15.11.2009

Comment on se donne - Marc 12, 41-44

1 Rois 17, 10-16 ; Hébreux 9, 26-28

Vous est-il déjà arrivé de vous dire : « il me manque quelque chose » sans trop bien savoir quoi ? …comme un vide, comme une absence, comme une envie, un besoin un peu vague, mais bien présent ?

 

Il me manque quelque chose…

 

Je lisais les récits de la Bible, ce matin, et je voyais ces veuves – des femmes qui n’ont pas un statut enviable dans la société d’alors, sans possibilité de prendre la parole, de défendre leurs droits dans un milieu ou le masculin fait la loi -, je voyais ces femmes partager, donner la seule garantie de leur survie pour le service de Dieu… ! Certains diront que c’est de l’inconscience, Jésus parle plutôt d’une confiance exemplaire… Qu’est-ce qui peut donc pousser quelqu’un à qui il manque presque tout à donner le petit peu qui lui reste ?

 

« Dans sa pauvreté, elle a offert tout ce qu’elle avait pour vivre : quelques centimes… » : imaginez la scène qui nous est décrite ce matin : Jésus, assis près du tronc aux offrandes, qui regarde les gens déposer leurs dons… Le Christ qui regarde la foule mettre de l’argent dans le tronc, alors qu’on nous a tellement appris à ne pas trop montrer, à rester discret, de façon à ce que « la main gauche ignore ce que fait la main droite »… Jésus qui regarde…

 

Je ne me vois pas très bien demander aujourd’hui aux conseillères de service : « Dites dons, regardez voir ce que les gens mettent dans le tronc ce matin… » ! Il y aurait un sacré malaise de part et d’autre, non ?

 

Mais Jésus ne regarde pas tellement CE que la foule donne que COMMENT elle le donne… et c’est ce qui fait toute la différence, voyez-vous, COMMENT on offre…

 

Comment on donne, c’est aussi comment on SE donne, ce n’est pas innocent pour notre vie spirituelle ! Si on offre du superflu, tant mieux pour la communauté qui va en bénéficier, mais… dommage pour nous-mêmes, si c’est à l’image de notre état d’esprit à l’égard de Dieu… Dommage pour nous si cela signifie que nous reconnaissons bien à Dieu une place, mais dans le superflu, dans ce qui ne nous est pas essentiel pour vivre : un Dieu en marge, un petit « plus » qu’on s’accorde si l’occasion se présente, sinon tant pis !

 

Vous le savez bien, rien n’est indifférent, rien n’est trop petit devant Dieu, de nos petites ou grandes misères, de nos petites ou grandes joies. Lui, Il peut tout partager, tout prendre sur Lui… La femme qui dépose ses derniers centimes dans le tronc accomplit un acte de confiance, parce que pour le faire, elle doit croire en profondeur que Dieu pourvoit, parce que pour le faire, elle doit être assurée à l’intérieur d’elle-même de l’abondance qu’elle va trouver en Dieu.

 

Comme la veuve de Sarepta, qui décide d’entrer dans le jeu de Dieu avec Elie, avec son fond de farine et son bol d’huile… en période de famine, elle qui a un enfant à charge, elle nourrit encore un inconnu – même si cela n’allait pas de soi !

 

Il me semble que nous sommes invités ici à méditer notre consécration au Dieu de Jésus-Christ, à un Dieu qui comme le rappelait la lettre aux Hébreux a TOUT DONNÉ, qui s’est tout donné à nous – sans que nous mesurions bien ce que cela veut dire, ce que cela représente !

C’est vrai que nous avons des besoins à combler, c’est vrai que les tentations du monde moderne sont multiples – les publicitaires savent très bien exploiter ce filon, cette faiblesse humaine d’un manque permanent… nous n’y échappons que rarement, d’ailleurs ! …reste que la question qui devrait nous travailler en profondeur, c’est de savoir si nous nous y prenons vraiment bien, nous qui ne nous sentons jamais vraiment rassasiés, jamais entièrement satisfaits de notre condition : « chez le voisin, l’herbe semble plus verte… ».

 

Dans ma lecture, l’Evangile de ce jour nous propose une autre piste : et si ce qui nous manquait surtout, c’était la présence de Dieu ? Et si cela même que nous mettons souvent en priorité, qui fait notre apparent sécurité, n’était en fait qu’un obstacle à un vrai rassasiement, une plus grande proximité de Dieu, de ce Dieu qui nous offre la vraie vie ?

 

La femme peut donner ce qui lui est nécessaire pour vivre parce qu’elle est sans doute déjà entrée dans le secret de l’amour de Dieu, dans le comblement de ses vides, de ses manques intérieurs : en Dieu, elle a tout ce qui lui est nécessaire pour vivre !

 

Comment on donne, comment on SE donne : ce matin, j’ai envie de nous laisser avec cette question. Pas comme quelque chose de menaçant, - Dieu ne « vérifie » pas ce que nous donnons ! -, mais comme une occasion de méditer sur le superflu et le nécessaire, sur notre façon de combler nos vides tout en restant d’éternels insatisfaits. Avec cette proposition : nous remettre, nous EN remettre à Dieu en lâchant tout le reste... On essaie ?

