11.10.2009
Justes devant Dieu - Matthieu 7, 21-29
Deutéronome 11, 18.26-28; Romains 3, 21-28
« Mettre en pratique », «faire la volonté de mon Père » : l'Evangile de ce jour est tout axé sur la réalisation de ce que l'être humain a compris, entendu, sur la « construction » de sa vie à partir des enseignements de Jésus.
Pour Jésus, devant Dieu, être intelligent - être insensé, c'est faire preuve - ou non - pas tant d'un extraordinaire génie que d'une obéissance amenée par la confiance, par la foi, en ces paroles que le Christ a prononcées jusque-là.
Dans le texte d'aujourd'hui, nous arrivons à la fin du « sermon sur la montagne » : très célèbre parce qu'il contient les Béatitudes et le Notre Père, bien sûr, mais pas toujours aussi connu quand il s'agit des enseignements importants que Jésus adresse à toutes et tous, et qui invitent à relire la Loi de Dieu dans sa radicalité ! Les « vous avez entendu qu'il a été dit... mais moi je vous dis... » qui structurent le discours ne sont pas des atténuations de la Loi, une façon de relativiser, mais bien au contraire une mise en évidence du caractère absolu des commandements... et l'on en vient parfois à se demander, à la lecture, s'il est vraiment réaliste - ou peut-être simplement POSSIBLE ! - d'être croyant dans ce contexte ! Rappelez-vous :
5, 21-22 ; 27-28 ; 31-32 ; 33-34 ; 38-39 ; 43-44 ;
ou encore : 6,1 ; 2 ; 5 ; 16 ; 19 ; 25 ;
ou même 7, 1 ; 7 ; 12 ; 13 ; 15 ; 21... !
La barre est haut placée... mais Jésus ne fait rien d'autre que de dire et redire ce qui est dès l'origine - le Deutéronome s'y attache déjà (11, 26-27), et tout croyant devrait en être convaincu...
La barre SERAIT très haut placée s'il s'agissait de faire notre propre justice en n'ayant d'autres but et sens pour notre existence que d'être de scrupuleux observateurs de ces lois. Certains s'y sont essayés - et les Pharisiens, par exemple, sont passés maîtres dans cette discipline. Pourtant, curieusement, c'est avec eux que Jésus a les plus sérieux accrochages... Il y a donc quelque chose qui «cloche» là-dedans !
Nous allons convoquer l'apôtre Paul à la barre, puisqu'il est le plus illustre de ces Pharisiens - dans la mesure où il a pu réfléchir pour nous à la chose de l'intérieur. Paul, «parfait et scrupuleux observateur de la Loi» selon ses propres dires, nous en confesse la vanité. Pour lui, l'observation de la Loi à la façon pharisienne conduit à l'échec, parce qu'alors il manque toute la dimension de la grâce, toute la dimension fraternelle et communautaire de la Loi: si je mets toute mon énergie à vouloir être parfait pour ma propre justice, j'arrive dans un mur, une impasse ... je me sauve tout seul, je suis un individualiste forcené - et par là-même, je marque un «auto goal», je désobéis au plus grand commandement, qui est celui de l'amour de 1' A(a)utre. La vérité est ailleurs...
Ce qui est premier, c'est Jésus, c'est Dieu ; ce qui en découle, c'est que l'action de Dieu en Jésus-Christ, ce pardon inconditionnel qui nous est OFFERT - que nous n'avons pas mérité, que nous n'avons pas « atteint » par nos forces humaines - met en lumière la vanité de nos entreprises de justice : avant que d'être quoi que ce soit, qui que ce soit, Dieu m'a aimé et fait grâce. Le reste, c'est ce que je vais faire de ma vie, ici, maintenant.
Et pour en faire une construction qui tient la route, un Loi, des commandements sont posés pour m'entraîner à la perfection, pour me faire approcher de cet être humain tel que Dieu le veut, mais que je ne vais pas devenir - en tous cas pas seul ! – parce que je serais obéissant et scrupuleux.
Jésus « renforce » les commandements, il met en évidence leur caractère absolu, il en fait l'outil qui me permettra de vivre pleinement AVEC les autres - mais toujours, dans mes réussites comme dans mes échecs, il y a l'assurance que Dieu m'aime, estime et désire ma personne. L'être humain que je suis construit sa vie en pratiquant ce qu'il a entendu, comme on construit une maison. Ce qui fait que ma vie est solide, c'est que je fais confiance à ces paroles de Jésus, c'est que je crois sans oublier d'obéir - pas d'obéir POUR être juste, mais d'obéir PARCE QUE Dieu m'a déclaré juste : Nous estimons, en effet, qu'un être humain est rendu juste devant Dieu à cause de sa foi et non parce qu'il obéirait en tout à la loi. (Rm 3, 28).
Nous grandirons ensemble, en communauté, dans le respect et la pratique des paroles de Dieu, et la « maison » qu'il s'agit d'établir sur le roc, c'est notre vie en relation, les uns avec les autres, et avec Dieu.
La grande découverte de Paul pour nous, c'est que rien ne peut nous séparer de l'amour que Dieu manifeste pour nous en nous donnant Jésus-Christ.
©2009 Olivier Sandoz
23:08 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, christianisme, foi, protestantisme, prédication, matthieu, méditation
13.09.2009
La porte étroite - Matthieu 7, 12-14
Exode 16, 1-5 ; Romains 8, 28-30
Qu’est-ce qu’il y a derrière la porte étroite ? Est-ce que vous êtes déjà allés voir ? Est-ce que vous avez déjà imaginé ce qu’il pouvait y avoir, là-derrière ?
… vous savez bien, cette porte que l’on néglige le plus souvent, pas tellement parce qu’elle serait moins bonne, mais en fait, à quoi bon se compliquer la vie à prendre des sentiers quand on a l’autoroute à portée ?
Ma première réaction en pensant à cette porte, c’est qu’il doit sûrement y avoir un bon nombre de vieilleries là-derrière, et puis de la poussière et des toiles d’araignée : forcément, puisqu’on ne l’emploie presque plus !
Et si je devais y passer malgré tout ? …et bien il me faudrait certainement de l’aide… il me faudrait aller demander pour qu’on me donne, aller chercher pour trouver quelqu’un qui m’aidera à faire pivoter sur ses vieux gonds rouillés cette petite porte de rien du tout ! …c’est un drôle de paradoxe : devoir se mettre à deux, à trois, à dix pour ouvrir une petite porte ! … et ce n’est pas tout : le passage doit être si étroit, si mal pratique que je devrais sans doute encore rentrer les épaules et me faire tout petit – moi, me faire tout petit ! – pour essayer de franchir le seuil.. avec le risque de rester coincer, et pour un bon moment puisque « peu nombreux sont ceux qui l’empruntent » ! …et puis je risque aussi d’être ridicule, là, bloqué dans l’entrebâillement : c’en serait fait de ma fierté !!
