19.06.2008
Pâques nous a ouvert un avenir - Jean 10, 11-21
Actes 7, 17-22
L'Eglise s’est très vite mise à explorer les sens qu'ouvre l'événement de Pâques. La méditation sur le "bon berger" fait partie de ce "parcours", et se termine sur cette affirmation que Jésus a donné sa vie - plutôt qu'on la lui aurait prise, comme la violence de Vendredi-saint le laissait croire. Ce pouvoir de "donner sa vie", - et de la recevoir à nouveau -, Jésus l'affirme très fort ici, puisqu'il s'agit pour les disciples d'aujourd'hui comme d'hier de lire la Croix non comme l'échec par excellence, mais comme une victoire - ce qui est évidemment paradoxal !
Voyez toute l'énergie qui est mise dans ce passage : "je connais le Père, je connais mes brebis - je donne ma vie pour elle". L'image du berger, même si elle n'est pas nouvelle dans la tradition biblique, signifie une réalité que nous avons peut-être oubliée : dans l'Antiquité, les gardiens de troupeaux n'étaient pas que des surveillants - ils étaient surtout des défenseurs, et comme tels, amenés à risquer leur vie contre les bêtes sauvages pour la sauvegarde du troupeau - l'image de David jeune berger nous revient peut-être à l'esprit, lui qui avait combattu un lion...
Tout est aménagé dans ce passage pour que nous comprenions que Jésus n'est pas venu par hasard, mais qu'il est chargé d'une mission, et surtout que c'est Dieu qui mène l'histoire de bout en bout : que le Christ meurt de mort violente n'est pas une surprise, c'était prévisible... Parce que quand un berger se fait engager par un propriétaire, c'est dans son "cahier des charges" de mettre sa vie dans la balance - et le "bon berger" se reconnaît justement à ça : devant le danger, il ne fuit pas ses responsabilités!
Cela n'empêche pas la crainte : rappelez-vous le jardin de Gethsémané, la prière angoissée de Jésus à l'approche des événements dramatiques qui s'annoncent, comme le rapportent les autres évangélistes... ! ...mais le Christ ne se défile pas, ne cherche pas sa propre sécurité, il marche au martyre, quand bien même il ne le cherche pas à tout prix...
Au soir de Vendredi-saint, le "contrat" est rempli : le troupeau dont Jésus a la charge, cette "Eglise en germe", encore bien petite c'est vrai, n'a pas été balayé par l'offensive des gens du Temple : le Christ a donné sa vie, et la violence a été "limitée"- si l'on peut dire - à une seule victime.
Dans l'histoire des religions, ce n'est évidemment pas une "bizarrerie" que de voir un mouvement perdre son chef : combien de communautés passent par la douloureuse épreuve d'une persécution qui frappe la tête du mouvement... Mais ce qui est particulier, dans notre foi, c'est que cet échec trouve un rebondissement inattendu dans la résurrection, dans la réapparition de celui qui a été exécuté - et que très vite, les disciples vont y puiser la confirmation qu'ils sont dans le juste, malgré les apparences, en faisant confiance au message de leur Maître : il n'a pas subi la mort, on ne lui a pas ôté la vie, il en a fait cadeau parce qu'il avait à le faire.
Et "Dieu l'a ramené de la mort à la vie". Si Dieu s'est mêlé de la chose, c'est qu'il y a plus ici que la simple exécution d'un dissident, et que le bon berger qui a rempli son contrat voit sa récompense dans la vie qui lui est rendue.
La vie-cadeau : Jésus exhorte ses disciples - nous ! - à suivre cette voie, à ne pas craindre d'assumer nos responsabilités de servantes ou de serviteurs de Dieu, parce que ce Seigneur tient aussi fermes les termes du contrat : le propriétaire du troupeau a promis la vie qui ne finit pas, la vie éternelle, à celles et ceux qui s'engagent dans son domaine ; quand bien même la mort nous attend toutes et tous au bout de la route, Dieu fait éclater cette limite, en créant avec le Christ un chemin qui traverse cette réalité, qui la rend inoffensive.
C'est une nouvelle traversée de la Mer Rouge qui nous est proposée, à nous tous les humains de ce siècle et de tous les siècles passés et à venir : derrière nous, le temps qui galope comme les chars de Pharaon, qui nous rattrape... devant nous, la masse mouvante de l'inconnu dont on ne peut rien savoir, rien dire. Il nous faut faire un choix : avancer en croyant que la mer va s'ouvrir, ou rester sur le rivage à se lamenter, et subir les événements...
Il me semble pourtant que nous pouvons faire le juste choix, dès aujourd'hui, dans cette vie, parce que nous expérimentons la fidélité et la fiabilité de Dieu à travers l'Histoire, et à travers NOTRE histoire de vie également.