©2009 Olivier Sandoz 

05.07.2009

Devenir autre - Marc 6, 1-6

Ezéchiel 2, 1-5; 2 Corinthiens 12, 7-10

Peut-être y a-t-il en chacune, chacun de nous le poids secret d'une désillusion, ou d'une souffrance muette : « il n'a pas reconnu, elle n'a pas reconnu, ils n'ont pas reconnu que j'avais changé... ». Dans nos rapports avec nos parents, dans nos rapports avec nos enfants, avec nos proches, avec nos collègues, il y a, peut-être, cette blessure qu' «on a changé, et cela n'a pas été pris en compte... »

 

Les textes d'aujourd'hui nous parlent justement de situations où trois personnages ne sont pas reconnus pour ce qu'ils sont nouvellement devenus; Ezéchiel, Jésus, Paul : voilà qu'à tel moment de leur vie, précipités sur le devant de la scène, comme des « hommes publics », ils ne peuvent faire valoir la nouveauté de vie qui leur est arrivée.

 

Ezéchiel, le fils de prêtre est appelé à être prophète ; Jésus, le charpentier, Messie, et Paul, le fondateur de communauté est subitement rejeté... De ces trois personnages, c'est peut-être Paul qui nous paraîtra le plus proche, non seulement dans le temps, mais aussi parce qu'il dit quelque chose de lui, de ce qu'il ressent, de ce qui l'habite... Il nous parle ici, dans un passage célèbre, de l'«écharde» plantée dans sa chair, et qui l'empêche d'être orgueilleux... on n'en saura d'ailleurs pas plus, et toutes les suppositions restent ouvertes, même si sa seconde lettre aux Chrétiens de Corinthe nous montre l'apôtre en proie des difficultés de reconnaissance à l'intérieur même d'une communauté qu'il a participé à édifier quelques temps auparavant. C'est en cherchant à justifier son rang d'apôtre qu'il lâche, presque comme une confidence, la souffrance qui l'habite et le rend d'une faiblesse démesurée. Handicap physique - il emploie le mot «chair», qui est significatif -, faiblesse par défaut de dons - mais justement, Paul dit ne manquer de rien... -, ou quoi d'autre ? Les suppositions peuvent aller bon train, quoi qu'il en soit, il a réclamé à trois reprises d'en être libéré, n'obtenant en fait d'exaucement qu'une parole de Dieu en fin de non-recevoir : «Ma grâce te suffit, Ma puissance se manifeste pleinement lorsque tu es faible !»

 

Difficile pour un homme de Dieu de ne pas être exaucé ! Difficile de s'entendre dire, que Dieu refuse de nous libérer, alors que c'est ce qu'on souhaite le plus ! ...et quel extraordinaire combat d'acceptation il faut mener pour en arriver à pouvoir dire, comme Paul :

 

«Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort !». J'en connais - qui pourrait leur en tenir rigueur ? - qui ne peuvent tout simplement pas entendre ce passage de Paul : tout en eux se révolte à l'idée que Dieu les laisserait à dessein dans leur souffrance, dans leur mal-vivre, dans leur mal-être. C'est tellement impossible de nous contenter de cette réponse, quand nous trouvons notre demande légitime et que nous avions toute confiance quant à la possibilité d'une issue heureuse de notre prière !

 

Ezéchiel, Paul, Jésus: trois hommes appelés à des destins extraordinaires, et qui ne seront vraiment reconnus, et entendus, que bien après leur mort...

 

C’est pour nous trop inhabituel de croire en un changement d'être, en un retournement, en une conversion d'une personne que nous pensions pourtant connaître, ou bien connaître. C'est donc à tout un travail sur l'image que nous donnons de nous-mêmes que ces textes nous appellent, nous invitant à convertir par la même occasion notre regard sur les autres !

 

Ce peut être à l'intérieur de nos propres familles, dans le cercle de nos proches, de nos amis, ou dans notre milieu de vie et de travail, que nos transformations intérieures sont mal, ou pas reconnues... et que nous avons le plus de peine à les reconnaître chez les autres !

 

Pourtant, s'il y a un «constante» dans notre existence, s'il y a bien quelque chose qui fait de nous des vivants, est-ce que ce n'est pas justement notre faculté à être appelé et à devenir «autre» ? Est-ce que ce n'est pas justement cela, la «conversion» à laquelle Dieu nous appelle, chaque jour qu'il fait ?

Quand les prophètes, de Moïse à Jean-Baptiste, ont ce cri d'invitation à la repentance et à la conversion, relayés par Jésus, puis les apôtres, font-ils autre chose que nous entraîner à rester des gens « mobiles » dans notre être ? ...que nous rappeler qu'être des «vivants», c'est toujours rester en mouvement ?

 

Les portes semblent fermées, et nous n'avons, en fait de pistes, que la réaction de Paul : quand les autres ne nous reconnaissent plus pour ce que nous sommes dans le présent, quand notre image passée nous « colle à la peau », il y a un cri, un combat, et surtout la méditation d'un sens à donner à ce qui nous arrive. «Vous ne pouvez croire que j'ai changé, que mon «ministère», que mon service sur cette terre a pris un élan différent ? Et bien c'est à partir de cela que je vais vivre, pourtant, avec l'espérance que vous finirez pas par l'admettre «de visu» !».

 

Toutes, tous, nous avons changé. D'ailleurs, la confrontation avec Dieu, à travers sa Parole, au travers des Ecritures, ne nous laisse jamais indemne. Notre relation à Dieu est comme le combat entre Jacob et l'ange, et si Jacob s'en ira boitillant, mais vainqueur - il peut aller en toute sérénité à la rencontre de son frère jumeau, mais ennemi, Esaü -, nous pouvons croire que ce qui nous arrive, de transformation physique ou morale, va nous aguerrir.