Entrer par la petit porte, par la porte étroite…
Vous trouvez que je prends les choses à la légère ?
(C’est qu’après une quinzaine où notre communauté a été secouée à coups redoublés, j’avais besoin d’un allègement… que j’ai déjà trouvé samedi à Lausanne : le Conseil synodal de notre Eglise avait invité les conseillers de notre Canton à une journée de rencontre, une belle journée commencée par un culte à la Cathédrale ; entre 600 et 800 personnes qui découvraient qu’elles ne sont pas seules dans leur lieu d’Eglise, qu’on forme une vraie famille, une vraie communauté autour de la Parole de Dieu ! Ça m’a fait du bien, ça m’a donné envie de vous partager un peu de cette légèreté ce matin…)
« A quoi est-ce qu’il veut en venir, avec ses gonds rouillés, sa porte coincée, ses toiles d’araignée ? » - c’est ce que vous vous dites, n’est-ce pas ?
Laissez-moi vous raconter encore autre chose.
« Qu’on me donne de la viande ! De la viande, j’ai dit ! Ah, le bon vieux temps où on mangeait des melons, des concombres et des morceaux de viande, ou du poisson grillé, avec des oignons, tu te rappelles ? Et tout ça pour trois fois rien ! C’était le bon temps ! Maintenant, moi, j’en ai marre de cette manne, toujours de la manne, encore de la manne qu’il faut ramasser jour après jour, écraser, piler, travailler en galette, en boulette, et faire frire… Assez ! De la viande, voilà ce que je veux ! »
C’est ainsi que parlait Elichama, fils de Chédeour, un parmi les milliers d’Hébreux qui, fuyant l’ancien maître égyptien, erraient dans le désert du Sinaï depuis des lustres – bien après le texte que nous avons lu en premier -, sous la conduite de ce personnage un peu inquiétant au nom curieux, Moïse… il était apparu subitement dans les bidonvilles de la ville de Ramsès, un beau matin de printemps, d’il y a environ 3200 ans.
Je vous dis Elichama, mais c’était peut-être plutôt Yefounné, le cadet d’Abidan, ou même Nétanéel, l’aîné d’Elissour… peu importe, ils étaient là tous les trois, tous les cent, tous les mille, à crier, à vociférer, à renverser les paniers de manne, à s’agiter comme vous l’avez peut-être aussi vu faire dans ces pays où la température semble particulièrement échauffer les esprits… « De la viande, pas de manne ! »
Eh ! La manne, c’est mieux que rien ! Surtout dans le désert ! Pouvoir se baisser devant la porte et y trouver sa nourriture chaque jour, de semaine en semaine, de mois en mois … ! j’en connais qui donneraient jusqu’à leur chemise pour en avoir ne serait-ce qu’une poignée… Pourtant, il semble qu’il en va de la manne comme de tous les dons de Dieu, comme de tout ce qui ne manque pas : on s’en lasse, on fait la fine bouche, on trouve que c’est un dû, que ça n’a plus rien d’extraordinaire… Qui d’entre nous osera lancer la première pierre à ces gens-là ?
De la viande ; quelque chose de solide qui tienne bien à l’estomac, quelque chose qui laisse un goût, une saveur, une trace… C’est une nourriture matérielle, bien sûr, mais elle nous conduit à nous interroger sur notre nourriture spirituelle…
De la viande ! Combien de fois moi aussi je demande à Dieu du concret, du solide, de l’évidence pour venir vous apporter le fruit brillant de ma réflexion.. combien de fois ! … en oubliant comme j’avais aimé la manne, simplement la manne au goût sucré au moment de l’amertume, au moment où je doutais, où rien ne semblait pouvoir m’apaiser… De la douceur, de la légèreté, comme dans l’histoire d’Elie à l’Horeb, quand Dieu n’est plus ni dans le feu, ni dans la tempête, ni dans le tremblement de terre, mais juste dans le souffle, dans le bruit d’un silence ténu…
« De la viande, Seigneur ! …et tant que Tu y es, une autoroute aussi, sur laquelle m’engouffrer en famille, en paroisse, en Eglise, pour aller vite, pour progresser ! ». Mais bon, les autoroutes dans le monde, ce sont chaque année, des milliers de morts – ou des « laissés-pour-tels ». Je sais, vous me direz que les petites routes tuent aussi….
Aujourd’hui, je n’ai ni viande ni autoroute à vous proposer : j’ai ce pain, ce vin, pour dire une Présence et un partage, pour annoncer le festin promis que l’on espère toujours, et puis aussi la petite porte, la porte étroite de cette Parole (ouvrir la Bible) à vous montrer, à vous désigner ; ce qui VOUS attend derrière, ce que VOUS y trouverez, trésor ou poussière, je ne peux évidemment pas le savoir à votre place ! …mais ce que je sais, c’est qu’il y a une rencontre possible une fois la porte franchie, avec ce Quelqu’un qui se rappelle à notre bon souvenir, ce Jésus-Christ qui est digne de confiance, digne de foi. S’il nous engage à passer, à entrer par cette porte-là, je veux croire, je peux croire que c’est pour la vie.
©2009 Olivier Sandoz
18:38 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, foi, christianisme, prédication, protestantisme
07.09.2009
Rendez à Dieu - Matthieu 22, 15-22
Esaïe 44, 24-28; 1 Thessaloniciens 1, 2-6
"Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu !"
Le parallélisme de la réponse de Jésus est imparable, implacable ! ... et la question de l'impôt ne doit pas occulter la question de la foi !
L'impôt, le tribut à César, c'était de toutes les taxes la plus avilissante: un tribut, juste là pour remplir les caisses du conquérant, et rappeler au vaincu sa déchéance, sa soumission. Les Juifs nationalistes - les Zélotes, entre autres - faisaient un point d'honneur de refuser la taxe, tandis que les Hérodiens, les collaborateurs, faisaient de ce refus un motif de délation... On comprend alors que les Pharisiens, toujours habiles, se soient adjoint quelques membres du parti d'Hérode pour poser la question à Jésus: qu'il réponde oui ou non, qu'il affirme qu'il faut payer le tribut ou qu'il ne faut pas le payer, il suscitera la colère d'une partie des assistants ! ...d'autant que la question n'est pas posée sous la forme de "à ton avis, faut-il ou ne faut-il pas..." mais de "notre LOI permet-elle...", ce qui a pour effet de condamner « devant Dieu » l'une ou l'autre partie - et de discréditer par la même occasion l'ouverture de l'Evangile à chacune, à chacun... !
