13.12.2009
Que devons-nous faire ? - Luc 3, 10-18
Sophonie 3, 14-18; Phiippiens 4, 4-7
Jean-Baptiste, celui qui prépare la venue de quelqu’un de plus grand que lui… Je me suis souvent demandé en quoi Jean-Baptiste était le précurseur de Jésus…
Jean constatait l’étiolement de la foi de ses contemporains, il les voyait rester frileusement sur l’acquis – « nous sommes descendants d’Abraham, les promesses sont pour nous, nous n’avons rien à prouver de plus » -, et en les appelant à la conversion, il les découvrait peu enclins à des actes significatifs, à un changement réel. Alors il les apostrophe, il les interpelle, il emploie des mots durs, il les secoue : des descendants d’Abraham, Dieu peut en susciter même parmi les pierres !
D’où cette question, invariable, de ses interlocuteurs : « Mais alors, que devons-nous faire ? ».
La réponse est aussi invariable, que ce soit aux simples passants, aux collecteurs d’impôts, aux militaires : dans ce que vous faites habituellement, faites AUTREMENT, avec le partage en point de mire, en objectif principal !
Parfois on imagine la « conversion », le changement, comme quelque chose de menaçant, comme un renoncement tellement énorme qu’on ne peut qu’hésiter à s’y lancer… Pourtant, il ne s’agit pas de cela ! Pour Jean, qui « prépare le terrain », le Baptême offert à chacune, chacun, est signe d’une volonté de s’ouvrir à un monde nouveau, où c’est réellement la justice qui est au centre de toute relation : aux soldats, il parle d’équité - contentez-vous de votre solde ! -, aux collecteurs, d’honnêteté – ne faites pas payer plus qu’indiqué ! -, et à nous tous, de solidarité – ce que vous avez à double, offrez-le à qui n’a rien !
Peut-être que l’on venait voir Jean par curiosité – même si les religieux et les notables étaient justement absents… -, peut-être que pour d’autres, il y avait l’attrait d’une chose un peu magique, d’une mode, ou du besoin de suivre un gourou au langage fort et ferme… quoi qu’il en soit, à toutes et tous, Jean propose un renouveau de spiritualité : donner à l’autre, c’est se sentir un peu plus proche de lui, c’est laisser de côté le souci d’amasser au profit d’un « plus » de confiance.
Pourquoi s’engager sur ce chemin ? Et bien parce qu’au bilan, ce que l’on imagine être des actifs pourrait bien se retrouver plutôt dans la colonne du passif… parce que ce que l’on accumule pourrait bien n’être que de la « paille », et pas du bon grain qui valait la peine d’être engrangé !
« Que devons-nous faire ? » : à cette question qui révèle une angoisse, Paul répond de la même façon, avec d’autres mots, dans l’épître aux Philippiens : « Soyez sans inquiétude, demandez à Dieu dans la prière ce dont vous avez besoin – et faites-le avec un cœur reconnaissant ! »
Ne nous laissons pas entraîner dans le discours timide et timoré du genre « nous sommes des baptisés, dans une tradition forte, cela nous suffit ! » ; au contraire, ce Baptême qui nous a été administré, nous sommes appelés à le vivre tous les jours : il y a en chacune, chacun de nous une voix qui essaie de se faire entendre, et qui est une voix de Dieu. Malheureusement, cette voix, nous l’avons bâillonnée, muselée, pour tant et tant de raisons qui nous semblent meilleures les unes que les autres… On nous a dit tant et tant de choses, sur comment il fallait être, et sur la dureté du monde, sur le besoin d’être « correct » - entendez : sur la meilleure façon de paraître aimable et d’être aimé -, que nous restons encore sur des fonctionnements de mort, comme si Jésus n’était pas déjà venu, comme si nous avions encore à gagner notre salut par nous-mêmes…
Jean-Baptiste est venu préparer le chemin, dans ce désert aride ; il est venu verser de l’eau sur les digues de sable - que nous avons élevées pour nous protéger - pour qu’elles s’écroulent…
Je pense à l’expérience de Paul sur la route de Damas, quand il est aveuglé, jeté à terre, quand il est dépouillé de tout ce qui fait son assurance pour se retrouver abattu et dépendant, pour se retrouver tel qu’il est dans la vérité de son être, rempli de fragilités… Lui, le rabbi, lui le Pharisien modèle, lui dont l’assurance est toute entière contenue dans sa science et sa connaissance de la Loi, il n’a plus rien que lui-même, et Dieu le construit sur cette base nouvelle.
Jean-Baptiste ne nous dit pas autre chose : laisser Dieu faire place nette et retrouver Lui-même ce qu’il y a de meilleur en nous, ce qui peut nous faire grandir, pour nous faire grandir.
Le prophète Sophonie l’annonçait aussi joliment, au moment où tombent les murailles de Jérusalem : c’est le passage obligé par un écroulement qui permet de redécouvrir la confiance en Dieu, c’est au moment où disparaissent les derniers retranchements que Dieu entre et déploie toute sa grâce, c’est quand nous ne pouvons plus compter sur nos forces que nous recevons la force irrépressible de Dieu !
Il ne s’agit donc pas tant de tendre à devenir un bon Chrétien bien charitable que de laisser Dieu restaurer ce qu’Il a mis de meilleur en nous, ce qui fait notre identité véritable de créature… la capacité d’être aimant !
Que devons-nous faire ? Etre nous-mêmes, faire ce que nous faisons dans un esprit de justice, c’est laisser Dieu « soulever le couvercle », laisser à Dieu le soin de visiter notre espace intérieur, et y travailler. Le seul « renoncement » auquel Jean appelle les baptisés, c’est celui du manque d’amour pour soi-même, qui nous conduit à vouloir plaire aux autres malgré nous, malgré ce que nous sommes vraiment …
Le jour vient où l'on dira: « N'aie pas peur, ne te décourage pas! » : ce jour vient où la paix de Dieu peut nous habiter de l’intérieur… et c’est pour nous un nouveau Noël !
©2009 Olivier Sandoz
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30.11.2009
Tenir bon - Luc 21, 25-28.34-36
Malachie 3, 1-6 ; Romains 13, 11-14
L’Avent qui commence nous prépare à un événement à la fois courant, la naissance d’un bébé, et unique dans l’histoire, puisqu’il s’agit du Fils de Dieu destiné à changer pour toujours l’histoire de l’humanité.
