13.12.2009
Que devons-nous faire ? - Luc 3, 10-18
Sophonie 3, 14-18; Phiippiens 4, 4-7
Jean-Baptiste, celui qui prépare la venue de quelqu’un de plus grand que lui… Je me suis souvent demandé en quoi Jean-Baptiste était le précurseur de Jésus…
Jean constatait l’étiolement de la foi de ses contemporains, il les voyait rester frileusement sur l’acquis – « nous sommes descendants d’Abraham, les promesses sont pour nous, nous n’avons rien à prouver de plus » -, et en les appelant à la conversion, il les découvrait peu enclins à des actes significatifs, à un changement réel. Alors il les apostrophe, il les interpelle, il emploie des mots durs, il les secoue : des descendants d’Abraham, Dieu peut en susciter même parmi les pierres !
D’où cette question, invariable, de ses interlocuteurs : « Mais alors, que devons-nous faire ? ».
La réponse est aussi invariable, que ce soit aux simples passants, aux collecteurs d’impôts, aux militaires : dans ce que vous faites habituellement, faites AUTREMENT, avec le partage en point de mire, en objectif principal !
Parfois on imagine la « conversion », le changement, comme quelque chose de menaçant, comme un renoncement tellement énorme qu’on ne peut qu’hésiter à s’y lancer… Pourtant, il ne s’agit pas de cela ! Pour Jean, qui « prépare le terrain », le Baptême offert à chacune, chacun, est signe d’une volonté de s’ouvrir à un monde nouveau, où c’est réellement la justice qui est au centre de toute relation : aux soldats, il parle d’équité - contentez-vous de votre solde ! -, aux collecteurs, d’honnêteté – ne faites pas payer plus qu’indiqué ! -, et à nous tous, de solidarité – ce que vous avez à double, offrez-le à qui n’a rien !
Peut-être que l’on venait voir Jean par curiosité – même si les religieux et les notables étaient justement absents… -, peut-être que pour d’autres, il y avait l’attrait d’une chose un peu magique, d’une mode, ou du besoin de suivre un gourou au langage fort et ferme… quoi qu’il en soit, à toutes et tous, Jean propose un renouveau de spiritualité : donner à l’autre, c’est se sentir un peu plus proche de lui, c’est laisser de côté le souci d’amasser au profit d’un « plus » de confiance.
Pourquoi s’engager sur ce chemin ? Et bien parce qu’au bilan, ce que l’on imagine être des actifs pourrait bien se retrouver plutôt dans la colonne du passif… parce que ce que l’on accumule pourrait bien n’être que de la « paille », et pas du bon grain qui valait la peine d’être engrangé !
« Que devons-nous faire ? » : à cette question qui révèle une angoisse, Paul répond de la même façon, avec d’autres mots, dans l’épître aux Philippiens : « Soyez sans inquiétude, demandez à Dieu dans la prière ce dont vous avez besoin – et faites-le avec un cœur reconnaissant ! »
Ne nous laissons pas entraîner dans le discours timide et timoré du genre « nous sommes des baptisés, dans une tradition forte, cela nous suffit ! » ; au contraire, ce Baptême qui nous a été administré, nous sommes appelés à le vivre tous les jours : il y a en chacune, chacun de nous une voix qui essaie de se faire entendre, et qui est une voix de Dieu. Malheureusement, cette voix, nous l’avons bâillonnée, muselée, pour tant et tant de raisons qui nous semblent meilleures les unes que les autres… On nous a dit tant et tant de choses, sur comment il fallait être, et sur la dureté du monde, sur le besoin d’être « correct » - entendez : sur la meilleure façon de paraître aimable et d’être aimé -, que nous restons encore sur des fonctionnements de mort, comme si Jésus n’était pas déjà venu, comme si nous avions encore à gagner notre salut par nous-mêmes…
Jean-Baptiste est venu préparer le chemin, dans ce désert aride ; il est venu verser de l’eau sur les digues de sable - que nous avons élevées pour nous protéger - pour qu’elles s’écroulent…
Je pense à l’expérience de Paul sur la route de Damas, quand il est aveuglé, jeté à terre, quand il est dépouillé de tout ce qui fait son assurance pour se retrouver abattu et dépendant, pour se retrouver tel qu’il est dans la vérité de son être, rempli de fragilités… Lui, le rabbi, lui le Pharisien modèle, lui dont l’assurance est toute entière contenue dans sa science et sa connaissance de la Loi, il n’a plus rien que lui-même, et Dieu le construit sur cette base nouvelle.
Jean-Baptiste ne nous dit pas autre chose : laisser Dieu faire place nette et retrouver Lui-même ce qu’il y a de meilleur en nous, ce qui peut nous faire grandir, pour nous faire grandir.
Le prophète Sophonie l’annonçait aussi joliment, au moment où tombent les murailles de Jérusalem : c’est le passage obligé par un écroulement qui permet de redécouvrir la confiance en Dieu, c’est au moment où disparaissent les derniers retranchements que Dieu entre et déploie toute sa grâce, c’est quand nous ne pouvons plus compter sur nos forces que nous recevons la force irrépressible de Dieu !
Il ne s’agit donc pas tant de tendre à devenir un bon Chrétien bien charitable que de laisser Dieu restaurer ce qu’Il a mis de meilleur en nous, ce qui fait notre identité véritable de créature… la capacité d’être aimant !
Que devons-nous faire ? Etre nous-mêmes, faire ce que nous faisons dans un esprit de justice, c’est laisser Dieu « soulever le couvercle », laisser à Dieu le soin de visiter notre espace intérieur, et y travailler. Le seul « renoncement » auquel Jean appelle les baptisés, c’est celui du manque d’amour pour soi-même, qui nous conduit à vouloir plaire aux autres malgré nous, malgré ce que nous sommes vraiment …
Le jour vient où l'on dira: « N'aie pas peur, ne te décourage pas! » : ce jour vient où la paix de Dieu peut nous habiter de l’intérieur… et c’est pour nous un nouveau Noël !
©2009 Olivier Sandoz
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30.11.2009
Tenir bon - Luc 21, 25-28.34-36
Malachie 3, 1-6 ; Romains 13, 11-14
L’Avent qui commence nous prépare à un événement à la fois courant, la naissance d’un bébé, et unique dans l’histoire, puisqu’il s’agit du Fils de Dieu destiné à changer pour toujours l’histoire de l’humanité.