"Rendez à César,... Rendez à Dieu...": certains ont voulu lire ici la justification d'une séparation entre le spirituel et le temporel, renvoyant les choses du monde au domaine politique et les choses spirituelles à celui de la "religion". Cette distinction est tentante, et facile, mais elle est à la fois trop précipitée, et va dans une direction opposée à ce qu'enseigne par ailleurs la Bible, quand elle chante, dit et redit à la suite du prophète Esaïe: "Tout ce qui existe, Dieu en est l'auteur" et aussi que "Tout est dans Sa main"... !
Mais qu'allons-nous donc « rendre à Dieu » si tout Lui appartient ? Ou plutôt, qu'allons-nous Lui donner que nous tenons de Sa main, comme la monnaie de l'empereur doit retourner à l'empereur ?
Car si Jésus recommande de payer l'impôt impérial - et cela, dans la ligne sans doute de ceux qui, dans la Bible, reconnaissent à l'Etat un rôle positif aussi longtemps que cet Etat se souvient détenir son autorité de Dieu -, le centre du message est bien le second membre de la phrase - celui que curieusement, on oublie de citer, aujourd'hui encore (!):
"…et à Dieu ce qui est à Dieu" !
La question n'est donc pas de déterminer ce que la Loi permet ou ne permet pas, ce qui est ou n'est pas conforme à la Loi, mais elle concerne notre pratique - pas tellement notre pratique "religieuse", au sens où on l'entend aujourd'hui quand on se dit "pratiquant", mais plus exactement notre mode de vie, notre façon d'être, et particulièrement d'être en relation ("être en relation", n'est-ce pas justement le sens du mot "religion" ?). Car rendre à Dieu ce qui Lui appartient - puisque tout Lui appartient -, cela ne peut se faire que sous la forme d'un "rendre grâce", que sous la forme d'une reconnaissance qui se manifeste - et cela n'est pas nouveau - par la pratique de la justice et de la vérité.
· Quand votre "amour est actif", comme le dit Paul aux Thessaloniciens, quand votre "espérance en Jésus-Christ Seigneur est ferme", vous mettez votre foi en pratique, et vous rendez à Dieu ce qui Lui revient.
· Quand vous témoignez d'une liberté qui n'est pas révolte, quand les tâches que vous accomplissez, vous les avez accueillies de bon cœur et que celles que vous n'accomplissez pas, vous les avez refusées sans arrière-pensées coupables, vous rendez à Dieu ce qui Lui appartient.
· Quand vous acceptez que l'on vous juge, quand vous vous présentez tel que vous êtes, sans chercher à dissimuler vos manques et vos faiblesses, quand vous êtes "vrai" parce que vous êtes vous, vous rendez à Dieu ce qui est à Lui.
· Quand vous refusez ce qui est superficiel, ce qui est surface, par amour pour l'autre, parce que vous voulez construire sur de bonnes fondations votre relation aux autres, quand vous effacez le sourire de façade - qui vous protège des autres, qui vous coupe des autres -, vous rendez à Dieu ce qui Lui revient.
Permettez-moi maintenant de conclure par cette comparaison qui n’est pas nouvelle, en forme de "parabole":
Sommes-nous des crustacés ou des vertébrés ?
Le crustacé - crabe, crevette, écrevisse ou homard -, c'est un être qui cherche avant tout à se protéger des autres: par peur - paresse, ou égoïsme -, il met ce qu'il y a de plus solide, sa carapace, sa coquille, entre lui et ses semblables. Et plus il est dur à l'extérieur, plus il est inconsistant, mou à l'intérieur.
Le vertébré, lui, accepte de risquer sa vie: il est vulnérable à l'extérieur, il offre à ses semblables la partie la plus sensible de son être...mais il est fort de la résistance intérieure que lui donne sa colonne vertébrale... !
Nous les humains, seuls dans la Création, nous pouvons choisir: crustacé ou vertébré ?…
Mais en tous cas, "rendez à Dieu ce qui est à Dieu ! "
© 2009 Olivier Sandoz
12:18 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, foi, christianisme, prédication, protestantisme
08.02.2009
Perles pour un temps de crise - Matthieu 6, 24-34
1 Rois 17, 8-16; Ephésiens 4, 17-24.30-32
L'habit est tellement important ! on peut dire tellement de choses à travers nos vêtements ! ... dire notre âge, nos goûts, nos «idoles», nos états d'âme - violents ou romantiques - notre façon de vivre - rangée ou branchée -, notre profession, ou notre compte en banque...
Ce matin pourtant, Jésus nous dit qu'il ne faut pas nous soucier de notre habit... que l'habit n'a aucune importance...
C'est dur pour nous, qui passons tant de temps, qui dépensons tant d'énergie à « paraître »...
Et Jésus nous dit même que c'est Dieu qui veille à notre nourriture et à notre vêtement... (aïe : pourvu que Dieu ait les mêmes goûts que moi !)
Mais... le texte nous dit aussi que Dieu nous a créés beaux, comme toute sa Création, les animaux, les oiseaux, les fleurs...
En fait, vous vous en doutez, l'enseignement de Jésus est plus subtil qu'il n'y paraît : ne vous laissez pas accaparer par les soucis matériels, laissez-vous passionner par l'essentiel, qui n'est ni ce que nous aurons dans notre assiette à midi, ni ce que nous mettons pour aller en ville, au travail, à l'église...
Dans son ministère, dans sa découverte de l'humanité, Jésus remarque combien nous nous identifions à ce que nous possédons : je suis quelqu'un si j'ai une «grosse voiture», ou «une grande maison»... et Jésus trouve dommage que nous soyons réduits à une «grosse voiture» ou à une «grande maison». Le Christ aimerait qu'on se rappelle que la vie n'est pas une question de quantité, mais bien de «qualité». Que la vie n'est pas vivre par les choses que nous possédons, mais vivre des relations que nous créons. Et qu'une fois assurés nos besoins essentiels, nous n'avons pas grand-chose à gagner en nous agitant pour le «superflu».
Moi, je ne sais pas ce qui nous attend. Personne ne le sait. Et l’inquiétude est bien naturelle, puisqu'on s'inquiète tous face à ce que demain nous apportera... surtout en ces temps où on parle à nouveau de crise, où il n'y a plus assez de travail pour chacun, où il semble y avoir de plus en plus d'insécurité.
Ce texte ne nous interdit pas de nous soucier de nos besoins, il nous demande de nous en soucier avec confiance: c'est la foi qui nous délivrera de la peur du lendemain.
Aujourd'hui, c'est cela que j’entends : que nous puissions faire confiance à Dieu ; que nous puissions Lui remettre notre avenir, nos inquiétudes, nos choix ; que nous ayons confiance dans les dons qu'il nous a donnés, dans nos qualités à chacune, chacun, nos personnalités, que nous puissions trouver confiance en plaçant notre confiance en Lui.
