21.03.2008
Vendredi-saint - Marc 14,53 - 15,41
Marc 14, 53.55-65 - Marc 15, 6-41
« Salut Roi des Juifs ! » - « Eh, toi ! Descends de ta croix ! » – « Attendez, nous allons voir si Elie vient le délivrer ! » - « Il en a sauvé d’autres, mais il ne peut pas se sauver lui-même ! » …
Combien de moqueries au pied de la Croix, ce jour-là ! Ah, il y en a, du monde pour rire et se moquer, il y en a, venus se divertir aux souffrances d’un autre, ou peut-être pour se rassurer : après tout, Jésus sur la Croix, c’est le signe qu’on avait raison contre lui, non ?
Il existe des gens, à présent, qui relativisent, qui disent que « de toute façon, puisqu’il est fils de Dieu, Jésus ne souffre pas vraiment, qu’il ne meurt pas vraiment, qu’il ne faut pas trop s’en faire puisqu’il a annoncé lui-même qu’il ressuscitera le troisième jour… » Il y a des gens pour qui vendredi-saint, la croix, c’est une mascarade.. mais elle est bien amère, cette mascarade-là, elle a le goût du vinaigre qu’on tend à Jésus…
« Il en a sauvé d’autres, mais il ne peut se sauver lui-même ! » : cette moquerie est vraie, elle est plus qu’une moquerie, à l’insu de ceux qui la profèrent… Christ souffre, et meurt comme condamné, comme un homme dont on punit une faute si grave que seule la mort semble pouvoir « réparer » ce crime… Christ souffre et meurt, et c’est vrai, il n’y peut rien !
Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Israël… aux heures sombres de leur histoire, n’y avait-il pas un Dieu à leurs côtés, un Dieu-avec-eux ? Mais aux heures sombres de l’histoire de Jésus, il n’y a plus personne, que des adversaires à Ses côtés. Jésus meurt seul, abandonné des hommes… et de Dieu : Il ne peut se sauver lui-même !
Alors, comme il est humain, ce jour-là plus que tous les autres : apporter le salut aux autres, comme un bon médecin, il l’a pu ; mais quand il s’agit de sa propre vie, sa propre mort qui est en jeu, il est impuissant, les mains clouées… Oui, le fils du Tout-Puissant ne peut rien. Et même à travers cette moquerie, cette blessure, c’est l’Evangile qui passe : nous pouvons beaucoup, nous avons en nous des possibilités remarquables, incroyables, inouïes, et nous pouvons porter aide et accompagnement aux autres – si nous le voulons bien -, mais vient le moment où nous sommes nous aussi « en croix » ; et alors plus rien à faire, nous voilà impuissants, incapables de nous sauver nous-mêmes… On doit se faire à l’évidence : avant d’être des gens formidables, nous avons été misérables, et cette fragilité nous rattrape.
Est-ce que nous pouvons bien comprendre ce que la Croix signifie ? Elle n’a rien de rassurant pour celui qui ne croit pas, elle est signe de l’échec humain à instaurer un royaume sur terre… nous ne sauvons rien par nos seules forces, nous sommes épinglés au bois comme des papillons morts… on nous regarde, et on se moque de nous…
Non, même avec ces moqueries, vendredi-saint ne prête pas à rire, ce n’est pas – n’en déplaise à certains – de la « rigolade » pour Jésus, pour Dieu.
La Croix est plantée devant nous, et nous sommes tout près, parmi les moqueurs, ou au loin, comme les femmes, comme l’Eglise qui voit son Sauveur jeté quotidiennement en pâture à ceux qui le méprisent et l’oppriment. Les femmes sont au loin, impuissantes à délivrer le Crucifié de ses tourments, comme nous sommes impuissants à nous libérer de bien des fardeaux, de bien des travers et des mesquineries, comme nous sommes incapables de changer le triste spectacle qu’offre la vitrine du monde. Et vendredi-saint, c’est cela, pour l’Eglise, pour les croyants : la démonstration année après année de notre impuissance, de notre incapacité à être les sauveurs, les héros de ce monde…
Vendredi-saint, une mauvaise surprise qui nous arrive, et qui nous fait peut-être grimacer, la langue chargée de l’amertume du vinaigre… Notre salut, nous ne pouvons le réaliser nous-mêmes, il faut le Dieu qui fait grâce !…il faut Pâques, le Christ, la Résurrection… Et heureusement, ce jour arrive !
© 2008 Olivier Sandoz
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26.11.2006
Veillons les uns sur les autres - Marc 13, 24-32
Daniel 12, 1-3 - Hébreux 10, 19-25
Aujourd’hui, dernier dimanche de l'année liturgique, trois lectures «pour le temps de la fin»… Vous me direz que ça n’invite pas à l’optimisme délirant, et c’est vrai – mais aussi, quelle espérance, quel avenir ils ouvrent devant nous !
Le livre de Daniel a été écrit pour un temps de persécution : il annonce le salut et la délivrance de celles et ceux qui sont restés fidèles – pas seulement de « celles et ceux qui ont souffert », comme s’il fallait souffrir pour être sauvé ! Il annonce le « salut des intelligents », entendez de ceux qui ont compris qui est le VRAI Dieu, et de ceux qui ont encouragé, aidé leurs semblables à rester fermement établis dans la foi en ce Dieu-là. Tous ceux-là, dit le texte, « brilleront, resplendiront comme des étoiles » !
A propos d’étoiles, justement, l’Evangile en parle ce matin ! Jésus donne à quelques-uns de ses disciples une idée des «temps de la fin» ; il y aura, disent les versets qui précèdent notre passage, abondance de «faux» : faux prophètes, faux messies, faux témoignages, tromperies, souffrances, obscurantisme et obscurité, avec une lune blafarde et un soleil assombri, des étoiles en chute libre - rappelez-vous la Genèse, tout ce qui était jusqu’ici signe de rythme, de vie, tout cela se fond dans l’indifférencié, l’uniformisé… par contraste, c’est aussi le temps où Dieu fait MANIFESTEMENT la différence: le Fils de l’Homme paraît en puissance et en gloire, avec ses anges, pour rassembler les élus, en faire, selon le texte même de Daniel, «des êtres resplendissants» à la place des astres mourants… Veillez, restez éveillés conclut Jésus.