Mais l’Avent nous rappelle aussi que nous sommes des gens «en route» vers un accomplissement, même s’il reste toujours inachevé puisque nous le répétons chaque année …
C’est pour cela que les textes aujourd’hui sont chargés de promesses, de réalisations encore en cours, et d’exhortations à tenir ferme, à tenir bon, à rester vigilant au cœur d’un monde en mouvement, dans une réalité dont nous ne tirons pas toutes les ficelles : il y avait des mots comme «angoisse», «inquiétude», «frayeur», «tremblements», qui en sont les indices !
Est-ce que nous devrions vivre avec la peur au ventre, rien qu’en ouvrant les journaux, rien qu’en ouvrant les yeux sur la misère toujours plus grande qui atteint nos contemporains, dans ce déséquilibre toujours plus grand entre pauvres et riches… ?
Mais justement, c’est au cœur de cette réalité-là, qui est la nôtre, que Dieu a décidé d’être proche de nous à sa façon toute particulière : en venant au monde, en grandissant, en accomplissant le même parcours que tant d’enfants, de femmes et d’hommes sur la terre.
Le premier Avent, la première attente avait duré des siècles, jusqu’au premier Noël dans la moiteur d’une étable – ou l’humidité d’une grotte, selon les traditions…
Avez-vous déjà réfléchi au nombre de prières qu’il a fallu pour tenir bon jusque-là, à la somme de confiance nécessaire pour que cette attente trouve son accomplissement au jour de Noël ?
C’est vrai, nous, nous sommes après ces événements. Nous, nous sommes, dans le temps d’une «seconde» attente, celle qui verra l’accomplissement de toutes les promesses ; pourtant, je me demande parfois si nous ne vivons pas toujours un peu comme les femmes et les hommes du Premier Testament – et si nous n’espérons pas sans trop y croire le retour annoncé du Christ, puisqu’il tarde tant !
Les gens d’alors espéraient un Sauveur, un Libérateur ; ils avaient différents avis sur la manière dont «il» serait le Sauveur, et pourtant, toutes et tous attendaient un personnage charismatique, visible dans sa grandeur, parfaitement évident dans sa mission divine – et voilà que Jésus arrive, comme un bébé, pareil à tous les autres…
Qu’est-ce que nous espérons, nous? Quand nous pensons à Dieu, quand nous pensons au retour du Christ, peut-être que nous sommes imprégnés des récits d’apocalypse qui ponctuent la Bible, peut-être que nous imaginons le jour du Jugement dernier comme une manifestation spectaculaire de la part de Dieu, comme un chamboulement général dont nous ne parviendrons pas à mesurer tous les paramètres…
Hors de nos églises, nos contemporains disent de plus en plus souvent leur impression que Dieu est bien étrange et étranger, et qu’en regardant le monde, il leur est impossible de croire ce Dieu réel, ce Dieu proche d’eux ; j’entends parler de Dieu comme d’un grand ordonnateur qui se serait retiré du jeu une fois la terre lancée, nous laissant les bras ballants à chercher comment cultiver le moins mal possible une terre dont ce Dieu aurait oublié de nous donner le mode d’emploi ! Je voudrais bien leur dire que c’est «autrement», mais je reste sans voix à contempler ce monde, dans lequel nous vivons, et qui ne montre plus tellement de signes d’espérance …
Alors je dois dire que les textes de promesse de toute à l’heure me sautent au visage, comme autant de signes donnés à mon désarroi et à celui des gens de ce temps, comme autant d’appels à ne pas laisser le quotidien nous désespérer… J’y lis que l’Evangile n’ignore pas notre mal de vivre, et nos craintes, et nos incertitudes ; j’y lis que la Bible ne méprise pas notre angoisse et nos frayeurs, qu’elle les prend en compte de sa manière à elle, en nous encourageant à la vigilance et à la prière comme les deux évidences d’une attente confiante et productive de sens.
Aujourd’hui, c’est possible pour nous d’entendre dire avec assurance « le Seigneur vient ! » ; aujourd’hui c’est possible pour nous d’annoncer le Règne d’un Dieu qui aime ses créatures ; aujourd’hui, alors même que les canons n’en finissent pas de faire entendre leur voix sordide, que des famines tuent plus encore que les fanatiques, et que des innocents périssent, l’Avent nous dit de tenir bon, de ne pas renoncer à la vie et aux vraies valeurs, de ne pas croire que l’échec apparent de vingt siècles de Christianisme est le dernier mot de Dieu.
Aujourd’hui, avec d’autant plus de force, c’est possible pour nous d’entrer en Avent comme on entre en religion : en faisant le pari sur Dieu et ses promesses, quitte à paraître un peu fous, en revenant encore et toujours à la source qui remplit le puits que nous sommes… Car c’est quand nous rayonnons, quand nous débordons de la Présence de Dieu, que toutes et tous peuvent profiter de la grâce qui nous est faite.
©2009 Olivier Sandoz
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15.11.2009
Comment on se donne - Marc 12, 41-44
1 Rois 17, 10-16 ; Hébreux 9, 26-28
Vous est-il déjà arrivé de vous dire : « il me manque quelque chose » sans trop bien savoir quoi ? …comme un vide, comme une absence, comme une envie, un besoin un peu vague, mais bien présent ?
Il me manque quelque chose…
Je lisais les récits de la Bible, ce matin, et je voyais ces veuves – des femmes qui n’ont pas un statut enviable dans la société d’alors, sans possibilité de prendre la parole, de défendre leurs droits dans un milieu ou le masculin fait la loi -, je voyais ces femmes partager, donner la seule garantie de leur survie pour le service de Dieu… ! Certains diront que c’est de l’inconscience, Jésus parle plutôt d’une confiance exemplaire… Qu’est-ce qui peut donc pousser quelqu’un à qui il manque presque tout à donner le petit peu qui lui reste ?
« Dans sa pauvreté, elle a offert tout ce qu’elle avait pour vivre : quelques centimes… » : imaginez la scène qui nous est décrite ce matin : Jésus, assis près du tronc aux offrandes, qui regarde les gens déposer leurs dons… Le Christ qui regarde la foule mettre de l’argent dans le tronc, alors qu’on nous a tellement appris à ne pas trop montrer, à rester discret, de façon à ce que « la main gauche ignore ce que fait la main droite »… Jésus qui regarde…
Je ne me vois pas très bien demander aujourd’hui aux conseillères de service : « Dites dons, regardez voir ce que les gens mettent dans le tronc ce matin… » ! Il y aurait un sacré malaise de part et d’autre, non ?