 

Ezéchiel, Jésus, Paul : ces trois hommes sont entrés dans l'Histoire avec leur lot de lourdeurs et de souffrance, mais ils sont restés des vivants, malgré tout. Et nous aussi, nous pouvons vivre, encore, toujours, sachant que tout combat avec Dieu nous rend plus fort, parce que nous n'en sortons jamais les mêmes, que les autres le reconnaissent ou non !

© 2009 Olivier Sandoz

21.06.2009

Persévérer - Marc 4, 26-29

Jérémie 12, 1-5 ; Jacques 5, 7-11

C’est à peine croyable comme nos notions du temps sont mobiles !

« Je reviens dans une minute » : vous avez compris que je serai absent un court moment ; « Je propose une minute de silence » : même si elle ne dure que vingt secondes, c’est la plus longue « minute » qu’on puisse imaginer !

 

Notre unité de temps, ce n’est plus une heure, une journée, une semaine ou une saison, c’est quoi ? …plutôt les 90’ de la durée d’un film, ou les 3’ de la durée d’un clip… ?

 

Alors quand on ouvre la Bible et qu’on y lit que Christ revient bientôt, qu’il est proche, qu’il arrive, qu’il vient établir son Royaume, et que visiblement ça ne se passe pas dans les 3 ou les 90 minutes…, quand on pense aux générations qui avant nous ont lu ces passages, ont espéré ce proche retour, et se sont finalement endormies dans l’oubli – quand nous mettons bout à bout ces considérations, il y a sans doute de bonnes raisons d’être découragés, d’imaginer que le monde va durer, tourner à l’infini avec toujours ses mêmes problèmes, sans changement significatif.

 

Il y a bien des soupirs et des gémissements, dans et hors de l’Eglise : combien déjà ont prôné des solutions-miracles « il faudrait… on devrait… il n’y a qu’à… » ou encore « si seulement les autres n’étaient pas aussi… étaient plus ceci ou cela… ». Avec l’insatisfaction vient le découragement : on se ferme, on va voir ailleurs parfois… Vous savez, c’est peut-être parce qu’on fait un mauvais usage de ce DON qu’est l’Eglise : on voudrait quelquefois un supermarché, où chacun peut se servir lui-même de ce qui lui plaît… alors que s’il y a un champ à cultiver ensemble, un espace ouvert au dialogue, à la Parole, c’est justement l’Eglise, c’est pour cela que Dieu nous en a fait don !

 

Découragement : face au temps, face aux autres, face aux promesses qui ne se réalisent pas dans les délais… L’ennemi de la foi, ce n’est pas l’incrédulité, c’est le découragement qui s’insinue même dans la foi la plus solide, et qui peut conduire à l’abandon, au laisser-aller jusque dans les certitudes qui nous faisaient pourtant tenir, et avancer, et garder les yeux rivés sur le but ! La foi, c’est ce « potentiel » mis en nous – chacun l’a en soi – d’avoir les yeux ouverts sur le présent et l’avenir, la certitude intérieure de la réalisation des promesses.

 

Rappelez-vous Jérémie, et les Psaumes : ce n’est pas facile d’admettre le bonheur des méchants quand à côté les fidèles souffrent ; il n’y a pas de raison, pas d’explication plausible, il n’y a que ce fait que l’on constate et qui fait mal, et puis il y a nous, et nos engagements à prendre, à trouver ensemble, à tenir, pour changer, tenter de modifier ces états de fait.

Alors, « ne baisse surtout pas les bras, s’écrie Jacques dans sa lettre, ce serait ta perte, ton écrasement ! ». Jacques nous accompagne dans une réflexion sur le temps donné : regardez le cultivateur, le temps travail pour lui, ce temps qui fait germer le grain, pousser la semence mise en terre… Et regardez les enfants : le temps, la durée leur permet de croître, de changer, de trouver mille jeux, mille secrets pour grandir. Et regardez votre voisin : lui à qui vous ne parler jamais vraiment - parce qu’il n’y a rien à se dire… ! -, peut-être que déjà, il a changé… : tout est possible, sur la durée.

 

Jusque dans le deuil, la souffrance, le mal-être, le malheur, si nous persévérons, si nous croyons que nous sommes accompagnés par Dieu, si nous croyons à Sa présence, nous pouvons vivre le changement : les prophètes, Job, le Christ même , tous ont révélé justement cela, ont montré justement ce chemin qui refuse à la situation difficile dans laquelle nous sommes peut-être de triompher de l’avenir, d’être le « dernier mot ». La durée nous est offerte pour aider à tenir ouverte la porte au Dieu qui vient.

 

Persévérer, être patient, nous dit encore Jacques, c’est savoir donner du temps – à soi et aussi aux autres évidemment – pour faire des projets et tisser des relations ; il ajoute : « Ne vous plaignez pas les uns des autres, ne jugez pas » parce que poser un jugement sur nos soeurs et nos frères, ce serait les immobiliser, poser sur eux une chape de plomb, en faire des « santons », ces personnages de la crèche, jolis mais figés pour l’éternité…

 

Persévérer : le temps de Dieu est offert pour nous laisser revendiquer dans le monde un avenir différent... !