Je crois vraiment que Dieu est le seul à pouvoir apporter ce que nous cherchons tous, un bonheur qui dure, un bonheur qui ne dépend pas de la réussite sociale et financière, un bonheur qui ne dépend pas de ce que les autres pensent de nous, ni de notre «look» .
Vous le savez déjà, rien n’est indifférent, rien n’est trop petit devant Dieu, de nos petites ou grandes misères, de nos petites ou grandes joies. Lui, Il peut tout partager, tout prendre sur Lui… Souvenez-vous : dans la parabole de la pauvre veuve, la femme qui dépose ses derniers centimes dans le tronc accomplit un acte de confiance, parce que pour le faire, elle doit croire en profondeur que Dieu pourvoit ; parce que pour le faire, elle doit être assurée à l’intérieur d’elle-même de l’abondance qu’elle va trouver en Dieu.
C’est comme la veuve de Sarepta, qui décide d’entrer dans le jeu de Dieu avec Elie, avec son fond de farine et son bol d’huile… en période de famine, elle qui a un enfant à charge, elle nourrit encore un inconnu – même si cela ne va pas de soi !
Il me semble que nous sommes invités ici à méditer notre consécration au Dieu de Jésus-Christ, à un Dieu qui - comme le rappellent les épîtres - a TOUT DONNÉ, qui s’est tout donné à nous – sans que nous mesurions bien ce que cela veut dire, ce que cela représente ! Alors, « ne vous conduisez plus comme les païens que leurs pensées mènent au néant… Il faut vous laisser complètement renouveler dans votre cœur et votre esprit » nous écrit Paul.
C’est vrai, nous avons des besoins à combler, c’est vrai aussi que les tentations du monde moderne sont multiples – les publicitaires savent très bien exploiter ce filon, cette faiblesse humaine d’un manque permanent… nous n’y échappons que rarement, d’ailleurs ! …reste que la question de l’Evangile, qui doit nous travailler en profondeur, c’est de savoir si nous nous y prenons vraiment bien, nous qui ne nous sentons jamais vraiment rassasiés, jamais entièrement satisfaits de notre condition : « chez le voisin, l’herbe semble plus verte… ».
Dans ma lecture, l’Evangile de ce jour nous propose une piste de vie: et si ce qui nous manquait surtout, c’était la présence de Dieu ? Et si cela même que nous mettons souvent en priorité, qui fait notre apparente sécurité, n’était en fait qu’un obstacle à un vrai rassasiement, une plus grande proximité de Dieu, de ce Dieu qui nous offre la vraie vie ?
Prenez quelques minutes, toute à l’heure, pour réfléchir à ceci : si je devais témoigner de la sollicitude de Dieu à mon égard, quel(s) exemple(s) est-ce que je pourrai en donner ? Je suis parfaitement assuré que vous avez toutes et tous beaucoup de matière à proposer… !
(silence)
...et cela, ce sont des "perles" que vous pouvez garder, même pour un temps de crise
© 2009 Olivier Sandoz
15:56 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
01.02.2009
Amassez-vous des richesses dans le ciel - Matthieu 6, 19-23
Esaïe 48, 17-20 ; Ephésiens 4, 7.11-16
· Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé
· Amassez-vous des richesses dans le ciel (…). Ton cœur sera toujours là où sont tes richesses.
· Chacun de nous a reçu un don particulier
Je suis allé prendre ces versets dans chacune des lectures de ce jour, parce qu’il me semblait intéressant de les mettre en écho les uns des autres.
« Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé ! »
Cette lamentation sur la destinée d’Israël n’est évidemment pas unique dans l’Ancien Testament : pendant des siècles, sous couvert de l’élection particulière dont il fait l’objet, le peuple d’Israël s’est autorisé quelquefois tout… et son contraire ! Alors…
Notez qu’il n’y a pas vraiment besoin de regarder vers l’Israël des temps anciens pour entendre ce cri… ni même tellement besoin de regarder vers Israël : ça ressemble assez à ce que Dieu doit se dire quand il regarde vers moi !
Je suis comme ça : je sais beaucoup de choses, je les ai entendues, apprises, reçues… et puis enfouies quelque part dans ma mémoire, comme mises en hibernation. Oubliées, quoi ! « Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé ! » C’est vrai que Dieu n’est pas compliqué : Il demande juste d’être écouté... !
Et qu’est-ce qui m’est commandé ? Et bien, « Amassez-vous des richesses dans le ciel (…). Ton cœur sera toujours là où sont tes richesses » !
Vous savez comment faire, pour vous amasser des richesses dans le ciel ? Parfois, ça paraît ressembler furieusement à cette « théologie des mérites » contre laquelle ont lutté les Réformateurs, comme si on pouvait remplir un compte dans la « banque du ciel »…
Mais je pense plutôt qu’il s’agit pour nous de vivre et travailler « pour la gloire de Dieu » - la phrase est un peu convenue, alors disons plutôt : pour que ce que nous accomplissons soit un témoignage de reconnaissance à l’égard de Dieu ; pour que notre existence reflète cette dignité et cet amour que Dieu éprouve à notre égard. Bien sûr que nous ne sommes pas toujours « à la hauteur », mais là n’est pas la question : si mon cœur, si le centre de ma personne est tourné vers ce but d’être une offrande à Dieu, une petite lumière dans la nuit du monde, alors je ne peux rien perdre, je n’ai rien à perdre. Tandis que si je place ma confiance dans les mille et une autres choses de ce monde, j’ai mille et une raison d’être inquiet… et de voir plutôt l’obscurité de la méfiance se développer en moi.
Chacun de nous a reçu un don particulier : alors qu’est-ce que c’est, votre don à vous, votre don particulier ? …c’est important à discerner, parce que c’est avec ce don justement que vous pouvez « amasser des richesses dans le ciel ». C’est votre « outil de travail » sur le terrain de Dieu, c’est grâce à lui que vous êtes actifs dans la lumière, aptes au service pour faire croître le corps du Christ.
Discerner les dons, c’est ce qu’on évoquait il y a une dizaine de jours, lors de notre soirée œcuménique : puisque Dieu a placé dans chaque communauté tous les dons nécessaires – je dis bien dans chaque communauté, pas seulement dans chaque ministre ! -, le travail d’une prière communautaire est d’autant plus important, essentiel pour la communauté. C’est ensemble que nous pouvons discerner ces dons, c’est dans l’écoute et l’attention à l’Esprit-Saint que nous pouvons bâtir un corps qui tient solidement à la tête, pour qu’« ainsi, lorsque chaque partie fonctionne comme elle doit, le corps entier grandisse et se développe par l’amour. »
…et ça me pose encore une autre question, que je laisse ouverte : puisque Dieu fait cadeau de tous les dons nécessaires à son Eglise dans un lieu précis, et puisque nous ne pouvons pas être à nous tous seuls toute l’Eglise dans cette région, qu’est-ce que nous pourrions mettre en place ensemble, avec les autres communautés chrétiennes de notre coin de canton, pour un meilleur témoignage – pour un témoignage plus lumineux – auprès de nos voisins, nos amis, nos collègues, notre milieu de vie ?