De même, l’épître aux Hébreux qui est une prédication plus qu’une lettre, offre un encouragement aux croyants calomniés, malmenés par le monde, exposés à l’impopularité – soumis en fait à la tentation de tout laisser tomber pour rentrer dans le rang des gens sans espérance… Là encore, une exhortation à une disposition intérieure ouverte, un cœur «pur et sincère», une foi assurée, un corps purifié… et à un réel engagement auprès des sœurs et des frères dans la foi: veillez les uns sur les autres, encouragez-vous à mieux aimer et faire œuvres bonnes, tenez-vous les coudes en vous rassemblant régulièrement et avec persévérance !
A ses disciples inquiets, Jésus dit de regarder le monde et les événements de la même manière qu’ils regardent la croissance du figuier: en cherchant les signes de l’avancement du temps, en gardant sur toute chose une lucidité, une clairvoyance qui leur évitera d’être surpris ou malmenés par ce monde. Les signes sont là, partout autour de nous… mais attention, bien des gens en profitent pour entraîner dans leurs spéculations – dans leurs élucubrations ! – les «trop-crédules», les «trop-faciles à piéger»… Que dit la Bible ? que dit Jésus à ce propos, justement ? Que seul le PERE connaît le jour et l’heure ! Que seul le PERE est le maître des temps ! Ainsi, Jésus impose le silence à ces trop beau-parleurs, à ces raconteurs d’apocalypses, à ceux qui font des pseudo-prophéties leur gagne-pain …
Des jours viennent, dit Jésus, difficiles mais aussi pleins d’espérance ! A part cela, rien à dire, rien à spéculer, rien à calculer ! Il suffit, il NOUS suffit d’avoir la confiance que dans ces temps-là comme dans tous les temps, Dieu, selon Sa promesse, ne va pas nous oublier; et nous avons à le dire, à le rappeler à celles et ceux qui faiblissent, qui disparaissent on ne sait où, qui se découragent ou se sentent abandonnés…
«Nous avons à le dire» ? « il n’y a qu’à… » après tout, c’est peut-être beaucoup nous demander, nous qui pouvons être nous-mêmes secoués, pris de doutes…
C’est facile de croire ce que l’on a vu, ou ce que l’on peut déduire d’une expérience… mais une promesse ? Mais la promesse, qui plus est, d’une «vie en abondance», quand le monde prend tous les jours de dangereux contours… A-t-on encore envie d’espérer, de croire qu’il peut advenir un salut dans nos communautés ? Il y en a tellement qui préfèrent la voie de l’individualisme et de l’égoïsme – la voie où je ne m’occupe surtout pas de mon voisin pourvu qu’il fasse de même – la voie où je me consacre tout entier à ma seule réalisation personnelle – tant pis pour les autres, tant mieux s’ils font comme moi…
Vous savez, la fin des temps, l’ «apocalypse» dans le sens populaire qu’on a donné au mot, c’est peut-être déjà quand je ne regarde plus ma sœur ou mon frère avec tendresse, égards, souci, pour son bien-être, tout absorbé que je suis par mon immense moi ! La fin des temps, elle a peut-être déjà commencé quand je ne regarde plus ma sœur ou mon frère comme quelqu’un AVEC QUI je serai sauvé…
Des jours viennent – seul Dieu les connaît – où Il sera tout en tous: si Dieu veut ME sauver, je dois comprendre et savoir que je ne serai pas le seul à l’être – et j’ai à vivre en conséquence devant Dieu !
© 2006 Olivier Sandoz
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29.10.2006
Les fils de Zébédée - Marc 10, 35-45
L’histoire de Jacques et Jean, les fils de Zébédée, nous la connaissons bien : exemples d’ambition religieuse, ils demandent pour eux-mêmes les deux meilleures places dans le Royaume, à la droite et à la gauche du Christ en gloire, étroitement associés de cette manière à son pouvoir de jugement… et les autres disciples sont indignés par cette façon de réclamer le pouvoir… et peut-être un rien jaloux qu’ils aient osé le faire …avant eux ?
Il y a de quoi être troublé : Jésus annonçait à l’instant, et pour la 3e fois, qu’il allait souffrir, mourir, et ressusciter, Jésus vient de mettre une nouvelle fois ses disciples au courant de ce qui l’attend au terme de la monté à Jérusalem, mais les seuls qui réagissent, ils le font pour réserver leurs sièges dans le monde à venir… ! « Pendant que tu y seras, tu nous prendras les billets pour de bonnes places ? ». Un ami vous annonce un départ douloureux, difficile, et la première chose qui vous vient à l’esprit, c’est évidemment de lui demander une place d’associé… pour quand il aura réussi ? …
Jésus ne laisse pas de faux espoir :doucement, il leur explique que la réponse à cette demande - même si elle semble justifiée, par exemple par le martyre – dépend uniquement d’une souveraine décision de Dieu… En passant, l’Eglise des siècles qui ont suivi a peut-être oublié cette précision importante de son Maître, lorsqu’elle a barré l’accès au Christ par une nuée d’intermédiaires, sans doute très méritants d’ailleurs !
Mais cette précision, ou même notre indignation, n’est pas au centre de la question, aujourd’hui.
Jésus répond à tous ses disciples sur le thème du pouvoir, et de ce qui doit exister entre eux, à défaut de l’être dans le monde. Ce qui change tout, ce qui bouleverse tout, c’est que le mot « pouvoir », au lieu d’être lié à la puissance, à la prééminence, au lieu de signifier la force qui écrase le petit depuis en-haut, c’est d’abord un service, il n’est concevable, le pouvoir, que si celui qui l’utilise est serviteur.
Si le monde ne lie malheureusement pas forcément « pouvoir » à « service », c’est la vocation même de l’Eglise de le faire ; la seule « ambition religieuse » autorisée, c’est de rivaliser dans le service rendu : « être serviteur de tous pour être le premier », telle est la devise que Jésus donne, à l’image de son ministère terrestre, jusqu’à sa mort – plus exactement jusqu’au DON de sa vie pour la libération et le salut de tous.
L’Eglise a-t-elle toujours été obéissante ? …dans les mots peut-être, puisque « ministre », « ministère » sont des mots de la même racine que « minime », pour désigner ses services et ses serviteurs… Dans les mots, parce que le risque est grand, quand on demande un service à quelqu’un qui est formé à cette intention, de voir ce « serviteur » devenir un « spécialiste » dont on écoutera les avis éclairés sans oser le contester… même s’il n’a pas toujours raison, et de loin !
Ça ne touche pas que les professionnels, les serviteurs « permanents » dans l’Eglise, qu’ils soient pasteurs, diacres ou autres… Le peuple de Dieu dans son entier a besoin de repenser son rôle dans le monde, son service. Regardez le peuple d’Israël : à travers des siècles d’histoire et d’épreuves, il garde sa vocation d’être le peuple choisi par Dieu, un peuple dont la destinée n’est pas de s’appartenir, mais d’être parmi les nations un signe de différence. Quand Israël l’oublie, quand Israël veut être comme les autres, Israël se fourvoie…et sombre dans la violence.
Israël a ce destin voulu par Dieu ; le peuple des Chrétiens, lui, est destiné au service. Ce n’est pas une question de choix démocratique, de volonté populaire, de consensus général, mais une question de vocation, et d’essence : il n’y a Eglise, peuple des Chrétiens, qu’au service des autres, au nom du Dieu de Jésus-Christ « venu servir et donner sa vie pour la libération de beaucoup ». Le reste, c’est de la poudre aux yeux …
© 2006 Olivier Sandoz
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24.09.2006
Le premier, serviteur de tous - Marc 9, 30-37
Dans les enseignements de Jésus sur ce qu'est un disciple, le passage d'aujourd'hui nous entraîne sur le chemin de l'humilité, et d'un accueil "large".
On a pris l'habitude, ces dernières décennies, de considérer les enfants comme des personnes à part entière, et la chose nous paraît aller de soi aujourd'hui - même si parallèlement, on assiste à un désarroi croissant chez les jeunes, de plus en plus jeunes !
A l'époque où Jésus s'adresse à ses disciples, l'enfant est plutôt un être de "deuxième catégorie", qui ne devra en tous cas pas venir troubler l'importance et le sérieux des adultes. Avant sa 12e année, moment de son entrée officielle dans la communauté, il n'a d'ailleurs pas droit à la parole dans les assemblées, et c'est à son obéissance et à ses devoirs que l'on fait appel, plutôt qu'à de quelconques droits qu'il pourrait avoir... !
Cela étant posé, il est donc d'autant plus surprenant pour le groupe des disciples que Jésus centre l'attention sur un enfant, la "moindre des créatures" dans la société d'alors.
Que s'est-il passé ? Et bien vous l'avez entendu, un conflit surgit entre les disciples, de décider qui est le premier parmi eux, qui pourrait se poser comme chef du groupe. Le différend est amené par une réflexion que Jésus leur fait pour la deuxième fois, à savoir qu'il va mourir et ressusciter - et les disciples ne savent comment réagir, n'osent pas poser de questions. Mais curieusement, et de manière déplacée, ils s'engagent déjà dans une querelle de succession, prématurée et un peu ridicule - on comprend bien que lorsque leur maître les interrogent sur le thème de leur discussion, ils n'osent pas avouer leur sottise !
Mais pour nous aussi, la question peut se poser. Qu'allons-nous donc faire de cette réponse de Jésus à leur dispute: "Celui qui veut être le premier qu'il soit le dernier, le serviteur de tous" ?
...parce que les querelles de pouvoir, nous en connaissons tous, nous y avons tous été confrontés d'une façon ou d'une autre dans notre existence - et que même si par extraordinaire, ce n'était pas le cas, l'exhortation reste de ne rechercher la grandeur que dans le service de tous les autres... !
J'aime particulièrement l'image de cet enfant placé au centre du cercle des disciples, et sans doute intimidé, que Jésus serre entre ses bras pour le rassurer et l'assurer de sa grande tendresse. On ne s'arrêtera pas à des considérations de "pureté naïve" de l'enfance, pour nous centrer bien plutôt sur que cela signifie d'accueillir la plus faible, la plus dépendante des créatures humaines comme si elle était Dieu lui-même !
Et bien oui, mes amis, il nous est demandé de descendre un rien du piédestal d'importance que nous nous sommes forgé, dans notre recherche un peu vaine de la perfection, pour regarder où est Dieu en réalité : pas dans les honneurs et les places qui leur sont attachées, mais dans le silence timide et inquiet d'un enfant subitement propulsé sur le devant de la scène, un enfant qui au premier abord ne demandait rien - au contraire des disciples qui réclamaient pour eux-mêmes la primauté sur leurs pairs !
Et voici que s'ouvre un monde peu familier, un monde étrange où certaines évidences n'ont plus cours... En langage contemporain, cela donne : "Regardez tel misérable, tel méprisé, tel marginal ou tel étranger, tel laissé-pour-compte du néolibéralisme à la mode : voilà Dieu, c'est elle, c'est lui !".
L'apôtre Jacques nous l'a dit il y a un instant, c'est lorsque nous utilisons l'autre pour gravir une colline en lui marchant dessus que nous transformons petit à petit la création en champ de bataille, que nous brisons la communion entre les êtres voulue par Dieu, et patiemment construite par le Christ.
En écho à l'appel du Psalmiste qui cherche Dieu - et Le découvre dans son quotidien : quand je me couche, je me souviens de Toi ! -, l'image de l'enfant nous invite à baisser les yeux pour nous hisser à la hauteur des sentiments de ces petits, de ces humbles, de ces silencieux : Dieu est grand par Sa volonté d'être présent dans l'humilité, Il est puissant et glorieux par Son incarnation dans la faiblesse et la légèreté de notre être.
Qui est le premier ? Qui sera le "chef" ? - celle ou celui qui pourra découvrir, avec sa bienveillance, sa patience, sa tendresse à l'égard du plus insignifiant, toute la présence du Dieu de Jésus-Christ dans une personne jusque-là négligée.
On n'est grand que quand on parvient à se hisser à la hauteur d'un tout-petit, pour apprendre de lui le secret d'une vie humble... On est "le plus grand" quand on parvient à se mettre à sa place sans craindre d'être humilié, ou de perdre la face, quand on n'a plus peur d'être tout petit !
© 2006 Olivier Sandoz
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10.09.2006
Tu es le Messie ! - Marc 8, 27 à 30
Esaïe 50, 4-9 - Jacques 2, 14-17 -
C'est comme quelque chose de fulgurant : «Tu es le Messie !»... Pierre ne sait - peut-être - pas entièrement ce qu'il dit ce jour-là, mais la vérité lui est donnée, la vérité lui est offerte comme un cadeau !
«Tu es le Messie !» : bien des fois porte-parole du groupe, Pierre résume ici ce qui a mis les disciples en route, ce qui les a fait «tout quitter pour suivre Jésus», l'espérance qui les fait avancer : « Tu es le Messie ! » ...mais ce mot - déjà ! - était tellement piégé !
· «Messie» comme un chef de guerre qui apportera la libération, comme un brillant stratège qui tiendra l'ennemi romain loin du pays, comme un nouveau David, roi guerrier et chantre de l'Etemel, qui restaurera les frontières du « grand Israël » ?
· ou bien «Messie» comme un thaumaturge, médecin tout-puissant, force de guérison extraordinaire envoyé par Dieu pour soulager du mal, de tout mal ?
· ou encore «Messie» comme un successeur de Moïse et d'Elie, dernier et nouveau prophète du Très-haut, destiné à accomplir la Loi jusque dans sa dernière virgule ?
· «Messie» sauveur d'Israël, sur qui chacune, chacun, transfert ses rêves, ses espoirs les plus fous : « quand le Messie sera là, tout ira mieux ! »...
« Tu es le Messie » : mais qu'est-ce que nous projetons sur ce terme, maintenant ? Est-ce que nous sommes si loin des espoirs du peuple d'Israël ?
«Quand Jésus reviendra....», oui, quand Jésus reviendra, qu'est-ce que nous croyons ? Notre espérance est nourrie de catéchisme, bien sûr : un «nouveau ciel», une «nouvelle terre», une éternité d'où seront bannies les larmes, la douleur, la séparation et la mort... Une ère de paix inimaginable, quelque chose de grand, et de grandiose ! ! !
En attendant ce jour, il nous reste la réalité à vivre au quotidien... Alors là, dans ma foi, dans ma petite foi taillée à ma mesure, j'entends Jacques me dire dans sa lettre que « sans les oeuvres, la foi est morte »...
Je sais bien que cela trouble nos esprits protestants ! Á cause de ce passage, Luther considérait l'épître de Jacques comme une «épître de paille», placée dans la Bible par une tragique erreur... Les oeuvres, cela résonne comme du catholicisme d'avant le Concile, cela sent le soufre d'une Eglise cherchant à asservir ses ouailles, cela a des relents d'indulgences, que l'on s'achète finalement parce que l'on n'arrive même plus à agir «bien», en conformité avec la foi... !
Rendons justice à Jacques : il est effectivement un peu facile de s'affirmer chrétien en oubliant que le Chrétien, c'est celle, c'est celui qui accomplit ce que le Christ nous a montré !
Si encore ce Messie avait été le général victorieux que certains attendaient, si encore il avait été Elie rendu au monde, ou Moïse, ou David, nous pourrions dire qu'il reste un modèle inaccessible... Mais voilà : il a été bien plus et plutôt le «serviteur souffrant», le serviteur du poème d'Esaïe qui reçoit gifles et coups, insultes et crachats, - et qui tient ferme cette assurance : malgré tout, «Dieu est avec moi, pour m'enseigner et parler par ma bouche» !
C'est sur ce «malgré tout», qui n'est pas un «au mépris de tout», que je voudrais nous voir méditer ce matin. «Malgré tout», malgré les gifles et les insultes, les persécutions et les moqueries, malgré la souffrance subie, Jésus est le Messie - et Pierre ne s'est pas trompé.
Mais c'est un Messie à notre portée, un Messie qui nous enseigne la vie, telle qu'elle est possible à la lumière de Dieu.
Bien sûr que nous souffrons. Bien sûr qu'il y a la maladie et la mort, les séparations, les accidents, les jours sombres où rien ne va, les jours de deuils où nous nous sentons vidés de toute substance... Bien sûr qu'il y a la vie telle qu'elle est, toute humaine, toute faite de notre «pâte humaine» pleine de contradictions, d'élans magnifiques comme des pires lâchetés... Bien sûr ! Et c'est comme cela aussi que nous sommes des Chrétiens …
C'est bien mystérieux, et cela ne paie pas de mine, peut-être... Mais Jacques le dit et le redit : la proximité avec Dieu ne se trouve que dans la proximité avec les tout-petits, les humbles, celles et ceux qui manquent de tout...
Messie ? Est-ce que le Messie Jésus n'a pas été un homme vrai? Est-ce qu'il a été un héros glorieux et mythologique que le monde adule, reconnaît à sa stature impressionnante, à son aspect hautement médiatique ? - Non, Jésus a accompli sa vie d'homme, en renonçant aux barrières sociales, financières, coutumières, rituelles, qui empêchaient la rencontre, la fraternité.
Quand je reconnais, quand je dis à Jésus : « Tu es le Messie », je dois moi aussi être «messianique», d'une confiance en Dieu surhumaine et donnée par Dieu, pour mener à bien une lutte puissante et tranquille auprès des petits dans ce monde :
4 Le Seigneur Dieu m'a enseigné ce que je dois dire, pour que je sache avec quels mots je soutiendrai celui qui faiblit. Chaque matin, il me réveille, il me réapprend à écouter, comme doivent écouter les disciples.
5 Le Seigneur Dieu m'ouvre les oreilles, et je ne lui résiste pas, je ne recule pas.
6. J'offre mon dos à ceux qui me battent, je tends les joues à ceux qui m'arrachent la barbe. Je ne cache pas mon visage aux crachats, aux insultes.
7 Le Seigneur Dieu me vient en aide, c'est pourquoi je ne m'avoue pas vaincu, je rends mon visage dur comme la pierre, je sais que je n'aurai pas le dessous.
© 2006 Olivier Sandoz
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03.09.2006
Tout est permis... - Marc 7, 1 à 8
Deutéronome 4, 5 à 8 - Jacques 1, 19 à 25
Pour les croyants, le thème de la Loi et de sa pratique reste un caillou dans la chaussure, pour ne pas dire une pierre d'achoppement ! Il arrive parfois que ceux qui ont l'air le plus libéré soient des légalistes butés sur certains sujets...
...et il est vrai que la question est difficile !
Pour l'homme de l'Ancien Testament, l'alternative semblait pourtant relativement simple : il y a la Loi, et il y a les peines ou les réparations prévues pour ceux qui la transgressent. A l'époque de Jésus - mais sans doute déjà avant -, c'est déjà plus compliqué, il y a ceux qui prennent un soin maladif à répertorier et à faire appliquer la moindre exhortation, la moindre interdiction "à la lettre", quitte à précipiter leur interlocuteur dans une impasse : c'est la Loi qui fait le fidèle ! ...le passage d'aujourd'hui se fait l'écho du problème, très tôt posé aux nouvelles communautés : les Chrétiens, que doivent-ils faire des innombrables prescriptions de l'Ecriture ? Doivent-ils tout prendre, tout rejeter, ou faire un tri ?