Mais Jésus ne regarde pas tellement CE que la foule donne que COMMENT elle le donne… et c’est ce qui fait toute la différence, voyez-vous, COMMENT on offre…
Comment on donne, c’est aussi comment on SE donne, ce n’est pas innocent pour notre vie spirituelle ! Si on offre du superflu, tant mieux pour la communauté qui va en bénéficier, mais… dommage pour nous-mêmes, si c’est à l’image de notre état d’esprit à l’égard de Dieu… Dommage pour nous si cela signifie que nous reconnaissons bien à Dieu une place, mais dans le superflu, dans ce qui ne nous est pas essentiel pour vivre : un Dieu en marge, un petit « plus » qu’on s’accorde si l’occasion se présente, sinon tant pis !
Vous le savez bien, rien n’est indifférent, rien n’est trop petit devant Dieu, de nos petites ou grandes misères, de nos petites ou grandes joies. Lui, Il peut tout partager, tout prendre sur Lui… La femme qui dépose ses derniers centimes dans le tronc accomplit un acte de confiance, parce que pour le faire, elle doit croire en profondeur que Dieu pourvoit, parce que pour le faire, elle doit être assurée à l’intérieur d’elle-même de l’abondance qu’elle va trouver en Dieu.
Comme la veuve de Sarepta, qui décide d’entrer dans le jeu de Dieu avec Elie, avec son fond de farine et son bol d’huile… en période de famine, elle qui a un enfant à charge, elle nourrit encore un inconnu – même si cela n’allait pas de soi !
Il me semble que nous sommes invités ici à méditer notre consécration au Dieu de Jésus-Christ, à un Dieu qui comme le rappelait la lettre aux Hébreux a TOUT DONNÉ, qui s’est tout donné à nous – sans que nous mesurions bien ce que cela veut dire, ce que cela représente !
C’est vrai que nous avons des besoins à combler, c’est vrai que les tentations du monde moderne sont multiples – les publicitaires savent très bien exploiter ce filon, cette faiblesse humaine d’un manque permanent… nous n’y échappons que rarement, d’ailleurs ! …reste que la question qui devrait nous travailler en profondeur, c’est de savoir si nous nous y prenons vraiment bien, nous qui ne nous sentons jamais vraiment rassasiés, jamais entièrement satisfaits de notre condition : « chez le voisin, l’herbe semble plus verte… ».
Dans ma lecture, l’Evangile de ce jour nous propose une autre piste : et si ce qui nous manquait surtout, c’était la présence de Dieu ? Et si cela même que nous mettons souvent en priorité, qui fait notre apparent sécurité, n’était en fait qu’un obstacle à un vrai rassasiement, une plus grande proximité de Dieu, de ce Dieu qui nous offre la vraie vie ?
La femme peut donner ce qui lui est nécessaire pour vivre parce qu’elle est sans doute déjà entrée dans le secret de l’amour de Dieu, dans le comblement de ses vides, de ses manques intérieurs : en Dieu, elle a tout ce qui lui est nécessaire pour vivre !
Comment on donne, comment on SE donne : ce matin, j’ai envie de nous laisser avec cette question. Pas comme quelque chose de menaçant, - Dieu ne « vérifie » pas ce que nous donnons ! -, mais comme une occasion de méditer sur le superflu et le nécessaire, sur notre façon de combler nos vides tout en restant d’éternels insatisfaits. Avec cette proposition : nous remettre, nous EN remettre à Dieu en lâchant tout le reste... On essaie ?
©2009 Olivier Sandoz
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(Avec la paroisse de langue allemande) Un coeur ouvert à la diversité - Genèse 11, 1-9
Jean 10, 11.14-16 ; 1 Corinthiens 12, 12-20
La tour de Babel… le commencement de tous nos ennuis ! parce que c’est bien difficile de se comprendre, quand on parle une langue différente – puisque c’est même parfois déjà compliqué quand on parle la même !
Traditionnellement, l’acte de ce Dieu qui vient mettre le désordre dans le langage des hommes est considéré comme une punition de l’orgueil humain… mais à y regarder de plus près, on verra que l’ «harmonie» supposée régner n’est qu’uniformité : les gens parlent la même langue, utilisent les mêmes mots… et ils disent tous la même chose ! …ils ont poussé l’uniformité jusqu’à n’avoir plus qu’un seul discours, qu’ils se répètent les uns aux autres. Ces « slogans » nous font curieusement penser au fonctionnement de bien des dictatures, passées ou présentes… Alors Dieu dit non à l’uniformité ! Paradoxalement, en mettant du désordre dans les langues, Dieu fait acte de bienveillance !!
Et la vraie question qui devrait toujours nous préoccuper, c’est de savoir si nous n’avons pas nous aussi des «tours de Babel» à démolir pour que chacun(e) trouve la possibilité d’exister pleinement, avec sa vérité. Si l’on confesse que Dieu a créé le monde dans sa diversité, Il continue à créer en prenant en compte ce que fait l’humanité – et en réagissant à la dérive humaine quand elle s’éloigne un peu trop de l’idée de départ, qui privilégiait la diversité.
Et puis, l'apôtre Paul nous le rappelait il y a un instant, un corps c'est fait de nombreuses parties, avec des fonctions diverses, des visibles et des secrètes, celles qui sont évidentes et celles qui restent dans l'ombre, celles que l'on connaît bien et celles qui sont un peu mystérieuses... Un corps, c'est une infinie variété de formes, de dimensions, de couleurs, d'expressions, de fonctions également, mais tout cela concourt à une seule identité, à la représentation globale d'une seule personne.
Alors pour nous rassembler avec nos diversités, nos différences, nos complémentarités, Dieu nous donne d’être le "corps du Christ", le corps de Dieu sur la terre : jamais on n'arrivera à dessiner le visage de Dieu, il est trop surprenant pour qu'on en fasse une représentation ; par contre, voilà son corps ! Dans cette église aujourd'hui, vous voyez Dieu, vous voyez le corps du Christ ! Ne le cherchez pas sur une croix, sur un vitrail, un dessin, une peinture ou une statue... Ne pensez pas non plus qu'Il est caché dans un recoin sombre, ou qu'Il va nous faire la surprise de jaillir de tout là-haut dans la chaire... Regardez bien, ouvrez grands les yeux, les oreilles, Dieu est là !
Vous voyez, depuis Babel, il y a cela d’extraordinaire que si nous voulons nous comprendre, il ne suffit plus de donner un ordre, mais il faut aller vers l’autre, s’intéresser à lui pour essayer d’entrer dans sa réalité, ses mots parfois bizarres, ses expressions qui ne sont pas les nôtres… Et après tout, est-ce que ce n’est pas justement cela, la vraie relation, le vrai intérêt, les vrais égards que nous montre le Christ à travers sa « pratique d’humanité » ?