Mais l’Avent nous rappelle aussi que nous sommes des gens «en route» vers un accomplissement, même s’il reste toujours inachevé puisque nous le répétons chaque année …
C’est pour cela que les textes aujourd’hui sont chargés de promesses, de réalisations encore en cours, et d’exhortations à tenir ferme, à tenir bon, à rester vigilant au cœur d’un monde en mouvement, dans une réalité dont nous ne tirons pas toutes les ficelles : il y avait des mots comme «angoisse», «inquiétude», «frayeur», «tremblements», qui en sont les indices !
Est-ce que nous devrions vivre avec la peur au ventre, rien qu’en ouvrant les journaux, rien qu’en ouvrant les yeux sur la misère toujours plus grande qui atteint nos contemporains, dans ce déséquilibre toujours plus grand entre pauvres et riches… ?
Mais justement, c’est au cœur de cette réalité-là, qui est la nôtre, que Dieu a décidé d’être proche de nous à sa façon toute particulière : en venant au monde, en grandissant, en accomplissant le même parcours que tant d’enfants, de femmes et d’hommes sur la terre.
Le premier Avent, la première attente avait duré des siècles, jusqu’au premier Noël dans la moiteur d’une étable – ou l’humidité d’une grotte, selon les traditions…
Avez-vous déjà réfléchi au nombre de prières qu’il a fallu pour tenir bon jusque-là, à la somme de confiance nécessaire pour que cette attente trouve son accomplissement au jour de Noël ?
C’est vrai, nous, nous sommes après ces événements. Nous, nous sommes, dans le temps d’une «seconde» attente, celle qui verra l’accomplissement de toutes les promesses ; pourtant, je me demande parfois si nous ne vivons pas toujours un peu comme les femmes et les hommes du Premier Testament – et si nous n’espérons pas sans trop y croire le retour annoncé du Christ, puisqu’il tarde tant !
Les gens d’alors espéraient un Sauveur, un Libérateur ; ils avaient différents avis sur la manière dont «il» serait le Sauveur, et pourtant, toutes et tous attendaient un personnage charismatique, visible dans sa grandeur, parfaitement évident dans sa mission divine – et voilà que Jésus arrive, comme un bébé, pareil à tous les autres…
Qu’est-ce que nous espérons, nous? Quand nous pensons à Dieu, quand nous pensons au retour du Christ, peut-être que nous sommes imprégnés des récits d’apocalypse qui ponctuent la Bible, peut-être que nous imaginons le jour du Jugement dernier comme une manifestation spectaculaire de la part de Dieu, comme un chamboulement général dont nous ne parviendrons pas à mesurer tous les paramètres…
Hors de nos églises, nos contemporains disent de plus en plus souvent leur impression que Dieu est bien étrange et étranger, et qu’en regardant le monde, il leur est impossible de croire ce Dieu réel, ce Dieu proche d’eux ; j’entends parler de Dieu comme d’un grand ordonnateur qui se serait retiré du jeu une fois la terre lancée, nous laissant les bras ballants à chercher comment cultiver le moins mal possible une terre dont ce Dieu aurait oublié de nous donner le mode d’emploi ! Je voudrais bien leur dire que c’est «autrement», mais je reste sans voix à contempler ce monde, dans lequel nous vivons, et qui ne montre plus tellement de signes d’espérance …
Alors je dois dire que les textes de promesse de toute à l’heure me sautent au visage, comme autant de signes donnés à mon désarroi et à celui des gens de ce temps, comme autant d’appels à ne pas laisser le quotidien nous désespérer… J’y lis que l’Evangile n’ignore pas notre mal de vivre, et nos craintes, et nos incertitudes ; j’y lis que la Bible ne méprise pas notre angoisse et nos frayeurs, qu’elle les prend en compte de sa manière à elle, en nous encourageant à la vigilance et à la prière comme les deux évidences d’une attente confiante et productive de sens.
Aujourd’hui, c’est possible pour nous d’entendre dire avec assurance « le Seigneur vient ! » ; aujourd’hui c’est possible pour nous d’annoncer le Règne d’un Dieu qui aime ses créatures ; aujourd’hui, alors même que les canons n’en finissent pas de faire entendre leur voix sordide, que des famines tuent plus encore que les fanatiques, et que des innocents périssent, l’Avent nous dit de tenir bon, de ne pas renoncer à la vie et aux vraies valeurs, de ne pas croire que l’échec apparent de vingt siècles de Christianisme est le dernier mot de Dieu.
Aujourd’hui, avec d’autant plus de force, c’est possible pour nous d’entrer en Avent comme on entre en religion : en faisant le pari sur Dieu et ses promesses, quitte à paraître un peu fous, en revenant encore et toujours à la source qui remplit le puits que nous sommes… Car c’est quand nous rayonnons, quand nous débordons de la Présence de Dieu, que toutes et tous peuvent profiter de la grâce qui nous est faite.
©2009 Olivier Sandoz
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15.11.2009
Comment on se donne - Marc 12, 41-44
1 Rois 17, 10-16 ; Hébreux 9, 26-28
Vous est-il déjà arrivé de vous dire : « il me manque quelque chose » sans trop bien savoir quoi ? …comme un vide, comme une absence, comme une envie, un besoin un peu vague, mais bien présent ?
Il me manque quelque chose…
Je lisais les récits de la Bible, ce matin, et je voyais ces veuves – des femmes qui n’ont pas un statut enviable dans la société d’alors, sans possibilité de prendre la parole, de défendre leurs droits dans un milieu ou le masculin fait la loi -, je voyais ces femmes partager, donner la seule garantie de leur survie pour le service de Dieu… ! Certains diront que c’est de l’inconscience, Jésus parle plutôt d’une confiance exemplaire… Qu’est-ce qui peut donc pousser quelqu’un à qui il manque presque tout à donner le petit peu qui lui reste ?
« Dans sa pauvreté, elle a offert tout ce qu’elle avait pour vivre : quelques centimes… » : imaginez la scène qui nous est décrite ce matin : Jésus, assis près du tronc aux offrandes, qui regarde les gens déposer leurs dons… Le Christ qui regarde la foule mettre de l’argent dans le tronc, alors qu’on nous a tellement appris à ne pas trop montrer, à rester discret, de façon à ce que « la main gauche ignore ce que fait la main droite »… Jésus qui regarde…
Je ne me vois pas très bien demander aujourd’hui aux conseillères de service : « Dites dons, regardez voir ce que les gens mettent dans le tronc ce matin… » ! Il y aurait un sacré malaise de part et d’autre, non ?
Mais Jésus ne regarde pas tellement CE que la foule donne que COMMENT elle le donne… et c’est ce qui fait toute la différence, voyez-vous, COMMENT on offre…
Comment on donne, c’est aussi comment on SE donne, ce n’est pas innocent pour notre vie spirituelle ! Si on offre du superflu, tant mieux pour la communauté qui va en bénéficier, mais… dommage pour nous-mêmes, si c’est à l’image de notre état d’esprit à l’égard de Dieu… Dommage pour nous si cela signifie que nous reconnaissons bien à Dieu une place, mais dans le superflu, dans ce qui ne nous est pas essentiel pour vivre : un Dieu en marge, un petit « plus » qu’on s’accorde si l’occasion se présente, sinon tant pis !
Vous le savez bien, rien n’est indifférent, rien n’est trop petit devant Dieu, de nos petites ou grandes misères, de nos petites ou grandes joies. Lui, Il peut tout partager, tout prendre sur Lui… La femme qui dépose ses derniers centimes dans le tronc accomplit un acte de confiance, parce que pour le faire, elle doit croire en profondeur que Dieu pourvoit, parce que pour le faire, elle doit être assurée à l’intérieur d’elle-même de l’abondance qu’elle va trouver en Dieu.
Comme la veuve de Sarepta, qui décide d’entrer dans le jeu de Dieu avec Elie, avec son fond de farine et son bol d’huile… en période de famine, elle qui a un enfant à charge, elle nourrit encore un inconnu – même si cela n’allait pas de soi !
Il me semble que nous sommes invités ici à méditer notre consécration au Dieu de Jésus-Christ, à un Dieu qui comme le rappelait la lettre aux Hébreux a TOUT DONNÉ, qui s’est tout donné à nous – sans que nous mesurions bien ce que cela veut dire, ce que cela représente !
C’est vrai que nous avons des besoins à combler, c’est vrai que les tentations du monde moderne sont multiples – les publicitaires savent très bien exploiter ce filon, cette faiblesse humaine d’un manque permanent… nous n’y échappons que rarement, d’ailleurs ! …reste que la question qui devrait nous travailler en profondeur, c’est de savoir si nous nous y prenons vraiment bien, nous qui ne nous sentons jamais vraiment rassasiés, jamais entièrement satisfaits de notre condition : « chez le voisin, l’herbe semble plus verte… ».
Dans ma lecture, l’Evangile de ce jour nous propose une autre piste : et si ce qui nous manquait surtout, c’était la présence de Dieu ? Et si cela même que nous mettons souvent en priorité, qui fait notre apparent sécurité, n’était en fait qu’un obstacle à un vrai rassasiement, une plus grande proximité de Dieu, de ce Dieu qui nous offre la vraie vie ?
La femme peut donner ce qui lui est nécessaire pour vivre parce qu’elle est sans doute déjà entrée dans le secret de l’amour de Dieu, dans le comblement de ses vides, de ses manques intérieurs : en Dieu, elle a tout ce qui lui est nécessaire pour vivre !
Comment on donne, comment on SE donne : ce matin, j’ai envie de nous laisser avec cette question. Pas comme quelque chose de menaçant, - Dieu ne « vérifie » pas ce que nous donnons ! -, mais comme une occasion de méditer sur le superflu et le nécessaire, sur notre façon de combler nos vides tout en restant d’éternels insatisfaits. Avec cette proposition : nous remettre, nous EN remettre à Dieu en lâchant tout le reste... On essaie ?
©2009 Olivier Sandoz
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(Avec la paroisse de langue allemande) Un coeur ouvert à la diversité - Genèse 11, 1-9
Jean 10, 11.14-16 ; 1 Corinthiens 12, 12-20
La tour de Babel… le commencement de tous nos ennuis ! parce que c’est bien difficile de se comprendre, quand on parle une langue différente – puisque c’est même parfois déjà compliqué quand on parle la même !
Traditionnellement, l’acte de ce Dieu qui vient mettre le désordre dans le langage des hommes est considéré comme une punition de l’orgueil humain… mais à y regarder de plus près, on verra que l’ «harmonie» supposée régner n’est qu’uniformité : les gens parlent la même langue, utilisent les mêmes mots… et ils disent tous la même chose ! …ils ont poussé l’uniformité jusqu’à n’avoir plus qu’un seul discours, qu’ils se répètent les uns aux autres. Ces « slogans » nous font curieusement penser au fonctionnement de bien des dictatures, passées ou présentes… Alors Dieu dit non à l’uniformité ! Paradoxalement, en mettant du désordre dans les langues, Dieu fait acte de bienveillance !!
Et la vraie question qui devrait toujours nous préoccuper, c’est de savoir si nous n’avons pas nous aussi des «tours de Babel» à démolir pour que chacun(e) trouve la possibilité d’exister pleinement, avec sa vérité. Si l’on confesse que Dieu a créé le monde dans sa diversité, Il continue à créer en prenant en compte ce que fait l’humanité – et en réagissant à la dérive humaine quand elle s’éloigne un peu trop de l’idée de départ, qui privilégiait la diversité.
Et puis, l'apôtre Paul nous le rappelait il y a un instant, un corps c'est fait de nombreuses parties, avec des fonctions diverses, des visibles et des secrètes, celles qui sont évidentes et celles qui restent dans l'ombre, celles que l'on connaît bien et celles qui sont un peu mystérieuses... Un corps, c'est une infinie variété de formes, de dimensions, de couleurs, d'expressions, de fonctions également, mais tout cela concourt à une seule identité, à la représentation globale d'une seule personne.
Alors pour nous rassembler avec nos diversités, nos différences, nos complémentarités, Dieu nous donne d’être le "corps du Christ", le corps de Dieu sur la terre : jamais on n'arrivera à dessiner le visage de Dieu, il est trop surprenant pour qu'on en fasse une représentation ; par contre, voilà son corps ! Dans cette église aujourd'hui, vous voyez Dieu, vous voyez le corps du Christ ! Ne le cherchez pas sur une croix, sur un vitrail, un dessin, une peinture ou une statue... Ne pensez pas non plus qu'Il est caché dans un recoin sombre, ou qu'Il va nous faire la surprise de jaillir de tout là-haut dans la chaire... Regardez bien, ouvrez grands les yeux, les oreilles, Dieu est là !
Vous voyez, depuis Babel, il y a cela d’extraordinaire que si nous voulons nous comprendre, il ne suffit plus de donner un ordre, mais il faut aller vers l’autre, s’intéresser à lui pour essayer d’entrer dans sa réalité, ses mots parfois bizarres, ses expressions qui ne sont pas les nôtres… Et après tout, est-ce que ce n’est pas justement cela, la vraie relation, le vrai intérêt, les vrais égards que nous montre le Christ à travers sa « pratique d’humanité » ?