Les jeunes Eglises, sous l'impulsion des apôtres - de Paul, de Pierre, de Jacques, de Jean, notamment - vont se rappeler le comportement de Jésus pour essayer d'en tirer - et c'est le trait de génie ! - plutôt que des règles précises, une direction générale, un cadre à l'intérieur duquel il s'agit de grandir et d'évoluer dans un monde divers, en rapide mutation. Au point que toute la Loi va tenir dans le "sommaire" que nous connaissons bien, ce "aime Dieu (...) et aime ton prochain comme toi-même" qui mesure tout règlement, toute prescription, à l'aune de l'amour, à l'échelle de la relation de Dieu avec sa Création, une relation qui vise à l'épanouissement de la créature.
Nous Chrétiens en sommes les "héritiers", mais - comme souvent - quand quelqu'un ouvre une porte, il y a toujours du monde pour vouloir la refermer, ou du moins en réglementer l'accès ! La Nature a horreur du vide, dit-on... c'est plutôt l'humanité qui a une mentalité d'esclave, et qui prend peur devant une liberté trop extraordinaire pour être supportable tel quel ! Alors, de nouveau, on invente des barrières, des limites qu'on s'impose à soi-même, juste avant de les décréter "universelles" ou "sacrées"...
C'est pourtant une immense bouffée de tendresse, une libération inouïe que le Christ nous offre, une possibilité de vivre comme personne n'osait ne serait-ce qu'en rêver !
"Tout est permis", écrit Paul aux Chrétiens de Corinthe, pour ajouter cependant "mais tout ne convient pas. Tout est permis, mais tout n'édifie pas" : c'est le "noeud" de notre liberté, la "limite" nécessaire - mais voyez la nature humaine:
quand Dieu propose de chanter la dièse, nous tirons vers le bémol : le "serpent" qui est en nous parle, qui nous fait voir la limite et dénigre la liberté ! ...pour en arriver à penser que si je n'ai pas tout, je n'ai rien - alors que c'est le contraire !
Les Pharisiens de l'Evangile sont ainsi : ils mettent l'accent sur le devoir au point d'oublier les droits, ils s'attachent à la lettre et négligent l'esprit, ils voient les disciples oublier les rites de purification, alors ce sont des mécréants de la pire espèce ! "Ce peuple m'honore en paroles, mais de cœur il est loin de moi" rapportait déjà Esaïe : quand on s'arrête d'abord au détail, on oublie de vivre la totalité ; quand on est à l'affût de ce qui manque, de ce qui chez l'autre n'est pas en ordre, on ne parvient plus à se réjouir avec lui... On est un triste croyant, qui se lamentera encore et toujours sur les bancs vides, en lieu et place de profiter de celles et ceux qui sont présents. Allez vous laver les mains, les disciples ! ...c'est du Ponce-Pilate avant l'heure...
Jacques remet pour nous les pendules à l'heure : "Ne vous faites pas d'illusions sur vous-mêmes en vous contentant d'écouter la Parole de Dieu : mettez-la réellement en pratique !" Si je m'abrite derrière la loi, les règlements, l'usage, pour jeter des pierres sur les autres du haut de ma forteresse, j'applique une "justice" sans âme, injuste ! Si je tempère ma tendance à contrôler et à reprendre - surtout les erreurs des autres, d'ailleurs ! - par l'affection et l'amour que j'ai pour mes soeurs et mes frères, il y a bien des chances pour que je sois dans le vrai, le juste, dans la volonté de Dieu. Je n'ai pas à ignorer la Loi de Dieu, j'ai à la mettre en pratique dans ce qu'elle a de meilleur pour l'humanité, cette volonté de notre Père de voir Ses enfants grandir, s'épanouir, porter sur leur visage la lumière, la joie rayonnante de la Bonne Nouvelle qu'est l'Evangile.
"Tout est permis..." mais si je n'ai pas l'amour... !
© 2006 Olivier Sandoz
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16.07.2006
"Ne prenez rien avec vous pour le voyage !" - Marc 6, 7 à 13
Amos 7, 10 à 15 - Ephésiens 1, 6 à 10.13
"Ne prenez rien avec vous pour le voyage !" dit Jésus à ses Douze, qu'il envoie préparer le terrain devant lui. Rien. Ou juste l'indispensable bâton pour chasser les serpents et assurer la marche sur les routes caillouteuses, et les sandales, évidemment, à cause des mauvais chemins qui blessent les pieds. Pas de bagages, sacs, rechange, chèques de voyage ou cartes de crédit, rien que ce qui est immédiatement utile. Pour bien avancer, il faut être libre d'entrave, parce que sinon, une valise dans chaque main, on fatigue vite et on ne va pas loin... !
Cela contraste avec nos départs en vacances, non ? - mais c'est une boutade, parce que les Douze, eux, ne partent pas en vacances ! Ils sont déjà "chargés", du reste : chargés d'un message, d'une nouvelle ! Changements, transformation, monde nouveau, Royaume... Ces mots, nous les avons souvent entendus, beaucoup entendus, et nous n'en écoutons peut-être plus que le ronronnement.
Pourtant, ces mots, ils sont pleins d'"épines", pleins de sens qui devraient nous déranger, nous réveiller : changer, transformer, nouveauté, - ce qui est actuellement n'est pas satisfaisant, doit être améliorer - ou devrait être écarté au profit de ce qui vient...
Et voilà nos Douze avec ce message-là, qui n'est pas facile à faire passer dans les villages où ils rencontreront les gens de leur temps, où ils seront face à un public installé dans une vie bien réglée. Vous avez entendu le premier texte ce matin, l'histoire du prophète Amos : dès qu'il parle de changement, on lui rappelle qu'il n'est pas chez lui, qu'il peut bien dire ce qu'il veut, mais pas ici, mais AILLEURS... "Décampe !", "Du vent !"...
C'est ce même poids que les Douze vont porter avec eux, sans doute ! Comment seront-ils reçus ? Va-t-on les écouter ou les chasser ? En plus de ça, ce ne sont pas des orateurs professionnels, des vendeurs ou des démarcheurs qualifiés... Comme Amos qui a été pris de derrière son troupeau, ils sont pêcheurs, ou péagers, pour ce qu'on en sait...