Ainsi en venant célébrer ensemble ce matin, paroissiens de langues différentes, nous posons un signe : parce que Dieu a dispersé à l’époque de la Tour de Babel, et parce que le Christ est venu nous rassembler avec nos différences plutôt que de nous laisser nous fuir, il nous est offert aujourd’hui de pouvoir consciemment, volontairement revenir les uns vers les autres, - et même de partager tout à l’heure le repas du Seigneur. Ce n’est plus un slogan qui nous rassemble, c’est l’ouverture de notre cœur à la différence… une diversité bénie, rendue bonne, par Dieu Lui-même.
©2009 Olivier Sandoz
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08.11.2009
Du temps - Ecclésiaste 3, 1-8
Psaume 139, 1-16
Il y a des gens qui n'ont jamais le temps. Des gens pressés, des gens qui courent, des gens qui s'agitent, comme s'ils avaient peur de perdre leur temps. Pourtant nous disons qu’"Il y a un temps pour tout"... même si nous ne savons pas forcément que nous citons la Bible !
On peut en effet regarder autour de nous : rien n'est vraiment immobile, rien ne reste semblable indéfiniment. A partir de cette considération, un sage de la Bible, l'Ecclésiaste, nous appelle à rester calme et confiant : puisque tout change, puisque rien n'est définitif, à quoi bon courir çà et là, à quoi bon se faire continuellement du souci ? Chaque chose peut arriver, tout ce qui se produit sur la terre arrive en son temps, au moment où toutes les conditions sont réunies pour que "ça arrive"... dans ce temps insaisissable qui rythme nos vies, et qui est la première "création" de Dieu, selon la confession de foi qu'en fait la Genèse :
"Que la lumière soit !
il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le premier jour"...
Peut-être que cela fait un peu peur, que tout puisse arriver... Certains disent que le pire est toujours possible, et vivent comme si toutes les tuiles du monde allaient leur tomber sur la tête; d'autres passent leur existence à faire comme si de rien n'était, et s'étonnent des événements quand ils surviennent...
L'Ecclésiaste ne veut pas simplement nous entretenir à propos du temps. Il a tout au long de son livre l'idée de nous encourager à bien rester entre les mains de Dieu, à nous blottir dans les bras de ce Dieu qui est autant le Maître du temps que le Seigneur de nos vies. Et quand des événements nous secouent, quand nous passons par des épreuves, des difficultés qui nous paraissent insurmontables, il nous entraîne à lever les yeux pour voir plus loin, au-delà de l'apparence : ce temps que nous vivons, aussi dur qu'il puisse être, ce n'est pas toute notre vie, c'est un épisode, un passage, et puis Dieu a encore, Dieu a toujours du bonheur, du bien en réserve pour nous.
Le pire qui pourrait nous arriver, ce serait de nous imaginer que rien ne va changer dans ce monde. Si c'était vrai, alors nous devrions nous asseoir là et attendre... mais attendre quoi, si rien ne change ? La mort ? ... drôle de vie !
C'est pourquoi en réfléchissant au temps, nous pouvons redécouvrir la richesse de cette création de Dieu : elle nous permet de grandir, de faire des projets, d'avancer, d'améliorer les choses, et si l'on parle de "vie éternelle" dans la Bible, plutôt que de nous donner à croire qu'il y a un monde où rien ne change, c'est bien contre le désespoir de la mort, de l'arrêt, qu'elle nous est présentée... et offerte !
Tout bouge, tout a bougé et bougera encore, mais pour nous dans les bras de Dieu, c'est comme un souffle léger, un murmure, un silence délicieux... Ce qui reste sûr, raconte la Bible, c'est la rencontre, moi avec Dieu, nous avec Dieu. Tant que je suis assuré de cela, tant que je peux croire que Dieu ne veut ni mon malheur ni ma mort, le temps peut s'écouler sans risque de me perdre.
Et avec le Psaume 139, le texte que nous avons entendu en second, nous allons plus loin dans les découvertes : pouvoir dire à Dieu, chacune, chacun personnellement, la confiance qu'Il est Celui qui me connaît le mieux de tous, parce qu'Il a pensé à moi avant ma naissance, qu'Il m'accompagne maintenant, et qu'Il saura me conduire en prenant soin de ma personne.
Peut-être que cela, nous l'avons parfois oublié, à cause de nos occupations, et parce que nous n'avons "jamais de temps" pour rien... Les enfants les connaissent d'ailleurs bien, nos terribles petites phrases, les "pas maintenant" ou les "plus tard", les "tout à l'heure" ou les "attends !"... nous les leur disons si souvent, pour leur apprendre à différer, à ne pas croire qu'ils peuvent tout avoir tout de suite... Seulement quelquefois, ce "pas tout de suite" se transforme en "jamais", parce que nous ne trouvons pas le temps d'y revenir avec eux... ! La semaine qui vient de s’écouler, nous étions dans nos préparatifs pour la vente paroissiale, tout occupés à penser aux mille-et-un détails nécessaires… mais nos proches continuaient à exister, à demander de l’attention… C'est pourtant aussi une partie de notre humanité, hélas, de ne pas bien tenir parole...
La Bible ouvre une autre piste : il y a Quelqu'un de fiable, Quelqu'un qui tient ses promesses, Quelqu'un qui va faire ce qu'Il dit. Il y a un Dieu qui s'intéresse à nous, qui nous a donné le temps, de Son éternité, pour apprendre à recevoir tous les trésors qu'Il a en réserve pour quand nous en avons besoin.
C'est à cette calme confiance que nous nous entraînons ensemble, dans la ferme assurance que la rencontre avec Dieu, pour qu'elle soit solide, a besoin de cet apprivoisement, a besoin... de ce temps que Dieu nous donne, chaque jour, pour mieux Le connaître et Le reconnaître au cœur des événements de notre vie.
C'est ainsi que nous apprenons à dire, nous aussi : "Il y a un temps pour toutes choses sous le soleil" : Ps 139, 1 à 16.
©2009 Olivier Sandoz
18:18 Publié dans Ecclésiaste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, bible, prédication, protestantisme, foi, méditation
11.10.2009
Justes devant Dieu - Matthieu 7, 21-29
Deutéronome 11, 18.26-28; Romains 3, 21-28
« Mettre en pratique », «faire la volonté de mon Père » : l'Evangile de ce jour est tout axé sur la réalisation de ce que l'être humain a compris, entendu, sur la « construction » de sa vie à partir des enseignements de Jésus.
Pour Jésus, devant Dieu, être intelligent - être insensé, c'est faire preuve - ou non - pas tant d'un extraordinaire génie que d'une obéissance amenée par la confiance, par la foi, en ces paroles que le Christ a prononcées jusque-là.
