23.08.2009
Venez voir ! - Jean 1, 35-42
Esaïe 49, 1-5; Galates 6, 1-5
« Où demeures-tu, Maître ? » demandent les disciples ce matin – pour nous, ce serait : « Seigneur Dieu, mais où donc es-tu ? »
A cette recherche que nous faisons de Dieu, une réponse est donnée, inscrite dans l’Evangile : « VENEZ, ET VOUS VERREZ ! »
Pour trouver Dieu, il y a sûrement des milliers de façons de faire, depuis la prière silencieuse jusqu’à l’engagement politico-social le plus poussé, depuis la quête dans les livres jusqu’à la plongée au plus profond de son être, sans oublier les retraites au désert ou les vœux dans un couvent. Tellement de tentatives, et pourtant toujours une seule réponse, « viens et tu verras ! » - ou plutôt « venez et vous verrez », puisque c’est au pluriel, puisque ce Dieu que je voudrais peut-être pour moi tout seul, c’est tous ensemble qu’Il nous invite, c’est nous tous qu’Il espère.
VENEZ : c’est tout de même curieux… Nous imaginons quelquefois trouver Dieu dans le silence feutré d’une église, dans la stricte obéissance à la rigidité des commandements, ou dans nos grands discours… et puis voilà que Dieu, c’est l’autre qui passe, et qu’il faut juste suivre pour voir où il va, où est sa demeure ! Dieu est vie, et la vie ne s’arrête pas, ne reste pas en place : venez, suivez pour ne pas perdre !
Venez, ET VOUS VERREZ… ce que nous voyons, c’est que Dieu est présent pour nous lorsque nous nous montrons des vivants : quand je souffre ou que je ris, quand que je cours ou qu’au fond de mon lit de malade, je crie vers Lui, Il est là. Je compte pour Lui.
Venez : il y a des milliers de façons de chercher Dieu, de Le questionner, de Le rencontrer, mais il faut toujours commencer par se mettre en route : venez, allez – les seuls qui ne bougent plus, ce sont les morts – et encore, depuis Pâques, on n’en est plus si sûrs ! Alors, « VENEZ VOIR ! »…
« Dès avant ma naissance, le Seigneur m’a appelé ; depuis que je suis né, Il a prononcé mon nom. (…) Je pensais m’être donné du mal pour rien, avoir usé mes forces sans résultat, pour du vent (…) mais le Seigneur reconnaît la valeur de mon service, mon Dieu est ma force ».
Voilà les paroles confiantes du prophète Esaïe, voilà des paroles justes pour nous ! VENEZ VOIR Dieu transfigurer toutes choses ; ce qu’on croyait avoir perdu, même notre temps si précieux et pourtant si souvent gaspillé pour du vent, même cela a de la valeur pour Lui.
Je pense à vous : au service de Dieu, au service des autres, dans le quotidien… Vous avez entendu ? Même si vous pensez parfois que le travail n’avance pas, que la reconnaissance n’est décidément pas de ce monde, et que vos pauvres forces sont insuffisantes à venir au but de l’ouvrage, confiance ! Le dernier mot revient à Dieu ! On vous critique, on vous épie, on vous soupçonne de naïveté ? Confiance ! Il n’y a aux yeux de Dieu rien qui pourrait disparaître sans laisser de traces – le Seigneur « garantit mon droit, mon Dieu détient la récompense ».
Alors Paul écrit aux Galates : et bien quoi ? bien sûr que nous nous trompons parfois, nous aussi ! Bien sûr que nous pouvons faire des erreurs, puisque c’est une part même de notre humanité, ces défaillances toujours possibles… Mais nous sommes bienheureux s’il y a sur notre chemin quelqu’un pour nous remettre sur la bonne route, surtout s’il le fait comme le veut le Seigneur, avec douceur – entendez avec amour – sans chercher pour lui-même considération, profit, gloriole ni bravo… Quand on reprend quelqu’un, que ce soit en discrétion, et en veillant comme le dit Paul à sa propre conduite ! Il est facile de critiquer, il est facile de se vanter, mais il s’agit aussi de se tenir soi-même à l’œil…
Des milliers de façons de rencontrer Dieu, de rechercher la perfection divine, mais si l’amour est la « voie royale », et bien la réponse de Dieu c’est « VENEZ VOIR », c’est « CONFIANCE », je vous connais, et c’est « COURAGE», allons de l’avant avec nos peines, notre passé pas forcément toujours très joli, avec nos envies, nos besoins, notre soif de vivre… Venez voir !
Trois textes, trois mots : VENEZ, CONFIANCE, COURAGE. Vous l’avez remarqué, ce sont des mots du vocabulaire des marcheurs – du vocabulaire des vivants, de celles et ceux que Dieu aime.
« Où demeures-tu, Maître – Venez voir! »
© 2009 Olivier Sandoz
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02.08.2009
Faim ! - Jean 6, 24-40
Exode 16, 2-4.12-16
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10.05.2009
Etre aimé ? - Jean 15, 9-17
Actes 10, 44-48; 1 Jean 4, 7-10
Le commandement d'amour, tel que l'évangéliste Jean nous le transmet dans la bouche de Jésus aujourd'hui, est d'une simplicité toute... évangélique (!) :
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime »
Et dans la première épître de ce même Jean, un développement essaie de mettre cet amour de l'autre en perspective : nous avons été aimés, et c'est pourquoi nous pouvons - et devons - aimer, à notre tour...
