce besoin que nous, qui avons peut-être plutôt tendance à chercher la douce sécurité de l'installation, nous soyons prêts à nous mettre en route.

Notre force, c'est notre foi, c'est la confiance que nous voulons bien accorder à la promesse, à l'espérance qui nous est proposée. Comme les Hébreux au jour de la première Pâque, être disponibles, être préparés à ce qui peut survenir, aux événements qui vont nous toucher, et cela d'une manière active : il y a quelque chose qui arrive, l'avenir est toujours ouvert puisqu'il n'est pas encore, et Dieu nous assure que cet avenir n'est pas menaçant, qu'il y a du bonheur à venir, et que Celui que nous servons est d'abord un libérateur.

« Debout, ceinture serrée, lampe allumée » !

« Debout », parce que nous sommes des éveillés, des guetteurs placés dans ce monde ; « ceinture serrée », équipés que nous sommes par tout ce que nous avons déjà pu recevoir ; « lampe allumée », puisque depuis la venue du Christ, nous connaissons les bonnes dispositions de Dieu à notre égard, « lampe allumée » parce que dans notre foi, ce qui vient est l’accomplissement d’un sens, d'un amour, d’une présence.

Cela n'a l'air de rien, ces quelques paroles de Jésus au petit cercle de ses disciples – pas à tout le monde, pas à n’importe qui -, mais pour des personnes qui connaissent bien leur monde, qui ont pris des habitudes, et qui pourraient s'endormir sur leurs lauriers, c'est tout un univers de changement qui s'est ouvert, et avec eux nous nous demandons comment être attentifs, vigilants...

A cela, le Seigneur répond en proposant un geste : vivez l'attente en regardant aux autres, et à Dieu. Dans le quotidien qui est le nôtre, qui peut nous paraître parfois banal, routinier, qu'il y ait place pour de l'inouï ! Même dans les difficultés du temps présent, même dans la tourmente possible où nous nous trouvons peut-être, notre attention à l'autre ne peut pas, ne doit pas se relâcher... à moins de vouloir rester des gens endormis, sans autre espérance que la mort au bout du chemin... Alors non :

« Debout, ceinture serrée, lampe allumée » !

© 2007 Olivier Sandoz

 

05.08.2007

Recherchez les choses qui sont au ciel - Luc 12, 13-21

Ecclésiaste 2, 21-26; Colossiens 3, 1-11

L’Evangile de ce jour nous parle d’un repli sur soi illustré en deux temps, et d’une attitude  centrée sur Dieu.

Dans un premier temps, c’est l’intervention d’un quidam qui a besoin des services d’un rabbin : il y a un héritage, et il s’agit peut-être d’amener l’aîné d’une famille à partager les biens paternels entre les héritiers ; ça va contre la coutume de l’indivision préconisée par la Loi : l’idéal biblique, c’est de considérer un héritage comme un tout, et de chercher une solution pour une jouissance commune entre les héritiers. L’idée forte, l’image qu’en donnent les sages, c’est qu’une rivière qui se divise en de nombreux ruisseaux finit par disparaître, asséchée dans la terre.

Jésus est bien un rabbin, mais il refuse d’entrer dans la dispute.  Dans la perspective du Royaume, le refus de Jésus, fidèle à son Evangile, ça signifie : cesse de penser en termes d’avoir ; partage, distribue aux autres, au lieu d’amasser dans ton propre et unique intérêt… on voit bien la mise en garde du Christ : si la vie humaine se construit sur une fausse conviction - que l’être dépend de ce qu’on a, et que la vie se maintient par la seule volonté d’amasser et de ramener tout à soi -, alors, il y a danger de mort !