Dans le texte d'aujourd'hui, nous arrivons à la fin du « sermon sur la montagne » : très célèbre parce qu'il contient les Béatitudes et le Notre Père, bien sûr, mais pas toujours aussi connu quand il s'agit des enseignements importants que Jésus adresse à toutes et tous, et qui invitent à relire la Loi de Dieu dans sa radicalité ! Les « vous avez entendu qu'il a été dit... mais moi je vous dis... » qui structurent le discours ne sont pas des atténuations de la Loi, une façon de relativiser, mais bien au contraire une mise en évidence du caractère absolu des commandements... et l'on en vient parfois à se demander, à la lecture, s'il est vraiment réaliste - ou peut-être simplement POSSIBLE ! - d'être croyant dans ce contexte ! Rappelez-vous :
5, 21-22 ; 27-28 ; 31-32 ; 33-34 ; 38-39 ; 43-44 ;
ou encore : 6,1 ; 2 ; 5 ; 16 ; 19 ; 25 ;
ou même 7, 1 ; 7 ; 12 ; 13 ; 15 ; 21... !
La barre est haut placée... mais Jésus ne fait rien d'autre que de dire et redire ce qui est dès l'origine - le Deutéronome s'y attache déjà (11, 26-27), et tout croyant devrait en être convaincu...
La barre SERAIT très haut placée s'il s'agissait de faire notre propre justice en n'ayant d'autres but et sens pour notre existence que d'être de scrupuleux observateurs de ces lois. Certains s'y sont essayés - et les Pharisiens, par exemple, sont passés maîtres dans cette discipline. Pourtant, curieusement, c'est avec eux que Jésus a les plus sérieux accrochages... Il y a donc quelque chose qui «cloche» là-dedans !
Nous allons convoquer l'apôtre Paul à la barre, puisqu'il est le plus illustre de ces Pharisiens - dans la mesure où il a pu réfléchir pour nous à la chose de l'intérieur. Paul, «parfait et scrupuleux observateur de la Loi» selon ses propres dires, nous en confesse la vanité. Pour lui, l'observation de la Loi à la façon pharisienne conduit à l'échec, parce qu'alors il manque toute la dimension de la grâce, toute la dimension fraternelle et communautaire de la Loi: si je mets toute mon énergie à vouloir être parfait pour ma propre justice, j'arrive dans un mur, une impasse ... je me sauve tout seul, je suis un individualiste forcené - et par là-même, je marque un «auto goal», je désobéis au plus grand commandement, qui est celui de l'amour de 1' A(a)utre. La vérité est ailleurs...
Ce qui est premier, c'est Jésus, c'est Dieu ; ce qui en découle, c'est que l'action de Dieu en Jésus-Christ, ce pardon inconditionnel qui nous est OFFERT - que nous n'avons pas mérité, que nous n'avons pas « atteint » par nos forces humaines - met en lumière la vanité de nos entreprises de justice : avant que d'être quoi que ce soit, qui que ce soit, Dieu m'a aimé et fait grâce. Le reste, c'est ce que je vais faire de ma vie, ici, maintenant.
Et pour en faire une construction qui tient la route, un Loi, des commandements sont posés pour m'entraîner à la perfection, pour me faire approcher de cet être humain tel que Dieu le veut, mais que je ne vais pas devenir - en tous cas pas seul ! – parce que je serais obéissant et scrupuleux.
Jésus « renforce » les commandements, il met en évidence leur caractère absolu, il en fait l'outil qui me permettra de vivre pleinement AVEC les autres - mais toujours, dans mes réussites comme dans mes échecs, il y a l'assurance que Dieu m'aime, estime et désire ma personne. L'être humain que je suis construit sa vie en pratiquant ce qu'il a entendu, comme on construit une maison. Ce qui fait que ma vie est solide, c'est que je fais confiance à ces paroles de Jésus, c'est que je crois sans oublier d'obéir - pas d'obéir POUR être juste, mais d'obéir PARCE QUE Dieu m'a déclaré juste : Nous estimons, en effet, qu'un être humain est rendu juste devant Dieu à cause de sa foi et non parce qu'il obéirait en tout à la loi. (Rm 3, 28).
Nous grandirons ensemble, en communauté, dans le respect et la pratique des paroles de Dieu, et la « maison » qu'il s'agit d'établir sur le roc, c'est notre vie en relation, les uns avec les autres, et avec Dieu.
La grande découverte de Paul pour nous, c'est que rien ne peut nous séparer de l'amour que Dieu manifeste pour nous en nous donnant Jésus-Christ.
©2009 Olivier Sandoz
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13.09.2009
La porte étroite - Matthieu 7, 12-14
Exode 16, 1-5 ; Romains 8, 28-30
Qu’est-ce qu’il y a derrière la porte étroite ? Est-ce que vous êtes déjà allés voir ? Est-ce que vous avez déjà imaginé ce qu’il pouvait y avoir, là-derrière ?
… vous savez bien, cette porte que l’on néglige le plus souvent, pas tellement parce qu’elle serait moins bonne, mais en fait, à quoi bon se compliquer la vie à prendre des sentiers quand on a l’autoroute à portée ?
Ma première réaction en pensant à cette porte, c’est qu’il doit sûrement y avoir un bon nombre de vieilleries là-derrière, et puis de la poussière et des toiles d’araignée : forcément, puisqu’on ne l’emploie presque plus !
Et si je devais y passer malgré tout ? …et bien il me faudrait certainement de l’aide… il me faudrait aller demander pour qu’on me donne, aller chercher pour trouver quelqu’un qui m’aidera à faire pivoter sur ses vieux gonds rouillés cette petite porte de rien du tout ! …c’est un drôle de paradoxe : devoir se mettre à deux, à trois, à dix pour ouvrir une petite porte ! … et ce n’est pas tout : le passage doit être si étroit, si mal pratique que je devrais sans doute encore rentrer les épaules et me faire tout petit – moi, me faire tout petit ! – pour essayer de franchir le seuil.. avec le risque de rester coincer, et pour un bon moment puisque « peu nombreux sont ceux qui l’empruntent » ! …et puis je risque aussi d’être ridicule, là, bloqué dans l’entrebâillement : c’en serait fait de ma fierté !!
Entrer par la petit porte, par la porte étroite…
Vous trouvez que je prends les choses à la légère ?