Il y a en chacune, en chacun de nous, des éléments, des épisodes de vie qui nous font sentir que nous sommes portés, accompagnés bien au-delà de ce que nos forces toutes humaines l'auraient permis… Le discours d’Etienne, le premier martyr, le manifeste dans cette jolie expression à propos de Moïse : « Il était beau aux yeux de Dieu » ! Nous sommes belles, beaux, aux yeux de Dieu…
Et Pâques, grâce au Christ, nous a ouvert un avenir : choisissons de le vivre !
© 2008 Olivier Sandoz
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02.03.2008
Avec les Soeurs à Grandchamp: "Toi aussi, tu comptes pour moi" - Jean 6, 1-15
Exode 16, 1-18 ; 1 Pierre 1, 3-9
On nous parle de 5000 hommes dans l’Evangile de ce matin : aujourd’hui, nous sommes encore loin du compte… mais je ne suis pas Jésus ! 5000 personnes qui écoutent des paroles incroyables et toutes nouvelles, qui disent la vie, le salut, la vérité, la paix – un Royaume de liberté tout proche. Pour le peuple d’un pays occupé, ce langage-là, c’est de la dynamite ! …et puis les guérisons qui se succèdent, c’est l’ambiance des grands jours : on se presse, on veut voir, toucher, recevoir un mot de Lui…
Le temps passe, les ventres sont vides. Les esprits, les yeux, les oreilles ont reçu ce qu’il leur fallait, mais pas les estomacs – et quelquefois, et bien c’est le ventre qui commande ! Seulement… on est dans un endroit isolé : pas de magasin en vue, et pas assez d’argent pour nourrir tout le monde, de toute façon, même si l’on trouvait de la marchandise en suffisance… Les proches collaborateurs de Jésus doivent afficher des mines un rien soucieuses : une foule qui a faim, ça peut avoir un mouvement d’humeur, et surtout, ça ne se contrôle plus - Philippe, l’un des Douze, a vite fait le calcul : il faudrait 200 deniers, six mois de salaire pour nourrir tout ce monde : rien que ça !
Ce jour-là, ce n’est pas innocent si c’est un enfant qui s’approche d’un autre disciple, André, avec 5 pains d’orge et 2 poissons – les bras encombrés de ces richesses : «Tiens, André, voilà la nourriture que j’ai».
Un enfant : là-bas, à cette époque, un enfant c’est «quantité négligeable» ; on ne leur demande pas leur avis, aux enfants, on ne pensait même pas qu’ils puissent en avoir un ! … Et pourtant, c’est d’un enfant que vient l’exemple, l’illustration de tout l’enseignement de Jésus : « ce que j’ai, je te le donne » - pour permettre au monde nouveau de germer.
1 pain pour 1000, 1 poisson pour 2500, personne n’est dupe : cela ne suffira pas – mais c’est à la fois tellement touchant que cet enfant accomplisse ce geste si simple, et tellement important !
Sans doute qu’il faudrait beaucoup plus de personnes qui ont le souci des autres, comme la mère de cet enfant qui l’a muni de provisions. Ah, si seulement c’était toujours comme ça : avoir quelqu’un qui est attentif à mes besoins ! Etre moi-même attentif aux besoins des autres ! Double enjeu qui apparaît au cœur de ce texte : une foule abandonnée à elle-même, un « troupeau sans berger », et cet enfant dont une mère s’est occupée – et la rencontre de ces deux réalités si éloignées conduit à un rassasiement.
La suite, c’est le déroulement de la Cène, le repas du Seigneur qui nous donne la vie : Jésus prend le pain, rend grâce, rompt le pain et le donne à ses disciples en les invitant à le passer plus loin ; de même avec le poisson ensuite, de sorte que chacune, chacun mange à sa faim – et laisse des restes : il y a toujours des restes de pain et d’amour au repas de Dieu…
Devant le récit, nous pouvons adopter diverses attitudes, depuis le « 5 pains pour 5000 personnes ? De qui se moque-t-on ? » jusqu’au « c’est écrit dans la Bible, ça ne se discute pas ! »… Mais la question n'est pas vraiment là, autour de la possibilité ou de l’impossibilité de la chose... Un « miracle », c’est justement du «concentré d’impossible», parce qu’il faut un signe parlant, une illustration. Le jeune enfant donne ses provisions avec tout son amour, façon de dire «Moi je compte pour quelqu’un, alors sachez-le : vous les 5000, vous comptez pour moi ! ».
Est-ce que c’est impossible pour moi de croire qu’on me veut du bien ? – L’image que nous recevons de ce monde est très hostile, et pourtant…
Qu’est-ce qui vous semble le plus facile, qu’est-ce qui est le plus à notre portée :
- vivre en disant aux personnes qui nous entourent qu’elles comptent vraiment pour nous,
- ou nourrir cinq mille personnes avec cinq pains ?