« Dieu nous aime, Dieu m'aime », qu'est-ce que cela veut dire, pour moi, dans cette vie que je mène, chaque jour, pris entre mes activités quotidiennes et les événements proches ou lointains de ce monde, que les médias me font vivre à chaque instant ? «Dieu m'aime» ? Qu'est-ce que cela change, que «Dieu m'aime» Est-ce que j’en suis bien convaincu, de cet amour de Dieu pour moi et de ce qu'il signifie ? Parce que oui, c'est important d'être aimé, bien sûr, peut-être même que toute notre vie, nous sommes à la recherche de cet amour pour nous, de la part des autres, de la part de l'autre... C’est si difficile de croire que nous avons de la valeur en nous-mêmes que nous courons après une reconnaissance, une «quittance» que l'autre pourrait nous donner...
Alors, «Dieu m'aime», c'est déjà ça d'acquis ! Mais encore ?
On dit souvent que « l'originalité » du message chrétien, c'est cet amour absolu qu'il proclame, que nous avons bien de la difficulté à rendre, et même simplement à vivre ! Aujourd'hui, nous l'entendons comme l'exigence la plus haute de notre vie de croyant : « Vous devez vous aimer » !
Ça m'est précieux de penser, de m'adresser à Dieu comme à quelqu'un qui m'aime, et m'apprécie, et même qui croit en moi, en mes possibilités... C’est un curieux retournement de me dire «Dieu croit en moi», alors que nos discours tournent si souvent autour du « je crois ou je ne crois pas... en Lui » ! Oui, ça m'est précieux, parce que cela m'évite d'avoir à «prouver» ma valeur une fois de plus,. Dieu m'aime comme je suis, pour ce que je suis, ni plus ni moins, et mon «faire», ou mon «perfectionnisme», ou ma paresse n'y change rien.
Vous voyez, c'est pour cela qu'il est tellement important de dire, et de redire : Dieu nous a choisis en premier, Dieu nous a aimés en premier. Avant tout. Avant mes doutes ou mes professions de foi, avant mes actes formidables ou mes fuites misérables, il y a cet amour de Dieu pour nous, qui est à l'origine de tout.
Le récit des Actes des Apôtres, ce matin, nous traduit justement l'étonnement des compagnons de Pierre - des gens pourtant faits au feu du Saint-Esprit : des non-juifs, des païens qui reçoivent leur part de salut, du salut offert par le Dieu d'Israël, voilà une façon de faire bien inhabituelle ! Dieu qui précède nos révolutions, nos conditions, Dieu avant notre catéchisme et nos exigences, ailleurs que dans notre « portrait-robot du Chrétien accompli... »
Ça s’appelle la grâce, l’acte souverain de Dieu.
J'en reviens à ma question de tout à l'heure : Dieu m'aime, et encore ?
J'essaie de prendre les choses à l'envers, et d'imaginer l'inimaginable, le cauchemar pour moi : un monde où je vivrais sans Dieu. Je m’y découvre surtout misérable, cherchant continuellement l'approbation de l'autre, courant à la poursuite d'un sens, d'une raison.
Et puis je me réveille dans ce monde de présence, dans ce monde d'un amour qui me précède: c'est vraiment bon de me savoir précieusement aimé, de me savoir libre de vivre ma vie sans risquer de perdre un amour que j’ai simplement reçu, et qui ne me sera pas retiré à la première incartade, puisqu’il ne m’a rien coûté ! C'est vraiment bon, et bien, de pouvoir avancer dans la vie avec la certitude qu'il y a toujours un lieu où me réfugier, quelle que soit l'heure du malheur ou du bonheur ! C’est vraiment bon, et bien, de participer mystérieusement à un mouvement d'amour qui m’englobe et que je peux - que je dois ! - faire rebondir… !
C’est difficile, un amour qu'il faut donner. Comme Chrétiens, nous sommes exposés, parce que le monde attend de nous ce qu'il n'est justement pas capable de donner lui-même. Comme Chrétiens, face aux lois de la nature, à la loi du plus fort, la loi de la jungle, nous sommes des êtres mis à part pour aimer. Pour dire à l'autre qu'il est important. Et qu'il l'est sans doute pour nous, mais surtout, et d'abord, pour Dieu, et qu'il n’a plus rien à prouver pour avoir le droit d'exister comme il est, pour ce qu'il est.
Jésus insiste, Jésus fait de l'amour – ce sentiment ! - un ordre, un commandement. Mais ce n'est certainement pas à cela qu'il faut nous arrêter : au nom de l'amour dont je suis aimé par Dieu, j'ai à vivre, j'ai à me battre, j'ai à crier que l'autre est précieux par-dessus tout, qu'il est - comme moi - un être d'amour, un être aimé.
Au nom de l'amour de Dieu pour moi, j'ai à rappeler, en paroles et en actes, ce «paradoxe» que même celui que je n'aime pas, que je n’arrive pas à aimer, il est digne d'amour, et aimé de Dieu… !
Commandement d'amour absolu, parce que Dieu, en Jésus-Christ, a accompli sa propre loi, a mis au-dessus de Lui sa propre loi : «Le plus grand amour, c'est de donner sa vie pour ses amis». C'est Vendredi-saint, et c'est Pâques en même temps !