© 2009 Olivier Sandoz

 

05.04.2009

Entre Dieu et vous (à mes catéchumènes) - Marc 11, 1-10

Esaïe 50, 4-9a

Quand les gens de par-ici ont constaté que Jésus tardait à revenir, que Dieu n’envoyait plus autant de prophètes, et que les miracles – pensait-on - commençaient à se faire rares – bref, quand les gens de par-ici commencèrent à se dire que les pasteurs, depuis des siècles, leur racontaient peut-être des histoires, et bien les gens de par-ici avaient laissé de côté tout ce qui leur avait été dit, et puis ils s’étaient intéressés à d’autres choses plus passionnantes : le dernier match, les terrifiantes révélations de «Ça va se savoir», les états d’âmes astrologiques de Madame Soleil, ou encore les bouleversantes confessions sur Facebook d’un ex-lofteur éperdument amoureux d’une star-académicienne… Que des choses importantes, quoi !

 

Et Dieu tout là-haut – je ne sais pas si vous l’avez remarqué, dans les histoires, Dieu est toujours « tout là-haut » : on ne sait pas bien où, mais en tout cas, « tout là-haut » ! – et Dieu donc, « tout là-haut », contemplait la terre avec une certaine perplexité : c’est vrai, quoi, devoir toujours tout recommencer, sans pour autant de meilleurs résultats, il y aurait de quoi lasser ! 

 

Pourtant, vous vous souvenez, Dieu, Il avait accompli des choses à peine croyables – d’ailleurs plus personne ne veut y croire ! -, comme par exemple séparer les eaux de la mer Rouge, faire jaillir des sources en plein désert, marcher sur l’eau, ou même – et ce n’est pas rien ! – créer à partir de rien tout un monde avec tout ce qu’il contient ; et Il en avait fait d’autres, aussi, des plus discrètes, comme soigner un blessé, donner un baiser, offrir un sourire ou son amitié (oui, je sais, on n’en parle pas toujours dans la Bible…). Mais voilà qu’aujourd’hui, « tout là-haut », Il se prenait la tête dans les mains et se disait : « A quoi bon ? A quoi bon se démener, aider, conseiller, conduire, donner le bras ? Les gens d’ici-bas n’y comprennent décidément rien à rien : rien à Dieu, rien à leur vie, rien à leur monde… »

Et oui, « tout là-haut », Dieu était aussi étonné : étonné que les gens d’ici puissent croire des choses aussi ridicules que ces fameuses lettres «vous avez gagné Fr. 100'000.-», qu’ils gobent des pubs vantant la lessive qui «lave plus blanc que blanc» ou le parfum «qui les fera toutes tomber» ; étonné, Dieu, que l’on puisse leur faire avaler n’importe quelle couleuvre destinée à leur vider les poches, et qu’en même temps ils soient si peu disposés à croire qu’il existe un Dieu, ce Dieu qui aurait, qui A justement envie de prendre une place active dans la vie de chacune, chacun…

 

Or, par un grand mystère, ce dimanche 5 avril 2009, Dieu se pencha un peu plus que d’habitude, «tout là-haut»… et devinez ce qu’Il vit : dans 156 églises de ce canton, presque au même moment, des dizaines, des centaines de jeunes en train de s’entasser sur les chaises ou les bancs inconfortables de nos temples et se préparer à dire quelque chose de leur foi, de leur idée, de leurs images de Dieu ! Ah, mes amis, vous ne pouvez pas savoir comme ça Lui faisait chaud au cœur, à Dieu, tout ce monde qui demandait Sa bénédiction, et Lui, Lui qui avait tellement envie de tout leur donner !

 

Eh oui ! tout à l’heure, quand ça va être à vous, pensez-y, les jeunes, à la joie de Dieu à ce moment précis ! Il est heureux aujourd’hui, Dieu, à cause de vous – peut-être même plus heureux que ce fameux jour des Rameaux dans les années 30 de notre ère où Il est entré à Jérusalem assis sur âne, sous les acclamations de la foule des gens de par là-bas !

 

Quatre ans de caté : c’était « long » - et à la fois bien court pour tout ce que nous aurions voulu transmettre, soumettre à vos appétits, à votre méditation… Il a fallu faire des choix, et quelquefois parer au plus pressé, écouter ce que vous aviez à dire – oui, écouter des choses parfois complètement à côté du sujet patiemment préparé, parce que c’était important pour vous, à ce moment-là, de partager quelque chose… Nous n’avons pas pu tout nous dire… aujourd’hui, je pense que c’est tant mieux : il vous reste tellement à vivre, à découvrir – comme vous allez l’affirmer tout à l’heure – et le silence de Jésus, le silence de Dieu dans le récit des Rameaux me rappelle que c’est entre Dieu et vous, chacune, chacun de vous – sans moi – que la suite se joue !

 

Entre Dieu et vous : je souhaite que cette rencontre de chaque jour vous apporte autant que j’en ai reçu, moi ; je souhaite que chacune, chacun de vous puisse accueillir et recueillir pour sa vie l’immense richesse de cette fréquentation avec le Dieu de Jésus-Christ. Je fais le vœu qu’à travers tout ce que vous allez vivre, vous trouviez des occasions de grandir dans la proximité de Dieu.

