07.12.2008

Désert ! - Marc 1, 1-8

Esaïe 40, 1-11 ; 2 Pierre 3, 8-9

 Quand je pense que Jean-Baptiste était fils de prêtre ! Quand je pense que ce Jean était même le fils de "celui qui a vu un ange apparaître dans le Temple" ! Quand je pense que Jean a été élevé dans un milieu plutôt favorable, même si ses parents étaient déjà âgés... !

...et que c'est celui-là que nous retrouvons trente ans plus tard errant à demi-nu dans le désert, se nourrissant de miel sauvage et de sauterelles, vociférant contre le pouvoir, prêchant en-dehors des lieux publics, en-dehors des villes...:

"Une voix qui crie dans le désert" !

 

Nous disons "prêcher dans le désert" pour signifier que personne n'écoute ; ici, les foules se déplacent jusqu'à ce "lieu aride" pour l'entendre, et recevoir - relevez l'ironie ! - un baptême... d'eau !

 

Si l'expérience d'un désert est pour nous synonyme de désespoir - une "traversée du désert" ! -, le contexte biblique est moins pessimiste: pour un peuple de nomades à l'origine, c'est un lieu où se fait par excellence l'expérience d'une présence - bienfaisante - de Dieu, en même temps que celle de la dépendance. Là où il n'y a "rien" - le désert -, Dieu doit être proche, sinon l'humain ne survit pas. Passer au désert, c'est accepter de marcher, d'aller de l'avant quoi qu'il en coûte, parce que rester sur place, c'est la mort. Et même s'il existe des oasis, c'est l'occasion d'un passage, pas celle d'une installation. Le peuple de la Bible pense avec nostalgie à ce désert, héritier d'une histoire où Dieu mène ses enfants à travers l'aridité, où Dieu parle avec l'humanité "cœur à cœur"...

Nostalgie: peut-être qu'en lisant les récits bibliques, ou simplement en pensant au "temps d'autrefois", il nous vient à nous aussi la nostalgie de l'époque où Dieu paraissait plus présent, où Il était là presque à l'évidence... "Dieu ne parle plus aujourd'hui", "La Parole de Dieu se fait rare ces temps-ci...": curieusement, nous qui vivons de plus en plus entassés les uns sur les autres, dans nos cités trop grandes, nous faisons toujours l'expérience d'une solitude désertique, d'un désert terriblement aride ! Sec d'amitié fidèle, de relations humaines satisfaisantes, profondes, sec en présence et en proximité d'un monde spirituel, sec en proximité de Dieu !

 

Car chacune, chacun de nous après tout pourrait parler en long et en large de son - de ses ! - désert(s), et de sa quête d'une vie plus habitée de plénitude :

·      Désert, quand on apprend que tel ou tel est mort isolé, ou se retrouve malade et sans soutien ;

·      Désert, quand quelqu'un doit se démener seul, sans espoir apparent, dans une situation familiale, financière, ou personnelle difficile ;

·      Désert, quand il n'y a plus de porte qui s'ouvre lorsque l'on frappe, ou qu'il ne semble même plus y avoir de porte où frapper ;

·      Désert, quand la vie même est devenue un "sac de noeuds", quand trop, ou plus assez, de travail marginalise femme, homme, famille, les plongeant dans une solitude sordide, inimaginable...

 

"Une voix, donc, crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur !", ou, dans la version du Premier Testament, "une voix crie : dans le désert, préparez le chemin du Seigneur !". Quelle que soit la version retenue, il reste que le désert est lieu de présence de Dieu, et je crois que cela peut nous parler, à nous aujourd'hui.

 

Le message, le "cri dans le désert" de Jean-Baptiste est un appel au changement de vie. Nous nous sentons souvent lourds de ce qui n'est pas dit, de ce qui ne peut être vécu ensemble, lourds de tout ce que nous retenons en nous-mêmes faute de pouvoir le partager - mais "partager", c'est justement alléger en pouvant porter à deux, à plusieurs, ce qui risquerait autrement de nous écraser. Nous sommes bien alourdis de tout ce que nous portons, donc, et Dieu sait que la marche au désert est pénible quand il nous faut tout déménager... Dans le désert, écoutez la voix du Baptiste :

"Changez de comportement !"

et plus loin :

"Celui qui vient est plus grand que moi !"