"Ne prenez rien avec vous !": le message à transmettre, le message de changement - aujourd'hui on dirait sans doute "révolution" -, c'est aussi, d'abord, un message de grâce, au sens premier du mot : on fait grâce, on fait cadeau, on donne gratuitement... Parler de grâce, vivre de la grâce en se gardant une poire pour la soif, ce serait paradoxal ! Alors Jésus leur dit d'aller comme ils sont, seulement prêts à faire confiance, et à recevoir ce qu'on leur donnera comme à accepter un refus : si on vous accueille, restez ! Si on vous refuse, partez ! N'essayez pas de persuader par des artifices, contentez-vous de dire, de parler, d'annoncer le changement qui arrive. Vous êtes témoins, pas vendeurs, de l'Evangile ! Vous n'avez rien à gagner, sinon un renforcement de ce que vous tenez déjà, de ce qui vous tient déjà: la confiance en Dieu, la remise entre Ses mains de ce qui fait votre vie. Vous n'avez rien à perdre, parce que vous n'avez rien avec vous qui peut se perdre !
Je vous parle longuement des Douze, mais vous l'avez déjà compris, tout cela nous est dit à nous, lectrices et lecteurs, auditrices et auditeurs de ce siècle ! Chargés, sans doute que nous le sommes aussi. Par la vie, par les événements, par notre histoire personnelle... Alors ce "ne prenez rien...", il nous invite à une simplification : c'est un appel à la confiance, un appel à croire la grâce... Tout ce qui nous charge, tout ce qui nous encombre, tout ce que nous croyons indispensable, est-ce que nous allons oser nous en défaire, tout remettre, tout confier à Dieu et aller de l’avant les mains libres, le cœur libre et léger ? ... peut-être que oui, peut-être que non !
En tout cas, ça mérite que nous fassions ce "détour" de nous poser la question : dans la vie comme pour un voyage, on n'avance pas bien, une valise dans chaque main...
Simplification. Purification.
Nous allons croire que c'est vrai, cette parole que l'apôtre Paul nous adressait, dans la deuxième lecture, et qui nous dit que "Dieu a mis sa marque personnelle sur nous, en nous donnant le Saint-Esprit qui nous garantit les biens que Dieu réserve aux siens" ?
Au jeu de la confiance, quand Dieu est partenaire, je crois bien que nous avons tout à gagner. Nous pouvons l'entendre pour notre vie personnelle, nous pouvons l'entendre aussi dans les changements que vit notre Eglise...
Et ce temps d'été, il est peut-être là justement pour nous apprendre à mieux « vivre au régime de la grâce »...
© 2006 Olivier Sandoz
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02.07.2006
Qoum ! Lève-toi ! - Marc 5, 21-43
2 Corinthiens 8, 1 à 7
Il y a chez les évangélistes cette volonté de nous entraîner plus loin que la seule anecdote miraculeuse à propos du Christ : si les évangélistes nous racontent tel épisode, et pas tel autre, c'est pour nous faire entrer dans la dynamique du salut, pour nous faire découvrir quelque chose qui NOUS concerne, quelque chose qui nous fera grandir.
La fille de Jaïrus est en train de mourir à 12 ans : elle a juste l'âge de la maladie de cette femme qui approche Jésus, subrepticement, et touche son vêtement, le plus discrètement possible...
12 ans : c'est l'âge auquel on atteignait le droit à la reconnaissance dans la société contemporaine du Christ. Au moment où elle pourrait entrer dans la communauté, cette fillette meurt, elle va disparaître avant que sa vie de femme ne commence, à l’image de toutes ces vies brisées, anéanties toujours bien trop tôt !
Parallèlement, nous découvrons une femme anonyme, qu'une maladie physique handicape depuis ces mêmes 12 années, au point de l'exclure de tout contact avec son peuple : elle a des pertes de sang, ce sang précieux, et cela la rend "impure" selon la Loi, interdite de relations - elle ne doit toucher personne, et personne ne doit la toucher, ni elle ni les ustensiles qu'elle emploie, sous peine d'impureté rituelle : au handicap s'additionne la marginalisation - elle est une personne sans droit à l'existence sociale !
L'une va mourir sans avoir vécu, l'autre est déjà morte au regard des hommes... Dans les deux cas, c'est bien du salut dont il est question - et pas pour un autre monde, une résurrection pour MAINTENANT ! Jésus va donc guérir, nous raconte Marc : évidemment...
Mais en guérissant, comme nous l'avons vu, Jésus fait plus qu'un médecin remarquable, il permet à deux femmes d'être rendues à la communauté, il permet à la communauté de s'enrichir de deux vies nouvelles - et c'est là que nous sommes directement concernés, aujourd'hui : il nous est dit qu'il n'est pas égal à Dieu que deux personnes disparaissent, que deux personnes soient purement et simplement rayées de la liste... Est-ce que nous voulons bien le croire ?
L'histoire est ponctuée d'appels à une calme confiance, jusque dans le drame : "Va en paix", "N'aie pas peur !" dit Jésus à l'une et à l'autre - ce qui contraste avec l'agitation de la foule et des disciples... Jésus est pressé de toutes parts, submergé par les curieux, mais il va, tranquillement, sans oublier son objectif, même s’il est arrêté en chemin. On l'imaginerait courant à la maison de Jaïrus - le chef de la synagogue ! - pour guérir la fillette, mais il s'interrompt, il questionne la foule : "Qui m'a touché ?", et puis il prend le temps d'une parole de salut, il prend la femme en exemple de foi... On a envie, comme les disciples, de lui dire "Dépêche-toi ! on verra le reste plus tard !", mais non, vous voyez, pour Dieu l'essentiel, c'est toujours le présent, l'immédiat.
"Une femme anonyme, impure par-dessus le marché, elle ne pèse pas lourd dans la balance face à la fille unique d'un magistrat !", pensent sans doute certains... Les priorités de Dieu ne sont pas celles des conventions, du calcul et des bénéfices - la fillette sera sauvée, mais cette femme attend depuis 12 ans déjà ! Tout le temps que la fille de Jaïrus a vécu, cette femme a été mise de côté, repoussée, trahie par ses médecins : il en faut de l'espérance pour s'approcher encore une fois d'un homme dont elle veut croire qu'il lui accordera la guérison, après tant et tant d'espoirs déçus... alors, pas une seconde à perdre !
…Et puis Jésus reprend le chemin même si on lui dit que maintenant, c'est trop tard: "Ne crains pas, crois seulement !".
La dernière parole aux parents, ce ne sera pas "Faites encore ceci et cela", mais "Donnez-lui à manger !": retour au quotidien.