(C’est qu’après une quinzaine où notre communauté a été secouée à coups redoublés, j’avais besoin d’un allègement… que j’ai déjà trouvé samedi à Lausanne : le Conseil synodal de notre Eglise avait invité les conseillers de notre Canton à une journée de rencontre, une belle journée commencée par un culte à la Cathédrale ; entre 600 et 800 personnes qui découvraient qu’elles ne sont pas seules dans leur lieu d’Eglise, qu’on forme une vraie famille, une vraie communauté autour de la Parole de Dieu ! Ça m’a fait du bien, ça m’a donné envie de vous partager un peu de cette légèreté ce matin…)
« A quoi est-ce qu’il veut en venir, avec ses gonds rouillés, sa porte coincée, ses toiles d’araignée ? » - c’est ce que vous vous dites, n’est-ce pas ?
Laissez-moi vous raconter encore autre chose.
« Qu’on me donne de la viande ! De la viande, j’ai dit ! Ah, le bon vieux temps où on mangeait des melons, des concombres et des morceaux de viande, ou du poisson grillé, avec des oignons, tu te rappelles ? Et tout ça pour trois fois rien ! C’était le bon temps ! Maintenant, moi, j’en ai marre de cette manne, toujours de la manne, encore de la manne qu’il faut ramasser jour après jour, écraser, piler, travailler en galette, en boulette, et faire frire… Assez ! De la viande, voilà ce que je veux ! »
C’est ainsi que parlait Elichama, fils de Chédeour, un parmi les milliers d’Hébreux qui, fuyant l’ancien maître égyptien, erraient dans le désert du Sinaï depuis des lustres – bien après le texte que nous avons lu en premier -, sous la conduite de ce personnage un peu inquiétant au nom curieux, Moïse… il était apparu subitement dans les bidonvilles de la ville de Ramsès, un beau matin de printemps, d’il y a environ 3200 ans.
Je vous dis Elichama, mais c’était peut-être plutôt Yefounné, le cadet d’Abidan, ou même Nétanéel, l’aîné d’Elissour… peu importe, ils étaient là tous les trois, tous les cent, tous les mille, à crier, à vociférer, à renverser les paniers de manne, à s’agiter comme vous l’avez peut-être aussi vu faire dans ces pays où la température semble particulièrement échauffer les esprits… « De la viande, pas de manne ! »
Eh ! La manne, c’est mieux que rien ! Surtout dans le désert ! Pouvoir se baisser devant la porte et y trouver sa nourriture chaque jour, de semaine en semaine, de mois en mois … ! j’en connais qui donneraient jusqu’à leur chemise pour en avoir ne serait-ce qu’une poignée… Pourtant, il semble qu’il en va de la manne comme de tous les dons de Dieu, comme de tout ce qui ne manque pas : on s’en lasse, on fait la fine bouche, on trouve que c’est un dû, que ça n’a plus rien d’extraordinaire… Qui d’entre nous osera lancer la première pierre à ces gens-là ?
De la viande ; quelque chose de solide qui tienne bien à l’estomac, quelque chose qui laisse un goût, une saveur, une trace… C’est une nourriture matérielle, bien sûr, mais elle nous conduit à nous interroger sur notre nourriture spirituelle…
De la viande ! Combien de fois moi aussi je demande à Dieu du concret, du solide, de l’évidence pour venir vous apporter le fruit brillant de ma réflexion.. combien de fois ! … en oubliant comme j’avais aimé la manne, simplement la manne au goût sucré au moment de l’amertume, au moment où je doutais, où rien ne semblait pouvoir m’apaiser… De la douceur, de la légèreté, comme dans l’histoire d’Elie à l’Horeb, quand Dieu n’est plus ni dans le feu, ni dans la tempête, ni dans le tremblement de terre, mais juste dans le souffle, dans le bruit d’un silence ténu…
« De la viande, Seigneur ! …et tant que Tu y es, une autoroute aussi, sur laquelle m’engouffrer en famille, en paroisse, en Eglise, pour aller vite, pour progresser ! ». Mais bon, les autoroutes dans le monde, ce sont chaque année, des milliers de morts – ou des « laissés-pour-tels ». Je sais, vous me direz que les petites routes tuent aussi….
Aujourd’hui, je n’ai ni viande ni autoroute à vous proposer : j’ai ce pain, ce vin, pour dire une Présence et un partage, pour annoncer le festin promis que l’on espère toujours, et puis aussi la petite porte, la porte étroite de cette Parole (ouvrir la Bible) à vous montrer, à vous désigner ; ce qui VOUS attend derrière, ce que VOUS y trouverez, trésor ou poussière, je ne peux évidemment pas le savoir à votre place ! …mais ce que je sais, c’est qu’il y a une rencontre possible une fois la porte franchie, avec ce Quelqu’un qui se rappelle à notre bon souvenir, ce Jésus-Christ qui est digne de confiance, digne de foi. S’il nous engage à passer, à entrer par cette porte-là, je veux croire, je peux croire que c’est pour la vie.
©2009 Olivier Sandoz
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10.09.2009
Avec les Soeurs à Grandchamp "Ne négligez pas la grâce..." - Luc 4, 31-37
2 Co 6, 1-10
Un enseignement nouveau, une parole nouvelle, donné avec autorité !
C'est sous cette forme, sous cet "habit" que nous sommes appelés à recevoir l'Evangile aujourd'hui comme hier, quand à Capharnaüm les gens s'étonnaient...
Vous avez sans doute déjà jeté une pierre dans l'eau, quand la surface est calme: il y a d'abord le gros "plouf !" de la pierre qui perce l'eau, et puis les cercles concentriques, qui de tout petits s'étendent, s'étendent alentours. Et bien, il en va de l'enseignement de Jésus comme d'une pierre jetée dans la mare!
Voyez l'exemple d’aujourd’hui : une parole d'autorité, une parole puissante qui délivre un homme de ses démons - nous reviendrons d'ailleurs à ces démons tout à l'heure ! – et cette parole et son premier effet - le "plouf !" - de guérison provoque d'abord, nous dit le texte une crainte religieuse, un étonnement mêlé de crainte auprès des témoins de la scène - premier cercle concentrique -, puis une rapide renommée dans toute la région - plus grand cercle concentrique - jusqu'à NOUS parvenir, des milliers de kilomètres plus loin et des siècles plus tard !!!
L'assistance, déjà, nous dit le texte, était étonnée AVANT la guérison: Jésus parle, Jésus enseigne - comme bien d'autres maîtres de l'époque, bien d'autres rabbins -, mais, à leur différence, il le fait "avec autorité, avec puissance"... L'entendre Lui, ce n'est pas comme entendre n'importe quel prêtre, n'importe quel pasteur, c'est entendre une voix qui résonne jusqu'au cœur, jusqu'aux racines de notre être, c'est entendre une Parole "efficace", une parole qui met en route - un pavé dans la mare de nos déceptions, de nos désespoirs, de nos échecs...