 

L'Avent, c'est l'attente, la préparation. Pas seulement attente de Noël qui revient, rythmant notre année comme un refrain lancinant, mais vraie préparation à la nouvelle réalité, différente, promise par Christ, que reprenait déjà en écho prophétique le texte d'Esaïe :

Es 40, 9-11

Dans le désert de nos existences, la promesse d’une proximité, de la présence d'un berger pour nous conduire, nous aider, nous alléger vraiment... L'attente paraît longue?

Pierre l'écrivait déjà :

2 Pi 3, 8-9

... ce qui ne signifie pas que tout est remis à plus tard, pour après, quand nous serons tous morts, mais plutôt que le temps de Dieu est libre des urgences que nous voudrions y mettre... !

 

Prêcher dans le désert, traversée du désert ? Et si c'était l'occasion rêvée de ranimer en nous l'assurance des nomades du peuple hébreu ? Dans tout désert, Dieu se rend présent, d'une manière autrement évidente que nous l'imaginions - pour nous faire vivre allégés, pour nous donner de poursuivre notre marche à la vie.

Changer de comportement : ce n'est pas pour être "les meilleurs", ou "plus purs", "plus obéissants", mais pour nous ouvrir à l'autre, pour nous permettre d'attendre avec confiance "celui qui vient", et qui est bienveillant: la prédication du Baptiste est pour nous, pour notre temps, comme une invitation à un "mieux-vivre" - l'invitation dont nous avions tellement besoin !

© 2008 Olivier Sandoz

23.11.2008

Les brebis et les chèvres - Matthieu 25, 31-46

Ezéchiel 34, 11-17

En découvrant ce texte de l'Evangile de Matthieu, dans la liste des lectures pour ce dimanche, je me suis rendu compte que je n'avais pas envie de le prêcher, qu'il ne me disait rien qui vaille... cette histoire de brebis et de chèvres, de bénis et de maudits, toute la mythologie attachée à ce jugement dernier, je ne voyais pas très bien qu'en dire, que VOUS en dire ce matin!

 

Surtout que quand je le lis, j'ai toujours l'impression que oh là là,  je n'en ferai jamais assez, que je serai toujours parmi les chèvres, bref, ce texte me renvoie désagréablement et constamment à mes insuffisances... !

Et puis, en l’ayant travaillé, j'y ai découvert au contraire un formidable élan d'espérance et d'encouragement pour une période creuse, une période de crise et de changements !

 

C'est vrai que tout commence avec les thèmes traditionnels de l'apocalyptique juive – dont Ezéchiel nous reflétait  l’image : le Fils de l'homme, le juge de la fin des temps revêtu de la fonction royale, la séparation des bons et des méchants, le feu éternel, tout est en place pour que l'on entre dans un schéma moral classique... mais par la suite le récit nous suggère bien autre chose !

 

Il ne s'agit pas tellement en somme d'entendre cette histoire comme un jugement définitif et déjà établi sur nos personnes que de le découvrir comme une invitation à reprendre, au cœur de notre existence, notre façon de vivre la foi aujourd'hui.

 

Imaginez que vous êtes les membres d'une église qui a Matthieu comme dirigeant. Dans la communauté, à force d'attendre un retour du Christ qui tarde beaucoup, nous avons pris des habitudes, c'est humain . il y en a de bonnes et de moins bonnes, et il y a en particulier que, tout soucieux que nous sommes de notre salut individuel, nous avons fini par ne plus rester attentifs aux besoins de ceux qui nous entourent... Alors Matthieu nous raconte une histoire, le souvenir d'un enseignement de Jésus : l'histoire est si forte qu'elle doit nous mettre en scène, mais pas tant dans l'un ou l'autre rôle que nous faire réfléchir à notre façon d'être, et à la corriger, dans le sens d'un plus d'évangile vécu...