Offrir ce qui a été donné, offrir ce que l’on a reçu simplement parce qu’on l’a reçu, donné simplement parce que c’est l’effet produit par la parole de Jésus…
Quand je visite des classes, il arrive que le sujet du jour soit la multiplication des pains… et aux questions des enfants qui demandent « comment c’est possible ? » (!), je réponds par la question « est-ce que vous croyez que c’est possible ? »… Et nous enchaînons sur les choses si petites qu’on peut donner et qui se multiplient : amour, sourire (faites l’expérience de sourire dans la rue !),… L’année suivante, un enfant m’a dit : « Tu sais, ça marche ! »…En amont de cela, il y a le défi posé à notre foi : croyons-nous, pouvons-nous croire que nous comptons pour Dieu ? Croyons-nous qu’Il a souci de nous ?
Avant même que nous puissions offrir, partager, donner plus avant, sans condition, Dieu nous a ouvert toutes les richesses des ses mains : Il dit à chacune, chacun ici « TOI, TU COMPTES POUR MOI ! ».
© 2008 Olivier Sandoz
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24.02.2008
La vérité vous rendra libre ! - Jean 8, 31-37
Josué 24, 14-18; Ephésiens 6, 14-18
De combien de belles déclarations l'histoire du salut est-elle traversées, de combien de superbes confessions de foi les textes bibliques se font-ils l'écho ! ...et combien d'abandons, aussi, combien de reniements, de trahisons !
La question qui se pose constamment aux gens de foi, c'est de savoir jusqu'où peut aller cette confiance qu'ils sont prêts à accorder à Dieu, quand leur histoire est traversée d'événements difficiles, d'épreuves, de désolations... Vous venez de l'entendre, il est relativement aisé de se réclamer de glorieux ancêtres comme Abraham, mais c'est une toute autre chose que de vivre cette confiance au quotidien ! Ainsi la foule qui suit Jésus : voilà un Maître charismatique, auquel on ne reste pas indifférent lorsqu'il ouvre la bouche, lorsqu'il fait des prodiges, mais qu'on a plus de peine à suivre quand il "ose" une vérité qui nous fait mal, qui nous remet en question : "Si vous restez fidèles à mes paroles, (...) vous connaîtrez la vérité, qui vous rendra libres."
- "Mais nous SOMMES libres !" rétorque la foule...
Voilà bien le problème : tels que nous sommes, comme nous vivons, nous sommes bien "en ordre", il n'y a fondamentalement rien à changer, rien à modifier... juste des détails, mais pas l'essentiel, n'est-ce pas ? ...Jésus n'est pas très rassurant : "la vérité est ailleurs", la liberté est bien au-delà de ce que nous avons décidé qu'elle devait être !
Il me semble qu'il en va ainsi de bien des aspects de notre vie, quand nous nous contentons de ce qui est - on nous a dit qu'il faut "accepter les choses comme elles sont", on ne va pas commencer à tout changer... ! Or voilà qu'au cœur de ce monde éclate une Parole inouïe, une Parole qui a bien de la peine à se faire entendre : la vie n'est pas ce "contentement" dont on se satisfait quand ça ne va pas trop mal, - même si le voisin, juste à côté, passe par des moments pénibles - et qui nous met en colère quand "ça ne va plus bien" ! Le Christ nous invite avec insistance à regarder le monde plus globalement, à ne pas nous satisfaire d'une prudente réserve, à nous engager fort et ferme pour que le "plus" de justice, d'amour, de qualité de vie, ne soit pas l'apanage de quelques privilégiés, mais vraiment un héritage partagé par tous: "ce qui manque le plus à mon bonheur, c'est que toi AUSSI, tu puisses être heureux !".
"Vous serez libres !", cela veut dire qu'ils ne le sont pas tellement - et les auditeurs de Jésus se rebiffent : comment ? mais nous SOMMES libres, depuis des siècles ! ... et bien non !!! Nous nous trompons nous-mêmes, la vérité n'est pas un semblant de justice, d'amour, de qualité de vie, elle est possibilité réellement offerte à chacune, à chacun, d'accomplir son existence dans la dignité et le respect de sa personne - et nous sommes encore loin du compte !
C'est le "cheval de bataille" de l'apôtre Paul, qui compare la vie humaine à ce combat toujours répété contre l'obscurité, contre un monde de ténèbres où les plus faibles sont piétinés: la vérité comme ceinture, la droiture comme cuirasse ; la foi comme bouclier, le salut comme casque, la Parole de Dieu comme épée - l'équipement du soldat de Dieu, c'est tout autre chose que l'instinct de survie, c'est la volonté et la responsabilité de nous engager dans la lutte en faisant confiance à Dieu seul, en croyant qu'Il nous prépare constamment non seulement à résister aux tentations de pouvoir qui asserviraient le prochain, mais surtout à nous porter à la pointe du combat avec la certitude qu'Il en est d'ores et déjà le vainqueur : "Si vous restez fidèles, si vous demeurez dans ma Parole,..." !