C'est là qu'arrive le possédé, l'homme en proie au démon, à un "esprit impur", un esprit mauvais... Vous savez, il n'est pas besoin de chercher bien loin pour nous reconnaître nous aussi dans ce personnage... quelquefois ballottés, sans volonté propre, au gré des événements ou "victimes" malheureuses de situations qui nous échappent, dont nous ne démêlons plus les fils, qui nous dépassent complètement… Nous avons peu la maîtrise de ce qui se passe autour de nous... Pas besoin d'aller bien loin, comme je le disais, et de chercher du côté de telle ou telle magie noire pour pouvoir nous reconnaître en cet homme qui survient, en pleine synagogue, en plein enseignement...
Quand notre regard sur le monde nous dit la dureté de la condition humaine, nous dit l'espèce de fatalité qui conduit l'être humain au bout de l'espoir, à bout d'espoir, jusqu'à la mort, nous entendons en écho l'apôtre Paul nous rappeler à la fois la libération qu'il a reçue de Christ - comme l'homme de l'Evangile du jour -, et le choix d'être au service de tous parce qu'au service de Dieu : « nous vous exhortons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu ! »
Prenez le temps de réfléchir à vos "démons"... prenez le temps de penser à ce qui vous enchaîne, à ce qui vous blesse, à ce qui vous entraîne là où vous ne voudriez pas aller... C'est sûrement ça, le plus difficile: reconnaître nos entraves, nos impossibilités, nos faiblesses, et les dire - l'Evangile nous raconte que l'esprit mauvais se "crie" ! Nous-mêmes, nous ne pouvons pas lutter, nous n'avons pas la force, ni même souvent la volonté suffisante pour extirper de nous ce qui nous fait mal - et qui peut faire mal aux autres.
Comment nous battre contre nous-mêmes, contre ce qui fait partie de nous-mêmes ? Il faut un arrachement, un accouchement, une autre naissance à nous-mêmes, que seule, je le crois, la grâce de Dieu peut opérer en nous... Mais il nous restera toujours d'abord à dire nos démons, à les nommer pour les mettre à distance... sans pourtant se laisser gagner par la peur : "L'esprit mauvais jeta l'homme à terre et sortit de lui – sans lui faire aucun mal !"
En jetant ce "pavé dans la mare", Jésus nous ouvre - aujourd'hui encore ! – à l'étonnement.
A l"étonnement de Le découvrir, Lui le Christ, en position de NOUS délier, de NOUS délivrer quand nous croyions être installés dans l'immuable, quand nous nous étions peut-être "fait une raison", quand nous avions définitivement baissé les bras, quand nous avions installé Dieu dans Son ciel lointain…
Nous entendons souvent dire qu’"il n'y a pas de miracle"… Pour qu'il y en ait un, il faut notre cri - pas notre résignation : « nous vous exhortons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu.»
Ne négligez pas la grâce que vous avez reçue de Dieu !
© 2009 Olivier Sandoz
18:30 Publié dans Luc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, christianisme, protestantisme, foi, prédication
07.09.2009
Rendez à Dieu - Matthieu 22, 15-22
Esaïe 44, 24-28; 1 Thessaloniciens 1, 2-6
"Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu !"
Le parallélisme de la réponse de Jésus est imparable, implacable ! ... et la question de l'impôt ne doit pas occulter la question de la foi !
L'impôt, le tribut à César, c'était de toutes les taxes la plus avilissante: un tribut, juste là pour remplir les caisses du conquérant, et rappeler au vaincu sa déchéance, sa soumission. Les Juifs nationalistes - les Zélotes, entre autres - faisaient un point d'honneur de refuser la taxe, tandis que les Hérodiens, les collaborateurs, faisaient de ce refus un motif de délation... On comprend alors que les Pharisiens, toujours habiles, se soient adjoint quelques membres du parti d'Hérode pour poser la question à Jésus: qu'il réponde oui ou non, qu'il affirme qu'il faut payer le tribut ou qu'il ne faut pas le payer, il suscitera la colère d'une partie des assistants ! ...d'autant que la question n'est pas posée sous la forme de "à ton avis, faut-il ou ne faut-il pas..." mais de "notre LOI permet-elle...", ce qui a pour effet de condamner « devant Dieu » l'une ou l'autre partie - et de discréditer par la même occasion l'ouverture de l'Evangile à chacune, à chacun... !
"Rendez à César,... Rendez à Dieu...": certains ont voulu lire ici la justification d'une séparation entre le spirituel et le temporel, renvoyant les choses du monde au domaine politique et les choses spirituelles à celui de la "religion". Cette distinction est tentante, et facile, mais elle est à la fois trop précipitée, et va dans une direction opposée à ce qu'enseigne par ailleurs la Bible, quand elle chante, dit et redit à la suite du prophète Esaïe: "Tout ce qui existe, Dieu en est l'auteur" et aussi que "Tout est dans Sa main"... !
Mais qu'allons-nous donc « rendre à Dieu » si tout Lui appartient ? Ou plutôt, qu'allons-nous Lui donner que nous tenons de Sa main, comme la monnaie de l'empereur doit retourner à l'empereur ?
Car si Jésus recommande de payer l'impôt impérial - et cela, dans la ligne sans doute de ceux qui, dans la Bible, reconnaissent à l'Etat un rôle positif aussi longtemps que cet Etat se souvient détenir son autorité de Dieu -, le centre du message est bien le second membre de la phrase - celui que curieusement, on oublie de citer, aujourd'hui encore (!):
"…et à Dieu ce qui est à Dieu" !
La question n'est donc pas de déterminer ce que la Loi permet ou ne permet pas, ce qui est ou n'est pas conforme à la Loi, mais elle concerne notre pratique - pas tellement notre pratique "religieuse", au sens où on l'entend aujourd'hui quand on se dit "pratiquant", mais plus exactement notre mode de vie, notre façon d'être, et particulièrement d'être en relation ("être en relation", n'est-ce pas justement le sens du mot "religion" ?). Car rendre à Dieu ce qui Lui appartient - puisque tout Lui appartient -, cela ne peut se faire que sous la forme d'un "rendre grâce", que sous la forme d'une reconnaissance qui se manifeste - et cela n'est pas nouveau - par la pratique de la justice et de la vérité.
· Quand votre "amour est actif", comme le dit Paul aux Thessaloniciens, quand votre "espérance en Jésus-Christ Seigneur est ferme", vous mettez votre foi en pratique, et vous rendez à Dieu ce qui Lui revient.
· Quand vous témoignez d'une liberté qui n'est pas révolte, quand les tâches que vous accomplissez, vous les avez accueillies de bon cœur et que celles que vous n'accomplissez pas, vous les avez refusées sans arrière-pensées coupables, vous rendez à Dieu ce qui Lui appartient.