© 2009 Olivier Sandoz
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03.05.2009
Ensemble porter du fruit - Jean 15, 1-8
Actes 9, 26-31; 1 Jean 3, 18-24
« Il ne faut pas que notre amour consiste uniquement en discours et en belles paroles, faisons preuve d'un véritable amour qui se manifeste par des actes » : la première lettre de Jean à sa communauté mérite d’être entendue, aujourd’hui encore, en tant que cet appel à l’acte, à la pratique, et pas seulement au discours…
Car il ne s’agit plus seulement aujourd’hui de publier des prises de position, si bonnes soient-elles, ou d’élire des commissions en nombre, qui s’occuperont de tel ou tel problème de société – pour déboucher trop souvent sur une simple et pieuse déclaration d’intention visant à « remettre l’Eglise au milieu du village »…
Il s’agit, bien plutôt, que nous imaginions ensemble, que nous inventions ensemble les actes de présence et d’accompagnement que Dieu, que le Christ attend de nous aujourd’hui – et croyez bien qu’il ne s’agit plus non plus d’attendre qu’une institution fasse tout : le monde a besoin que des femmes et des hommes de tout âge, et d’ici, rendent témoignage de leur foi dans un engagement concret, dans une réelle manifestation d’amour du prochain : ces «actes», ces «inventions», ce sont NOS idées et NOS gestes, parce que NOUS sommes les sarments, aujourd’hui.
Cela me fait penser à ce texte de l’Evangile de Jean lu tout à l’heure, l’histoire du cep et des sarments, du pied de vigne et des rameaux à tailler : à quoi servons-nous si nous restons des «machines à parler», une Eglise de discours ? A quoi servons-nous, sinon à bercer d’illusions celles et ceux qui n’auraient pas encore ouverts les yeux sur la vanité de nos belles paroles ? Bien sûr que notre responsabilité de proclamer l’Evangile et de crier avec les pauvres, c’est notre mission… n’empêche, avant tout cela, devant tout cela, il y a ce que Jésus a «inventé» pour ses disciples : aimer concrètement, par des gestes d’amour à accomplir comme obéissance ultime à des commandements qui n’ont rien de « facultatifs » !
Porter du fruit, produire quelque chose de bon et d’agréable, de profitable – pas d’abord pour nous seuls, l’Eglise, mais pour le passant, l’inconnu, l’étrange que Dieu met sur notre route.
Offrir du fruit : ce serait une Eglise comme un buisson de « meûrons » qui propose ses trésors au détour du chemin, là où on ne cherchait pas forcément, mais qui font tellement plaisir !
C’est cette Eglise-là que nous pouvons bâtir ensemble, et pas une Eglise frileuse, voire enrhumée, pas une Eglise craintive qui se battrait juste pour préserver ses propres privilèges, pas une Eglise abritée derrière la prudence de ses membres transis, mais une Eglise d’offrande, une Eglise de dons et d’amitié :
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! ».
Pour arriver à cette Eglise-là – c’est sans doute un idéal, mais qui sait ? -, la route est peut-être longue… alors autant se mettre tout de suite en chemin !
Paul, l’apôtre Paul en personne ne s’est pas découragé quand les membres de l’Eglise le fuyaient comme la peste, précédé qu’il était d’une solide réputation de pourfendeur de Chrétiens – comme vient de nous le rappeler le livre des Actes… L’héritage du passé est lourd, pour nous aussi, des erreurs et des compromissions de l’Eglise dans les siècles passés – mais il est riche aussi des gestes de grâce et d’amour de celles et ceux qui nous ont précédés !
Ne nous laissons pas décourager, l’Eglise n’est pas un monolithe, elle n’a rien de définitif, puisqu’elle est par définition du provisoire, de l’attente d’un retour… L’Eglise, NOTRE Eglise peut changer de visage, mais elle est et reste ce que nous sommes, ce que nous décidons d’y vivre ensemble.
Ensemble, c’est sans doute le maître-mot de toute l’histoire : attachés au cep, plongeant dans les mêmes racines qui nous garantissent d’échapper à la sécheresse mortelle. On peut bien sûr dire qu’il est possible d’être « croyant mais pas pratiquant », on peut facilement affirmer qu’il y a des actions justes, pacificatrices et pleines d’amour AUSSI hors de la foi au Dieu de Jésus-Christ… Dieu merci, l’action humanitaire n’est pas juste un mot, et je crois que nous avons à accueillir avec reconnaissance tout ce que Dieu suscite de bon auprès de chacun de nos contemporains ! Mais quand Jésus s’exclame : « En-dehors de moi, vous ne pouvez rien faire », je l’entends comme la nécessaire mise en garde contre l’épuisement qui nous guette…
Un ami me parlait de la vigne : le cep peut aller chercher de l’eau jusqu’à vingt mètres de profondeur, paraît-il… les branches qui s’y rattachent sont donc assurées de continuer à produire du fruit même par temps de sécheresse extrême… !
Je garderai donc aujourd’hui cette image du cep et des sarments : produire du fruit en restant lié au cep, c’est la « recette » d’une vie donnée en abondance, et qui ne craint pas d’offrir au monde ce qu’elle a de meilleur ! Pourquoi les autres églises, les autres religions, les autres courants de pensée qui traversent notre planète auraient-ils l’exclusivité de la joie, de ce qui est bon ? Le Christ est mort, mais Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité : c’est une bonne nouvelle à vivre et à partager, en paroles et en actes, non ?
© 2009 Olivier Sandoz
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15.03.2009
Jésus fait le ménage - Jean 2, 13-22
Deutéronome 6, 4-9 ; 1 Corinthiens 1, 21-25
Parlant de la mort de Jésus, Paul écrit qu'elle est «scandale pour les Juifs» et «folie pour les non-Juifs» : deux mots pour exprimer l'impasse, pour dire deux positions possibles devant cet événement inouï qu'est la mort de Dieu, en son Fils.