Les belles paroles, les engagements solennels, ça a de l'allure dans l'élan des grandes réunions... et puis, quand vient le moment du retour au quotidien, on se dit parfois que tout cela n'aura été qu'un "pétard mouillé" : les Israélites jurent fidélité à Dieu, à maintes reprises... et puis retournent plus ou moins vite à leurs idoles ! ...mais qu'on ne leur jette pas la pierre, pas nous ! Nous sommes des habitués des déclarations d'intention qui finissent par avorter, des promesses vite oubliées, des engagements rompus... c'est d'ailleurs pour cela que, dimanche après dimanche, notre liturgie s'arrête à la confession du péché, et à l'allégement, au pardon que Dieu accorde : si nous voulons être libres, il nous faut être libérés de ce qui pèse, débarrassés de ce qui nous entrave, légers pour le service de Dieu ! Pensez au jeune David qui, au moment de se porter au-devant de Goliath, laisse tomber l'embarras de la cuirasse et de l'équipement prêtés par Saül pour ne saisir qu'une fronde et quelques cailloux...: léger, aérien, équipé par Dieu, qui donne toujours le nécessaire, qui donne toujours Lui-même ce qu'il faut pour le service qu'Il nous demande ! C'est ainsi que nous sommes invités à vivre notre foi, c'est ainsi que nous sommes aussi exhortés à vivre la réalité spirituelle nouvelle qui est la nôtre : en croyant que Dieu nous donne tout ce dont nous avons besoin pour manifester sa Parole ici, dans ce coin de pays où nous vivons.
Pour le reste, quant à notre vie spirituelle, quant à notre vie de croyant, ne nous tournons pas vers le passé - au passé "merci !", mais à ce qui vient, "bienvenue !" -, regardons à ce Dieu qui préservera toujours ce qui doit l'être, et qui nous ouvre un avenir et une espérance :
"Si vous restez fidèles à mes paroles, vous êtes vraiment mes disciples; ainsi vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres."
© 2008 Olivier Sandoz
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03.05.2007
Avec les Soeurs à Grandchamp - Jean 14, 6-14
1 Corinthiens 15, 1-8
"Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ?"
Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi.
"Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffira."
Qui m'a vu a vu le Père.
Est-ce que vous êtes parvenus à entendre l’inquiétude qui porte ces questions de Thomas et de Philippe ? …je la trouve presque palpable, dans le texte des adieux de Jésus ! « Où est Dieu ? Que fait-Il ? Comment L’approcher ? Comment Le connaître ? » … du très humain, en fait, devant l’absence qui se prépare, le manque à venir : on commence le deuil en essayant de se rassurer, de nier la réalité – ou de s’accrocher tant bien que mal à ce que l’on connaît : un lieu, un chemin, une relation commune – « Montre-nous le Père et cela nous suffira ».
Jésus avait commencé par un "Que votre cœur cesse de se troubler ! ": au lieu de regarder l’absence, de ne remarquer que le manque, ou de chercher dans les nuages le sillage de Jésus, nous concentrer sur ce qui est à présent, par la grâce qui nous a été faite.
Alors Jésus poursuit sur son identité avec le Père – « Qui m'a vu a vu le Père » -, plutôt que sur des considérations plus ou moins consolatrices. « Dès maintenant, vous Le connaissez, vous L’avez vu », c’est une proclamation inouïe, puisque personne n’a jamais vu Dieu ! Et bien si : connaître le Christ, c’est avoir vu Dieu. Un Dieu à l’œuvre, un Dieu si parfaitement, si humblement humain, et pourtant si parfaitement Dieu. Dieu Père.
Quel père avez-vous eu, vous ? Un merveilleux ou un sévère, un jovial ou un père fouettard ? Aussi bon ou aussi mauvais qu’il ait pu être, mettez-le de côté un moment, s’il vous plaît.
Et maintenant, comment pensez-vous à Jésus ? Rappelez-vous ses paroles, ses actes… il y en a certainement qui vous accompagnent tout particulièrement, pour une raison ou une autre ; le Jésus qui les a prononcées, ces paroles, ou qui les a accomplis, ces actes, c’est celui-là même qui vous propose ici d’être votre Père : de vous dire, ou de faire pour vous exactement cela, que vous attendez de Lui : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. ».
On parie sur la confiance ?
Cette année, plusieurs de mes catéchumènes exprimaient cette sorte d’attente un peu tragique : « Pourquoi Il ne me fait pas un signe, Dieu ? Qu’est-ce qu’Il attend, Jésus ? ». J’aurais voulu leur dire qu’ils avaient tout en mains, qu’une Bible et un peu de persévérance alliée à leur prière et au souffle de l’Esprit-Saint les conduiraient bien au-delà de leurs rêves les plus fous… Mais eux, ils me parlaient du vide, de l’absence, du manque - j’étais bien obligé de les renvoyer à eux-mêmes : « Et toi, qu’est-ce que tu attends pour le Lui demander, directement ? »… même si cette «réponse» n’était évidemment pas satisfaisante pour eux : c’est plus simple si le pasteur répond pour nous, comme ça, s’il se trompe… (!)