… sans doute que le prolongement d’une « semaine de prière pour l’unité des Chrétiens » passe aussi par une réponse à cette question… !
© 2009 Olivier Sandoz
10:47 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
28.12.2008
Vouloir régner sans nous ? - Matthieu 2, 13-18
Esaïe 45, 9-13 ; Psaume 95, -5
Quand les gens de la Bible célébraient l’an nouveau, ils avaient une façon très dynamique de le faire… en se souvenant des bienfaits de Dieu ! Nouvel-an, occasion de souvenir : chez nous, parler de «souvenir», c’est plutôt faire allusion à un événement passé, et bien passé… mais pour le personnage biblique, «se souvenir» c’est affirmer qu’un événement a eu lieu et qu’il a une grande influence, un grand effet sur le présent.
Alors à nouvel-an, on se « souvient » de Dieu de trois façons : en disant qu’Il est Seigneur et Roi ; en affirmant qu’Il est Créateur ; en le confessant comme Juge et Sauveur, Libérateur.
Dieu Seigneur et Roi : pas un roi d’opérette, pas un « roi constitutionnel », pas non plus un Hérode, ni un Louis XIV… Dieu est Roi, Seigneur et Roi ! Quand je le dis – mieux : quand je le crois ! -, j’affirme d’abord que Dieu est le premier, qu’Il gouverne, que la puissance est entre ses mains. Mais je dis en même temps qu’Il est MON Roi : je suis le serviteur –le «sujet» - de ce Roi qui gouverne MA vie, qui a puissance sur MON existence ; je me reconnais sous Son autorité.
Dieu est Créateur : vous savez, le personnage biblique n’a pas dans le cœur l’intention de paraître scientifique au sens moderne du terme… le mot «évolution», pour lui, ça désignera l’évolution d’une situation, le déroulement des saisons, l’évolution d’une maladie, peut-être, en direction d’un guérison – mais pas la longue chaîne qui irait du primate, voire du têtard, à l’hominien… ! Alors quand il dit « Dieu est le Créateur », il n’a pas l’intention de discuter longuement, mais il dit l’essentiel de sa foi : Mon Dieu est CELUI QUI CRÉE POUR MOI un monde où je peux vivre cette vie dont Il est le Roi. Parce qu’il est Créateur, Dieu l’est pour moi chaque fois qu’Il m’ouvre de nouvelles possibilités, de nouveaux chemins pour mener, conduire mon existence vers Lui… et puis il l’est aussi, Créateur, parce que mon être, tout ce qui fait que je suis moi, est touché, façonné par Lui, ébranlé dans la rencontre avec Lui.
Mais finalement, une année nouvelle, c’est surtout l’occasion rêvée de dire que Dieu est Juge, et – le terme en découle dans l’esprit biblique – que Dieu est Sauveur, Libérateur. En fait, c’est peut-être plutôt ainsi qu’il faudrait commencer : Dieu est Juge, et Sauveur… parce que c’est ainsi que nous Le rencontrons d’abord ! Comme Juge, qui me renvoie à ce que je suis plutôt qu’à ce que je crois être, et comme Libérateur, qui a promis d’absoudre ces manquements que je veux bien reconnaître, ces fautes que je peux assumer désormais en les ayant reconnues devant Lui. Il est Celui par qui j’accepte d’être jugé, parce que je peux faire confiance à Sa miséricorde, à son amour pour sa créature.
Sans doute qu’à vues humaines, ce Juge est « injuste », Lui qui pardonne au lieu d’appliquer strictement le «règlement», Lui qui pardonne au coupable et veut bien accueillir celui à qui nous avons fermé la porte… Injuste à nos cœurs devenus bien secs devant celles et ceux qui tombent – mais peut-être seulement injuste jusqu’au jour où NOUS nous trouvons devant Lui, et non plus du côté des juges…
Dieu Sauveur, Dieu Libérateur, mais d’abord Dieu Juge, parce qu’Il nous connaît assez pour savoir que nos entraves ne tomberont vraiment qu’au moment où nous les aurons découvertes, qu’au moment de la « prise de conscience » que nous sommes loin d’être aussi libres et détachés que nous l’imaginions ! Quand j’aurai reconnu tous les préjugés qui m’habitent, quand j’aurai pu confessé tout le manque d’amour qui m’aveugle, comme je vais me sentir léger !
Dieu Sauveur, Créateur et Roi : c’est avec ce Dieu-là que nous commençons cette nouvelle année, avec tout ce que cela promet !… et pourtant, il y aura, cette année encore, des questions qui nous seront posées, des questions que la Bible, d’ailleurs, n’évacue pas : voyez ce massacre des innocents, massacre des bébés de 0 à 2 ans, perpétré à Bethlehem par le roi Hérode parce que ce tyran a peur… d’un nouveau-né ! Il y a l’horreur du geste, il y a le ridicule de ce tortionnaire… et il y a nos questions d’hommes et de femmes : pourquoi la violence ? pourquoi la mort ? Pourquoi ne pas avoir prévenu AUSSI les autres parents ?
On peut faire mille suppositions, mais je crois qu’aucune réponse ne fera jamais justice et place à la douleur des parents, de Bethlehem il y a 2000 ans comme des parents du monde d’aujourd’hui qui subissent ou ont subi l’horreur de perdre un enfant… Alors, pas de réponses ? Peut-être que si, en forme de question, de «programme» pour l’année qui s’ouvre : voyant cela, connaissant que des innocents peuvent mourir de la folie du pouvoir, qu’allons-nous faire maintenant pour éviter que pareil acte ne se répète ?
Dieu est Roi, Créateur et Sauveur ; Dieu est Roi, mais il est fou de penser qu’Il pourrait vouloir régner… sans nous !
© 2008 Olivier Sandoz
12:00 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
23.11.2008
Les brebis et les chèvres - Matthieu 25, 31-46
Ezéchiel 34, 11-17
En découvrant ce texte de l'Evangile de Matthieu, dans la liste des lectures pour ce dimanche, je me suis rendu compte que je n'avais pas envie de le prêcher, qu'il ne me disait rien qui vaille... cette histoire de brebis et de chèvres, de bénis et de maudits, toute la mythologie attachée à ce jugement dernier, je ne voyais pas très bien qu'en dire, que VOUS en dire ce matin!