 

Devant vous, l’école qui continue, un apprentissage, une formation ; devant vous, un avenir qui va se clarifier peu à peu. Mais surtout, devant vous, je vous le souhaite, beaucoup d’amour, de partages, de relations profondes : une vie avec du goût, du doux et du salé, pour vous combler. Il y aura du boulot, et des moments de doutes ou de déprime, peut-être, des moments avec un «mauvais goût» ; dans ces moments-là aussi, Dieu a la main dirigée vers vous – pas comme un doigt pour vous accuser, pas comme un poing pour vous écraser, comme une paume ouverte pour vous recueillir. Vous avez de la valeur, une valeur dont vous n’avez pas idée ! Dieu la connaît comme Il vous connaît, de l’intérieur – et Lui vous respectera toujours, pas pour ce que vous faites ou ne faites pas, mais pour ce que vous êtes !

© 2009 Olivier Sandoz

01.03.2009

Carême de quoi ? - Marc 1, 12-15

Genèse 9, 8-15; 2 Pierre 3, 3-9

Ce matin, je vous propose de commencer en méditant sur l'attente et la patience...

J'y pense en relation avec nos textes, en particulier avec la seconde épître de Pierre, qui dans un dialogue fictif avec des moqueurs, nous parle de la patience de Dieu: "Votre Dieu, Il a promis de venir... Où est-Il ?" - et Pierre de répondre: "Le Seigneur est patient parce qu'il ne veut pas votre anéantissement; Il veut que tous aient l'occasion de conversion, de changement".

 

Un Dieu "patient", donc… Qu'est-ce que cela me suggère?

Je pense à mon besoin de changement, besoin de nouvelles motivations, de nouveautés, tout simplement; je pense à mes envies, à mes souhaits de voir le changement, la trans­formation rapide et radicale de ce monde, de telle personne de mon entourage, des aspects les plus déplaisants de ma personne... Je pense à tout cela, et la Bible me répond que Dieu est patient... ! …qu'il est patient PARCE QU'Il souhaite - Lui aussi! - le changement.

Alors je suis renvoyé à ma propre impatience, devant Dieu !

 

Le récit du Déluge est à la fois une atroce histoire de massacre organisé - faire dis­paraître toute vie sur terre ! -, et l'ouverture à une espérance, par la promesse que nous venons d'écouter: "Tant que la terre durera, il n'y aura plus de déluge pour désoler la terre". Je l'entends comme d'autres textes bibliques - l'histoire de Job, les Psaumes, ... -, qui parle de "retenue" de la part de Dieu: "Dieu fait briller le soleil, Dieu fait pleuvoir sur les bons et les méchants..." Il n'y a plus, comme avec le déluge, la suppression de tout ce qui dérange, fâche, attriste, blesse Dieu - il y a au contraire une patience impossible à mesurer, parce qu'elle est accrochée à l'es­poir qu'un changement est ENCORE possible.

Cette semaine marque notre entrée dans le temps de la Passion – du Carême: même s'il n'y a peut-être pas parmi nous beaucoup de personnes qui "font ca­rême", je trouve que nous pourrions profiter de ces qua­rante jours - quarante jours qui nous renvoient au Déluge, sans doute, mais aussi au désert, et aux quarante jours qui APRES Pâques, portent le signe de la présence du Ressuscité ! -, profiter donc de ces quarante jours pour nous laisser transformer, pour que notre impatience prenne la mesure de l'amour, de l'attente de Dieu.

 

Quand Jésus dit, sortant de 40 jours au désert où il a été tenté: "Convertissez-vous - Changez de comportement - et croyez l'Evangile - et croyez la Bonne Nouvelle !", je suis sûr qu'il nous engage aussi sur le chemin de la lenteur, sur un chemin où le cœur a le temps de prendre le temps, où le cœur a le temps de cher­cher une harmonie, une paix joyeuse. Et le Carême, "faire carême", ce ne sera peut-être pas tant, pour nous, essayer de plaire à Dieu en mangeant moins que de nous engager, qu'écouter les appels d'aujourd'hui en inventant des manières nouvelles d'y répondre... "Faire carême", c'est vivre en rupture avec l'habitude, pas par volonté d'originalité, mais pour que toute la vie ait un sens: ceux qui jeûnent dans ces moments-là le font pour dire que la vie est plus que la nourriture, selon les propres paroles du Christ.

Nous pouvons donc, nous aussi, réfléchir, penser au jeûne de quoi nous allons nous consacrer...

 

Ce pourrait être, par exemple, une trêve de l'impatience, de la vitesse, du "tout tout de suite"; ce pourrait être, par exemple, une trêve de toutes nos paroles vaines, de nos bruits intérieurs, pour goûter au silence; ce pourrait être encore - mais il y a sûrement parmi vous des idées ! - une trêve dans notre volonté de changer les autres à tout prix, une trêve dans notre désir d'en faire des gens à notre goût, à notre image... Ou bien sûr, une trêve dans notre impression que nous pouvons faire trêve par nos propres forces, nos seuls moyens, sans Dieu...

 

Jésus proclame: "Convertissez-vous '", mais il sait très bien aussi que le gros du travail, il est entre les mains de Dieu.

 

Voilà, la patience de Dieu m'a entraîné en carême, contre ma précipitation... Cette patience de Dieu, je dois le dire, m'a aussi été un rappel, un appel à ne pas vouloir maîtriser, encore une fois, ce qui est entre les mains de Dieu, ce qui est action de son Saint-Esprit en moi.