Connaître Dieu ? – cela est juste et bon de le vouloir, et le chemin de cette connaissance passe par Jésus, le seul visage de Dieu qui nous est donné jusqu’à la fin des temps.
Savoir ce que fait Dieu ? – mais… Il fait au moins ce que nous faisons de bien, puisque c’est le fruit de notre relation, de notre communion avec Lui !
A chacune de nos questions sur Dieu, il me semble que Jésus nous renvoie à ce que nous vivons dans le présent, à ce que nous pratiquons de l’œuvre de Dieu dans ce monde. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les oeuvres que je fais; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. » Rien de moins.
Et parce que Christ nous a déjà réconciliés, toute notre personne peut être tendue vers la croissance en Dieu. Parce que nous sommes pardonnés, nous pouvons nous tromper, et toujours recommencer.
Par Lui, avec Lui et en Lui.
"Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie"
© 2007 Olivier Sandoz
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21.01.2007
Tout ce qu'il vous dira - Jean 2, 1-11
Esaïe 62, 1-5 - 1 Corinthiens 12, 4-11
Nous nous arrêtons régulièrement à ce récit des noces de Cana, dans la liste des lectures que propose l'Eglise : c'est que ce texte, par sa richesse, n'a jamais fini de nous surprendre !
L'auriez-vous cru, vous, que le premier miracle de Jésus était celui-là ? - J'aurais sans doute plutôt parié sur une guérison miraculeuse, une libération, ou un enseignement fort qui donnerait la couleur de tout ce qui va suivre... Mais Jean, l'évangéliste de ce matin, le précise noir sur blanc : "Voilà comment Jésus fit le premier de ses miracles, à Cana en Galilée"... c'est à la fois tellement peu spirituel, tellement à côté de nos attentes à l'égard de Dieu, et tellement proche de nous, de nos besoins immédiats... Une noce où le vin manque, c'est gênant pour ceux qui invitent, mais ce n'est pas la fin du monde, on se débrouillera bien autrement : on continuerait au jus de fruit, voire à l'eau... Déranger Dieu, déranger Jésus pour cela, ça a quelque chose de futile - Il n'est pas l'échanson, juste un des invités de la fête !
La mention que "les disciples crurent en lui" parce qu'"il fit paraître AINSI sa puissance" a aussi quelque chose de décevant : comme si les futurs "cadres" de l'Eglise avaient besoin d'un tour de passe-passe pour accorder leur confiance au Christ... Mais voilà, cette déception, il faut faire avec ! ...et peut-être qu'alors, nous sommes encouragés à réfléchir, à regarder Jésus autrement que selon nos critères: "Jésus doit faire ceci et pas cela puisqu'il est Fils de Dieu ; il DOIT se comporter comme nous l'imaginons !"...
Quand un texte biblique me laisse déçu, c'est le signe que j'ai voulu aller trop vite en besogne !
A Noël, Dieu entre dans la vie humaine, dans la chair des hommes, et cette incarnation n'est pas un mot en l'air, comme s'il ne faisait qu'effleurer notre réalité. L'Evangile, c'est tous nos sens en éveil :
- l'ouïe parce que nous entendons la Bonne Nouvelle;
- la vue, "venez et voyez" dit Jésus en recrutant ses disciples;
- le toucher, quand la main de Thomas vient chercher les blessures sur le corps du Crucifié ressuscité, ou toutes ces fois où Jésus va toucher pour guérir, pour encourager, pour mettre le doigt sur l'endroit où ça "gêne";
- l'odorat, en nous rappelant la myrrhe et l'encens des mages, et le parfum répandu sur le Christ pour chasser l'odeur de la mort qui se profile;
- et enfin le goût, le bon goût de l'Evangile, avec ce vin généreux au jour des noces, ce nectar sans pareil à Cana.
Tout le récit, ce matin, nous dit une parabole de la vie humaine, où la joie est fragile, et la soif immense, - et l'avarice au rendez-vous : économiser sur le vin le jour d'un mariage…! Pourtant, qu'une seule personne regarde autour d'elle et découvre un manque, une soif - ici c'est Marie -, qu'une seule personne prenne la peine de s'en apercevoir et de le relever auprès de Jésus, et le monde change déjà ! Elle est belle, la prière de Marie à son fils, parce qu'elle est sans contrainte, elle dit ce manque sans exiger, ni accuser, ni s'excuser : elle rend attentif - bien des relations seraient simplifiées si nous aussi n'imaginions pas toujours avoir LA solution, LA méthode universellement bonne concernant ce qu'il y a à faire.