Surtout que quand je le lis, j'ai toujours l'impression que oh là là, je n'en ferai jamais assez, que je serai toujours parmi les chèvres, bref, ce texte me renvoie désagréablement et constamment à mes insuffisances... !
Et puis, en l’ayant travaillé, j'y ai découvert au contraire un formidable élan d'espérance et d'encouragement pour une période creuse, une période de crise et de changements !
C'est vrai que tout commence avec les thèmes traditionnels de l'apocalyptique juive – dont Ezéchiel nous reflétait l’image : le Fils de l'homme, le juge de la fin des temps revêtu de la fonction royale, la séparation des bons et des méchants, le feu éternel, tout est en place pour que l'on entre dans un schéma moral classique... mais par la suite le récit nous suggère bien autre chose !
Il ne s'agit pas tellement en somme d'entendre cette histoire comme un jugement définitif et déjà établi sur nos personnes que de le découvrir comme une invitation à reprendre, au cœur de notre existence, notre façon de vivre la foi aujourd'hui.
Imaginez que vous êtes les membres d'une église qui a Matthieu comme dirigeant. Dans la communauté, à force d'attendre un retour du Christ qui tarde beaucoup, nous avons pris des habitudes, c'est humain . il y en a de bonnes et de moins bonnes, et il y a en particulier que, tout soucieux que nous sommes de notre salut individuel, nous avons fini par ne plus rester attentifs aux besoins de ceux qui nous entourent... Alors Matthieu nous raconte une histoire, le souvenir d'un enseignement de Jésus : l'histoire est si forte qu'elle doit nous mettre en scène, mais pas tant dans l'un ou l'autre rôle que nous faire réfléchir à notre façon d'être, et à la corriger, dans le sens d'un plus d'évangile vécu...
Là, je peux commencer à m'interroger : est-ce que mes actes sont de l'ordre de ceux des brebis ou de ceux des chèvres ? Est-ce que ma vie quotidienne, mon attitude personnelle, fait une place aux plus petits dont parle Jésus, ou est-ce que je vais mon chemin sans égards pour ceux que l'on écrase si facilement parce qu'ils sont dans une situation précaire ? Ceux dont on dit qu'ils ont des problèmes parce qu'ils ne savent pas mener leurs affaires, ou parce que chez eux, il n'y a pas la volonté de s'en sortir, ou encore qu'ils n'auraient qu'à... Nous portons toujours des jugements, notre regard n'est jamais neutre, et pourtant nous pourrions, nous devrions, parce que nous connaissons l'œuvre de Dieu, garder toute la bienveillance possible à leur intention.
Est-ce que je suis chèvre ou brebis, maintenant ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour changer - dans la mesure où cela me déplairait souverainement d'être parmi les chèvres ?
Quand Jésus raconte une histoire, ce n'est pas pour nous enfermer à notre tour, c'est pour nous libérer, pour nous ouvrir un horizon.
Nous avons sans doute le cœur bien dur, puisqu'il faut nous dépeindre un sombre tableau, un tableau effrayant pour que nous acceptions de revoir nos attitudes... !
Il y a un avertissement : c'est le dernier moment - parce que maintenant que j'ai entendu l'histoire, je ne pourrai plus jamais dire que "je ne savais pas" ! L'intuition géniale de Jésus, c'est de nous faire reconnaître sa présence à lui dans celles et ceux que nous voyons dans la détresse : pas de pitié condescendante, pas de "oh le pauvre !" sans suite... Celle-là, celui-là dans le besoin, c'est le Christ lui-même, et prendre soin d'elle ou de lui, c'est servir Dieu ! Toute notre solidarité doit tenir dans cette alternative : je reconnais le Christ dans chaque être humain en souffrance, ou pas ? Je désire vivre ma foi par une pratique de compassion et de générosité, ou je reste désolidarisé dans mon égoïsme ? Dans tous les cas, dès à présent, je ne peux plus me retrancher derrière l'excuse d'une ignorance : "Mais je ne savais pas... !" - non, depuis cette histoire, je joue avec un Dieu qui met les cartes sur la table, et c'est à mon tour de servir !
Nous pouvons encore lire en corollaire la 1ère lettre de Jean : "Qui n'aime pas demeure dans la mort" ! ...en renonçant à pratiquer la justice à l'égard des plus petits, je renoncerais à aimer, et j'entre alors dans une logique où le jugement a déjà eu lieu : en logique chrétienne, en valeur chrétienne, je suis mort si je n'aime pas.
Il y a une "constante" dans la condition humaine, c'est la condition de détresse d'une grande partie : la faim, la soif, l'exil, le dénuement, la maladie, l'enfermement. Et il y a une "constante" de la foi chrétienne : celui qui a faim ou soif, celui qui est exilé, nu, malade ou prisonnier, c'est toujours le Christ !
La question de Matthieu à sa communauté - à notre communauté, c'est de nous positionner par rapport à ces deux constantes, c'est de faire le choix qui s'impose...
Avec le Deutéronome en écho, qui nous dit :
"Choisis la vie !"
© 2008 Olivier Sandoz
15:20 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
16.11.2008
De quoi le Roi peut-il se réjouir ? - Matthieu 25, 14-30
Esaïe 65, 17-25
Sur le thème de la vigilance, Jésus poursuit son enseignement destiné aux disciples, c'est-à-dire, évidemment, l'enseignement qu'il NOUS destine !
Je sais bien que, parfois, cette parabole que nous venons d'entendre nous fait littéralement grincer des dents: une parole comme «à celui qui n'a rien, on enlèvera même le peu qu'il a», cela résonne tellement peu biblique, tellement peu religieux... Et puis ce «jetez-le dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents!» qui termine la parabole, nous n'avons pas envie de l'entendre, et nous n'entendons pourtant que lui... au risque de perdre la «sève» de tout le récit - et au-delà de cette condamnation, nous risquons de perdre tant de choses importantes qui nous sont dites !
Etre disciple, être chrétien, disait le Christ aux siens, c'est être VIGILANT: non pas rester la bouche ouverte et les yeux écarquillés en direction du ciel, dans l'attente d'une apparition divine qui bien sûr réglerait tous les problèmes, mais d'abord, mais surtout, être fidèle dans l'action.
Baptisé, je passe par la mort pour revenir à la vie, à la suite du Christ - et je n'ai plus rien à perdre ! Chrétien, j'ai à prendre soin d'une Parole, j'ai à prendre soin des dons qui sont déposés en moi, en prendre soin en les faisant croître, si possible, en les faisant grandir par l'usage que je vais en faire... Pour utiliser une comparaison «médicale», les dons, c'est comme les muscles - et ceux qui ont fait de longues périodes sans pouvoir bouger tel ou tel membre le savent bien: le muscle s'atrophie, il perd toute sa force s'il ne fait pas son travail, si on ne l'utilise pas...