Ainsi en venant célébrer ensemble ce matin, paroissiens de langues différentes, nous posons un signe : parce que Dieu a dispersé à l’époque de la Tour de Babel, et parce que le Christ est venu nous rassembler avec nos différences plutôt que de nous laisser nous fuir, il nous est offert aujourd’hui de pouvoir consciemment, volontairement revenir les uns vers les autres, - et même de partager tout à l’heure le repas du Seigneur. Ce n’est plus un slogan qui nous rassemble, c’est l’ouverture de notre cœur à la différence… une diversité bénie, rendue bonne, par Dieu Lui-même.
©2009 Olivier Sandoz
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08.11.2009
Du temps - Ecclésiaste 3, 1-8
Psaume 139, 1-16
Il y a des gens qui n'ont jamais le temps. Des gens pressés, des gens qui courent, des gens qui s'agitent, comme s'ils avaient peur de perdre leur temps. Pourtant nous disons qu’"Il y a un temps pour tout"... même si nous ne savons pas forcément que nous citons la Bible !
On peut en effet regarder autour de nous : rien n'est vraiment immobile, rien ne reste semblable indéfiniment. A partir de cette considération, un sage de la Bible, l'Ecclésiaste, nous appelle à rester calme et confiant : puisque tout change, puisque rien n'est définitif, à quoi bon courir çà et là, à quoi bon se faire continuellement du souci ? Chaque chose peut arriver, tout ce qui se produit sur la terre arrive en son temps, au moment où toutes les conditions sont réunies pour que "ça arrive"... dans ce temps insaisissable qui rythme nos vies, et qui est la première "création" de Dieu, selon la confession de foi qu'en fait la Genèse :
"Que la lumière soit !
il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le premier jour"...
Peut-être que cela fait un peu peur, que tout puisse arriver... Certains disent que le pire est toujours possible, et vivent comme si toutes les tuiles du monde allaient leur tomber sur la tête; d'autres passent leur existence à faire comme si de rien n'était, et s'étonnent des événements quand ils surviennent...
L'Ecclésiaste ne veut pas simplement nous entretenir à propos du temps. Il a tout au long de son livre l'idée de nous encourager à bien rester entre les mains de Dieu, à nous blottir dans les bras de ce Dieu qui est autant le Maître du temps que le Seigneur de nos vies. Et quand des événements nous secouent, quand nous passons par des épreuves, des difficultés qui nous paraissent insurmontables, il nous entraîne à lever les yeux pour voir plus loin, au-delà de l'apparence : ce temps que nous vivons, aussi dur qu'il puisse être, ce n'est pas toute notre vie, c'est un épisode, un passage, et puis Dieu a encore, Dieu a toujours du bonheur, du bien en réserve pour nous.
Le pire qui pourrait nous arriver, ce serait de nous imaginer que rien ne va changer dans ce monde. Si c'était vrai, alors nous devrions nous asseoir là et attendre... mais attendre quoi, si rien ne change ? La mort ? ... drôle de vie !
C'est pourquoi en réfléchissant au temps, nous pouvons redécouvrir la richesse de cette création de Dieu : elle nous permet de grandir, de faire des projets, d'avancer, d'améliorer les choses, et si l'on parle de "vie éternelle" dans la Bible, plutôt que de nous donner à croire qu'il y a un monde où rien ne change, c'est bien contre le désespoir de la mort, de l'arrêt, qu'elle nous est présentée... et offerte !
Tout bouge, tout a bougé et bougera encore, mais pour nous dans les bras de Dieu, c'est comme un souffle léger, un murmure, un silence délicieux... Ce qui reste sûr, raconte la Bible, c'est la rencontre, moi avec Dieu, nous avec Dieu. Tant que je suis assuré de cela, tant que je peux croire que Dieu ne veut ni mon malheur ni ma mort, le temps peut s'écouler sans risque de me perdre.
Et avec le Psaume 139, le texte que nous avons entendu en second, nous allons plus loin dans les découvertes : pouvoir dire à Dieu, chacune, chacun personnellement, la confiance qu'Il est Celui qui me connaît le mieux de tous, parce qu'Il a pensé à moi avant ma naissance, qu'Il m'accompagne maintenant, et qu'Il saura me conduire en prenant soin de ma personne.
Peut-être que cela, nous l'avons parfois oublié, à cause de nos occupations, et parce que nous n'avons "jamais de temps" pour rien... Les enfants les connaissent d'ailleurs bien, nos terribles petites phrases, les "pas maintenant" ou les "plus tard", les "tout à l'heure" ou les "attends !"... nous les leur disons si souvent, pour leur apprendre à différer, à ne pas croire qu'ils peuvent tout avoir tout de suite... Seulement quelquefois, ce "pas tout de suite" se transforme en "jamais", parce que nous ne trouvons pas le temps d'y revenir avec eux... ! La semaine qui vient de s’écouler, nous étions dans nos préparatifs pour la vente paroissiale, tout occupés à penser aux mille-et-un détails nécessaires… mais nos proches continuaient à exister, à demander de l’attention… C'est pourtant aussi une partie de notre humanité, hélas, de ne pas bien tenir parole...
La Bible ouvre une autre piste : il y a Quelqu'un de fiable, Quelqu'un qui tient ses promesses, Quelqu'un qui va faire ce qu'Il dit. Il y a un Dieu qui s'intéresse à nous, qui nous a donné le temps, de Son éternité, pour apprendre à recevoir tous les trésors qu'Il a en réserve pour quand nous en avons besoin.
C'est à cette calme confiance que nous nous entraînons ensemble, dans la ferme assurance que la rencontre avec Dieu, pour qu'elle soit solide, a besoin de cet apprivoisement, a besoin... de ce temps que Dieu nous donne, chaque jour, pour mieux Le connaître et Le reconnaître au cœur des événements de notre vie.
C'est ainsi que nous apprenons à dire, nous aussi : "Il y a un temps pour toutes choses sous le soleil" : Ps 139, 1 à 16.
©2009 Olivier Sandoz
18:18 Publié dans Ecclésiaste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, prédication, protestantisme, foi, méditation
11.10.2009
Justes devant Dieu - Matthieu 7, 21-29
Deutéronome 11, 18.26-28; Romains 3, 21-28
« Mettre en pratique », «faire la volonté de mon Père » : l'Evangile de ce jour est tout axé sur la réalisation de ce que l'être humain a compris, entendu, sur la « construction » de sa vie à partir des enseignements de Jésus.
Pour Jésus, devant Dieu, être intelligent - être insensé, c'est faire preuve - ou non - pas tant d'un extraordinaire génie que d'une obéissance amenée par la confiance, par la foi, en ces paroles que le Christ a prononcées jusque-là.