Aux noces de Cana, quelqu'un prie, d'autres sont prêts à servir, le miracle peut s'accomplir: aujourd'hui, il n'y aura pas de sourd qui retrouvera l'ouïe, ni d'aveugle la vue, ni de mort ranimé ou de lépreux purifié ! Aujourd'hui, c'est une question de goût - et pour Dieu, un geste totalement gratuit, juste pour amener la joie aux humains, là où ils sont, comme ils sont... juste la joie de Dieu à voir les gens heureux... Le Seigneur donne le meilleur pour la vie des hommes parce que quelqu'un a été attentif aux autres, parce que quelqu'un n'a pas hésité à dire où l'on en est.
Elle est bienheureuse, Marie qui sait regarder autour d'elle ! Elle est bienheureuse, Marie qui tourne vers Dieu un regard tout rempli de ce qu'elle a vu parmi les siens ! C'est le don de l'attention, le don des égards pour l'autre, un don précieux !
C'est ce que Paul a rappelé dans plusieurs de ses lettres : il y a multiplicité de dons, accordé par le même Esprit; il y a de multiples façons de servir le même Seigneur. Dans chacune de nos communautés humaines édifiées sous le signe de Dieu, sous le signe de la confiance en Dieu, il y a des dons, en nombre. Peut-être qu'il n'est pas toujours facile de les discerner, ces dons, peut-être que nous manquons souvent de clairvoyance, que nous passons à côté, même des dons qui nous sont propres, par ignorance, par timidité, par modestie - quand on se dit : "je ne serai pas à la hauteur, il ne faut pas que je me lance ..." Et pourtant ! Nous avons notre place, et notre rôle, et notre service propre, au milieu des autres, là où Dieu nous a engagés.
Dieu qui rebâtit sa ville - c'était dans le texte du prophète, tout à l'heure ! -, et cela fait sa joie. Dieu rebâtit.
Aujourd'hui. Dieu rebâtit avec vous, et VOUS faites sa joie, quand vous le laissez verser en vous l'eau vive de Cana, ce nectar dont on n'osait simplement pas rêver. Il a bon goût, notre Dieu, vous savez, et Il peut nous abreuver autrement : dès le premier miracle de son Evangile, nous entrons à la noce avec Lui ! C'est la promesse d'une vie qui ne manquera pas de saveur... !
Ce matin, j'aimerais que vous sortiez d'ici en vous disant que c'est vous, chacune, chacun de vous, le "nectar de Dieu", le vin généreux que Dieu verse dans notre communauté. La communauté a soif de votre personne, et si vous venez à manquer, comme dans la parabole de la brebis perdue, quelle joie lorsque l'on vous retrouve, lorsque vous mettez à nouveau votre don à disposition pour le bien de tous.
Dans ce monde si dur, Dieu nous verse pour être un nectar unique, à nul autre pareil ; Dieu nous a placés là où nous sommes pour désaltérer la soif de nos voisins, de nos amis, de celles et ceux qui nous entourent, de ceux que nous sommes appelés à aimer, - amis et ennemis, tous ensemble. Et à cause de cela, de ce miracle d'une transformation de notre "peu de goût" en saveur exceptionnel, d'autres seront amenés à croire...
Marie a deux phrases pour terminer dans ce récit : la première à son Fils Jésus, c'est
"Ils n'ont plus de vin" ;
la seconde, aux serviteurs - c'est-à-dire à nous -, c'est :
"Tout ce que Jésus vous dira, faites-le !".
© 2007 Olivier Sandoz
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27.08.2006
«Personne ne peut venir à moi si Dieu ne..." - Jean 6, 60 à 71
Josué 24, 1 à 3a.14 à 15 - Ephésiens 5, 15 à 20
Il y a bien longtemps – je vous parle ici d’une époque où les peuples voyageaient, circulaient dans leur recherche jamais achevée d’une terre, d’un lieu où s’arrêter – il y a bien longtemps donc, se posait un problème crucial dès qu’une tribu s’établissait : allait-on ou non garder sa ou ses divinités « de route », ou adopterait-on la ou les divinités de la région où l’on s’installe ? – voilà la question que Josué pose à son peuple dans notre premier texte de ce matin.
En langage « moderne », cela pourrait donner : avec quel Dieu est-ce que je vis les étapes, les transitions, les bouleversements de ma vie ? S’il nous semble un peu « primitif » de changer de Dieu parce que l’on change de condition, j’ai l’impression que c’est tout de même ce schéma-là qui continue à nous habiter aujourd’hui…
En passant de l’aisance à la pauvreté – ou l’inverse – quelle image de Dieu est-ce que je porte ? En passant de la solitude à la vie de couple, de la vie de couple à la vie avec des enfants – et en revenant à la vie de couple après le départ des enfants, ou à la solitude avec la disparition du conjoint, est-ce bien toujours la même image de Dieu que je véhicule avec moi ? Est-ce que c’est toujours le « même » Dieu auquel j’adresse mes prières, et dont j’attend réponse et exaucement ?