Scandale, blasphème que cette mort, puisque Dieu ne PEUT pas mourir ! La tradition orientale pose Dieu en Maître tout-puissant du Ciel et de la Terre, comme Celui qui a tout créé et par qui tout arrive ; alors, prêcher sa mort, c'est nier Sa toute-puissance, c'est Lui poser une insupportable limite... Dieu, mort? ...on devrait déchirer ses vêtements et se couvrir la tête de cendres !
Et si Dieu est vraiment Dieu, quelle folie que cette mort, quelle folie pour un homme de croire en un Dieu mort ! La tradition occidentale posait toute divinité dans un monde séparé, inatteignable, et imaginer un Dieu touché par nos contingences, ç’aurait été nier sa divinité - ou croire en un Dieu qui ne serait pas « rentable » pour l'homme religieux, qui cherche à mettre de son côté un allié d'une puissance incontestable.
Scandale ou folie, voilà l'alternative, «hors de l'Eglise». Quelle est donc la «troisième voie», celle de l'intérieur, celle de l'Eglise et de ses croyants ? La confiance en un Dieu suffisamment amoureux de ses créatures pour s'en rendre proche jusque dans leurs pires limites, la violence, la souffrance et la mort.
En ce 3e dimanche de la Passion, nous sommes encore un peu éloignés de la semaine sainte, qui reprend le cycle du Vendredi-saint, souffrances et mort de Jésus. Mais l'Evangile de ce jour nous présente - une fois n'est pas coutume ! - un Jésus pris de colère et de violence, emporté à l'intérieur du Temple, au cœur même du sacré... !
Ah ! le Temple... Le lieu mythique de la présence de Dieu, de sa manifestation « visible » ! Il s'y passait en fait bien des choses, au 1er siècle de notre ère : on y enseigne et discute la Loi de Moïse, bien sûr, et puis on y applique la liturgie des sacrifices, comme le commande cette Loi. On y trouve des prêtres - évidemment -bien organisés, hiérarchisés ; et puis, la tribu de Moïse, ces lévites qui dépècent les animaux, font un travail de boucherie, et encore des marchands d'animaux pour les sacrifices, et des changeurs de monnaie: l'argent est nécessaire, mais il ferait beau voir qu'entrent dans le Temple du Seigneur les monnaies impies de l'empereur et de ses vassaux, ces hommes qui aiment à se déguiser en dieux, du moins en effigie ! Alors on « blanchit » l'argent, si vous voulez, en le changeant contre la monnaie du Temple.
Le pire sans doute, dans tout cela, c'est que tout est tellement bien ordonné, bien structuré, que Dieu n'y a plus vraiment de place... le «microcosme» du Temple reproduit en concentré l'ordonnance du monde extérieur, avec ses degrés, ses tracasseries, ses entraves, son étagement social...
Jésus est en colère, et l'exprime d'une façon bien peu feutrée, bien peu discrète, dans cet endroit si convenable : comme une figure du prophétisme ancien, qui réprimande ses contemporains trop enclins à s'occuper de leurs affaires et si peu de leur croissance vers Dieu, Jésus va, renverse tout sur son passage...
Mais... de quel droit, enfin ? Et pourquoi cet éclat dans un univers si bien rôdé ?
En m'entendant parler de la vie du Temple, il vous est peut-être venu quelques images de choses contemporaines, dans et hors l'Eglise d'ailleurs... et ce n'est certainement pas innocent. Car si l'évangéliste Jean pose comme interprétation des paroles de Jésus que le «Temple» dont il est question, c'est le Christ lui-même, j'aime aussi lire le commentaire qu'en fait un penseur du Moyen Age, appelé Maître Eckart : «Le Temple où Dieu veut exercer la puissance de sa souveraineté et de sa volonté, c'est le cœur humain... !».
Ainsi le «désordre» causé par Jésus n'est pas seulement une manifestation prophétique dans le cadre de la religion représentée par ce bâtiment impressionnant, mais aussi l'indice d'un bouleversement intérieur que Dieu provoque en nous. La «colère» et la «violence» de Dieu exprimée par Jésus peut aussi être un signe pour notre vie de foi, notre vie de relations à Dieu. Le Christ chassant les marchands du Temple, c'est pour moi un acte de «désencombrement» de l'existence humaine, pour une «purification» de la spiritualité qui est la nôtre.
Combien de «marchands du Temple» peuvent nous habiter ? Combien d'obligations, de jougs, d'obstacles imposons-nous à notre vie de foi - et par là même à celle et ceux qui nous entourent ? «Un Chrétien, c'est quelqu'un qui doit aller à l'Eglise !» : vrai et faux ! «Un Chrétien, c'est quelqu'un qui témoigne avoir reçu le Saint-Esprit !» : vrai et faux ! «Un Chrétien, il doit faire ceci et ne pas faire cela, si vous avez la foi, vous devriez être tel et tel...» : vrai et faux !
Car j'ai le sentiment, j'ai la conviction que le «Chrétien» -si l'on peut en faire une image... ! -, c'est d'abord un être humain, fait de pâte humaine : aspiration à la liberté, courage de vivre, bonheur d'être femme ou homme, force de l'amour, mouvements... la vie est difficile, et Jésus ne le nie pas, et Jésus ne nous offre aucune «recette» pour une vie facile... par contre, il ne se taira jamais quand par notre propre volonté, nous ajoutons encore à cette difficulté d'exister des normes et des obstacles, sous couvert de la «foi».