Mon carême, ce pourrait bien être de VRAIMENT TOUT remettre entre les mains de Dieu - pour qu'il puisse s'en occuper. Cela m'est difficile, parce que j'aime beaucoup tenir les rênes de ma vie - mais c'est pourtant dans ce sens que va aller ma prière pour ce carême.

© 2009 Olivier Sandoz

18.01.2009

Vas-y, Seigneur, je viens ! - Marc 1, 14-20

Jonas 3 1-5.10 ; 1 Corinthiens 7, 29-31

Pour ce dimanche, nous allons à la rencontre d’un éventail de personnages ! Jonas, Paul, Pierre et André, Jacques et Jean : chacun de ces grands témoins de la foi, à lui seul, suffirait à retenir notre attention – et les voilà tous ensemble  alignés pour nous aujourd’hui !

 

·        Jonas qui ne voulait pas y aller, Jonas que Dieu va rattraper, et envoyer une seconde fois – Jonas dont la prédication fait effet, quand bien même le prophète redoutait sa mission…

·        Paul qui commence par ne pas être la « bonne personne », puisqu’il est du côté des adversaires de l’Eglise, et que Dieu va rattraper, lui aussi, d’une manière tout aussi brutale – Jonas était jeté à la mer, et Paul jeté au sol ! – pour en faire LA figure d’apôtre, voyageur et écrivain.

·        Face à ces fortes têtes, à ces « nein-sager » de la première heure, Simon-Pierre et André, tout comme Jacques et Jean, font figures d’enfants obéissants : « Venez avec moi ! (…) et aussitôt, ils le suivirent », renonçant à leur métier, laissant tout en plan…

 

Quelle que soit la réaction – ou les antécédents ! – des uns et des autres, la rencontre transforme, bouleverse, profondément, intérieurement. Dans la succession du Baptiste mis en prison pour son franc-parler politiquement et religieusement incorrect, Jésus appelle. Au changement. A la confiance. Pour les pêcheurs du lac de Galilée, c’est un changement d’orientation impressionnant, même si la chose semble adoucie par le discours : « pêcheurs d’hommes », pour eux, ça pourrait ressembler à quelque chose de connu – mais le poisson qu’on pêche meurt une fois attrapé, alors que l’être humain…

 

Autrefois – c’est l’histoire de Jonas –, Dieu envoyait des prophètes corriger le tir, quand l’humanité prenait la direction descendante. Ça pouvait faire mouche, comme en témoignent alors les Ninivites ! Mais désormais – c’est l’histoire de Jésus –, Dieu Lui-même s’est fait tout proche des humains. C’est la Bonne Nouvelle du rapprochement, et en même temps de la modification de nos rapports avec Dieu… parce que maintenant, accueillir la Bonne Nouvelle, ça signifie renoncer à se suffire à soi-même, et faire confiance au Christ ; c’est recevoir les mains vides le cadeau qu’Il vient nous offrir.

 

Rejoints dans leur réalité de tous les jours, quatre hommes entrent dans le cortège de ceux qui « adhèrent » à la personne de Jésus. Appelés par le Christ – c’est toujours Lui qui prend l’initiative de s’approcher de nous ! –, ils répondent ; ils se mettent marche à sa suite et tiendront le pari proposé : « Je ferai de vous… ». Ce n’est pas tant que leur vie les ennuyait, ni qu’ils avaient besoin de changement à tout prix – la personne de Jésus les attire, ça doit venir de notre « centre », de là où se passe tellement de choses qui nous dépassent, qu’on ne soupçonnait pas – et que l’on découvre peut-être à l’occasion de tel ou tel événement fort, bouleversant, de notre vie. Jésus appelle, on y va – ils n’ont même pas l’air de s’être concertés au moment où ils laissent tout tomber !

 

J’ai l’impression que c’est ça, notre mission, qu’elle soit d’évangélisation ou d’édification, peu importe le vocabulaire. Ça bouge là à l’intérieur, ça me tire depuis le dedans – et je suis envoyé, mais pas tout à fait comme je l’imaginais : il n’y a pas un Dieu-colonel qui me dit « allez, va… ! », il y a une personne, Jésus-Christ, qui me dit « Viens avec moi ! ».

 

Ça me semble très différent, d’être non pas envoyé en première ligne comme un Winkelried, mais appelé à suivre avec la confiance sereine que je suis en second. Quand j’ai la perspective d’une visite difficile, d’un entretien dont je redoute la lourdeur, quel allégement extraordinaire de savoir que j’y suis précédé par le Christ, si je décide de renoncer à compter sur mes « compétences », bien maigres sinon insuffisantes de cas en cas !

« Vas-y, Seigneur, je viens ! », c’est ça, répondre à ma mission, en donnant ce que j’ai parce que c’est pour cela que Dieu me l’a donné – sans en rajouter, sans en retrancher, parce que c’est avec l’exacte mesure de ce que je suis que Dieu m’appelle. C’est pour cela que je suis, que vous êtes, que nous sommes chacune et chacun irremplaçables dans le cœur de Dieu ! Simon ET André, Jacques ET Jean, ET Jonas, ET Paul, ET moi, ET toi… Dès maintenant, parce que notre espérance va dans le sens de ce que Paul annonce aux siens : « ce monde, tel qu'il est, ne durera plus très longtemps », ce monde où des hommes croient que la guerre et la violence peuvent résoudre les problèmes, ce monde où la richesse des uns se bâtit sur la misère des autres, ce monde où mal, maladie, souffrance frappent aveuglément.