Après quarante ans de désert, les Israélites s’installe en Terre promise ; quarante ans de marche et de combats, quarante années de nomadisme, et puis cette sédentarisation : est-ce que le Dieu du désert sera toujours efficace ? Est-ce que le Dieu des campements de toile que l’on déplace au gré des pâtures va rester actif une fois qu’on se sera installé dans des villes en dur ? Et si c’est oui, quelles relations, quel culte quelle organisation sociale vont en dépendre ? On était ensemble, toutes tribus confondues, et les voilà disperser sur un immense territoire…Nous venons d’entendre en troisième lecture le récit d’un crise à l’intérieur du cercle des disciples : suivre le guérisseur, l’enseignant, le faiseur de miracles, d’accord… Mais où Jésus va trop loin, c’est quand il se dit « descendu du ciel », c’est quand il annonce que sa vie va être donnée, c’est quand il dit vouloir offrir sa chair et son sang à manger et à boire pour le salut ! Alors, des disciples s’en vont, beaucoup de disciples. Le discours de Jésus a changé, voilà qu’il réclame foi, confiance – et plus seulement intérêt pour les guérisons, curiosité pour les miracles… Les temps changent, à quel Dieu accorder son crédit ?
Il reste les Douze, le « noyau des fidèles », ceux qui resteront jusqu’à jeudi-saint. Et parmi ces Douze, Judas, celui qui vendra Jésus – mais plus tard, parce qu’aujourd’hui, avec les autres, il reste, il croit, il s’attache à Jésus et ne lui veut aucun mal… Les événements, ensuite, changeront son regard, et à la place du Fils de Dieu, il ne verra plus qu’un humain décevant… quoique… sur la question de Judas, les avis divergent. Pour l’instant, Judas aime Jésus.Cela me fascine quand même de découvrir au milieu d’un évangile ce constat d’une scission, d’une déception face au Christ ; je garde plus volontiers le souvenir de foules grouillantes, d’un peuple qui a faim et soif et qui ne laisse pas Jésus se reposer – une foule qui inquiète parfois les disciples. Voilà que déjà, certains de ses proches le quittent, alors que rien n’est encore consommé, alors que l’histoire passe seulement la deuxième vitesse… Et Jésus, loin de les retenir, prend acte : «Personne ne peut venir à moi si Dieu ne lui en a pas donné la possibilité.»
Elle est terrible, cette phrase, non ? De Dieu dépend que je croie ou non en Jésus-Christ. Et même, parmi ceux dont j’imaginais qu’ils croyaient – EUX qui pouvaient voir et entendre Jésus ! -, en voilà qui se retirent, qui «trahissent» déjà, sans que Jésus pourtant ne les condamne ! Comme Josué qui laisse le peuple choisir son Dieu – tout en se déclarant lui-même, et les siens avec lui, confiant en ce Dieu qui les a guidés -, sans menacer de mille morts, sans volonté d’imposer ni de convaincre à tout prix : choisissez, mais vraiment choisissez!
Ces textes rappellent à l’ordre les fanatiques de tous les temps, tous ceux qui veulent convertir à tout prix : Dieu n’attend pas de nous qu’on le «place» comme une vulgaire marchandise, Il nous propose de Le proposer : «Le pain que je donne, c’est ma chair, et je la donne pour que le monde vive.»
Ainsi nous avons peut-être, à chacune de ces étapes de vie dont je parlais, à nous poser la question de Dieu, de quel Dieu vit avec nous, de quelle image de Dieu, de quelle idée de Dieu nous avons – et dans le même mouvement, si nous pouvons toujours croire qu’Il nous donne Sa vie pour que nous en vivions.
Nous arrêter, regarder ce qui a été fait pour nous, puis regarder le présent et faire le choix qui en découle. Il n’est pas interdit de se poser la question de Dieu ; je crois que ce qui compte, c’est d’y répondre avec franchise, en «connaissance de cause»…
© 2006 Olivier Sandoz
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06.08.2006
Faim... - Jean 6, 24-40
Exode 16, 2-4.12-16
Mais avoir faim SANS perspective de pouvoir manger à brève ou même à moyenne échéance, quelle angoisse cela représente... en particulier si celles et ceux qui nous sont chers en souffrent également. Et c'est, hélas, le lot de bon nombre de nos semblables de par le monde, que ce soit dans des camps où ils se sont réfugiés, ou devant leurs propres champs détruits par la guerre, la sécheresse ou la bêtise humaine...
© 2006 Olivier Sandoz
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16.04.2006
Pâques - Jean 20, 1-22
Nous avons tous un nom. Nous avons tous un prénom, un nom de Baptême, que Dieu connaît, par lequel Dieu nous reconnaît.
Je me réjouis que la « réponse » de Jésus à Marie ce matin-là, à Marie troublée, à Marie qui questionne "Où l'as-tu mis ?", ne soit pas simplement un « Mais je suis là ! » qui démontrerait une évidence, mais une interpellation, une sorte de dialogue instauré entre Dieu et cette femme, sur le seul appui de son nom :
« Marie ! »
Oui, pour toute réponse, Marie reçoit... son nom : un jardinier ne la reconnaîtrait pas, un jardinier n’aurait aucune raison de connaître son identité, mais Dieu, mais Jésus... !