En lutte contre le Temple, Jésus n'est pas dans un combat contre Dieu ou la religion, mais pour le réveil, la «résurrection» de notre être et de notre existence d'humains. Que le religieux ne se contente pas d'être reflet du monde, d'en perpétuer les injustices et les handicaps, mais qu'il soit au contraire le lieu d'un épanouissement, l'occasion d'un rétablissement des valeurs... dans un être « désencombré » !
Jésus «fait le ménage» : dans le Temple, dans notre vie. Il le fait du droit de Dieu à nous libérer, à nous ouvrir à la vie, à nous faire naître à l'essentiel, qui est toujours, qui sera toujours le triomphe de la vie sur les puissances d'esclavage, comme il y a si longtemps, tout là-bas dans le désert :
«Ecoute, Israël : Le Seigneur, le Seigneur seul, est notre Dieu!»
© 2009 Olivier Sandoz
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11.01.2009
C'est un nectar ! - Jean 2, 1-11
Esaïe 62, 1-5; 2 Pierre 1, 2-8
"C'est l'eau et le vin !": quand on emploie cette expression, c'est pour bien faire remarquer la différence entre deux choses, la seconde étant bien sûr considérée comme la meilleure... C'est l'eau et le vin!
Mais voici qu'il y a eu, à Cana, au bord du lac de Galilée, une noce où l'eau et le vin se sont confondus, où ce qui était de l'eau avait bien meilleur goût que n'importe quel autre vin... Voici qu'à Cana, dire "c'est l'eau et le vin" n'avait plus aucun sens, tant tout était devenu relatif...
Quand Dieu vient se mêler à la noce des hommes, II les gratifie de ses coutumes somptueuses: un nectar incomparable remplace la "piquette" - comme le suggère un peu malicieusement le texte - servie auparavant !
La noce avançait mal: pénurie de vin ! - Pourquoi ? Parce que les invités surprises étaient trop nombreux, ou les convives trop intempérants ? Etait-ce plutôt un marié pauvre, ou avare, ou étourdi ? On l'ignorera pour toujours ! Reste que chez les hommes, il semble qu'on ne donne qu'à moitié, même un jour de fête, même un jour de noces. Qualité mesurée, quantité mesurée, on est loin de la fête grandiose qu'évoqué Esaïe, quand il compare la relation de Dieu avec son peuple à une noce, image d'alliance, de réconciliation et d'abondance messianique !
Parmi les invités, heureusement, Marie de Nazareth, la femme du charpentier, la mère de Jésus... Elle prend des initiatives de maîtresse de maison, avec son souci de la table, s'inquiétant de ce que vont boire les autres: "Ils n'ont plus de vin !".
Jésus la reprend: "Ce n'est pas le moment, il n'y a rien à faire !"
Ce n'est pas le moment de dévoiler sa puissance, ce n'est pas le moment de révéler son pouvoir - et puis, franchement, comme premier acte de son ministère, transformer de l'eau en vin, que dira la postérité !?!
Peut-être vous souvenez-vous des paroles de Dieu au moment de la transfiguration de Jésus:
"Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le!".
Et bien la réflexion de Marie, qui ne se laisse pas démonter par la dureté de son fils, lui ressemble beaucoup: "Tout ce qu'il vous dira, faites-le !". Merveilleuse Marie qui fait confiance, une nouvelle fois, aveuglément. Elle a demandé pour les autres, elle a confiance, elle sait qu'ils recevront...
L'histoire de l'eau changée en vin peut faire sourire: quoi, pour introduire Jésus dans son ministère, le voilà transformé en magicien chargé de soutenir les excès de boissons de convives sans doute déjà un peu éméchés ? Pour faire entrer en action le Sauveur, faut-il donc passer par cet épisode après tout très peu "spirituel" ?
Eh mais: c'est que Dieu n'est pas tellement "spirituel", quand il se fait homme, quand il devient humain ! Et tout L'intéresse, ce Dieu, de nos affaires humaines, fêtes comprises... !
"La Parole s'est faite chair" disait Jean en commençant l'Evangile qui porte son nom; et pour commencer à raconter ce que cette "Parole faite chair" accomplit parmi nous, c'est à un miracle bien étrange que nous sommes conviés: l'eau changée en vin... Tant pis pour celles, pour ceux qui voulaient cantonner Dieu dans des miracles spécifiques: II se charge aussi du reste !
Voyez-vous, j'aime lire ce miracle en commençant: il me dit que Dieu n'a pas pour seul projet de faire de nous de saints croyants, il me dit ce qu’est la grâce, ce « donner gratuitement », sans demander une reconnaissance quelconque, sans même demander la foi en retour ! Les noces de Cana, pour moi, c'est une clef de lecture pour toute l'action de Dieu dans ce monde.
Un nectar généreux dans la fadeur de certains moments de notre existence. Juste comme ça, parce que ça plaît à Dieu de nous donner le meilleur: et si je lisais AUSSI l'événement de Pâques, la Résurrection, comme cela ? Dieu me sauve, Dieu me donne la vie qui ne finit pas parce que ça Lui plaît, un point c'est tout ! Bien sûr que ce n'est pas « juste », Dieu m'offre ce à quoi je n'ai pas droit: un nectar pour me réjouir, alors que je ne pouvais rien réclamer... Ce n'est pas juste, mais est-ce que je vais m’en plaindre ?
Avant même que je croie en Lui, Dieu me proposait déjà la vie. Est-ce que je boirais, moi aussi, à la coupe qu'il me tend ? - D'autres l'on dit: "C'est un nectar"
"C'est un nectar !"