Dans un second temps, la parabole du riche insensé vient illustrer cette réalité  «par l’absurde»: le personnage mis en scène est seul, il décide de garder toutes ses récoltes pour son seul profit, d’en «profiter en monologue», comme si le reste du monde n’existait pas. Peut-être que nous lui ressemblons lorsque nous formons des plans pour l’avenir en oubliant que nous ne sommes pas maîtres de cet avenir, qu’il pourrait prendre d’autres couleurs que celles choisies par nous…

Regardez ce propriétaire : il a beaucoup travaillé, Dieu lui a offert des récoltes abondantes, des biens en quantité ; pour paraphraser la Genèse, on va dire que «tout cela est bon». Mais il est prêt à tout démolir pour mieux engranger, prêt à détruire ce qui lui convenait jusqu’ici pour reconstruire plus grand, «plus beau qu’avant»… (on connaît la chanson !) …et c’est évidemment là que le bat blesse ! A vouloir tout garder, il perd tout, comme nous le rappelait l’Ecclésiaste avec son pessimisme redoutable : d’autres profiteront, parce qu’il a regardé à court terme ! …ce n’est pas une punition – on ne fait la morale, ici -, c’est un risque, une possibilité avec laquelle nous devons compter : dans notre vie humaine, les choses peuvent se passer autrement que ce que nous avions prévu !

Avec ce texte, Jésus nous invite à placer notre avenir, notre vie, «en Dieu» et non «en nous-mêmes» ; Paul l’écrit ainsi aux Colossiens : «Préoccupez-vous de ce qui est en-haut». De nombreux passages de l’Evangile, d’autres paraboles du Christ insistent sur cette évidence ; le trésor n’est pas dans ce que je possède, il est «à l’intérieur» de moi, dans ma faculté à trouver Dieu là où Il se laisse trouver, au fond de mon être, dans l’élévation de mon être, et non dans des «preuves de bénédiction» que seraient mes richesses. Plus je donne, mieux je connais Dieu.

Dieu nous dit de jouir de tout dans le présent, et de le faire dans la joie du don, parce que Lui-même nous donne pour que nous apportions plus loin, parce que Dieu nous prodigue des biens pour que d’autres AUSSI en profitent !

A la lumière de cette parabole, je comprends mieux le refus de Jésus d’être juge ou répartiteur : Christ n’est pas venu faire de nous de riches propriétaires égoïstes en établissant une sorte d’égalitarisme par la force de la loi – voilà la part de ton frère, voilà la tienne, prenez votre dû et allez-vous-en !

Sa mission, sa présence est l’image de la vie que Dieu veut pour nous, il est tout entier l’exemple de ce que nous pouvons vivre. Il nous explique qu’il y a deux manières d’engranger, d’amasser, de thésauriser, l’une connotée négativement, l’autre positivement. La première est intéressée : accumuler pour soi, quels que soient les biens ; la deuxième est désintéressée, dans le sens où ce qu’elle accumule, c’est dans l’Esprit de Dieu, pour être signe de Dieu : pour donner.

La parabole illustre l’absurdité de vouloir se constituer un avenir par un capital : les jours ne s’achètent pas, la surabondance de biens ne va pas compenser la pénurie de temps. Alors on va évidemment penser à la mort : y songer, c’est envisager la mort, et c’est aussi penser à la vie.

L’Evangile propose un style de vie où le bonheur se vit en relation – pas dans le monologue du riche insensé ! -, et où le don, même si on le ressent quelquefois comme un perte, devient la meilleure façon de gagner et de recevoir.

Il est question ici de biens matériels, mais on peut facilement lire la chose à d’autres niveaux : il y a aussi une façon pernicieuse d’aimer, qui ressemble au besoin de posséder exprimé par le riche : le cœur est rempli d’inquiétude et de fatigue, et l’être aimé finit par se rebiffer; le vrai repos, la vraie réjouissance, la vraie richesse «en Dieu» c’est une attitude de vie: quand aimer veut dire faire confiance, laisser libre, ne pas tout ramener à soi; ne pas être attaché, paralysé par l’idée de vouloir posséder l’autre, mais être relié, être en lien : «Recherchez les choses qui sont au ciel, là où le Christ siège à la droite de Dieu.» nous écrit Paul.

© 2007 Olivier Sandoz

08.07.2007

Le Royaume de Dieu s'est approché - Luc 10, 1 à 9

Galates 6, 1-16  -  Esaïe 66, 10-14

 «Le Royaume de Dieu s'est approché de vous !»

C'est ainsi ce matin que nous avons reçu le salut de Dieu, c'est dans cet esprit que je vous invite maintenant à entrer - et à vivre, autant que vous le pourrez! La salutation n’est pas banale, c’est vrai, même si c'est ce que Jésus propose pourtant à ses disciples de dire, en guise d'entrée en matière, lorsqu'ils arrivent dans tel ou tel lieu, tel ou tel village ! C'est le «programme» proposé - qui nous est proposé - quand nous nous disons enfants de Dieu, et il est riche de conséquences.