Dans le texte d'aujourd'hui, nous arrivons à la fin du « sermon sur la montagne » : très célèbre parce qu'il contient les Béatitudes et le Notre Père, bien sûr, mais pas toujours aussi connu quand il s'agit des enseignements importants que Jésus adresse à toutes et tous, et qui invitent à relire la Loi de Dieu dans sa radicalité ! Les « vous avez entendu qu'il a été dit... mais moi je vous dis... » qui structurent le discours ne sont pas des atténuations de la Loi, une façon de relativiser, mais bien au contraire une mise en évidence du caractère absolu des commandements... et l'on en vient parfois à se demander, à la lecture, s'il est vraiment réaliste - ou peut-être simplement POSSIBLE ! - d'être croyant dans ce contexte ! Rappelez-vous :
5, 21-22 ; 27-28 ; 31-32 ; 33-34 ; 38-39 ; 43-44 ;
ou encore : 6,1 ; 2 ; 5 ; 16 ; 19 ; 25 ;
ou même 7, 1 ; 7 ; 12 ; 13 ; 15 ; 21... !
La barre est haut placée... mais Jésus ne fait rien d'autre que de dire et redire ce qui est dès l'origine - le Deutéronome s'y attache déjà (11, 26-27), et tout croyant devrait en être convaincu...
La barre SERAIT très haut placée s'il s'agissait de faire notre propre justice en n'ayant d'autres but et sens pour notre existence que d'être de scrupuleux observateurs de ces lois. Certains s'y sont essayés - et les Pharisiens, par exemple, sont passés maîtres dans cette discipline. Pourtant, curieusement, c'est avec eux que Jésus a les plus sérieux accrochages... Il y a donc quelque chose qui «cloche» là-dedans !
Nous allons convoquer l'apôtre Paul à la barre, puisqu'il est le plus illustre de ces Pharisiens - dans la mesure où il a pu réfléchir pour nous à la chose de l'intérieur. Paul, «parfait et scrupuleux observateur de la Loi» selon ses propres dires, nous en confesse la vanité. Pour lui, l'observation de la Loi à la façon pharisienne conduit à l'échec, parce qu'alors il manque toute la dimension de la grâce, toute la dimension fraternelle et communautaire de la Loi: si je mets toute mon énergie à vouloir être parfait pour ma propre justice, j'arrive dans un mur, une impasse ... je me sauve tout seul, je suis un individualiste forcené - et par là-même, je marque un «auto goal», je désobéis au plus grand commandement, qui est celui de l'amour de 1' A(a)utre. La vérité est ailleurs...
Ce qui est premier, c'est Jésus, c'est Dieu ; ce qui en découle, c'est que l'action de Dieu en Jésus-Christ, ce pardon inconditionnel qui nous est OFFERT - que nous n'avons pas mérité, que nous n'avons pas « atteint » par nos forces humaines - met en lumière la vanité de nos entreprises de justice : avant que d'être quoi que ce soit, qui que ce soit, Dieu m'a aimé et fait grâce. Le reste, c'est ce que je vais faire de ma vie, ici, maintenant.
Et pour en faire une construction qui tient la route, un Loi, des commandements sont posés pour m'entraîner à la perfection, pour me faire approcher de cet être humain tel que Dieu le veut, mais que je ne vais pas devenir - en tous cas pas seul ! – parce que je serais obéissant et scrupuleux.
Jésus « renforce » les commandements, il met en évidence leur caractère absolu, il en fait l'outil qui me permettra de vivre pleinement AVEC les autres - mais toujours, dans mes réussites comme dans mes échecs, il y a l'assurance que Dieu m'aime, estime et désire ma personne. L'être humain que je suis construit sa vie en pratiquant ce qu'il a entendu, comme on construit une maison. Ce qui fait que ma vie est solide, c'est que je fais confiance à ces paroles de Jésus, c'est que je crois sans oublier d'obéir - pas d'obéir POUR être juste, mais d'obéir PARCE QUE Dieu m'a déclaré juste : Nous estimons, en effet, qu'un être humain est rendu juste devant Dieu à cause de sa foi et non parce qu'il obéirait en tout à la loi. (Rm 3, 28).
Nous grandirons ensemble, en communauté, dans le respect et la pratique des paroles de Dieu, et la « maison » qu'il s'agit d'établir sur le roc, c'est notre vie en relation, les uns avec les autres, et avec Dieu.
La grande découverte de Paul pour nous, c'est que rien ne peut nous séparer de l'amour que Dieu manifeste pour nous en nous donnant Jésus-Christ.
©2009 Olivier Sandoz
23:08 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, christianisme, foi, protestantisme, prédication, matthieu, méditation
15.03.2009
Jésus fait le ménage - Jean 2, 13-22
Deutéronome 6, 4-9 ; 1 Corinthiens 1, 21-25
Parlant de la mort de Jésus, Paul écrit qu'elle est «scandale pour les Juifs» et «folie pour les non-Juifs» : deux mots pour exprimer l'impasse, pour dire deux positions possibles devant cet événement inouï qu'est la mort de Dieu, en son Fils.
Scandale, blasphème que cette mort, puisque Dieu ne PEUT pas mourir ! La tradition orientale pose Dieu en Maître tout-puissant du Ciel et de la Terre, comme Celui qui a tout créé et par qui tout arrive ; alors, prêcher sa mort, c'est nier Sa toute-puissance, c'est Lui poser une insupportable limite... Dieu, mort? ...on devrait déchirer ses vêtements et se couvrir la tête de cendres !
Et si Dieu est vraiment Dieu, quelle folie que cette mort, quelle folie pour un homme de croire en un Dieu mort ! La tradition occidentale posait toute divinité dans un monde séparé, inatteignable, et imaginer un Dieu touché par nos contingences, ç’aurait été nier sa divinité - ou croire en un Dieu qui ne serait pas « rentable » pour l'homme religieux, qui cherche à mettre de son côté un allié d'une puissance incontestable.
Scandale ou folie, voilà l'alternative, «hors de l'Eglise». Quelle est donc la «troisième voie», celle de l'intérieur, celle de l'Eglise et de ses croyants ? La confiance en un Dieu suffisamment amoureux de ses créatures pour s'en rendre proche jusque dans leurs pires limites, la violence, la souffrance et la mort.
En ce 3e dimanche de la Passion, nous sommes encore un peu éloignés de la semaine sainte, qui reprend le cycle du Vendredi-saint, souffrances et mort de Jésus. Mais l'Evangile de ce jour nous présente - une fois n'est pas coutume ! - un Jésus pris de colère et de violence, emporté à l'intérieur du Temple, au cœur même du sacré... !