© 2009 Olivier Sandoz
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19.06.2008
Pâques nous a ouvert un avenir - Jean 10, 11-21
Actes 7, 17-22
L'Eglise s’est très vite mise à explorer les sens qu'ouvre l'événement de Pâques. La méditation sur le "bon berger" fait partie de ce "parcours", et se termine sur cette affirmation que Jésus a donné sa vie - plutôt qu'on la lui aurait prise, comme la violence de Vendredi-saint le laissait croire. Ce pouvoir de "donner sa vie", - et de la recevoir à nouveau -, Jésus l'affirme très fort ici, puisqu'il s'agit pour les disciples d'aujourd'hui comme d'hier de lire la Croix non comme l'échec par excellence, mais comme une victoire - ce qui est évidemment paradoxal !
Voyez toute l'énergie qui est mise dans ce passage : "je connais le Père, je connais mes brebis - je donne ma vie pour elle". L'image du berger, même si elle n'est pas nouvelle dans la tradition biblique, signifie une réalité que nous avons peut-être oubliée : dans l'Antiquité, les gardiens de troupeaux n'étaient pas que des surveillants - ils étaient surtout des défenseurs, et comme tels, amenés à risquer leur vie contre les bêtes sauvages pour la sauvegarde du troupeau - l'image de David jeune berger nous revient peut-être à l'esprit, lui qui avait combattu un lion...
Tout est aménagé dans ce passage pour que nous comprenions que Jésus n'est pas venu par hasard, mais qu'il est chargé d'une mission, et surtout que c'est Dieu qui mène l'histoire de bout en bout : que le Christ meurt de mort violente n'est pas une surprise, c'était prévisible... Parce que quand un berger se fait engager par un propriétaire, c'est dans son "cahier des charges" de mettre sa vie dans la balance - et le "bon berger" se reconnaît justement à ça : devant le danger, il ne fuit pas ses responsabilités!
Cela n'empêche pas la crainte : rappelez-vous le jardin de Gethsémané, la prière angoissée de Jésus à l'approche des événements dramatiques qui s'annoncent, comme le rapportent les autres évangélistes... ! ...mais le Christ ne se défile pas, ne cherche pas sa propre sécurité, il marche au martyre, quand bien même il ne le cherche pas à tout prix...
Au soir de Vendredi-saint, le "contrat" est rempli : le troupeau dont Jésus a la charge, cette "Eglise en germe", encore bien petite c'est vrai, n'a pas été balayé par l'offensive des gens du Temple : le Christ a donné sa vie, et la violence a été "limitée"- si l'on peut dire - à une seule victime.
Dans l'histoire des religions, ce n'est évidemment pas une "bizarrerie" que de voir un mouvement perdre son chef : combien de communautés passent par la douloureuse épreuve d'une persécution qui frappe la tête du mouvement... Mais ce qui est particulier, dans notre foi, c'est que cet échec trouve un rebondissement inattendu dans la résurrection, dans la réapparition de celui qui a été exécuté - et que très vite, les disciples vont y puiser la confirmation qu'ils sont dans le juste, malgré les apparences, en faisant confiance au message de leur Maître : il n'a pas subi la mort, on ne lui a pas ôté la vie, il en a fait cadeau parce qu'il avait à le faire.
Et "Dieu l'a ramené de la mort à la vie". Si Dieu s'est mêlé de la chose, c'est qu'il y a plus ici que la simple exécution d'un dissident, et que le bon berger qui a rempli son contrat voit sa récompense dans la vie qui lui est rendue.
La vie-cadeau : Jésus exhorte ses disciples - nous ! - à suivre cette voie, à ne pas craindre d'assumer nos responsabilités de servantes ou de serviteurs de Dieu, parce que ce Seigneur tient aussi fermes les termes du contrat : le propriétaire du troupeau a promis la vie qui ne finit pas, la vie éternelle, à celles et ceux qui s'engagent dans son domaine ; quand bien même la mort nous attend toutes et tous au bout de la route, Dieu fait éclater cette limite, en créant avec le Christ un chemin qui traverse cette réalité, qui la rend inoffensive.
C'est une nouvelle traversée de la Mer Rouge qui nous est proposée, à nous tous les humains de ce siècle et de tous les siècles passés et à venir : derrière nous, le temps qui galope comme les chars de Pharaon, qui nous rattrape... devant nous, la masse mouvante de l'inconnu dont on ne peut rien savoir, rien dire. Il nous faut faire un choix : avancer en croyant que la mer va s'ouvrir, ou rester sur le rivage à se lamenter, et subir les événements...
Il me semble pourtant que nous pouvons faire le juste choix, dès aujourd'hui, dans cette vie, parce que nous expérimentons la fidélité et la fiabilité de Dieu à travers l'Histoire, et à travers NOTRE histoire de vie également.
Il y a en chacune, en chacun de nous, des éléments, des épisodes de vie qui nous font sentir que nous sommes portés, accompagnés bien au-delà de ce que nos forces toutes humaines l'auraient permis… Le discours d’Etienne, le premier martyr, le manifeste dans cette jolie expression à propos de Moïse : « Il était beau aux yeux de Dieu » ! Nous sommes belles, beaux, aux yeux de Dieu…
Et Pâques, grâce au Christ, nous a ouvert un avenir : choisissons de le vivre !
