10.12.2006

Que votre amour grandisse - Philippiens 1, 3-11

Malachie 3, 1-4 - Luc 3, 3-6

Il y a eu un temps où, à l’écoute des textes de l ‘Evangile que nous venons d'entendre, je comprenais le message du Baptiste comme une exhortation à faire le ménage autour et devant l'étable... Il y a eu un temps où la période de l'Avent tel que nous la vivons dans nos régions me causait un énervement sans nom, et où la « course à Noël» que nous proposent les vitrines des magasins, mêlant commerce et bons sentiments, avait le don de m'agacer au plus haut point. Je rêvais d'un Avent épuré, et d'un « vrai » Noël au sens religieux du ternie, dépouillé de tous ces artifices qui visent plus notre faculté de consommation que notre vie intérieure, que notre vie spirituelle... C'était dans une grande souffrance que je voyais approcher les fêtes, ce Noël qui loin d'être pour moi « le sujet d'une grande joie» ne faisait que renforcer ma déception et ma totale incompréhension.

Etait-ce le fait de ma jeunesse, de l'attachement à de grandes illusions, ou l'idéal d'une religion parfaite ? Peu importe après tout, parce que j'ai l'impression d'avoir fait quelques pas de plus en direction de ce que Paul appelle la « vraie connaissance et la compréhension parfaite », celles qui enrichissent l'amour !

Pour moi, les mots « pureté », « purification » que nous avons découverts dans les textes ce matin ne résonnent plus tout à fait la même chose aujourd'hui. J'ai envie d'y lire les termes d' «allégement», de «libération», en me rappelant que ce Dieu qui vient à Noël est un «Dieu-avec-nous», un Dieu qui prend en compte ce qui fait notre quotidien en ce temps de l'Avent ; un Dieu qui, comme dans tous les autres temps de l'année, cherche à nous alléger, et pas un Dieu-contre-nous, regardant avec mépris des préparatifs qui tournent souvent au folklore ! Quel Avent, quelle attente, donc, nous reste-t-il, quand nous voudrions vraiment nous préparer à la naissance du Fils de Dieu, quand nous voudrions arriver en bonne forme spirituelle à Noël?   ...parce que j'aimerais que ce temps soit vraiment celui d'un allégement, que cette « purification » proposée nous soit profitable, au sens où nous aurions de nouveau la faculté de nous poser des questions qui font grandir l'amour...

Pour commencer, nous pouvons nous rappeler que Dieu a déjà entrepris le grand ouvrage à l'extérieur et à l'intérieur de nous - le signe de cela, c'est que nous sommes ici ce matin. Nous ne partons donc pas de « rien », nous avons ainsi l'assurance que Dieu a déjà agi en nous. C'est un bon début ! Et puis, en relisant la lettre de Paul, si je me demande quelle façon de faire, ou d'être, conduit à une purification, je lis : « que votre amour grandisse, enrichi de vraie connaissance et de compréhension parfaite, pour que vous soyez capables de choisir ce qui est bien ».

Que votre amour grandisse : ça, c'est peut-être quelque chose à notre portée, dans la mesure où nous pourrions regarder les nombreuses sollicitations qui nous parviennent avec un rien d'humour Noël, c'est devenu bien plus que l'adoration dans la moiteur de l'étable ! Toutes et tous veulent des « miettes », des retombées de cet événement, et l'on voit surgir ici et là des initiatives parfois sympathiques, d'autres fois plus intéressées à nos porte-monnaie, mais qui toutes, collaborent à l'atmosphère particulière de ce temps. Porter un regard amical, bienveillant, sur tout un monde qui s'agite, c'est peut-être prendre quelques points sur l'énervement qui pourrait nous gagner : réjouissons-nous alors que Noël soit une « maladie contagieuse », jusque dans des domaines d'habitude très fermés au religieux... et tant pis si la fête n'y gagne rien en théologie : puisqu’il  y a subitement une brèche dans le cloisonnement – et que Dieu sait profiter de toutes les fissures pour les remplir de Sa présence ! ... « enrichi de vraie connaissance et de compréhension parfaite » : alors là, il y a sans doute plus de travail à accomplir ! Une « compréhension parfaite », une « vraie connaissance » de ce qui se passe autour de nous maintenant, et qui justement dépasse l'entendement... la barre est haut placée ! Quoique... si nous avons déjà pu porter un regard amical sur les événements, peut-être que nous en comprendrons mieux les tenants et les aboutissants ; peut-être qu'il nous semblera somme toute amusant qu'un événement aussi peu spectaculaire qu'une naissance dans un lointain pays puisse provoquer cette sorte de douce folie que sont l'échange de cadeaux, les retrouvailles de personnes qui s'ignorent le reste de l'année, et ce besoin de grands rassemblements au cœur des églises au milieu de la nuit... !   et nous nous réjouirons déjà de ce petit recommencement ! ... « pour que vous soyez capables de choisir ce qui est bien » : je le disais tout à l'heure, il y a de l'allégement dans l'air, et du temps à « ne plus perdre » en considérations désabusées, en regards entendus, en « fuite en avant » pour tenter d'échapper à l'inéluctable, quand nous apprenons à nous réjouir simplement de ce qui est, quand nous cherchons à vivre AVEC plutôt que CONTRE !

Le chemin de l'Avent, ce peut être vraiment celui de la bienveillante compréhension, celui où les Chrétiens reconnaissent et acceptent que « leur » Dieu se mêle si intimement à l'histoire du monde qu'il finit par échapper à leur mainmise !...dans les faits, en venant au monde, Dieu n'«appartient» plus à personne - plus personne ne peut prétendre se Le garder ! -, et permettez-moi l'expression, Il «tombe enfin dans le domaine public » ! Cela ne m'empêchera pas pour autant de Le célébrer, cela n'enlèvera rien à mes possibilités de me réjouir - au contraire, changer ainsi de regard m'a rendu plus léger, et plus à même de retrouver la «vraie » joie de Noël !                         

© 2006 Olivier Sandoz