 

« Vas-y, Seigneur, je viens ! » : ce sont les mots de tant et tant de témoins, dans les temps passés ou présents, dans des lieux proches ou lointains, c’est le cri qui demande à jaillir de notre cœur, quand nous sommes à l’écoute…

 « Vas-y, Seigneur, je viens ! »

© 2009 Olivier Sandoz

07.12.2008

Désert ! - Marc 1, 1-8

Esaïe 40, 1-11 ; 2 Pierre 3, 8-9

 Quand je pense que Jean-Baptiste était fils de prêtre ! Quand je pense que ce Jean était même le fils de "celui qui a vu un ange apparaître dans le Temple" ! Quand je pense que Jean a été élevé dans un milieu plutôt favorable, même si ses parents étaient déjà âgés... !

...et que c'est celui-là que nous retrouvons trente ans plus tard errant à demi-nu dans le désert, se nourrissant de miel sauvage et de sauterelles, vociférant contre le pouvoir, prêchant en-dehors des lieux publics, en-dehors des villes...:

"Une voix qui crie dans le désert" !

 

Nous disons "prêcher dans le désert" pour signifier que personne n'écoute ; ici, les foules se déplacent jusqu'à ce "lieu aride" pour l'entendre, et recevoir - relevez l'ironie ! - un baptême... d'eau !

 

Si l'expérience d'un désert est pour nous synonyme de désespoir - une "traversée du désert" ! -, le contexte biblique est moins pessimiste: pour un peuple de nomades à l'origine, c'est un lieu où se fait par excellence l'expérience d'une présence - bienfaisante - de Dieu, en même temps que celle de la dépendance. Là où il n'y a "rien" - le désert -, Dieu doit être proche, sinon l'humain ne survit pas. Passer au désert, c'est accepter de marcher, d'aller de l'avant quoi qu'il en coûte, parce que rester sur place, c'est la mort. Et même s'il existe des oasis, c'est l'occasion d'un passage, pas celle d'une installation. Le peuple de la Bible pense avec nostalgie à ce désert, héritier d'une histoire où Dieu mène ses enfants à travers l'aridité, où Dieu parle avec l'humanité "cœur à cœur"...

Nostalgie: peut-être qu'en lisant les récits bibliques, ou simplement en pensant au "temps d'autrefois", il nous vient à nous aussi la nostalgie de l'époque où Dieu paraissait plus présent, où Il était là presque à l'évidence... "Dieu ne parle plus aujourd'hui", "La Parole de Dieu se fait rare ces temps-ci...": curieusement, nous qui vivons de plus en plus entassés les uns sur les autres, dans nos cités trop grandes, nous faisons toujours l'expérience d'une solitude désertique, d'un désert terriblement aride ! Sec d'amitié fidèle, de relations humaines satisfaisantes, profondes, sec en présence et en proximité d'un monde spirituel, sec en proximité de Dieu !

 

Car chacune, chacun de nous après tout pourrait parler en long et en large de son - de ses ! - désert(s), et de sa quête d'une vie plus habitée de plénitude :

·      Désert, quand on apprend que tel ou tel est mort isolé, ou se retrouve malade et sans soutien ;

·      Désert, quand quelqu'un doit se démener seul, sans espoir apparent, dans une situation familiale, financière, ou personnelle difficile ;

·      Désert, quand il n'y a plus de porte qui s'ouvre lorsque l'on frappe, ou qu'il ne semble même plus y avoir de porte où frapper ;

·      Désert, quand la vie même est devenue un "sac de noeuds", quand trop, ou plus assez, de travail marginalise femme, homme, famille, les plongeant dans une solitude sordide, inimaginable...

 

"Une voix, donc, crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur !", ou, dans la version du Premier Testament, "une voix crie : dans le désert, préparez le chemin du Seigneur !". Quelle que soit la version retenue, il reste que le désert est lieu de présence de Dieu, et je crois que cela peut nous parler, à nous aujourd'hui.

 

Le message, le "cri dans le désert" de Jean-Baptiste est un appel au changement de vie. Nous nous sentons souvent lourds de ce qui n'est pas dit, de ce qui ne peut être vécu ensemble, lourds de tout ce que nous retenons en nous-mêmes faute de pouvoir le partager - mais "partager", c'est justement alléger en pouvant porter à deux, à plusieurs, ce qui risquerait autrement de nous écraser. Nous sommes bien alourdis de tout ce que nous portons, donc, et Dieu sait que la marche au désert est pénible quand il nous faut tout déménager... Dans le désert, écoutez la voix du Baptiste :

"Changez de comportement !"

et plus loin :

"Celui qui vient est plus grand que moi !"

 

L'Avent, c'est l'attente, la préparation. Pas seulement attente de Noël qui revient, rythmant notre année comme un refrain lancinant, mais vraie préparation à la nouvelle réalité, différente, promise par Christ, que reprenait déjà en écho prophétique le texte d'Esaïe :

Es 40, 9-11

Dans le désert de nos existences, la promesse d’une proximité, de la présence d'un berger pour nous conduire, nous aider, nous alléger vraiment... L'attente paraît longue?