L'histoire peut s'arrêter là : on n'en sait rien de plus.
Il nous reste à méditer la double guérison d'une fillette de douze ans et d'une malade depuis douze ans, pour y découvrir que malgré les barrières posées par les humains "au nom de la Loi", malgré l'agitation et le défaitisme, Dieu est un Dieu au travail : que nous soyons malades du corps ou de l'âme, que nous soyons mis de côté pour une raison ou une autre, Dieu continue à penser à nous, à nous porter dans son cœur, à nous vouloir vivants.
Il ne calcule pas, le Dieu de Jésus-Christ, Il s'arrête à nous, que nous ayons une foi extraordinaire ou une foi minuscule, Il s'occupe de nous : moi, je ne sais pas toutes vos souffrances, toutes les maladies, tous les poids que vous portez peut-être en vous ; je sais cependant que tout cela est connu de Dieu, que le Dieu de Jésus-Christ est touché par nos vies - et que c'est bien à chacune, chacun, qu'il dit : "Qoum ! - lève-toi !".
Il nous espère, Dieu – mieux : Il nous attend debout !
© 2006 Olivier Sandoz
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18.06.2006
Comment sait-on que la nuit est achevée ? - Marc 7, 24-30
Esaïe 66, 18b-21 - 2 Corinthiens 5, 16 à 20
Je peux lire et relire le texte biblique, repasser mille fois toutes ces choses dans mon cœur, si je ne reçois pas la grâce, si je n’ai pas la foi, ce sera lettre morte, souffle du vent, juste de l’encre sur le papier…
Jésus se retire donc « à l’étranger », hors d’Israël, sur la frontière du Liban ; là, pas de foule pour lui réclamer miracles et enseignements ; là, on n’attend pas particulièrement de Messie ; là, c’est une autre culture, une autre religion, avec d’autres dieux pour les bons et les mauvais jours : la paix, une paix royale, enfin !
…arrive alors une femme du lieu, une païenne, une non-juive, qui prend la liberté d’interpeller Jésus, de faire appel à ses talents d’exorciste au bénéfice de a fille possédée par un esprit mauvais.
Hors contexte, hors la foi, la vie et la tradition religieuse d’Israël, on a aussi besoin du fameux guérisseur de Nazareth ! C’est à peine si cela nous étonne, aujourd’hui, et pourtant !
En fait, c’est la mise en scène un grand risque que Dieu prend. Tout au long du ministère terrestre de Jésus, on est tenté de faire de lui un magicien, un médecin ou un révolutionnaire ; à chaque guérison, à chaque miracle, Jésus ordonne pourtant le silence autour de l’événement, pour éviter qu’on fasse fausse route, qu’on ne comprenne pas que l’enjeu de Sa présence parmi nous est ailleurs, au-delà du seul geste de guérison du corps et/ou de l’âme ! Seul le regard de la foi permet de reconnaître en Lui non pas seulement le sage, ou le médecin doué, mais bien le Sauveur, NOTRE Sauveur. C’est la foi seule, cette foi mise à l’épreuve, secouée par la Crucifixion, qui peut reconnaître le vrai visage de Dieu dans les traits du supplicié pendu au bois.
Mais voilà : ce jour-là, on en est encore loin, comme on est loin de la foi d’Israël… quoi que… Cette femme, païenne pourtant, montre une telle confiance !
Jésus oppose un refus : ça nous heurte, n’est-ce pas ? On a beau se dire que Jésus a ses raisons, le refus à une mère qui demande la guérison de sa fille ressemble à une position de principe : « on ne prend pas le pain des enfants pour le donner aux chiens ». C’est carré, c’est sans trop de nuance, c’est aussi insultant pour la femme d’une certaine manière : sa fille, un chien ? « Le salut c’est pour les enfants d’Israël d’abord ! ».
J’ai du mal à comprendre ce refus, il n’en coûterait pas beaucoup à Jésus de guérir la fille, puisqu’il en a le pouvoir… Au passage, je me rends compte qu’en jugeant ainsi Jésus, je me juge moi-même : je me découvre, moi aussi, abrité, retranché derrière des principes égoïstes : « Je ne fais pas ceci ni cela, c’est une question de principe ».
La préséance donc : Israël d’abord… Mais vous l’avez sûrement déjà compris, au fond, l’enjeu est tout autre qu’un nationalisme exacerbé, exalté, auquel Jésus ne nous a d'ailleurs pas habitué. Ce qui est en jeu, dans la rencontre du Christ avec cette femme comme dans la rencontre avec nous, c’est une question d’identité, de discernement, de reconnaissance et pas de principes auxquels Jésus voudrait se soumettre.
Pour toi qui n’as pas la foi, l’arrière-fond religieux d’Israël, qui suis-je ? Médecin, guérisseur, magicien ? pour toi, ici, l’occidental, qui suis-je ?
Le Seigneur refuse toujours de faire n’importe quoi « parce que ça m’arrangerait bien ». Mais je suis convaincu que JAMAIS il ne se refuse lui-même. Dans son opposition à la prière de cette femme, dans son refus même à la démarche de cette femme, il y a une ouverture, un appel à la foi qu’elle a bien entendu : elle insiste, elle a même cette audace de corriger Jésus, tout en manifestant qu’elle ne revendique aucun droit, rien qui se ferait au détriment des autres : les chiens peuvent manger les miettes qui tombent…
A cause de cette parole, elle reçoit. Elle demande la guérison de sa fille comme une GRÂCE, pas comme un dû ; elle reconnaît qu’il y a en Jésus quelqu’un qui la dépasse, quelque chose qui concerne l’histoire d’un peuple élu qui n’est pas le sien… et pourtant elle veut croire que ce Dieu ne l’exclut pas, que ce qu’Il est en train d’accomplir pour Israël est tellement grand et immérité qu’elle pourrait aussi en recevoir une part… !
C’est ça, son insistance : croire à la grâce, à la vraie grâce qui ne pose pas de condition ; elle voit en Jésus plus qu’un homme, fût-il de principe ! Ce n’est donc pas le guérisseur, ni le magicien, ni même le médecin qu’elle supplie : elle a mystérieusement découvert et reconnu, discerné Dieu en Christ, un Dieu dans toute sa grandeur.