· Quand vous acceptez que l'on vous juge, quand vous vous présentez tel que vous êtes, sans chercher à dissimuler vos manques et vos faiblesses, quand vous êtes "vrai" parce que vous êtes vous, vous rendez à Dieu ce qui est à Lui.
· Quand vous refusez ce qui est superficiel, ce qui est surface, par amour pour l'autre, parce que vous voulez construire sur de bonnes fondations votre relation aux autres, quand vous effacez le sourire de façade - qui vous protège des autres, qui vous coupe des autres -, vous rendez à Dieu ce qui Lui revient.
Permettez-moi maintenant de conclure par cette comparaison qui n’est pas nouvelle, en forme de "parabole":
Sommes-nous des crustacés ou des vertébrés ?
Le crustacé - crabe, crevette, écrevisse ou homard -, c'est un être qui cherche avant tout à se protéger des autres: par peur - paresse, ou égoïsme -, il met ce qu'il y a de plus solide, sa carapace, sa coquille, entre lui et ses semblables. Et plus il est dur à l'extérieur, plus il est inconsistant, mou à l'intérieur.
Le vertébré, lui, accepte de risquer sa vie: il est vulnérable à l'extérieur, il offre à ses semblables la partie la plus sensible de son être...mais il est fort de la résistance intérieure que lui donne sa colonne vertébrale... !
Nous les humains, seuls dans la Création, nous pouvons choisir: crustacé ou vertébré ?…
Mais en tous cas, "rendez à Dieu ce qui est à Dieu ! "
© 2009 Olivier Sandoz
12:18 Publié dans Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, foi, christianisme, prédication, protestantisme
23.08.2009
Venez voir ! - Jean 1, 35-42
Esaïe 49, 1-5; Galates 6, 1-5
« Où demeures-tu, Maître ? » demandent les disciples ce matin – pour nous, ce serait : « Seigneur Dieu, mais où donc es-tu ? »
A cette recherche que nous faisons de Dieu, une réponse est donnée, inscrite dans l’Evangile : « VENEZ, ET VOUS VERREZ ! »
Pour trouver Dieu, il y a sûrement des milliers de façons de faire, depuis la prière silencieuse jusqu’à l’engagement politico-social le plus poussé, depuis la quête dans les livres jusqu’à la plongée au plus profond de son être, sans oublier les retraites au désert ou les vœux dans un couvent. Tellement de tentatives, et pourtant toujours une seule réponse, « viens et tu verras ! » - ou plutôt « venez et vous verrez », puisque c’est au pluriel, puisque ce Dieu que je voudrais peut-être pour moi tout seul, c’est tous ensemble qu’Il nous invite, c’est nous tous qu’Il espère.
VENEZ : c’est tout de même curieux… Nous imaginons quelquefois trouver Dieu dans le silence feutré d’une église, dans la stricte obéissance à la rigidité des commandements, ou dans nos grands discours… et puis voilà que Dieu, c’est l’autre qui passe, et qu’il faut juste suivre pour voir où il va, où est sa demeure ! Dieu est vie, et la vie ne s’arrête pas, ne reste pas en place : venez, suivez pour ne pas perdre !
Venez, ET VOUS VERREZ… ce que nous voyons, c’est que Dieu est présent pour nous lorsque nous nous montrons des vivants : quand je souffre ou que je ris, quand que je cours ou qu’au fond de mon lit de malade, je crie vers Lui, Il est là. Je compte pour Lui.
Venez : il y a des milliers de façons de chercher Dieu, de Le questionner, de Le rencontrer, mais il faut toujours commencer par se mettre en route : venez, allez – les seuls qui ne bougent plus, ce sont les morts – et encore, depuis Pâques, on n’en est plus si sûrs ! Alors, « VENEZ VOIR ! »…
« Dès avant ma naissance, le Seigneur m’a appelé ; depuis que je suis né, Il a prononcé mon nom. (…) Je pensais m’être donné du mal pour rien, avoir usé mes forces sans résultat, pour du vent (…) mais le Seigneur reconnaît la valeur de mon service, mon Dieu est ma force ».
Voilà les paroles confiantes du prophète Esaïe, voilà des paroles justes pour nous ! VENEZ VOIR Dieu transfigurer toutes choses ; ce qu’on croyait avoir perdu, même notre temps si précieux et pourtant si souvent gaspillé pour du vent, même cela a de la valeur pour Lui.
Je pense à vous : au service de Dieu, au service des autres, dans le quotidien… Vous avez entendu ? Même si vous pensez parfois que le travail n’avance pas, que la reconnaissance n’est décidément pas de ce monde, et que vos pauvres forces sont insuffisantes à venir au but de l’ouvrage, confiance ! Le dernier mot revient à Dieu ! On vous critique, on vous épie, on vous soupçonne de naïveté ? Confiance ! Il n’y a aux yeux de Dieu rien qui pourrait disparaître sans laisser de traces – le Seigneur « garantit mon droit, mon Dieu détient la récompense ».
Alors Paul écrit aux Galates : et bien quoi ? bien sûr que nous nous trompons parfois, nous aussi ! Bien sûr que nous pouvons faire des erreurs, puisque c’est une part même de notre humanité, ces défaillances toujours possibles… Mais nous sommes bienheureux s’il y a sur notre chemin quelqu’un pour nous remettre sur la bonne route, surtout s’il le fait comme le veut le Seigneur, avec douceur – entendez avec amour – sans chercher pour lui-même considération, profit, gloriole ni bravo… Quand on reprend quelqu’un, que ce soit en discrétion, et en veillant comme le dit Paul à sa propre conduite ! Il est facile de critiquer, il est facile de se vanter, mais il s’agit aussi de se tenir soi-même à l’œil…
Des milliers de façons de rencontrer Dieu, de rechercher la perfection divine, mais si l’amour est la « voie royale », et bien la réponse de Dieu c’est « VENEZ VOIR », c’est « CONFIANCE », je vous connais, et c’est « COURAGE», allons de l’avant avec nos peines, notre passé pas forcément toujours très joli, avec nos envies, nos besoins, notre soif de vivre… Venez voir !
Trois textes, trois mots : VENEZ, CONFIANCE, COURAGE. Vous l’avez remarqué, ce sont des mots du vocabulaire des marcheurs – du vocabulaire des vivants, de celles et ceux que Dieu aime.
« Où demeures-tu, Maître – Venez voir! »
© 2009 Olivier Sandoz
21:34 Publié dans Jean | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, christianisme, foi, prédication, protestantisme