 

Là, je peux commencer à m'interroger : est-ce que mes actes sont de l'ordre de ceux des brebis ou de ceux des chèvres ? Est-ce que ma vie quotidienne, mon attitude personnelle, fait une place aux plus petits dont parle Jésus, ou est-ce que je vais mon chemin sans égards pour ceux que l'on écrase si facilement parce qu'ils sont dans une situation précaire ? Ceux dont on dit qu'ils ont des problèmes parce qu'ils ne savent pas mener leurs affaires, ou parce que chez eux, il n'y a pas la volonté de s'en sortir, ou encore qu'ils n'auraient qu'à... Nous portons toujours des jugements, notre regard n'est jamais neutre, et pourtant nous pourrions, nous devrions, parce que nous connaissons l'œuvre de Dieu, garder toute la bienveillance possible à leur intention.

 

Est-ce que je suis chèvre ou brebis, maintenant ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour changer - dans la mesure où cela me déplairait souverainement d'être parmi les chèvres ?

 

Quand Jésus raconte une histoire, ce n'est pas pour nous enfermer à notre tour, c'est pour nous libérer, pour nous ouvrir un horizon.

Nous avons sans doute le cœur bien dur, puisqu'il faut nous dépeindre un sombre tableau, un tableau effrayant pour que nous acceptions de revoir nos attitudes... !

Il y a un avertissement : c'est le dernier moment - parce que maintenant que j'ai entendu l'histoire, je ne pourrai plus jamais dire que "je ne savais pas" ! L'intuition géniale de Jésus, c'est de nous faire reconnaître sa présence à lui dans celles et ceux que nous voyons dans la détresse : pas de pitié condescendante, pas de "oh le pauvre !" sans suite... Celle-là, celui-là dans le besoin, c'est le Christ lui-même, et prendre soin d'elle ou de lui, c'est servir Dieu ! Toute notre solidarité doit tenir dans cette alternative : je reconnais le Christ dans chaque être humain en souffrance, ou pas ? Je désire vivre ma foi par une pratique de compassion et de générosité, ou je reste désolidarisé dans mon égoïsme ? Dans tous les cas, dès à présent, je ne peux plus me retrancher derrière l'excuse d'une ignorance : "Mais je ne savais pas... !" - non, depuis cette histoire, je joue avec un Dieu qui met les cartes sur la table, et c'est à mon tour de servir !

 

Nous pouvons encore lire en corollaire la 1ère lettre de Jean : "Qui n'aime pas demeure dans la mort" ! ...en renonçant à pratiquer la justice à l'égard des plus petits, je renoncerais à aimer, et j'entre alors dans une logique où le jugement a déjà eu lieu : en logique chrétienne, en valeur chrétienne, je suis mort si je n'aime pas.

 

Il y a une "constante" dans la condition humaine, c'est la condition de détresse d'une grande partie : la faim, la soif, l'exil, le dénuement, la maladie, l'enfermement. Et il y a une "constante" de la foi chrétienne : celui qui a faim ou soif, celui qui est exilé, nu, malade ou prisonnier, c'est toujours le Christ !

 

La question de Matthieu à sa communauté - à notre communauté, c'est de nous positionner par rapport à ces deux constantes, c'est de faire le choix qui s'impose...

Avec le Deutéronome en écho, qui nous dit :

"Choisis la vie !"

© 2008 Olivier Sandoz

16.11.2008

De quoi le Roi peut-il se réjouir ? - Matthieu 25, 14-30

Esaïe 65, 17-25

Sur le thème de la vigilance, Jésus poursuit son enseignement destiné aux disciples, c'est-à-dire, évidemment, l'enseignement qu'il NOUS destine !

 

Je sais bien que, parfois, cette parabole que nous venons d'entendre nous fait littéralement grincer des dents: une parole comme «à celui qui n'a rien, on enlèvera même le peu qu'il a», cela résonne tellement peu biblique, tellement peu religieux... Et puis ce «jetez-le dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents!» qui termine la parabole, nous n'avons pas envie de l'entendre, et nous n'entendons pourtant que lui... au risque de perdre la «sève» de tout le récit - et au-delà de cette condamnation, nous risquons de perdre tant de choses importantes qui nous sont dites !

 

Etre disciple, être chrétien, disait le Christ aux siens, c'est être VIGILANT: non pas rester la bouche ouverte et les yeux écarquillés en direction du ciel, dans l'attente d'une apparition divine qui bien sûr réglerait tous les problèmes, mais d'abord, mais surtout, être fidèle dans l'action.