Pierre l'écrivait déjà :

2 Pi 3, 8-9

... ce qui ne signifie pas que tout est remis à plus tard, pour après, quand nous serons tous morts, mais plutôt que le temps de Dieu est libre des urgences que nous voudrions y mettre... !

 

Prêcher dans le désert, traversée du désert ? Et si c'était l'occasion rêvée de ranimer en nous l'assurance des nomades du peuple hébreu ? Dans tout désert, Dieu se rend présent, d'une manière autrement évidente que nous l'imaginions - pour nous faire vivre allégés, pour nous donner de poursuivre notre marche à la vie.

Changer de comportement : ce n'est pas pour être "les meilleurs", ou "plus purs", "plus obéissants", mais pour nous ouvrir à l'autre, pour nous permettre d'attendre avec confiance "celui qui vient", et qui est bienveillant: la prédication du Baptiste est pour nous, pour notre temps, comme une invitation à un "mieux-vivre" - l'invitation dont nous avions tellement besoin !

© 2008 Olivier Sandoz

21.03.2008

Vendredi-saint - Marc 14,53 - 15,41

Marc 14, 53.55-65 - Marc 15, 6-41

« Salut Roi des Juifs ! » - « Eh, toi ! Descends de ta croix ! » – « Attendez, nous allons voir si Elie vient le délivrer ! » - « Il en a sauvé d’autres, mais il ne peut pas se sauver lui-même ! » …

Combien de moqueries au pied de la Croix, ce jour-là ! Ah, il y en a, du monde pour rire et se moquer, il y en a, venus se divertir aux souffrances d’un autre, ou peut-être pour se rassurer : après tout, Jésus sur la Croix, c’est le signe qu’on avait raison contre lui, non ?  

Il existe des gens, à présent, qui relativisent, qui disent que « de toute façon, puisqu’il est fils de Dieu, Jésus ne souffre pas vraiment, qu’il ne meurt pas vraiment, qu’il ne faut pas trop s’en faire puisqu’il a annoncé lui-même qu’il ressuscitera le troisième jour… » Il y a des gens pour qui vendredi-saint, la croix, c’est une mascarade.. mais elle est bien amère, cette mascarade-là, elle a le goût du vinaigre qu’on tend à Jésus…  

« Il en a sauvé d’autres, mais il ne peut se sauver lui-même ! » : cette moquerie est vraie, elle est plus qu’une moquerie, à l’insu de ceux qui la profèrent… Christ souffre, et meurt comme condamné, comme un homme dont on punit une faute si grave que seule la mort semble pouvoir « réparer » ce crime… Christ souffre et meurt, et c’est vrai, il n’y peut rien !  

Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Israël… aux heures sombres de leur histoire, n’y avait-il pas un Dieu à leurs côtés, un Dieu-avec-eux ? Mais aux heures sombres de l’histoire de Jésus, il n’y a plus personne, que des adversaires à Ses côtés.  Jésus meurt seul, abandonné des hommes… et de Dieu : Il ne peut se sauver lui-même !  

Alors, comme il est humain, ce jour-là plus que tous les autres : apporter le salut aux autres, comme un bon médecin, il l’a pu ; mais quand il s’agit de sa propre vie, sa propre mort qui est en jeu, il est impuissant, les mains clouées… Oui, le fils du Tout-Puissant ne peut rien. Et même à travers cette moquerie, cette blessure, c’est l’Evangile qui passe : nous pouvons beaucoup, nous avons en nous des possibilités remarquables, incroyables, inouïes, et nous pouvons porter aide et accompagnement aux autres – si nous le voulons bien -, mais vient le moment où nous sommes nous aussi « en croix » ; et alors plus rien à faire, nous voilà impuissants, incapables de nous sauver nous-mêmes… On doit se faire à l’évidence : avant d’être des gens formidables, nous avons été misérables, et cette fragilité nous rattrape.

Est-ce que nous pouvons bien comprendre ce que la Croix signifie ? Elle n’a rien de rassurant pour celui qui ne croit pas, elle est signe de l’échec humain à instaurer un royaume sur terre… nous ne sauvons rien par nos seules forces, nous sommes épinglés au bois comme des papillons morts… on nous regarde, et on se moque de nous…  

Non, même avec ces moqueries, vendredi-saint ne prête pas à rire, ce n’est pas – n’en déplaise à certains – de la « rigolade » pour Jésus, pour Dieu.  

La Croix est plantée devant nous, et nous sommes tout près, parmi les moqueurs, ou au loin, comme les femmes, comme l’Eglise qui voit son Sauveur jeté quotidiennement en pâture à ceux qui le méprisent et l’oppriment. Les femmes sont au loin, impuissantes à délivrer le Crucifié de ses tourments, comme nous sommes impuissants à nous libérer de bien des fardeaux, de bien des travers et des mesquineries, comme nous sommes incapables de changer le triste spectacle qu’offre la vitrine du monde. Et vendredi-saint, c’est cela, pour l’Eglise, pour les croyants : la démonstration année après année de notre impuissance, de notre incapacité à être les sauveurs, les héros de ce monde…  

Vendredi-saint, une mauvaise surprise qui nous arrive, et qui nous fait peut-être grimacer, la langue chargée de l’amertume du vinaigre… Notre salut, nous ne pouvons le réaliser nous-mêmes, il faut le Dieu qui fait grâce !…il faut Pâques, le Christ, la Résurrection… Et heureusement, ce jour arrive !

© 2008 Olivier Sandoz