C'est bien cette image-là que j'utiliserai pour illustrer la parabole de ce matin : le seul moyen de garder la Parole de Dieu dans sa force, dans son efficacité, le seul moyen de « conserver » les dons que nous avons reçus, ce n'est pas de les garder pour nous-mêmes, c'est de les transmettre à d'autres, c'est de les utiliser pour d'autres... Contre toute logique, le don, c'est un capital que je dois dépenser pour le faire fructifier !
C'est donc l'histoire d'un homme qui part en voyage pour un temps indéterminé, confiant tout son bien à ses proches, à chacun la part dont il est capable de s'occuper - ce personnage connaît bien son monde, puisqu'il tient compte des capacités de chacun, dans le souci d'une efficacité optimale en «chargeant» le moins possible le plus «faible».
Et cela devient l'histoire de ces trois hommes, et de ce qu'ils vont faire de tout ce bien, les deux premiers prenant le risque d'utiliser cette fortune - elle est d'ailleurs là pour cela ! -, le troisième préférant ne pas s'en occuper, la cachant même pour 1' «oublier»: à quoi bon se démener, le maître est plus habile et mieux placé pour en tirer le meilleur rendement...
Et c’est à ce moment que ça devient NOTRE histoire, quand nous prions Dieu pour Lui demander de «tout» changer parce que Lui le peut, et que nous nous évitons ainsi des efforts bien sûr, mais aussi de l'amour partagé, du dialogue... ! Mais c'est aussi NOTRE histoire quand, avec ce qui nous est donné, nous partageons autour de nous beaucoup de tendresse et d'amitié... qui grandit, grandit et s'étend même hors notre portée, hors notre contrôle... !
Cent, deux cents ou cinq cents pièces d'or, la quantité ne met pas en question la qualité des trois serviteurs : ils ont, tous les trois, la confiance de leur maître, puisqu'au trois il confie une partie de sa fortune... Ce n'est pas parce que j'ai peu - ou que je considère avoir peu reçu - que je suis dispensé d'agir avec ce que j'ai ! Dans cette histoire, ce qui comptait - plus encore que l'or -, c'est ce que les sommes pouvaient produire - ne serait-ce, dit le maître dans le récit, que des intérêts !
...et si je laisse sommeiller le ou les dons qui sont en moi, est-ce que je ne fais pas du tort à celles, à ceux qui auraient pu en profiter ? A celles, à ceux qui attendaient de moi d'en avoir le fruit ? Il y a toutes ces personnes à qui mon ou mes dons s'adressaient - et qui n'ont rien!
C'est l'histoire - pour terminer - d'un roi qui avait deux enfants, qu'il aimait beaucoup. Il donna à chacun une mesure de blé et une gerbe de lin.
Le premier tissa une nappe avec le lin, moulut le blé, et de la farine fit un pain. Il plaça la nappe sur une table, le pain sur la nappe, et attendit son père le roi.
Le second ne fit rien, surveillant que nul ne touche au blé ni au lin.
Quand le roi arriva, il dit à ses enfants :
«Apportez-moi donc ce que je vous ai donné.»
Le premier apporta le pain sur la table recouverte de la nappe qu'il avait tissée ; le second, le blé dans le sac et la gerbe de lin par-dessus.
Et bien dites-moi, de quoi le roi a-t-il pu se réjouir ?
© 2008 Olivier Sandoz
12:00 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
30.09.2008
"Qui donc peut être sauvé ?", ça vous intéresse ? - Matthieu 19, 23-30
Philippiens 1, 12-26
« Mais qui donc peut être sauvé ? »
C’est une question qui a agité des générations d’humains, la question du salut… et même si Jésus y apporte ici une réponse claire et définitive (c'est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu !), on a continué pendant des siècles à chercher dans les Écritures - et ailleurs… - des «recettes» salutaires, quitte à forcer le texte pour le faire entrer dans tel ou tel modèle, même boiteux (on a bien essayé de retrouver dans les murailles de Jérusalem un passage étroit qui se serait appelé le « trou de l’aiguille », pour atténuer ainsi la portée de l’exclamation de Jésus !) …
Aujourd’hui, quelques siècles plus tard, est-ce que ça nous intéresse encore de savoir « qui peut être sauvé » ? Autrement dit, est-ce que la question du salut a toujours une place dans notre vie, ou bien est-ce qu’elle fait partie de ces questions ennuyeuses qu’on reporte à plus tard, quand on aura le temps, quand on sera à la retraite, puis quand on sera vieux, puis quand… il sera trop tard !
Parce qu’on n’a plus de temps : on a trop à faire ; on essaie déjà de surnager dans le quotidien, alors, ce genre de questions – comme tout ce qui vient en plus ! -, ça vient en trop. C’est à l’image de la Bible, c’est à l’image de la foi, pour notre société : en trop, ou du moins en marge, pour si on a le temps. L’Eglise doit en prendre acte, l’Eglise doit intégrer cette notion comme un élément de la société moderne occidentale, même si cela ne permet plus toujours à notre société de comprendre le reste du monde… et Dieu, et l’Eglise, restent avec cette offre de salut, ouverte, en attente d’être saisie…
Mais si cette vie, si ce monde, c’est tout pour les humains, ce n’est pourtant pas encore grand’chose comparé à la réalité, aux choses dernières… ! Ce qui nous semble tellement important aujourd’hui, ici-bas, cela aura déjà disparu demain, après-demain au plus tard… L’apôtre Paul, du fond de sa prison, en rend témoignage à sa façon : « que je vive ou que je meure… ». il ne s’agit pas tellement d’un mépris pour la vie, mais bien de la conscience d’une réalité plus haute, plus forte même que la mort qui vient briser la vie. On va dire une réalité « spirituelle », peut-être faute de mieux.
« Cent fois plus » : ça vous dit quelque chose ?
C’était l’avant-dernier verset : c’est ce que reçoivent celles et ceux qui « quittent tout pour suivre Jésus », entendez, celles et ceux qui acceptent, qui font la choix de la fragilité, d’une vie ici-bas avec la main tendue vers Dieu plutôt que les pieds posés sur le béton. Et en plus, ils auront la vie éternelle.
« Mais qui donc peut être sauvé ? »
La question bimillénaire trouve un écho dans notre modernité : rien de ce que je fais, de ce que je dis, de ce que j’espère pour ici-bas ne passera la rampe de la mort. Tout sera détruit. Le salut est impossible aux hommes, nous l’avons bien entendu. En ce sens, nos contemporains ont donc sans doute raison de vouloir vivre à cent à l’heure, et profiter de toutes les occasions qui se présentent… Si le salut est impossible, si rien ne sera sauvé, s’il n’y a rien d’autre que l’immédiatement présent, mangeons, buvons : de toute façon, demain nous serons morts !