Baptisé, je passe par la mort pour revenir à la vie, à la suite du Christ - et je n'ai plus rien à perdre ! Chrétien, j'ai à prendre soin d'une Parole, j'ai à prendre soin des dons qui sont déposés en moi, en prendre soin en les faisant croître, si possible, en les faisant grandir par l'usage que je vais en faire... Pour utiliser une comparaison «médicale», les dons, c'est comme les muscles - et ceux qui ont fait de longues périodes sans pouvoir bouger tel ou tel membre le savent bien: le muscle s'atrophie, il perd toute sa force s'il ne fait pas son travail, si on ne l'utilise pas...

 

C'est bien cette image-là que j'utiliserai pour illustrer la parabole de ce matin : le seul moyen de garder la Parole de Dieu dans sa force, dans son efficacité, le seul moyen de « conserver » les dons que nous avons reçus, ce n'est pas de les garder pour nous-mêmes, c'est de les transmettre à d'autres, c'est de les utiliser pour d'autres... Contre toute logique, le don, c'est un capital que je dois dépenser pour le faire fructifier !

 

C'est donc l'histoire d'un homme qui part en voyage pour un temps indéterminé, confiant tout son bien à ses proches, à chacun la part dont il est capable de s'occuper - ce personnage connaît bien son monde, puisqu'il tient compte des capacités de chacun, dans le souci d'une efficacité optimale en «chargeant» le moins possible le plus «faible».

 

Et cela devient l'histoire de ces trois hommes, et de ce qu'ils vont faire de tout ce bien, les deux premiers prenant le risque d'utiliser cette fortune - elle est d'ailleurs là pour cela ! -, le troisième préférant ne pas s'en occuper, la cachant même pour 1' «oublier»: à quoi bon se démener, le maître est plus habile et mieux placé pour en tirer le meilleur rendement...

 

Et c’est à ce moment que ça devient NOTRE histoire, quand nous prions Dieu pour Lui demander de «tout» changer parce que Lui le peut, et que nous nous évitons ainsi des efforts bien sûr, mais aussi de l'amour partagé, du dialogue... ! Mais c'est aussi NOTRE histoire quand, avec ce qui nous est donné, nous partageons autour de nous beaucoup de tendresse et d'amitié... qui grandit, grandit et s'étend même hors notre portée, hors notre contrôle... !

 

Cent, deux cents ou cinq cents pièces d'or, la quantité ne met pas en question la qualité des trois serviteurs : ils ont, tous les trois, la confiance de leur maître, puisqu'au trois il confie une partie de sa fortune... Ce n'est pas parce que j'ai peu - ou que je considère avoir peu reçu - que je suis dispensé d'agir avec ce que j'ai ! Dans cette histoire, ce qui comptait - plus encore que l'or -, c'est ce que les sommes pouvaient produire - ne serait-ce, dit le maître dans le récit, que des intérêts !

 

...et si je laisse sommeiller le ou les dons qui sont en moi, est-ce que je ne fais pas du tort à celles, à ceux qui auraient pu en profiter ? A celles, à ceux qui attendaient de moi d'en avoir le fruit ? Il y a toutes ces personnes à qui mon ou mes dons s'adressaient - et qui n'ont rien!

 

C'est l'histoire - pour terminer - d'un roi qui avait deux enfants, qu'il aimait beaucoup. Il donna à chacun une mesure de blé et une gerbe de lin.

 

Le premier tissa une nappe avec le lin, moulut le blé, et de la farine fit un pain. Il plaça la nappe sur une table, le pain sur la nappe, et attendit son père le roi.

 

Le second ne fit rien, surveillant que nul ne touche au blé ni au lin.

 

Quand le roi arriva, il dit à ses enfants :

«Apportez-moi donc ce que je vous ai donné.»

 

Le premier apporta le pain sur la table recouverte de la nappe qu'il avait tissée ; le second, le blé dans le sac et la gerbe de lin par-dessus.

Et bien dites-moi, de quoi le roi a-t-il pu se réjouir ?