Ah ! le Temple... Le lieu mythique de la présence de Dieu, de sa manifestation « visible » ! Il s'y passait en fait bien des choses, au 1er siècle de notre ère : on y enseigne et discute la Loi de Moïse, bien sûr, et puis on y applique la liturgie des sacrifices, comme le commande cette Loi. On y trouve des prêtres - évidemment -bien organisés, hiérarchisés ; et puis, la tribu de Moïse, ces lévites qui dépècent les animaux, font un travail de boucherie, et encore des marchands d'animaux pour les sacrifices, et des changeurs de monnaie: l'argent est nécessaire, mais il ferait beau voir qu'entrent dans le Temple du Seigneur les monnaies impies de l'empereur et de ses vassaux, ces hommes qui aiment à se déguiser en dieux, du moins en effigie ! Alors on « blanchit » l'argent, si vous voulez, en le changeant contre la monnaie du Temple.
Le pire sans doute, dans tout cela, c'est que tout est tellement bien ordonné, bien structuré, que Dieu n'y a plus vraiment de place... le «microcosme» du Temple reproduit en concentré l'ordonnance du monde extérieur, avec ses degrés, ses tracasseries, ses entraves, son étagement social...
Jésus est en colère, et l'exprime d'une façon bien peu feutrée, bien peu discrète, dans cet endroit si convenable : comme une figure du prophétisme ancien, qui réprimande ses contemporains trop enclins à s'occuper de leurs affaires et si peu de leur croissance vers Dieu, Jésus va, renverse tout sur son passage...
Mais... de quel droit, enfin ? Et pourquoi cet éclat dans un univers si bien rôdé ?
En m'entendant parler de la vie du Temple, il vous est peut-être venu quelques images de choses contemporaines, dans et hors l'Eglise d'ailleurs... et ce n'est certainement pas innocent. Car si l'évangéliste Jean pose comme interprétation des paroles de Jésus que le «Temple» dont il est question, c'est le Christ lui-même, j'aime aussi lire le commentaire qu'en fait un penseur du Moyen Age, appelé Maître Eckart : «Le Temple où Dieu veut exercer la puissance de sa souveraineté et de sa volonté, c'est le cœur humain... !».
Ainsi le «désordre» causé par Jésus n'est pas seulement une manifestation prophétique dans le cadre de la religion représentée par ce bâtiment impressionnant, mais aussi l'indice d'un bouleversement intérieur que Dieu provoque en nous. La «colère» et la «violence» de Dieu exprimée par Jésus peut aussi être un signe pour notre vie de foi, notre vie de relations à Dieu. Le Christ chassant les marchands du Temple, c'est pour moi un acte de «désencombrement» de l'existence humaine, pour une «purification» de la spiritualité qui est la nôtre.
Combien de «marchands du Temple» peuvent nous habiter ? Combien d'obligations, de jougs, d'obstacles imposons-nous à notre vie de foi - et par là même à celle et ceux qui nous entourent ? «Un Chrétien, c'est quelqu'un qui doit aller à l'Eglise !» : vrai et faux ! «Un Chrétien, c'est quelqu'un qui témoigne avoir reçu le Saint-Esprit !» : vrai et faux ! «Un Chrétien, il doit faire ceci et ne pas faire cela, si vous avez la foi, vous devriez être tel et tel...» : vrai et faux !
Car j'ai le sentiment, j'ai la conviction que le «Chrétien» -si l'on peut en faire une image... ! -, c'est d'abord un être humain, fait de pâte humaine : aspiration à la liberté, courage de vivre, bonheur d'être femme ou homme, force de l'amour, mouvements... la vie est difficile, et Jésus ne le nie pas, et Jésus ne nous offre aucune «recette» pour une vie facile... par contre, il ne se taira jamais quand par notre propre volonté, nous ajoutons encore à cette difficulté d'exister des normes et des obstacles, sous couvert de la «foi».
En lutte contre le Temple, Jésus n'est pas dans un combat contre Dieu ou la religion, mais pour le réveil, la «résurrection» de notre être et de notre existence d'humains. Que le religieux ne se contente pas d'être reflet du monde, d'en perpétuer les injustices et les handicaps, mais qu'il soit au contraire le lieu d'un épanouissement, l'occasion d'un rétablissement des valeurs... dans un être « désencombré » !
Jésus «fait le ménage» : dans le Temple, dans notre vie. Il le fait du droit de Dieu à nous libérer, à nous ouvrir à la vie, à nous faire naître à l'essentiel, qui est toujours, qui sera toujours le triomphe de la vie sur les puissances d'esclavage, comme il y a si longtemps, tout là-bas dans le désert :
«Ecoute, Israël : Le Seigneur, le Seigneur seul, est notre Dieu!»
© 2009 Olivier Sandoz
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01.03.2009
Carême de quoi ? - Marc 1, 12-15
Genèse 9, 8-15; 2 Pierre 3, 3-9
Ce matin, je vous propose de commencer en méditant sur l'attente et la patience...
J'y pense en relation avec nos textes, en particulier avec la seconde épître de Pierre, qui dans un dialogue fictif avec des moqueurs, nous parle de la patience de Dieu: "Votre Dieu, Il a promis de venir... Où est-Il ?" - et Pierre de répondre: "Le Seigneur est patient parce qu'il ne veut pas votre anéantissement; Il veut que tous aient l'occasion de conversion, de changement".
Un Dieu "patient", donc… Qu'est-ce que cela me suggère?
Je pense à mon besoin de changement, besoin de nouvelles motivations, de nouveautés, tout simplement; je pense à mes envies, à mes souhaits de voir le changement, la transformation rapide et radicale de ce monde, de telle personne de mon entourage, des aspects les plus déplaisants de ma personne... Je pense à tout cela, et la Bible me répond que Dieu est patient... ! …qu'il est patient PARCE QU'Il souhaite - Lui aussi! - le changement.
Alors je suis renvoyé à ma propre impatience, devant Dieu !
Le récit du Déluge est à la fois une atroce histoire de massacre organisé - faire disparaître toute vie sur terre ! -, et l'ouverture à une espérance, par la promesse que nous venons d'écouter: "Tant que la terre durera, il n'y aura plus de déluge pour désoler la terre". Je l'entends comme d'autres textes bibliques - l'histoire de Job, les Psaumes, ... -, qui parle de "retenue" de la part de Dieu: "Dieu fait briller le soleil, Dieu fait pleuvoir sur les bons et les méchants..." Il n'y a plus, comme avec le déluge, la suppression de tout ce qui dérange, fâche, attriste, blesse Dieu - il y a au contraire une patience impossible à mesurer, parce qu'elle est accrochée à l'espoir qu'un changement est ENCORE possible.