© 2008 Olivier Sandoz
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02.03.2008
Avec les Soeurs à Grandchamp: "Toi aussi, tu comptes pour moi" - Jean 6, 1-15
Exode 16, 1-18 ; 1 Pierre 1, 3-9
On nous parle de 5000 hommes dans l’Evangile de ce matin : aujourd’hui, nous sommes encore loin du compte… mais je ne suis pas Jésus ! 5000 personnes qui écoutent des paroles incroyables et toutes nouvelles, qui disent la vie, le salut, la vérité, la paix – un Royaume de liberté tout proche. Pour le peuple d’un pays occupé, ce langage-là, c’est de la dynamite ! …et puis les guérisons qui se succèdent, c’est l’ambiance des grands jours : on se presse, on veut voir, toucher, recevoir un mot de Lui…
Le temps passe, les ventres sont vides. Les esprits, les yeux, les oreilles ont reçu ce qu’il leur fallait, mais pas les estomacs – et quelquefois, et bien c’est le ventre qui commande ! Seulement… on est dans un endroit isolé : pas de magasin en vue, et pas assez d’argent pour nourrir tout le monde, de toute façon, même si l’on trouvait de la marchandise en suffisance… Les proches collaborateurs de Jésus doivent afficher des mines un rien soucieuses : une foule qui a faim, ça peut avoir un mouvement d’humeur, et surtout, ça ne se contrôle plus - Philippe, l’un des Douze, a vite fait le calcul : il faudrait 200 deniers, six mois de salaire pour nourrir tout ce monde : rien que ça !
Ce jour-là, ce n’est pas innocent si c’est un enfant qui s’approche d’un autre disciple, André, avec 5 pains d’orge et 2 poissons – les bras encombrés de ces richesses : «Tiens, André, voilà la nourriture que j’ai».
Un enfant : là-bas, à cette époque, un enfant c’est «quantité négligeable» ; on ne leur demande pas leur avis, aux enfants, on ne pensait même pas qu’ils puissent en avoir un ! … Et pourtant, c’est d’un enfant que vient l’exemple, l’illustration de tout l’enseignement de Jésus : « ce que j’ai, je te le donne » - pour permettre au monde nouveau de germer.
1 pain pour 1000, 1 poisson pour 2500, personne n’est dupe : cela ne suffira pas – mais c’est à la fois tellement touchant que cet enfant accomplisse ce geste si simple, et tellement important !
Sans doute qu’il faudrait beaucoup plus de personnes qui ont le souci des autres, comme la mère de cet enfant qui l’a muni de provisions. Ah, si seulement c’était toujours comme ça : avoir quelqu’un qui est attentif à mes besoins ! Etre moi-même attentif aux besoins des autres ! Double enjeu qui apparaît au cœur de ce texte : une foule abandonnée à elle-même, un « troupeau sans berger », et cet enfant dont une mère s’est occupée – et la rencontre de ces deux réalités si éloignées conduit à un rassasiement.
La suite, c’est le déroulement de la Cène, le repas du Seigneur qui nous donne la vie : Jésus prend le pain, rend grâce, rompt le pain et le donne à ses disciples en les invitant à le passer plus loin ; de même avec le poisson ensuite, de sorte que chacune, chacun mange à sa faim – et laisse des restes : il y a toujours des restes de pain et d’amour au repas de Dieu…
Devant le récit, nous pouvons adopter diverses attitudes, depuis le « 5 pains pour 5000 personnes ? De qui se moque-t-on ? » jusqu’au « c’est écrit dans la Bible, ça ne se discute pas ! »… Mais la question n'est pas vraiment là, autour de la possibilité ou de l’impossibilité de la chose... Un « miracle », c’est justement du «concentré d’impossible», parce qu’il faut un signe parlant, une illustration. Le jeune enfant donne ses provisions avec tout son amour, façon de dire «Moi je compte pour quelqu’un, alors sachez-le : vous les 5000, vous comptez pour moi ! ».
Est-ce que c’est impossible pour moi de croire qu’on me veut du bien ? – L’image que nous recevons de ce monde est très hostile, et pourtant…
Qu’est-ce qui vous semble le plus facile, qu’est-ce qui est le plus à notre portée :
- vivre en disant aux personnes qui nous entourent qu’elles comptent vraiment pour nous,
- ou nourrir cinq mille personnes avec cinq pains ?
Offrir ce qui a été donné, offrir ce que l’on a reçu simplement parce qu’on l’a reçu, donné simplement parce que c’est l’effet produit par la parole de Jésus…
Quand je visite des classes, il arrive que le sujet du jour soit la multiplication des pains… et aux questions des enfants qui demandent « comment c’est possible ? » (!), je réponds par la question « est-ce que vous croyez que c’est possible ? »… Et nous enchaînons sur les choses si petites qu’on peut donner et qui se multiplient : amour, sourire (faites l’expérience de sourire dans la rue !),… L’année suivante, un enfant m’a dit : « Tu sais, ça marche ! »…En amont de cela, il y a le défi posé à notre foi : croyons-nous, pouvons-nous croire que nous comptons pour Dieu ? Croyons-nous qu’Il a souci de nous ?
Avant même que nous puissions offrir, partager, donner plus avant, sans condition, Dieu nous a ouvert toutes les richesses des ses mains : Il dit à chacune, chacun ici « TOI, TU COMPTES POUR MOI ! ».
© 2008 Olivier Sandoz
09:00 Publié dans Jean | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
24.02.2008
La vérité vous rendra libre ! - Jean 8, 31-37
Josué 24, 14-18; Ephésiens 6, 14-18
De combien de belles déclarations l'histoire du salut est-elle traversées, de combien de superbes confessions de foi les textes bibliques se font-ils l'écho ! ...et combien d'abandons, aussi, combien de reniements, de trahisons !