Dans sa lettre aux Galates, Paul est au combat, en première ligne: dans les communautés naissantes, ils sont encore nombreux, ceux qui veulent que le Christianisme reste une des nombreuses variantes du Judaïsme - et sans doute qu'ils le font en toute honnêteté, ou par prudence: vous savez peut-être que, dans le monde romain, quelques religions privilégiées sont dispensées du «culte de l'empereur», un empereur divinisé pourtant tellement humain. Le Judaïsme est au nombre de ces religions-là, et c'est pourquoi il paraît si important à certains que les disciples du Christ restent dans le «giron» de la première alliance, en les obligeant à en suivre les rites - dont la circoncision pour les garçons… sinon, il y a un grand risque d’être condamné pour refus d'obéissance à l'empereur.

Mais en voulant se protéger - en cherchant à protéger la religion naissante-, ils mettent une bride à l'Evangile, ils enfoncent la foi nouvelle dans des lois anciennes, ils refusent la nouveauté survenue avec Christ. Et Paul est indigné: Christ, c'est la vie, et c'est la liberté ! Pas question, pour l'ancien pharisien qu’il est de retourner à cette obéissance aux prescriptions légales qui provoquait un sentiment d’orgueil – « je suis tellement bon, tellement suffisamment en ordre avec Dieu par moi-même que je n'ai plus besoin du Christ ! »

Cela me semble important, particulièrement aujourd'hui quand tant de mouvements mettent un poids énorme sur le faire: pour être bons, vous devez..., vous avez à... ! Le cri lancé par Paul, c'est le cri de la liberté, ou plus encore, de la libre invention : être chrétien, c'est jouir de l'immense liberté qu'offre Dieu en Jésus-Christ, une liberté qui va plus loin que les lois et les obligations...

Comprenez-moi bien, il ne s'agit pas de vivre comme des hors-la-loi, méprisant tout ce qui a été mis en place pour régler la vie sociale ! Cela va au-delà : puisque nous sommes devenus, dans notre Baptême, des créatures nouvelles, évitons de retomber dans les erreurs passées, laissons ce qui est nouveau prendre en nous l'ascendant, ne nous « bétonnons » pas sur ce qui a été - comme si le passé était forcément le meilleur qui puisse exister -, et osons cueillir le présent avec joie et espérance :

«Le Royaume de Dieu s'est approché de vous !»

Quand le prophète Esaïe annonce la résurrection de Jérusalem, il s'agit d'un monde nouveau qui germe, et même s'il plonge ses racines dans l'ancien - nous sommes faits de notre histoire passée -, à nouveau tout est possible, mais autrement qu'avant : ce qui a produit la disparition du monde passé ne doit pas se répéter à l'infini - ce qui est un risque quand on a la nostalgie du passé -, mais devenir une leçon pour un futur différent.

Jésus envoie ainsi ses disciples par paire, sans provision pour la route, ni rechange, sans se «garder une poire pour la soif»: allez-y, dites des mots de paix, annoncez un Royaume qui n'a rien de terrifiant :

«Le Royaume de Dieu s'est approché de vous !»

Alors que nous avons certainement toutes et tous au fond de nous la crainte de perdre quelque chose, je vous engage à prêter l'oreille et l'attention à cette vérité qui va au-delà de tous nos changements: la paix de Dieu est sur vous, ce qui arrivera est entre les mains de Dieu, rien ne pourra jamais nous faire perdre son amitié.

Paul ajoute que si c'est par «confort» que certains voudraient simplement répéter les structures anciennes, ils se trompent, parce que la réalité est mouvante, et que le monde qui nous entourait n’était pas forcément aussi amical à notre égard qu’on l’imagine, quoi qu'il en soit ! Le monde change, ce qui un instant est établi finit par disparaître...

«Le Royaume de Dieu s'est approché de vous !»

« La paix, la bonté de Dieu est avec vous - et avec l'ensemble du peuple de Dieu » ! …si nous osons croire que l'espérance est active, que l'avenir est plein de sens !

© 2007 Olivier Sandoz