Cette semaine marque notre entrée dans le temps de la Passion – du Carême: même s'il n'y a peut-être pas parmi nous beaucoup de personnes qui "font carême", je trouve que nous pourrions profiter de ces quarante jours - quarante jours qui nous renvoient au Déluge, sans doute, mais aussi au désert, et aux quarante jours qui APRES Pâques, portent le signe de la présence du Ressuscité ! -, profiter donc de ces quarante jours pour nous laisser transformer, pour que notre impatience prenne la mesure de l'amour, de l'attente de Dieu.
Quand Jésus dit, sortant de 40 jours au désert où il a été tenté: "Convertissez-vous - Changez de comportement - et croyez l'Evangile - et croyez la Bonne Nouvelle !", je suis sûr qu'il nous engage aussi sur le chemin de la lenteur, sur un chemin où le cœur a le temps de prendre le temps, où le cœur a le temps de chercher une harmonie, une paix joyeuse. Et le Carême, "faire carême", ce ne sera peut-être pas tant, pour nous, essayer de plaire à Dieu en mangeant moins que de nous engager, qu'écouter les appels d'aujourd'hui en inventant des manières nouvelles d'y répondre... "Faire carême", c'est vivre en rupture avec l'habitude, pas par volonté d'originalité, mais pour que toute la vie ait un sens: ceux qui jeûnent dans ces moments-là le font pour dire que la vie est plus que la nourriture, selon les propres paroles du Christ.
Nous pouvons donc, nous aussi, réfléchir, penser au jeûne de quoi nous allons nous consacrer...
Ce pourrait être, par exemple, une trêve de l'impatience, de la vitesse, du "tout tout de suite"; ce pourrait être, par exemple, une trêve de toutes nos paroles vaines, de nos bruits intérieurs, pour goûter au silence; ce pourrait être encore - mais il y a sûrement parmi vous des idées ! - une trêve dans notre volonté de changer les autres à tout prix, une trêve dans notre désir d'en faire des gens à notre goût, à notre image... Ou bien sûr, une trêve dans notre impression que nous pouvons faire trêve par nos propres forces, nos seuls moyens, sans Dieu...
Jésus proclame: "Convertissez-vous '", mais il sait très bien aussi que le gros du travail, il est entre les mains de Dieu.
Voilà, la patience de Dieu m'a entraîné en carême, contre ma précipitation... Cette patience de Dieu, je dois le dire, m'a aussi été un rappel, un appel à ne pas vouloir maîtriser, encore une fois, ce qui est entre les mains de Dieu, ce qui est action de son Saint-Esprit en moi.
Mon carême, ce pourrait bien être de VRAIMENT TOUT remettre entre les mains de Dieu - pour qu'il puisse s'en occuper. Cela m'est difficile, parce que j'aime beaucoup tenir les rênes de ma vie - mais c'est pourtant dans ce sens que va aller ma prière pour ce carême.
© 2009 Olivier Sandoz
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08.02.2009
Perles pour un temps de crise - Matthieu 6, 24-34
1 Rois 17, 8-16; Ephésiens 4, 17-24.30-32
L'habit est tellement important ! on peut dire tellement de choses à travers nos vêtements ! ... dire notre âge, nos goûts, nos «idoles», nos états d'âme - violents ou romantiques - notre façon de vivre - rangée ou branchée -, notre profession, ou notre compte en banque...
Ce matin pourtant, Jésus nous dit qu'il ne faut pas nous soucier de notre habit... que l'habit n'a aucune importance...
C'est dur pour nous, qui passons tant de temps, qui dépensons tant d'énergie à « paraître »...
Et Jésus nous dit même que c'est Dieu qui veille à notre nourriture et à notre vêtement... (aïe : pourvu que Dieu ait les mêmes goûts que moi !)
Mais... le texte nous dit aussi que Dieu nous a créés beaux, comme toute sa Création, les animaux, les oiseaux, les fleurs...
En fait, vous vous en doutez, l'enseignement de Jésus est plus subtil qu'il n'y paraît : ne vous laissez pas accaparer par les soucis matériels, laissez-vous passionner par l'essentiel, qui n'est ni ce que nous aurons dans notre assiette à midi, ni ce que nous mettons pour aller en ville, au travail, à l'église...
Dans son ministère, dans sa découverte de l'humanité, Jésus remarque combien nous nous identifions à ce que nous possédons : je suis quelqu'un si j'ai une «grosse voiture», ou «une grande maison»... et Jésus trouve dommage que nous soyons réduits à une «grosse voiture» ou à une «grande maison». Le Christ aimerait qu'on se rappelle que la vie n'est pas une question de quantité, mais bien de «qualité». Que la vie n'est pas vivre par les choses que nous possédons, mais vivre des relations que nous créons. Et qu'une fois assurés nos besoins essentiels, nous n'avons pas grand-chose à gagner en nous agitant pour le «superflu».
Moi, je ne sais pas ce qui nous attend. Personne ne le sait. Et l’inquiétude est bien naturelle, puisqu'on s'inquiète tous face à ce que demain nous apportera... surtout en ces temps où on parle à nouveau de crise, où il n'y a plus assez de travail pour chacun, où il semble y avoir de plus en plus d'insécurité.
Ce texte ne nous interdit pas de nous soucier de nos besoins, il nous demande de nous en soucier avec confiance: c'est la foi qui nous délivrera de la peur du lendemain.
Aujourd'hui, c'est cela que j’entends : que nous puissions faire confiance à Dieu ; que nous puissions Lui remettre notre avenir, nos inquiétudes, nos choix ; que nous ayons confiance dans les dons qu'il nous a donnés, dans nos qualités à chacune, chacun, nos personnalités, que nous puissions trouver confiance en plaçant notre confiance en Lui.
Je crois vraiment que Dieu est le seul à pouvoir apporter ce que nous cherchons tous, un bonheur qui dure, un bonheur qui ne dépend pas de la réussite sociale et financière, un bonheur qui ne dépend pas de ce que les autres pensent de nous, ni de notre «look» .
Vous le savez déjà, rien n’est indifférent, rien n’est trop petit devant Dieu, de nos petites ou grandes misères, de nos petites ou grandes joies. Lui, Il peut tout partager, tout prendre sur Lui… Souvenez-vous : dans la parabole de la pauvre veuve, la femme qui dépose ses derniers centimes dans le tronc accomplit un acte de confiance, parce que pour le faire, elle doit croire en profondeur que Dieu pourvoit ; parce que pour le faire, elle doit être assurée à l’intérieur d’elle-même de l’abondance qu’elle va trouver en Dieu.