La question qui se pose constamment aux gens de foi, c'est de savoir jusqu'où peut aller cette confiance qu'ils sont prêts à accorder à Dieu, quand leur histoire est traversée d'événements difficiles, d'épreuves, de désolations... Vous venez de l'entendre, il est relativement aisé de se réclamer de glorieux ancêtres comme Abraham, mais c'est une toute autre chose que de vivre cette confiance au quotidien ! Ainsi la foule qui suit Jésus : voilà un Maître charismatique, auquel on ne reste pas indifférent lorsqu'il ouvre la bouche, lorsqu'il fait des prodiges, mais qu'on a plus de peine à suivre quand il "ose" une vérité qui nous fait mal, qui nous remet en question : "Si vous restez fidèles à mes paroles, (...) vous connaîtrez la vérité, qui vous rendra libres."
- "Mais nous SOMMES libres !" rétorque la foule...
Voilà bien le problème : tels que nous sommes, comme nous vivons, nous sommes bien "en ordre", il n'y a fondamentalement rien à changer, rien à modifier... juste des détails, mais pas l'essentiel, n'est-ce pas ? ...Jésus n'est pas très rassurant : "la vérité est ailleurs", la liberté est bien au-delà de ce que nous avons décidé qu'elle devait être !
Il me semble qu'il en va ainsi de bien des aspects de notre vie, quand nous nous contentons de ce qui est - on nous a dit qu'il faut "accepter les choses comme elles sont", on ne va pas commencer à tout changer... ! Or voilà qu'au cœur de ce monde éclate une Parole inouïe, une Parole qui a bien de la peine à se faire entendre : la vie n'est pas ce "contentement" dont on se satisfait quand ça ne va pas trop mal, - même si le voisin, juste à côté, passe par des moments pénibles - et qui nous met en colère quand "ça ne va plus bien" ! Le Christ nous invite avec insistance à regarder le monde plus globalement, à ne pas nous satisfaire d'une prudente réserve, à nous engager fort et ferme pour que le "plus" de justice, d'amour, de qualité de vie, ne soit pas l'apanage de quelques privilégiés, mais vraiment un héritage partagé par tous: "ce qui manque le plus à mon bonheur, c'est que toi AUSSI, tu puisses être heureux !".
"Vous serez libres !", cela veut dire qu'ils ne le sont pas tellement - et les auditeurs de Jésus se rebiffent : comment ? mais nous SOMMES libres, depuis des siècles ! ... et bien non !!! Nous nous trompons nous-mêmes, la vérité n'est pas un semblant de justice, d'amour, de qualité de vie, elle est possibilité réellement offerte à chacune, à chacun, d'accomplir son existence dans la dignité et le respect de sa personne - et nous sommes encore loin du compte !
C'est le "cheval de bataille" de l'apôtre Paul, qui compare la vie humaine à ce combat toujours répété contre l'obscurité, contre un monde de ténèbres où les plus faibles sont piétinés: la vérité comme ceinture, la droiture comme cuirasse ; la foi comme bouclier, le salut comme casque, la Parole de Dieu comme épée - l'équipement du soldat de Dieu, c'est tout autre chose que l'instinct de survie, c'est la volonté et la responsabilité de nous engager dans la lutte en faisant confiance à Dieu seul, en croyant qu'Il nous prépare constamment non seulement à résister aux tentations de pouvoir qui asserviraient le prochain, mais surtout à nous porter à la pointe du combat avec la certitude qu'Il en est d'ores et déjà le vainqueur : "Si vous restez fidèles, si vous demeurez dans ma Parole,..." !
Les belles paroles, les engagements solennels, ça a de l'allure dans l'élan des grandes réunions... et puis, quand vient le moment du retour au quotidien, on se dit parfois que tout cela n'aura été qu'un "pétard mouillé" : les Israélites jurent fidélité à Dieu, à maintes reprises... et puis retournent plus ou moins vite à leurs idoles ! ...mais qu'on ne leur jette pas la pierre, pas nous ! Nous sommes des habitués des déclarations d'intention qui finissent par avorter, des promesses vite oubliées, des engagements rompus... c'est d'ailleurs pour cela que, dimanche après dimanche, notre liturgie s'arrête à la confession du péché, et à l'allégement, au pardon que Dieu accorde : si nous voulons être libres, il nous faut être libérés de ce qui pèse, débarrassés de ce qui nous entrave, légers pour le service de Dieu ! Pensez au jeune David qui, au moment de se porter au-devant de Goliath, laisse tomber l'embarras de la cuirasse et de l'équipement prêtés par Saül pour ne saisir qu'une fronde et quelques cailloux...: léger, aérien, équipé par Dieu, qui donne toujours le nécessaire, qui donne toujours Lui-même ce qu'il faut pour le service qu'Il nous demande ! C'est ainsi que nous sommes invités à vivre notre foi, c'est ainsi que nous sommes aussi exhortés à vivre la réalité spirituelle nouvelle qui est la nôtre : en croyant que Dieu nous donne tout ce dont nous avons besoin pour manifester sa Parole ici, dans ce coin de pays où nous vivons.
Pour le reste, quant à notre vie spirituelle, quant à notre vie de croyant, ne nous tournons pas vers le passé - au passé "merci !", mais à ce qui vient, "bienvenue !" -, regardons à ce Dieu qui préservera toujours ce qui doit l'être, et qui nous ouvre un avenir et une espérance :
"Si vous restez fidèles à mes paroles, vous êtes vraiment mes disciples; ainsi vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres."
© 2008 Olivier Sandoz
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