Elle peut recevoir ce qu’elle demande, cette guérison qui n’est pas seulement l’exorcisme de sa fille : son audace, son insistance l’a aussi guérie, elle, de ce doute qui vient s’emparer de nous et nous paralyse : « Est-ce que je suis parmi les élus ? Est-ce que je suis assez bon pour Dieu ? Est-ce que je suis sur Sa liste ? Mais qui suis-je, moi, pour que Dieu me fasse grâce ? »…
La réponse est là, dans la confiance de cette femme étrangère, dans sa détermination : je n’ai aucun droit au salut… et pourtant, quand je reconnaît en Dieu mon Seigneur, lui aussi me reconnaît parmi les siens !
© 2006 Olivier Sandoz
- Comment sait-on que la nuit est achevée, que le jour est levé ? demande un rabbin à ses élèves.
- Quand on peut reconnaître un mouton d’un chien ? propose un étudiant
- Non, ce n’est pas la bonne réponse…
- Quand on peut reconnaître un figuier d’un olivier ? suggère un autre
- Non, ce n’est pas non plus la bonne réponse…
- Alors comment le sait-on ? demande un troisième étudiant
- C’est quand, lorsque je regarde le visage d’un inconnu, d’un étranger, je reconnais le visage d’un frère ; alors le jour est levé dans mon cœur, la nuit est achevée.
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25.05.2006
Ascension - Marc 16, 14 à 20
Esaïe 53, 11et 12 - Ephésiens 1, 16b à 23
Si vous imaginiez qu’après Pâques, tout est revenu dans l’ordre, si vous imaginiez qu’après Pâques, Dieu a repris les choses en mains et qu’il suffit désormais de « laisser faire », j’ai une mauvaise nouvelle pour vous qui s’appelle l’Ascension !
Et cette Ascension, mes amis, c’est le moment difficile du passage du témoin, le moment où Dieu remet aux humains l’initiative de Sa « présence au monde » : « VOUS serez mes témoins, VOUS êtes mon corps dans ce monde : dès maintenant, allez vers toutes et tous… ». Dans le texte de Jean, Jésus disait déjà la nécessité de son départ pour laisser la place, pour permettre le dépassement, la création, l’initiative, le liberté… Et bien voilà, c’est exactement ce que nous célébrons aujourd’hui : la naissance d’une relation autre, où nous ne sommes plus seulement les disciples d’un Maître, mais où nous sommes devenus des croyants adultes, responsables d’amener à maturité d’autres croyants.
Jésus retourne auprès du Père, Jésus s’ « efface » - « leur devient invisible » dit l’épisode d’Emmaüs – et ALORS, place à NOTRE travail ! Ce n’est pas facile de laisser partir, ça fait un peu mal – c’est une part de nous-mêmes qui s’en va, comme on aime à le dire -, mais c’est la condition absolue à un surgissement dans notre vie… comme un rocher à déplacer pour que la source puisse jaillir, comme le « rocher-couvercle » que Jacob devait faire glisser pour permettre au troupeau de sa cousine Rachel de s’abreuver : Jésus DOIT partir.
C’est inconfortable pour nous. Ce serait peut-être plus pratique qu’Il reste là, et qu’Il mène VISIBLEMENT les affaires du monde, plutôt que de laisser les humains jouer les apprentis-sorciers, plutôt que de prendre le risque d’un partie qu’il ne joue qu’avec notre foi ! Peut-être aussi que nous ne nous plaindrions pas de l’indifférence de nos contemporains, si Jésus était là physiquement… mais voilà, nous ne servons pas un Dieu manipulateur, un Dieu qui se joue de nous : le Dieu de Jésus-Christ, c’est le Dieu qui participe à notre vie – et à notre mort -, un Dieu qui préfère suivre avec nous notre chemin plutôt que l’évidence, quitte à improviser avec nous des solutions, à notre rythme, en cours d’existence.
L’Ascension, ça « sert » à cela, justement : à nous laisser vivre, à nous laisser être – pas comme des copies conformes de la foi les uns des autres, mais à être NOUS, doutant, avançant, renâclant, refusant l’obstacle pour recommencer… Moi, j’en suis là ! Il y a quelque chose de grand devant moi, de très très grand, et je n’ai pas envie d’y aller, et je cherche s’il n’y a pas moyen de contourner la muraille… Ah, si le Christ était là en chair et en os ! Ah, s’il prenait les choses en mains comme à l’époque, en Galilée : « Venez, les disciples, par ici, par là, stop ! Avancez maintenant… » Mais non ! …
Je ne peux pas compter sur mes seules forces, mais cela ne me dispense pas de les utiliser ! Je ne suis sans doute pas vraiment capable d’y aller seul, mais cela ne signifie pas y renoncer ! C’est ça, c’est toujours ça, l’Ascension : mettez maintenant à profit tous vos dons, tout votre « potentiel » d’amour, de tendresse, de prière, de méditation ! Prenez tout ce que vous avez reçu, et pour le reste, Dieu pourvoira… vous vous rappelez l’histoire d’Abraham et Isaac ? « L’agneau pour le sacrifice Dieu y pourvoira », mais le bois, le feu, le couteau, c’est à eux de les amener au sommet, avec leurs mains, leurs jambes, leurs pieds… C’est notre souffle, notre sueur, notre enthousiasme aussi qui peut faire l’Eglise aujourd’hui, le signe de la présence de Dieu dans le monde ; sans son Esprit-Saint, elle ne serait qu’un groupe parmi d’autres, un cercle d’amis ; mais sans notre présence au monde, il n’y aurait pas non plus d’Eglise.
L’Ascension, c’est le jour où Dieu nous dit : j’ai besoin d’ouvriers dans mon champ, allez-y, la voie est libre ! Les signes particuliers, les miracles, ce n’est pas de notre ressort, mais Dieu pourvoira ! Dieu veille ! Vous savez, toute ma vocation, tout mon ministère est placé sous le signe de cette promesse, c’est elle qui m’a mis en route, qui m’a soutenu et rassuré : ne t’occupe pas de ce qui appartient à Dieu seul, tu as déjà bien assez à faire avec ce que tu as reçu, tu es déjà suffisamment occupé par ce que tu as à faire fructifier !
Voilà l’Ascension : la fête d’une maturité voulue par Dieu, la fête d’un envoi, d’une mission donnée pour ne plus jamais être reprise…
Mauvais nouvelle pour ceux qui croyaient en revenir à un statu quo… Bonne Nouvelle pour celles et ceux qui cherchent de l’embauche sur les chantiers de Dieu … !
© 2006 Olivier Sandoz
23:45 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, Bible, foi, protestantisme, méditation, prédication