 © 2008 Olivier Sandoz

12.10.2008

Le jour de la vengeance du Seigneur - Esaïe 61

Esaïe 61, 1-2

Ma méditation parmi celles des autres officiants à un culte d'onction d'huile et d'imposition des mains

Quel beau texte ! Quelle magnifique espérance ! et quelle belle mission :

 

« 1 L'Esprit du Seigneur DIEU est sur moi.

Le SEIGNEUR a fait de moi un messie,

il m'a envoyé porter joyeux message aux humiliés, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs l'évasion, aux prisonniers l'éblouissement,

2  proclamer l'année de la faveur du SEIGNEUR,

le jour de la vengeance de notre Dieu,

(…)

Eh, attendez ! Ça, ça ne va pas ! Ça ne « colle» pas avec le reste, ce « jour de la vengeance de notre Dieu » ! …

 

Vengeance ? punition, représailles, vindicte, réparation dit mon dictionnaire des synonymes…

Il y a des Chrétiens qui referment leur Bible quand apparaît ce terme, ce mot qui s’accorde tellement mal avec le commandement d’amour, avec l’image quand même parfois un peu douceâtre qu’on s’est faite du Dieu de Jésus-Christ… Ou alors on dit : «Oui, mais c’est l’Ancien Testament, là où il y a plein de violence et de morts – moi je ne le lis plus ! ».

 

Pourquoi ce « jour de vengeance » au milieu des cris de joie, des cris de libération, avec cette « année de faveur du Seigneur » ?

 

Il me semble pourtant que ce serait hypocrite de ne pas intégrer AUSSI la vengeance à ce moment de triomphe.

Quoi ? Dans mon quotidien, il arrive si souvent que des choses m’énervent, que des bruits, des complications, des gens me « dérangent » au point que je pourrais les envoyer promener sans vergogne, et là, tout à coup, tout serait baigné de béatitude ? … Le Dieu de la Bible connaît la nature humaine… Il m’invite non seulement à me tourner vers Lui avec mes péchés, mais aussi à Lui apporter ceux des autres à mon égard.

 

Je réfléchis tout haut : si au lieu de me venger moi-même de telle personne, en lui rendant le mal qu’il m’a fait, je confie cette colère et cette violence à Dieu, si je dis à Dieu « Venge-moi ! » plutôt que de passer moi-même à l’acte – et puisque je crois que Dieu exauce mes prières -, c’est bien un geste de vengeance que j’attends de la part de Dieu ! Au jour de la victoire, j’espère bien que les comptes seront réglés…

 

Est-ce que je peux comprendre qu’ils le soient « à la manière de Dieu » ?- « Venge-moi ! », ce qui veux-dire : « J’accepte que Tu rendes justice, à Ta manière »…

 

Vous avez entendu le verset ? Vous avez remarqué le décalage ? Un jour pour la vengeance, mais une année pour la faveur du Seigneur !

Dieu saura que faire de ma violence, pour peu que je la Lui donne. Dieu saura la canaliser – la concentrer sur un jour seulement – pour en faire quelque chose qui construit…

Parce que, par-dessus tout, comme le disait un réformateur, « Dieu est plus grand pardonneur que l’homme n’est pécheur » … !

© 2008 Olivier Sandoz

30.09.2008

"Qui donc peut être sauvé ?", ça vous intéresse ? - Matthieu 19, 23-30

Philippiens 1, 12-26

« Mais qui donc peut être sauvé ? »

 

C’est une question qui a agité des générations d’humains, la question du salut… et même si Jésus y apporte ici une réponse claire et définitive (c'est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu !), on a continué pendant des siècles à chercher dans les Écritures - et ailleurs… - des «recettes» salutaires, quitte à forcer le texte pour le faire entrer dans tel ou tel modèle, même boiteux (on a bien essayé de retrouver dans les murailles de Jérusalem un passage étroit qui se serait appelé le « trou de l’aiguille », pour atténuer ainsi la portée de l’exclamation de Jésus !) …

 

Aujourd’hui, quelques siècles plus tard, est-ce que ça nous intéresse encore de savoir « qui peut être sauvé » ? Autrement dit, est-ce que la question du salut a toujours une place dans notre vie, ou bien est-ce qu’elle fait partie de ces questions ennuyeuses qu’on reporte à plus tard, quand on aura le temps, quand on sera à la retraite, puis quand on sera vieux, puis quand… il sera trop tard !