C’est comme la veuve de Sarepta, qui décide d’entrer dans le jeu de Dieu avec Elie, avec son fond de farine et son bol d’huile… en période de famine, elle qui a un enfant à charge, elle nourrit encore un inconnu – même si cela ne va pas de soi !
Il me semble que nous sommes invités ici à méditer notre consécration au Dieu de Jésus-Christ, à un Dieu qui - comme le rappellent les épîtres - a TOUT DONNÉ, qui s’est tout donné à nous – sans que nous mesurions bien ce que cela veut dire, ce que cela représente ! Alors, « ne vous conduisez plus comme les païens que leurs pensées mènent au néant… Il faut vous laisser complètement renouveler dans votre cœur et votre esprit » nous écrit Paul.
C’est vrai, nous avons des besoins à combler, c’est vrai aussi que les tentations du monde moderne sont multiples – les publicitaires savent très bien exploiter ce filon, cette faiblesse humaine d’un manque permanent… nous n’y échappons que rarement, d’ailleurs ! …reste que la question de l’Evangile, qui doit nous travailler en profondeur, c’est de savoir si nous nous y prenons vraiment bien, nous qui ne nous sentons jamais vraiment rassasiés, jamais entièrement satisfaits de notre condition : « chez le voisin, l’herbe semble plus verte… ».
Dans ma lecture, l’Evangile de ce jour nous propose une piste de vie: et si ce qui nous manquait surtout, c’était la présence de Dieu ? Et si cela même que nous mettons souvent en priorité, qui fait notre apparente sécurité, n’était en fait qu’un obstacle à un vrai rassasiement, une plus grande proximité de Dieu, de ce Dieu qui nous offre la vraie vie ?
Prenez quelques minutes, toute à l’heure, pour réfléchir à ceci : si je devais témoigner de la sollicitude de Dieu à mon égard, quel(s) exemple(s) est-ce que je pourrai en donner ? Je suis parfaitement assuré que vous avez toutes et tous beaucoup de matière à proposer… !
(silence)
...et cela, ce sont des "perles" que vous pouvez garder, même pour un temps de crise
© 2009 Olivier Sandoz
15:56 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication
01.02.2009
Amassez-vous des richesses dans le ciel - Matthieu 6, 19-23
Esaïe 48, 17-20 ; Ephésiens 4, 7.11-16
· Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé
· Amassez-vous des richesses dans le ciel (…). Ton cœur sera toujours là où sont tes richesses.
· Chacun de nous a reçu un don particulier
Je suis allé prendre ces versets dans chacune des lectures de ce jour, parce qu’il me semblait intéressant de les mettre en écho les uns des autres.
« Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé ! »
Cette lamentation sur la destinée d’Israël n’est évidemment pas unique dans l’Ancien Testament : pendant des siècles, sous couvert de l’élection particulière dont il fait l’objet, le peuple d’Israël s’est autorisé quelquefois tout… et son contraire ! Alors…
Notez qu’il n’y a pas vraiment besoin de regarder vers l’Israël des temps anciens pour entendre ce cri… ni même tellement besoin de regarder vers Israël : ça ressemble assez à ce que Dieu doit se dire quand il regarde vers moi !
Je suis comme ça : je sais beaucoup de choses, je les ai entendues, apprises, reçues… et puis enfouies quelque part dans ma mémoire, comme mises en hibernation. Oubliées, quoi ! « Ah, si tu avais bien écouté ce que je t’ai commandé ! » C’est vrai que Dieu n’est pas compliqué : Il demande juste d’être écouté... !
Et qu’est-ce qui m’est commandé ? Et bien, « Amassez-vous des richesses dans le ciel (…). Ton cœur sera toujours là où sont tes richesses » !
Vous savez comment faire, pour vous amasser des richesses dans le ciel ? Parfois, ça paraît ressembler furieusement à cette « théologie des mérites » contre laquelle ont lutté les Réformateurs, comme si on pouvait remplir un compte dans la « banque du ciel »…
Mais je pense plutôt qu’il s’agit pour nous de vivre et travailler « pour la gloire de Dieu » - la phrase est un peu convenue, alors disons plutôt : pour que ce que nous accomplissons soit un témoignage de reconnaissance à l’égard de Dieu ; pour que notre existence reflète cette dignité et cet amour que Dieu éprouve à notre égard. Bien sûr que nous ne sommes pas toujours « à la hauteur », mais là n’est pas la question : si mon cœur, si le centre de ma personne est tourné vers ce but d’être une offrande à Dieu, une petite lumière dans la nuit du monde, alors je ne peux rien perdre, je n’ai rien à perdre. Tandis que si je place ma confiance dans les mille et une autres choses de ce monde, j’ai mille et une raison d’être inquiet… et de voir plutôt l’obscurité de la méfiance se développer en moi.
Chacun de nous a reçu un don particulier : alors qu’est-ce que c’est, votre don à vous, votre don particulier ? …c’est important à discerner, parce que c’est avec ce don justement que vous pouvez « amasser des richesses dans le ciel ». C’est votre « outil de travail » sur le terrain de Dieu, c’est grâce à lui que vous êtes actifs dans la lumière, aptes au service pour faire croître le corps du Christ.
Discerner les dons, c’est ce qu’on évoquait il y a une dizaine de jours, lors de notre soirée œcuménique : puisque Dieu a placé dans chaque communauté tous les dons nécessaires – je dis bien dans chaque communauté, pas seulement dans chaque ministre ! -, le travail d’une prière communautaire est d’autant plus important, essentiel pour la communauté. C’est ensemble que nous pouvons discerner ces dons, c’est dans l’écoute et l’attention à l’Esprit-Saint que nous pouvons bâtir un corps qui tient solidement à la tête, pour qu’« ainsi, lorsque chaque partie fonctionne comme elle doit, le corps entier grandisse et se développe par l’amour. »
…et ça me pose encore une autre question, que je laisse ouverte : puisque Dieu fait cadeau de tous les dons nécessaires à son Eglise dans un lieu précis, et puisque nous ne pouvons pas être à nous tous seuls toute l’Eglise dans cette région, qu’est-ce que nous pourrions mettre en place ensemble, avec les autres communautés chrétiennes de notre coin de canton, pour un meilleur témoignage – pour un témoignage plus lumineux – auprès de nos voisins, nos amis, nos collègues, notre milieu de vie ?
… sans doute que le prolongement d’une « semaine de prière pour l’unité des Chrétiens » passe aussi par une réponse à cette question… !
© 2009 Olivier Sandoz
10:47 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, foi, protestantisme, méditation, prédication