Alors elle va croire, Marie, croire que son Maître est vivant, parce qu’il l’appelle par son nom - par ce que nous avons de plus précieux au monde ! - , et que la simple écoute de ce nom suffit à dissiper tous les doutes, suffit à instaurer une foi renouvelée :
«Mon Maître ! »
Il y avait quelque chose d'étrange dans le comportement de Marie de Magdala, ce matin-là. Elle a du chagrin, soit ; elle découvre le tombeau vide et n'en tire aucune déduction : cela peut se comprendre, parce qu'elle n'est pas aidée par les Ecritures comme nous le sommes. Mais dans le tombeau, il y a deux anges ! Ils ont certainement un air surnaturel, et à l'évidence, ils ne sont pas venus dans ce jardin, au bord de ce tombeau, juste pour une promenade, encore moins pour l'agrémenter d’un petit air baroque... pourquoi ne les soupçonne-t-elle pas, eux, d'avoir enlevé le corps de son Seigneur ? Ils lui ouvrent pourtant une porte : "Pourquoi pleures-tu ?" - Elle ne fait que constater : "On a enlevé mon Seigneur, je ne sais pas où on l'a mis."
Elle se retourne, elle aperçoit quelqu'un, qu'elle prend pour un jardinier, et c'est celui-là qu'elle supplie :
"Où l'as-tu mis ?"...
Quelle drôle d'idée ! Pourquoi un jardinier s'amuserait-il à retirer un corps du tombeau, et comment s'y serait-il pris sans aide ? La question ne tient pas debout, et pourtant, dans sa douleur, Marie dit vrai : c'est bien celui qu'elle a en face d'elle qui a emporté le corps... ! Jésus s'est relevé lui-même de la tombe.
Curieusement, ce qu'elle dit est tout en profondeur : quand elle suppose que c'est un jardinier, elle lui prête, de tous les métiers, celui qui a le plus à voir, qui est le plus spécialisé dans les résurrections...: histoire d'une graine qu'on met en terre pour qu'elle y meure, et resurgisse... ! En tout cas, ce professionnel du renouveau arrache Marie à la passivité dans laquelle l'enfermait sa douleur. Du "Je ne sais pas où on l'a mis" tristement constaté devant les anges, elle passe au "Où l'as-tu mis ?" de l'enquêteur... Et la réponse, c'est son nom :
"Marie !"
Elle se redresse, elle revit. Aux disciples terrorisés et encore incrédules, elle peut courir annoncer :
"J'ai vu le Seigneur!"
L'évangéliste Jean n'arrête pas son récit à cette aube, si lumineuse soit-elle : "Le soir de ce même dimanche", Jésus apparaît à ses disciples, Jésus se fait reconnaître à eux non pas à travers sa gloire, mais par les traces de ses blessures : les mains trouées, le côté percé...
"La paix soit avec vous, comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. Recevez le Saint-Esprit !"
Les disciples ne le prendront pas pour le jardinier, ils laissent jaillir leur joie, entourant leur Seigneur : c'est bien lui, le Christ, qui a souffert, qui est mort - mais le voilà ressuscité, on ne sait comment ! Ressuscité.
Et nous, ce matin, nous sommes invités à croire à cette Résurrection. A croire que malgré les pertes, les séparations, les difficultés, les trahisons, malgré ce qui nous pèse parfois très lourd sur le cœur ou la conscience, il y a toujours un Dieu qui nous connaît, qui nous appelle par notre nom.
A croire que dans ce "Marie !" crié par le Seigneur au petit matin, c'est notre nom qui est prononcé aujourd'hui par Dieu, pour que nous aussi Le reconnaissions vivant.
Un instant, on pouvait croire que nos pas avec Lui s'arrêtaient au pied de la Croix... un instant ! Et puis voilà qu'Il nous appelle toujours, qu'Il nous appelle encore, personnellement, et qu'en l'entendant dire qui nous sommes, nous pouvons faire un pas de plus dans la vie.
Je ne sais pas ce qu'est la résurrection des morts : je ne sais pas quand aura lieu cette résurrection, ni comment elle se fait. Je sais seulement qu'il y a une résurrection des vivants, je sais seulement ce à quoi Dieu nous appelle par notre nom : une résurrection ici, et maintenant !
Pâques, nos Pâques à nous, notre "traversée de la Mer Rouge" à nous, ou notre « traversée du désert », c'est aller de l'avant dans la confiance que Christ est ressuscité pour nous ressusciter, quoi qu'il nous advienne.
Heureuses Pâques pour vous, mes soeurs, mes frères ! …et peut-être qu’aujourd’hui, à la traditionnelle salutation pascale :
"Christ est ressuscité !",
nous pourrions répondre :
NOUS SOMMES VRAIMENT RESSUSCITÉS !
© 2006 Olivier Sandoz
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