 

Parce qu’on n’a plus de temps : on a trop à faire ; on essaie déjà de surnager dans le quotidien, alors, ce genre de questions – comme tout ce qui vient en plus ! -, ça vient en trop. C’est à l’image de la Bible, c’est à l’image de la foi, pour notre société : en trop, ou du moins en marge, pour si on a le temps. L’Eglise doit en prendre acte, l’Eglise doit intégrer cette notion comme un élément de la société moderne occidentale, même si cela ne permet plus toujours à notre société de comprendre le reste du monde… et Dieu, et l’Eglise, restent avec cette offre de salut, ouverte, en attente d’être saisie…

 

Mais si cette vie, si ce monde, c’est tout pour les humains, ce n’est pourtant pas encore grand’chose comparé à la réalité, aux choses dernières… ! Ce qui nous semble tellement important aujourd’hui, ici-bas, cela aura déjà disparu demain, après-demain au plus tard… L’apôtre Paul, du fond de sa prison, en rend témoignage à sa façon : « que je vive ou que je meure… ». il ne s’agit pas tellement d’un mépris pour la vie, mais bien de la conscience d’une réalité plus haute, plus forte même que la mort qui vient briser la vie. On va dire une réalité « spirituelle », peut-être faute de mieux.

 

« Cent fois plus » : ça vous dit quelque chose ?

C’était l’avant-dernier verset : c’est ce que reçoivent celles et ceux qui « quittent tout pour suivre Jésus », entendez, celles et ceux qui acceptent, qui font la choix de la fragilité, d’une vie ici-bas avec la main tendue vers Dieu plutôt que les pieds posés sur le béton. Et en plus, ils auront la vie éternelle.

 

« Mais qui donc peut être sauvé ? »

La question bimillénaire trouve un écho dans notre modernité : rien de ce que je fais, de ce que je dis, de ce que j’espère pour ici-bas ne passera la rampe de la mort. Tout sera détruit. Le salut est impossible aux hommes, nous l’avons bien entendu. En ce sens, nos contemporains ont  donc sans doute raison de vouloir vivre à cent à l’heure, et profiter de toutes les occasions qui se présentent… Si le salut est impossible, si rien ne sera sauvé, s’il n’y a rien d’autre que l’immédiatement présent, mangeons, buvons : de toute façon, demain nous serons morts !

 

A moins de prendre au sérieux la réalité de Dieu : il y a quelque chose d’autre, de plus grand, de plus, de « cent fois plus » que la réalité humaine visible. Si je ne suis pas qu’une machine au physique sophistiqué, si ma vraie dimension est « ailleurs » et donnée par Dieu, seul et seulement, je peux édifier, bâtir ma vie dans une perspective plus durable. On parle bien de « développement durable » pour notre économie…

 

Comme « tout est possible à Dieu », dans la foi que nous confessons, j’ai le choix de vivre comme Paul le proclame, avec la joie de savoir que tout tourne à mon salut – même son emprisonnement du moment en devenait l’occasion !

Il ne s’agit pas tellement d’être convaincu par de beaux arguments que de me laisser porter par ce qui parle dans mon être, dans mon cœur : c’est cette voix de Dieu, en moi, qui conduit vers le salut. Je vois un monde différent, un monde où il se passe beaucoup plus – cent fois plus ! - que  ce que  je peux percevoir avec mes cinq sens. Là se sont passé les combats décisifs, là se déploie le Règne de Dieu – c’est là que je reçois les forces et les consolations pour maintenant, et les certitudes pour l’avenir.

Voilà : à moins de mourir à ce monde, je ne peux pas entrer dans l’autre réalité. Il ne s’agit pas de chercher la mort, mais de savoir qu’elle est là – vieille ennemie, dernière ennemie ! -, et de me considérer déjà comme un membre du peuple que Dieu s’est réservé. J’appartiens au Christ, « car pour moi la vie c’est le Christ ».

© 2008 Olivier Sandoz