A moins de prendre au sérieux la réalité de Dieu : il y a quelque chose d’autre, de plus grand, de plus, de « cent fois plus » que la réalité humaine visible. Si je ne suis pas qu’une machine au physique sophistiqué, si ma vraie dimension est « ailleurs » et donnée par Dieu, seul et seulement, je peux édifier, bâtir ma vie dans une perspective plus durable. On parle bien de « développement durable » pour notre économie…
Comme « tout est possible à Dieu », dans la foi que nous confessons, j’ai le choix de vivre comme Paul le proclame, avec la joie de savoir que tout tourne à mon salut – même son emprisonnement du moment en devenait l’occasion !
Il ne s’agit pas tellement d’être convaincu par de beaux arguments que de me laisser porter par ce qui parle dans mon être, dans mon cœur : c’est cette voix de Dieu, en moi, qui conduit vers le salut. Je vois un monde différent, un monde où il se passe beaucoup plus – cent fois plus ! - que ce que je peux percevoir avec mes cinq sens. Là se sont passé les combats décisifs, là se déploie le Règne de Dieu – c’est là que je reçois les forces et les consolations pour maintenant, et les certitudes pour l’avenir.
Voilà : à moins de mourir à ce monde, je ne peux pas entrer dans l’autre réalité. Il ne s’agit pas de chercher la mort, mais de savoir qu’elle est là – vieille ennemie, dernière ennemie ! -, et de me considérer déjà comme un membre du peuple que Dieu s’est réservé. J’appartiens au Christ, « car pour moi la vie c’est le Christ ».
© 2008 Olivier Sandoz
17:16 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
07.09.2008
Soixante-dix fois sept fois - Matthieu 18, 15-22
Genèse 29, 15-30
Quand on la regarde de près, l’histoire de Jacob, le père des douze tribus, est un long échange de tromperies, de ruses, qui pourrait s’intituler « tel est pris qui croyait prendre ! »…
C’est quand même un rien choquant de penser que l’histoire même de la foi, de la confiance (!), commence ainsi par des roueries, des escroqueries… !
Rappelez-vous : Jacob a pratiquement obligé son frère Esaü à brader son droit d’aînesse contre… un plat de lentilles ; ensuite, il se déguise et trompe son propre père, privant du même coup son frère de la bénédiction paternelle ; plus tard, il rusera encore pour se constituer un troupeau sur le dos de son beau-père Laban ; plus loin encore, il n’hésite pas à envoyer sa maisonnée en avant de lui pour tenter d’amadouer la colère d’Esaü… Quant à la suite de son histoire, sa vieillesse sera entachée des mensonges attachés à l’histoire de Joseph… Et jusqu’à son lit de mort, où Jacob n’hésite pas à bénir le cadet de Joseph devant l’aîné…
Alors, le récit de ce jour, le « double mariage » de Jacob, a ceci de surprenant que pour une fois, c’est plutôt Jacob le dindon de la farce : il est trompé par son beau-père Laban aidé de ses deux filles Léa et Rachel, les futures « Mmes Jacob » !
Jacob aime donc sa cousine Rachel, la cadette de la famille de Laban, il l’aime tellement qu’il accepte de travailler sept ans pour pouvoir l’épouser ensuite, pour la « racheter » à son père – au Proche-Orient ancien, une femme est « propriété » de son père jusqu’à ce qu’un homme propose de racheter ce droit…
Sept ans de travail avant de convoler, c’est un contrat haut-placé ! …mais «Jacob aimait tellement Rachel», nous dit le texte, «que ces sept années semblèrent passer aussi vite que quelques jours…» : un magnifique verset pour chanter la patience et la force de l’amour… !
Ce redoutable escroc qu’est le jeune Jacob nous dévoile ici une facette jusqu’alors inconnue de sa personnalité : la fidélité, la constance, la ténacité… parabole de l’amour et de ses possibilités quand il est un but, une fin !
A nos yeux, cet acte d’amour et de foi qui pousse un homme à servir sept ans rachète bien des fautes, des tromperies de ce futur patriarche ; il nous semblerait convenable que le septennat achevé, l’ouvrier reçoive le juste salaire de son labeur… pourtant, Laban donne au fiancé non sa promise, mais Léa, la sœur aînée – et ce n’est qu’au matin, bien trop tard, que Jacob s’aperçoit de la supercherie (ce qui nous laisse un peu perplexe quand même, malgré la différence de culture et le temps qui nous séparent de l’événement… !). Restent les yeux pour pleurer – et tout de même une plainte formulée à l’encontre du beau-père.
« Seigneur, combien de fois devrai-je pardonner à mon frère s’il ne cesse de pécher contre moi ? Jusqu’à sept fois ? » demande un jour Pierre à Jésus – « Non, pas sept fois : soixante-dix fois sept fois ! » : voilà de nouveau qui semble dépasser nos possibilités, notre entendement : septante fois sept fois, presque un demi-millier – un chiffre symbolique, la pleine mesure, la plénitude de pardon ! La barre est haut-placée pour nous, comme elle l’était pour le « droit au mariage » de Jacob.
Oui, la barre est haut-placée – mais l’Evangile d’aujourd’hui nous rappelle ainsi que le pardon n’est pas une « demi-mesure » : si l’on veut servir Dieu, le Dieu qui fait entièrement grâce, on ne peut prétendre en même temps économiser sur le pardon ! Et que personne ne vienne dire que « la Bible est irréaliste », quand elle a commencé par décrire un monde où les humains se roulent mutuellement, s’abusent et se trompent les uns les autres jusque dans les moments où devrait triompher la confiance, jusque dans le mariage… Dieu sait combien l’être humain est retors, et c’est justement pour rompre avec cette logique du « œil pour œil,… », du « tel est pris… », que l’Evangile tout entier nous invite à ce pardon sans retenue, sans compromis. C’est là qu’est la présence de Dieu, dans le récit de la Genèse que nous venons d’entendre : roulé à son tour, Jacob aurait pu répudier Léa et tenter sa chance ailleurs… mais il a gardé Léa à ses côtés, la future mère de huit tribus, et Rachel lui a été donnée « en plus ».
Nous sommes en relation avec le Dieu qui pardonne sans retenue, qui efface nos dettes sans rien en retenir ; nous pouvons vivre cette confiance-là, que tout ce que nous avons remis à Dieu n’est plus à notre passif… « A celui qui a péché contre toi, je ne te dis pas de lui pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois ! »… L’amour est à ce prix… !
© 2008 Olivier Sandoz
12:17 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication


